CHAPITRE VIII
11^ EPOQUE Type» Gallo-Ciree»
On regarde à juste titre cette période comme la plus florissante de Tart monétaire chez les Gaulois; en effet, outre qu elle indiciue un état de civilisation avancé et d'importantes relations commerciales, elle justifie l'opinion unanime des auteurs anciens sur les richesses de tout genre que renfermait cette contrée appelée par eux, à Tenvi, Gai lia dives.
On s'est efforcé de rapporter la date de ce progrès, qui correspond à celle de la prépondérance Arverne, aux environs de l'an 279 avant l'ère chrétienne. On suppose que l'adoption du système pondéral et du style grec n'ont eu lieu qu'après l'expédition en Macédoine du second Brennus et le pillage par ses soldats du trésor de Delphes. Nous croyons volontiers que le besoin d'expliquer une transition trop brusque de la barbarie à la pratique de Tart a fait seul adopter cette donnée
bistorique. Pour être dans lé vrai, ce n est pas là Tuni* que point de départ qu'il convieQdmt de donnera cette influence étrangère, dont les sources nous paraissent être multiples; quoi qu'il en soit^ il est constant qu'on voit, de bonne heure« le génie gaulois s'approprier, en les timisformant, les types monétaires eii^ prantés [dus spécialement , mais non d'une manière exclusive, eux statères de Philippe II de Macédoine. Dès lors, aussi, les emblèmes astrologiques que nous avons signalés sur la série des plus anciennes monnaies des Celtes, apparaissent avec autorité sur les belles médailles d'or de la seconde époque.
C'est à cette deuxième période qu'appartient la plupart de ces intéressants symboles que nous avons décrits et expliqués dans le chapitre VI ; nous rappellerons ceux du Navire, du Glaive, de la Lyre, du Diota. du Turibulum , de la Couronne, de FÉpi, du Guidon carré qui flotte devant la tête du cheval, etc.; nous n'y reviendrons pas ; mais nous nous proposons d'interpréter, en leur appliquant notre méthode de détermination, quelques types nouveaux très-dignes d'examen et dont nous croyons avoir découvert le sens, les voici t
AV. -^ Tête laufée d'Apollon Bélénus tournée à droite, les cheveux et les oreilles affectent la forme du «».
^. Cavalier les bras étendus et armé d*un bouclier; au-dessous du cheval qui galope à droite, .
une lyre posée debout; à la gauche de cette lyre, une croix pommetée. (Trouvée à Autrain llle-et-Vilaine).
le cavalier ne diffère que très-peu de ces personnages armés d'un glaive que nous avons cru être Orion, Persée ou le Sagittaire; mais, sur ce revers, la Lyre n'est plus seide au-dessous du cheval, elle est accom* pagnée d'une croix; or, ce nouveau symbole n'est, autre que la Croix du Cygne, constellation qui est très-proche voisine de la Lyre, dans Fémisphère boréal, et qui se couche avec elle.
EL. — Tête nue de Bélénus, à gauche; chevelure arrangée en grosses touffes.
1^. Deux chevaux galopant à droite et au-dessous un aigle. (Coll. Leboubher).
A la place occupée tout à l'heure par la Lyre, voici la constellation de FAigle qui suit de près les deux précédentes. L'un des chevaux paratt être ailé, c'est Pégase; l'autre, c'est le petit Cheval; et tous deux sont encore à l'orient du ciel quand l'Aigle est au méridien.
EL. — Tête d'homme nue et à gauche.
1^. Cheval galopant à droite ; au-dessus un aigle prêt à prendre son vol. (Coll. Leboucher).
Noué venons de voir la constellation de 1* Aigle probablement à son coacher du soir, la voici maintenant à son lever, dans fattilude qui convient à femblème de rélévation du soleil solsticial.
AV. — Tête d'homme nue et à gauche, le col orné d*un torques.
^. — Cheval libre et galopant à gauche ; audessus, une figure dont on n'aperçoit que les jambes; au-des&ous, une roue à quatre rayons dans les interstices de laquelle sont placés quatre croissants opposés (Gab. de Paris).
Ce revers nous parait reproduire une allusion au renouvellement de l'année romaine qui, selon le calendrier de Numa, était annoncé par le lever des pieds de la Vierge. La roue à quatre rayons dont les interstices sont occupés par des croissants, caractérise la double marche du Soleil et de la Lune.
AR. — Tête d'homme nue et à droite,
^. — Deux chevaux galopant à droite, l'un de petite taille, l'autre grand et ailé; au-dessous, la partie supérieure du Turibulum (Musée de Rouen).
Voici revenir encore sur ce nouveau revers, les deux
contteUations de Pégase et da Petit Cheral, mais dles ont pour paranatellon rastérisme de l'autel*
AV. — Tête d*Apollon laurée et toarnée à droite.
Bc« *» Cheval galopant à droite, an^eaftUs et le tenant par la bride^ un animal affectant la forme d'un grand crustacé et se terminant par un appendice trifide, trois petits points sont placés au^-dessus de sa tête ; au«-dessous du cheval, autre m<»«tre paraissant hybride ; sa queue est roulée en spirale, de sa gueule part un lien ondulé qui va se rattadier à la bouche du cheval : à Texergue, deux «/> </» (5tr) en accolade. (Musée de Rouen).
Ce revers n'est pas seulement très-curieux, mais il est encore facile à expliquer. Les deux animaux sont les deia signes célestes, opposés, des deux ttopiques, le Cancer et le Capricorne» à travers lesquels passe le cheval du Soleil, Les trois points placés au-dessus de la tête de rÉcrevisse, sont les trois étoiles obscures qui forment le petit groupe qu'on appelle le Nuage.
« Habet Slellas in cornibus cancer^ très obscuras, quae adpellantur nubilum. i> {Ad Germanici aratea commentarta. Schol. XI. Ed. Lemaire.
Le lien en zigzag qui rattache le signe inférieur à la tôte du dieval caractérise toujours dans le symbolisme
delà numismatique gauloise^ comme dans les hiéroglyphes de l'Egypte, Félémmi fluide ; ce détail nous prouve qu'il s'agit bien ici du signe aodiacal du Gapri-* corne^ signe ambigu t participant de la terre et de la* mer.
< Gapricomussignum est ambiguum maris et terrae.» [Ad Manilii a%tronomicon, Lib. IV, excunus it. Éd. Lemaire.)
Les deux </> posés en accolade indiquent le partage des solstices d'été et d'hiver et viennent confirmer notre détermination.
M. Lambert de fiayeux, dont les vues sont souvent pleines de justesse et de sagacité, considère ces monstres inférieurs comme des personnifications du Typhon égyptien^ du génie du mal. Il aurait été complettement dans le vrai s'il eût poussé son hypothèse jus-* , qu'à saisir une assimilation familière aux astrologues et aux poètes anciens, celle d^iËgipan et de Typhon^ aveo le Capricorne.
Un plus profond examen de cette médaille nous a conduit à découvrir que Tastérisme Orion n'aurait pa» ^ eu seul, d'après Manilius, le privilège de donner aux • astres le signal de leur course ; le poëte semble aussi raccorder, mais dans unsensdiflérenti à laconstollatipn , zodiacale du Capricorne. Voici en quels termes il s'exprime :
« fera tergo membra rigentem
» Bsoipiimt hitmoi, mituat qut in t#mport tigat, »
I^ commentateur ajoute : a Tralalîo a prsetore
> qui circensibus signum mittendi currus dat Si-
> gnum mappa a prœtore mitti..... Omnimo ex Ennio
> congnoscimns signum emittendis equis a praetore » mitti solitum. Hic igitur Manilius elegantissime dixit, )» Gapricornum mittere signum venientis hiemis tan-
)» quam praetorem > [Ad Maniliimtron.^ lib. II,
vers 191, cûpercws i. Ed. Lemaire.)
Nous soulignons le mot mappa^ qui veut dire une petite pièce d*étoffe, un morceau de linge, afin que le lecteur saisisse le rapprochement qu'on peut faire naturellement de ce genre d'étendard avec le guidon carré qui flotte devant la tête du cheval des monnaies gauloises et que nous avons déterminé comme étant le symbole de la prérogative que les astrologues accordaient à la grande constellation d*Orion. Le commentaire que nops venons de citer rend beaucoup plus probable la justesse de notre hypothèse, car le lever du soir d'Orion, le conducteur des astres, concorde avec rentrée du Soleil dans le signe du Capricorne.
Notre attention a dû se concentrer d'une manière spéciale sur les deux aurons suivants empruntés à la catégorie des médailles gallo<^;recques.
1^ EL. — Tête laurée d'Apollon Bélénus, à droite.
]^. — Cheval galopant à droite ; au-dessus de sa croupe, une figure volante, d une main elle tiennes rênes du cheval et de l'autre, une
hache doDfc le tranchant est tourné u gauche; en face du groupe» une hache, le tranchant à droite; au-dessous, une troisième hache, le tranchant tourné yers la terre. (Coll. Lambert.) Dem-statêre.
2. âf. ~> Tête nue d'Apollon Béiénus, à droite^ et le col orné d'un torques.
1^. — Cheval galopant à droite, au^essus, figure ailée le tenant d'une main par la bride, et de Fautre, lançant un javelot ; en face du groupe, un second javelot, puis un troisième sous les pieds du cheval. (Musée de Rouen.) Quart de statère.
Ces combinaisons d'emblèmes trinaires nous ont rappelé la détermination que nous avions déjà faite du symbole a», répété trois fois, sur le revers d'une médaille en potin (incertaines anépigraphes de la Lyonnaise, n"^ 516. Cat. Duch.). Nous éprouvions, disions^ nous, quelque embarras à expliquer ces trois «o; cependant, nous croyons qu'ils doivent avoir trait à l'une des divisions astrologiques des douze signes du zodiaque par le chiffre quatre, ce qui donne trois groupes de quatre* Le premier est composé des quatre signes dou«* blés : les Poissons, les Gémeaux, la Vierge et le Sagittaire; le second, des quatre signes trq>iques : le Bélier, l'Ëcrevisse, la Balance et le Capricorne; ces dër^^
niera sembleDt participer an commencement et à la fin de chaque saison; enfin, le troisième, des quatre signes simples : le Taureau, le Lion, le Scorpion et le Verseau. Il y a là, syoutioiukiieusj sauf erreur, une interprétation acceptable du revers de la médaille (n^ K16. Cat. Duch.) dont le champ est occupé par trois grands <m disposés en triangle et cantonnés, chacun d'un gros globule.
Dans le cas actuel, il ne s'agit plus de «^, mais de haches et de javelots qui paraissent être lancés par deux figures volantes au-dessus de la croupe du cheval ; cependant, nous admettrions volontiers que ces signes trinaires se rapportent tous à ua même ordre d'idées et concourent à la manifestation de l'un des mythes les plus importants de la Gaule. Le caractère astrologique de ces symboles et leurs dispositions comme mesure du temps, ne nous paraissent d'abord pas douteux, mais ils cachent, à coup sûr, de mystérieuses croyances.
M« Lambert, essayant d'interpréter la figure de ces revers, y voyait d'abord une Isis victorieuse ; plus tard, se rangeant & l'opinion de M. Hucher, il aurait pensé volontiers que ces figures armées représentaient une gymnastique sacrée, des danses guerrières et religieuses, ces sortes de fanta$ias si familières aux Germains et aux Celtes : nous ne repoussons pas absolument cette hypothèse, si on veut reconnaître avec nous que cette forme ne aérait que la manifestation extérieure du ouite^ soui laqudle il fout chercher et dégager le dogme
entouré de voiles. C'est là le but que nous voulons atteindre.
Si les tit>is c/» peuvent s'appliquer à une division de douze signes zodiacaux par le chiffre quatre, on reconnaîtra qu'une signification analogue peut 8*appli«> quer aux trois haches et aux trois javelots. A leur tour, ces groupes de signes sont de trois genres, et selon que l'un prédomine sur Tautre, ils doivent changer d'attri* buts : ainsi^ on conçoit que le «^ symboliserait IW flueoce des signes tropiques ; la hache celle des signes doubles, et les javelots celle des signes simples. Ces conceptions astrologiques donnèrent naissance aux mythes des trois cercles de Texisteiice et des trois mondes résB*vés à la vie future; de là procède également la théorie du voyage des âmes qui descendent sur la terre par la même route que le soleil poursuit à travers les douze signes du zodiaque. les âmes, selon cette antique théologie, revenaient sur la terre et en sortaient, tour à tour, par les portes de deux signes tropiques, celle du Bélier et celle du Capricorne. A ce même ensemble de mystères basés d'ailleurs sur Tob* servation du ciel et de Tordre préétabli, se rattachent les emplois des cercles ctmcentriques, des cercles gron-* pés par trois, de la Triquetra, etc.
Quand il nous sera permis de réunir toutes les mon^ aaies sur lesquelles ces symboles sont gravés à Tétat de types essentiels, et (fen faire des groupes à part, nous y trouverons, sans nul doute, tous les éléments nécessaires pour reconstituer les dogmes dont le Drui-
disiiie avait la tradition et reoseignemenl. Ce n'est pas là, il nous semble, une tâche à dédaigner, et nous sommes convsdncu qu'elle n*aurait pas été au-dessus des forces de Férudition moderne, si elle avait voulu détourner un peu ses regards de l'Egypte et deTÂssyrie en faveur de la Gaule.
On aura remarqué que ce revers aux trois S, disposés en triangle, n'appartient pas, comme ceux des trois haches et des trois javelots, à la période gallo-grecque ; c'est une de ces médailles en potin que nous avons placées dans notre première catégorie; mais les besoins de la discussion nous ont forcé à revenir sur nos pas*
Duchalais, sous le txive à'Inceriaines anépigraphes de ta Lyonnaise^ a catalogué avec beaucoup de discerne^ ment une quinzaine de ces pièces, parmi lesquelles nous citerons le n^ 506, où on voit un Lituus au-dessus du cheval galopant.
Avant de clore ces considérations générales qui nous mènent un peu loin ; bien qu'elles ressortent directement du nouvel examen que nous avons fait de quelques types pris dans la seconde période de monnayage gaulois, il est bon de noter que c'est sur les aureus de cette catégorie que se montrent pour la première fois deux symboles très-importants : celui qui a la forme d'un Guidon carré , et celui qui ressemble à une Clef à double panneton. On peut tirer de ces faits la précieuse induction que les monnaies où sont représentés, de la manière la plus simple, la plus sobre, ces deuxem-
blêmes, sont antérieures, en niénie temps quelles se rattachent aux monnaies du style Armoricain, oii ces mêmes emblèmes se manifestent, au contraire, avec de nombreuses variantes et de sensibles complications. Il est logique de supposer que dans cet ordre d'idées la forme simple a dû précéder la forme composée*