CHAPITRE IX
111^ £PO0U£ Stjle armorieaiii. — Types hybrides.
Il n'y a pas, comme uous Ta vous déjà dit, de transi* tion bien apparente entre les monnaies attribuées aune première époque et celles qu'on range dans la seconde; mais, ce qui est plus singulier, c'est que la même particularité se fait remarquer entre ces dernières, généralement d'un assez bon style, et celles de la troisième période qui semblent, au contraire, nous ramener vers la barbarie. Rien ne peut servir à préciser le temps vei*s lequel ces médailles ont été mises eu circulation, n'étaient les indices que nous avons signalés plus haut comme étant de nature à faire présumer qu'elles sont moins anciennes que les gaUo-grecques. Il est beaucoup moins facile de leur assigner une date qu'une région i car, tout d'abord, on y reconnaît l'empreinte originale de ce style armoricain qui, plus que tout autre» aurâit dû se localiser, et qu'on voit pourtant s'étendre de
pi'ocbe en proche, à des coutieet» diëiaotes de soq milieu. iMème il esireiDarquakle que ce fait se soit produit sus que la physionooiie nationale de ces types soit altérée par d'importantes modifioalioûs*
Les médailles armoricaines d'or, d'éleclrum, d'argent et de billoui sont très-nettement frappées, mils d'un coiu exQsptionnel ; on n'y reti*ouve plus de réminiscences de l'art grec, ni la recbevche de la finesse eC de FélégaDoe, maifi une certaine ampleur de formes voisine^ de la sécheresse et durement accenluée. Les têtes de dieux et de déesses sont coiffées» à profusion^ d'ajustements biearresi crêtes volantes et cordons perlés, où s'entremôli^t des .Bgures d'animaux et divers autres symboles. Las ehevaui des revers« assez mal réufidis et de forme u»peu décousue, ont une tendance générale à Thybri* di^tion ; le plus grdnd nombre a des ailes avec des têtes humaines ; d'autres ont des tètes d'oiseaux et de poissons ou même des emblèmes à la place de têtes. Quant aux symboles accessoires, ils sont très-nombreux et grpupés autour du lypeprincipal^ selon l'usage oeltiqrie.
Tel^ sont les éléments essentiels qui constitueotce qu'on appelle le style Armoricain. — Les médailles de ce gieare que nous avons décrite^ en a^sea grajid nombre, dans la première portîoa de ce travail, nous ont fourni le texte de curieuses observations, auxquelles nous alloBs joindre les suivantes.
S. — Tête d'Apollon-Bélénus tournée à droite» les cheyeux sont di^osés de manière à
figuier trois gros enroulements ; entre les cordons perlés de la coiffnre qui se dressent et prennent la forme d'une mitre, on voit une lyre renversée.
9r* ^-- Cheval galopant à droite ; au-dessus de sa croupe, un auriga le dirigeant d'une main et de Taulre tenant en équilibre, audessus de sa tête, soit une clef à double panneton, soit un niveau ou (Libella); aux deux extrémités de cet emblème sont suspendus deux guidons carrés qui flottent, l'un devant, l'autre derrière le cheval; au-dessous du groupe principal, deux symboles : une Lyre couchée à droite» et une sorte de zigzag en forme de M aux jambes écartées.
(Coll- Drouet.)
La lyre renvei*sée que nous apei^cevons, au droit, sur la mitre de Bélénus, c'est, d'après les errenients de notre hypothèse, l'aspect héliaque de la constellation de la Lyre, quand elle disparaît dans les rayons solaires.
Le génie qui conduit le Cheval, symbolise le Soleil arrivé au solstice du Capricorne ; de sa main droite, il soutient en équilibre au-dessus de sa tête la clef à double panneton ou le niveau, aux deux extrémités duquel sont attachés par des liens les deux guidons carrés flottant, Tun derrière, Tautre devant le cheval.
I^ niveau ou le jugum indiquent Fidée d*éqailibre et de partage, aussi bien que les deux guidons ainsi disposés, sans doute, pour expliquer, d'une part, qu'Orion étant traversé par l'Equateur, s'étend dans les deux hémisphères célestes, et de l'autre, que là présence de ce même astérisme dans le ciel correspond à la fin et au commencement des périodes solaires.
Pour ce qui est des deux emblèmes placés sous le cheval, l'un, la Lyre inclinée à droite, représente cette , constellation à son coucher, qui coirespond au solstice d'hiver; l'autre, en forme de M> désigne Cassiopée, autant qu'il est permis de pouvoir le supposer d'après les positions relatives de ce symbole sur d'autres médailles: sur un statère en électrum, de la catégorie gallogrecque, nous ti*ouvons ce symbole placé avec un croid* sant, au-dessus du cheval. (Coll. Lebouchen)
La concomitance de ces signes dans le ciel existe en décembre; à cette époque Orion est levé, la Lyre se couche et Gassiopée paraît en haut du pôle boréal.
fR. Tête d'ÂpoUon-Bélénus à droite, coiffée de grosses mèches entremêlées de perles et surmontée du sanglier, entre les jambes duquel est placé un cercle centré ; en face du sauglier, un autre symbole composé de neuf globules disposés de trois en trois, de manière à former un quadrilatère.
• R, Cheral à tête humaine galopant à droite,
au-dessus des linéaments dont le sens nous échappe; en face du poitrail du cheval le guidon carré en partie caché ; au-dessous, une lyre à cinq cordes posée verticalement et dont la partie inférieure est entourée de huit globules en hémicycle.
(Cab. deGerviWe.)
Le sanglier qui figure au-dessus de la tête du droit, e§t dans les conditions de ceux que nous avons déterminés, mais les neuf globules qui l'accompagnent désignent probablement les neuf étoiles de la constellation de la Lyre. Les globules du revers disposés en hémicycle et, qui entourent la base de la lyre à cinq cordes posée verticalement, ont la même signification. Le symbole quadrilatéral d'Orion s'efface, parce que cet asté risme disparaît du ciel quand la Lyre fait son lever du soir.
Il &ut croire que les Armoricains, si on en juge par leurs médailles, donnaient dans leur système monétaire, reflet de leur système astrologique, une préminence très-marquée à trois constellations : La Lyre, le SanjDflier, (équivalent de l'Ourse) et Orion» Dans les écrits astronomiques grecs et latin*? on retrouve la persistance do ces attributions traditionnelles : Orion donnait aux astres le signal de lour course d'orient en occidetit ; la Lyro jouissait d'un privilège analogue d'après Manilius,
qui nous la représente entraînait iont le m\ avec die.
« , . . , , uuuc sidera duci^»
» Et rapit immensum mundi revolubilis orbem. »
[ManUih Hb. I, vers 336. Éd. Lemaire.)
Quant à l'Ourse gardienne du pOte, elle indiipiait Iwr route aux navigateurs* et nous verrons tout à rhewre ^ju'on a des raisons de supposer que les Armoricains assimilaient; dans leur système astronomique» le signe du Sanglier à celui de TOurse ; comme le faisaient d'ailleurs avant eux, dans leurs qartes célestes, les Phéniciens et les Perses»
ilR . ^ Tôte nue, à droite (Hercule ?) , coiffée d'une abondante chevelure à mèches volantes»
et entourée de cordons de perles*
^« Cheval à grosse tête humaine galopant à gauche et dirigé par un personnage réduit à une télé de même dimension^ posée SiW le même plan que celle du cheval» et Qoiffée d'une chevelure semblable ; entre * les deux têtes une couronne de neuf perles plantée sur un pieu ; au-dessous du cheval»
le sanglier s'avançant 2 gauche» entre ses jambes deux cercles concentriques avec un point au milieu.
(Gpll, I^enault.)
• La tête du droit est pureœent idéale; on peut y voir un Hercule ou un Béiénus, ii importe peu ; tout Tintérét de celle didrachme réside dans les symboles de son revers ; le plus intéressant de tous, c'est celui du Sanglier. Si on suppose sur ce revers Fi mage de TOurse à la place de celle du Sanglier, et ayant sous le ventre les cercles concentriques entourant un globule, on ne sera pas éloigné de regarder ce dernier emblème comme indiquant la propriété qu'a TOurse de décrire un cercle autour de Taxe du pôle arctique.
» Girculns ad boream fulgentem sustinet Arcton.
( MamW, lib. I, ^ers o W. Éd. Pingre.)
Mais cet accessoire, ce cercle qui, placé sous le ventre de rOurse céleste, deviendrait un sytnbole très-signi6catif, est dans l'espèce que nous traitons, sous le ventre du sanglier. N'y a-t-il pas lieu dès lors de conjecturer que cette dernière image a été substituée à la première par les Armoricains, qui en cela ne faisaient que se conformer à nne tradition répandue parmi d'autres peuples. Pour que cette hypothèse devienne une certitude, ne suflira-t-il pas de prouver que les diveis symboles célestes qui se trouvent sur ce revers, concordent entre eux ou sont paranatellons les uns des autres : en effet, la couronne qui figure entre les deux tètes humaines, c'est Tastérisme désigné sous ce nom, et ses neuf étoiles correspondent aux neuf perles dont elle est composée. — Les deux têtes, dont l'une est enlée sur le
cheval^ sont celles d'Hercule et d'Ophiucus; en juin, la couronne se montre dans la partie orientale du cieK entré ces deux constellations, et la Grande Ourse est au Zénith. Sur d'autres didrachmes de la même série, la disposition des symboles placés dans la partie supérieure du revers se modifie ; la couronne se inontre tour à tour entre les têtes deFHydre, du Bouvier etd'Ophiucus, et ces divers aspects concordent tous -entre eux*
Nous allons donner une nouvelle preuve à Tappui de notre hypothèse du Sanglier substitué à TOurse, et cette preuve va ressortir de la description que nous allons faire d'une autre didrachme empruntée au système armoricain.
Bit. — Tête nue à droite^ coiffée de grosses mèches enroulées et de cordons de perles, parmi lesquels on voit un sanglier placé sur un disque centré ; trois petites têtes suspendues à des rinceaux sont disposées autour du type principal.
]^. Cheval androcéphale galopant à gauche; à • droite et à gauche deux rinceaux se terminant par de petites têtes humaines; au-de«sous, sanglier, sous le ventre duquel on voit un disque centré; à la droite du sanglier, un oiseau qui prend son vol. (Coll. Lambert.)
Nous avons dit précédemment que ces petites têtes
suspeoclues à des rinceaux qui accompagnent à la fois le personnage du droit et le cheval androc^phale du revers symbolisent les cinq planètes, ou les âmes r^y^r géant avec Mercure ou avec le Soleil, à travers les constellations du zodiaque. Ces deux données étant conformes aux mythes astrologiques et religieux des Celtes» nous ne savons laquelle préférer à l'autre, et (fautant mieux qu'elles partagent peutrétre une double signifi* eation. En décrivant ces médailles, nous voulions surtout mettre en relief la présence d'un oiseau à côté du Sanglier, parce que ce fait nous semble de nature à bien établir l'assimilation du type de l'Ourse à celui du Sanglier, Cet oiseau n'est autre que le Cygne ou le Vau^ tour de la Lyre qui, en Mars, à l'équinoxe du printemps^ se montrent à côté de l'Ourse dans la région bo* réale du cieL II y a là, pour peu qu'on veuille y réfléchir, deux concordances frappantes : la première fixe la valeur qu'il faut donner au Sanglier dans le symbolisme monétaire Armoricain ; la seconde a rapport au mythe religieux de la transmigration des âmes qui s'accomplissait par leur passage à travers la porte du Bélier.
Parmi les emblèmes qui se rattachent directement à ce môme ordre d'idées, figure en première ligue le type de F Hippocampe. C'est donc ici le lieu de décrire quelques-unes des monnaies où il est représenté.
1. AR. — Tête d'homme nue et à droite ; la chevelure est arrangée au-dessus du front en
trois eanHileiAeiitB et retombe en mèches bouclées sur le col.
Bb. Cheval galopant à droite; sa tète a la ùxtme de celle d'un oiseau, et ses pieds sont largement palmés ; au-dessus, linéaments d'un symbole effacé i au^ssous, un hii^[X)oampe^ la tète à droite. (Cab.
Samvage.)