‹ Nouvel essai d'interprétation et de classification des monnaies de la GauleChapitre 9 sur 36 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

imiCITION DE NOTRE SYSTÈME AUX DrVERSES ÉPOQUES DE L'ART MONÉTAIRE CHEZ LES CELTES

On est généralement convenu de classer, sons cette dénonination, des nonnaies eoolées, en potin, oh se reconnaissent les traces ou bavures d*an moulage impartit; un bourrelet épds les entoure et la patine q^ lés recouvre est le plus souvent d'un brun verdfttre. Les tètes du droit sent très-barbares, mais, sur les revers plus netteiAent traités, on rencontre toujours la plupart des eublènes astronomiques dont nous nous sommes déjà efforcé de déterminer la valeur ; soit qu'ils nous aîeDft apparu^ sous la fbrme d'animaux consacrés au Mite de BéiénuS) soit qu'ils aient eu simplement le caractère de signes ou de symboles destinés jk spécifier la marche du Soleil, de la Lune et des astres. -^ Quelques exemples choisis et quelques rapprochements vont nous servir à mettre en évidence nos assertions*

Sur lune des médailles de celle époque el de ce slyle, on voil) au droit, une rouelle à huit rayons occupant tout le champ ; au revers^ le Taureau comupète et audessous deux globules (Coll. Leboucher).

Cette pièce offre une très-curieuse particularité en ce qu'elle précise d'une façon saissante, la transition de la rouelle évidée, en tant que monnaie, à la roue employée comme signe monétaire ; et pour compléter l'analogie, elle est percée d'un trou dans sa partie supérieure.

Ija signification solaire de ce symbole n'est plus douteuse depuis qu'on l'a pu voir sur une grande quantité de statuettes el d'ustensiles de l'âge celtique. Nous avons dit déjà que le nombre des rayons de la roue n'était pas un détail insignifiant, en voici la preuve immédiate. Les huit rayons de celle que nous avons sous les yeux, indiquent que le Soleil a traversé huit signes, ce qui nous conduit à l'époque des levers du soir du Taureau et des Gémeaux, constdlatioiis dont ce revers nous reproduit les symboles.

Un autre type, très-voisin du premier par son style archaïque, représente, au droit, deux têtes de profil accolées et séparées par un pieu (les Gémeaux) et au revers, le Taureau.

Une troisième monnaie coulée, également en potin, nous représente sur son revers que divise par le milieu une barre horizontale, dans la section supérieure, cette même roue réduite à quatre*rayons, et dans la section inférieure, trois segments de cercle posé^ dans le sens vertical (Cab, de Falaise).

Trois autres médailles identiques d'âge et de style, vont, tour à. tour, nous fournir une explication pour ainsi dire graduée, aussi claire que logiquement déduite^ du symbole </> .

Le revers de là première de ces monnaies, divisé en deux sections par une ligne horizontale contient, dans le canton supérieur, le globule entouré d'un cercle 0; et dans l'inférieur, les trois segments déjà décrits.

Le deuxième revers offre à peu près les mêmes dispositions, les mêmes accessoires; si ce n'est que le Q est remplacé par le </> et que sur le milieu de la barre horizontale est placé un nœud ou un globule (Cabinet des antiq. de Normandie et bibU de Neufcb&tel).

Le troisième revers ne diffère des deux premiers qu'en un point; le Sanglier, avec les sept traits hérissés sur son dos^ y remplace, dans la section supérieure, le Q et le «^ . (Pièce en plomb. Musée de Rouen.)

Pour peu que Ton veuille bien admettre que Tun des cinq emblèmes que nous venons de signaler a une valeur astronomique, il en ressort évidemment que les quatre autres ne sont que des modes différents d'une même manifestation symbolique, se rapportant à une môme idée. Nous sommes assez familiarisés avec ces types pour ne pas craindre d'en risquer la traduction.

Le Sanglier, équivalent de la constellation de l'Ourse, dans les cartes célestes de la Perse et de Tlnde, indique, comme nous l'avons déjà dit, la période des jours courte et des nuits longues, et les trois segments de cercle la division des mois lunaires.

Pour compléter cet exposé du symbolisme dés médailles gauloises d'ancien style dont Timportance pri*mordiale nous paratl trèa-grande, nous signalerons le dernier type que voici :

— Personnage à longue chevelure, courant à droite» tenant à la main une pique dont la hampe est très-courte ou une massue ; de Fautre , une couronne ou un petit bouclier.

9^. Quadrupède semblable aux images dé rOurse céleste, la gueule ouverte, et combattant un reptile; au-dessus le ^ combiné avec un autre emblème en forme d'amande évidée, et qui s'adapte à sa vo^ lute de droite (Coll. Leboucher).

Dans une descri[)tion que nous avons faite précédemment d'une variété de ce type, nous avons cru y recoonaître une personnification des astérismes, le Bouviei^ et la Couronne. La pressée de FOurse sur le revers de cette pièce nous autorise à persister dans notre première détermination, car, en etteU elle semble avoir été placée là pour rappeler la fable céleste d'Ârcas et de Galisto; d'ailleurs, en ayant recours à notre méthode habituelle, nous trouvons qu'il y a concordance entre les constellations da droit et du revers : quand le Bouvier se lève en mars, le soir, lOurse et le Dragon se voient dans la région du pôle boréal.

Oe qu'il inportaraii surloat de ooauaîUe^ ce sérail la $igaifioaiion qui appartient à Vencbevôtrement du u» avec le symbole eu forme d'amande que uous avouf décrit» Nous u'oaerious affirmer que cette combinaison de lignes représente, à la. fois, le cour3 du soleil et celui de la lunOi mais nous n'en éloignons pas trop le soup** çon. Ces symboles combinés se voient eûcore, au-dessus du sanglier, sur une pièce en potin de la môme période i au droit figure ce personnage à mircorps qui, selon nos précédentes déterminations, représenterait Ophincus ou le Serpentaire*

Nous croirions avoir fait une chose fort utile pour la science de nos antiquités nationales, si désormais c'était un point aojuis et hors de tout débat que, dès ses ori«« gines, l'art monétaire des Gaulois est empreint d'un caractère religieux et astronomique. L'émission de ces monnaies moulées, comme on-a de très^-bonnes raisons de le croire, ne remonterait pas à moins de trois siècles avant notre ère ; il conviendrait même de lui assigner une date plus reculée, si on prenait en considération ce tiaût» qu'on passe très^-brusquement et sans transition ménagée, du style barbare, à ces beaui^ slatères de la canfé4ératian Arverne, où se manifeste un si puissant reflet de \%ri grec^ Ces inonnaies, j'entends les plus anciennes, ae rapporteraient donc, dans tous les cas, à un temps où la tbéocratie gauloise, encore fortement censtitué^f cultivait le dépôt des sciences physiologiques de Fancien ipcmde^ auxquelles elle avait su rattacher directement ses propres croyances religieuses.

L* Astrologie, considérée comme base des pratiques du culte, constituait cet enseignement élevé dont les principes ne nous ont été transmis que parles allégations de quelques historiens considérables, il est vrai, et trèsdignes de foi ; mais cette source d*informations est aujourd'hui épuisée : heureusement, il en est une autre, très-neuve et très- féconde, dans cette sorte d^écriture sacrée que nous essayons aujourd'hui de déchiffrer et i{u'on retrouvera, car elle y est, sur les monuments de la numismatique gauloise.

Au point de vue du style et de Tart, ces antiques produits du moulage où sont si fréquemment représentés des anhnaux, semblent peu différer de ceux dont Pline parle dans un passage relatif aux monnaies primitives de Rome :

» Signatam est nota pecudam : unde et peconia appellata..» (Lib. XXXTTT, cap. xiii.)

La représentation d'animaux sur la monnaie fut cause qu'on l'appela pecunia.

Ce témoignage de Pline nous paraît marqué au coin de l'observation la plus exacte, car s'il est une opinion justement accréditée, c'est celle qui nous montre toutes les civilisations passant, à leur début, par les mêmes phases de tâtonnements dans la pratique de l'art, parle même culte primitif des phénomènes naturels et des puissances physiques.

AU temps où Rome moulait ces grossières monnaies dont parle Pline et dont on ne retrouve d'ailleurs aujourd'hui plus de traces, les croyances religieuses de l'Italie ne différaient guère de celles de la Gaule.

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