INTRODUCTION
CH/iPITRE PREMIER.
L'importance de la numismatique gauloise ne saurait plus aujourd'hui être contestée; les travaux de dale réceuto auxquels elle a donné Ueu, en nous faisant connaître une source inattendue de documents propres à éclairer les origines de notre histoire, ont enfin éveillé Vattention du monde savajit et commencent à recevoir partout raoc\jeil dont ils étaient dignes. Celle
branche de réradition française nous semblait donc être parvenue à une phase de progrès très-satisfaisante, et nous étions loin de prévoir, quand il nous fut permis d'en aborder incidemment l'étude, qu'elle pouvait encore être envisagée sous un aspect presque absolument neuf. Nous acquîmes cette certitude après être intervenu, à notre tour, dans l'examen de certaines questions controversées qui nous parurent susceptibles d'être résolues, mais, toutefois, au moyen de procédés trèsdifférents de ceux dont les traditions de la science avaient consacré l'usage.
Ces dispositions novatrices et cetie manière de voir indépendante se rattachent.* sans doute, aux circons* tances heureuses qui nous fournirent l'occasion d'étudier en nature les deux groupes si précieux de monnaies gauloises, l'un en or, l'aulne en argent, trouvés à Pionsat et à Bridiers. Ces premières rcherches eurent pour résultat immédiat de nous entr*ouvrir la voie des interprétations conjecturales oii nous nous sommes plus tard résolument engagé et qui, en déûnitve, nous ont conduit à poser les principes d'une méthode spéciale de détermination applicable seulement aux monnaies de la Gaule.
En repassant dans notre esprit ce qui nous restait à dire des deux importantes découvertes dont il vient d'être question, il nous sembla tout d'abord qu'il serait bon et instructif de les rapprocher Tune de l'autre en les fondant dans un même travail; puis, nous nous arrêtâmes définitivement à ce parti quand nous eûmes
la conviction que ces deux trouvailles, les seules cl*dilleurs que nous avions eu la bonne fortune d'étudier dans tous leurs détails, nous fourniraient un assez grand nombre de types empreints de ce symbolisme céleste que nous voulions retrouver sous toutes ses formes. Du succès plus ou moins grand de ces recherches dépendaient, à la fois, la clarté d*exposition sous laquelle nous avions à cœur de présenter nos idées et le degré de vraisemblance qu'elles pouvaient acquérir, élant appuyées par de nombreux exemples.
Il ne s'agissait plus, après cette application reslreinto de nos principes, que de montrer le lien diiect par lequel les revers de Pionsat et de Bridiers se rattachaient aux conclusions générales du système esquissé déjà par nous dans de précédentes études.
En outre, nous devions naturellement nous attacher de préférence à la détermination de ces types monétaires qui nous étaient plus familiers et qui, procédant de Tart grec, dégagés de toute influence romaine, se rapportaient à des traditions plus reculées et devaient en conséquence se rapprocher davantage du véritable point de départ du monnayage gaulois. Nous devions logiquement procéder ainsi ; quitte à nous d'étendre par la suite, ainsi que nous l'avons fait dans ce livre, l'application de notre critérium à l'ensemble de la numismatiquegauloise. Dans ces nouvelles données, l'épreuve cesse d'être restreinte; elle prend au contraire de vastes proportions, et c'est de la constante multiplicité des faits observés que ressort la preuve la plus saisissante de
Texactitade de notre méthode; elle ne se meut point alors dans le cercle des conjectures; mais, parvenue sur un terrain solide, elle expose, cVune manière plus ou moins complète, renseignement religieux et scientifique du monnayage gaulois.
Ces considérations préliminaires une fois posées, nous aurons à développer dans toutes ses conséquences notre système qui tend à établir, à l'aide d'une série logique d'observations, les vérités suivantes :
Les revers inexpliqués des monnaies que nous nous proposons de décrire et d'interpréter tour à tour, repro» duisent, pour la plupart, sous la forme astronomique, les mythes religieux ei par contre, les notions d'^ro«* logie divinatoire spéciales aux divers peu}des aggio* mérés sous le joug de la vieille théocratie gauloise.
Lorsque, vers la fin de l'année 1852, nous eûmes entre nos mains cinq des plus beaux statères de Pionsat dont trois portaient la légende VERCINOETORIXS, et que nous fimes, des premiers, connattre à notre savant ami, feu Duchalais, cette curieuse découverte, il s'em* pressa de nous adresser, à ce propos, les lignes suivantes, datées de Mer (Loir-et-Cher) :
oc Vos renseignements sur les ateliers moné-
» taires limousins de l'époque mérovingienne m'ont 1 beaucoup intéressé, mais ce qui m'intéresserait beau» » coup plus encore et ce que je réclame de votre iné- » puisable obligeance, c'est Tempreinte sur cire à ca^
» cheter des aureu!» de la découverte de Pioû$ai qui
> loraberonl entre vos mains.
y Je prépare un travail détaillé sur tme ti^ntabe de » pièces provenant de ce trésor et que j'aî pu examiner » en nature ; et s*il m'était possible de me procurer des » types nouveaux, cela mo ferait grand plaisir. Comme » Tours aime toujours son petit, je me persuade que » mon mémoire pourra offrir quelque intérêt et Jeter * un petit jour sur un petit coin de la numismatique » gauloise.
% Si vous pouviez m'aîder vous me feriez grand » plaisir.
» Je crois tenir le fil de Phistoîre monétaire des Ar- 1 vernes , depuis le commencement jusqu'à la fin ;
> mais je m'aperçois que je vends la peau de mon ourt son. . . Adieu, cher ami^ merci encore. Je serai à Paris
> le 4 avril
> A. DUGHAUIS.
» }fer (Loir-et'Ch4r)^ 24 mar$ 1853. »
Mettant de cAté toute prétention petBonnêlIe et désireux, avant tout, de fournir à notre ami le sujet d*un beau travail qui, dans sa pensée, devait être le complément de sa Dt^eriptiWr de$ médùitUs gaut9iêei du ca^ binet dé Fariêj nous parvînmes à obtenir de diverti détenteurs bienveillants vfngl empreintes que noua lui ftmes aussitêt parvenir.
Cet envoi rendit Dnchalaia trfiMieurenx, ot ee ftot ^aa
ces circODStances, quand il était si près de sa fin, qu'il nous adressa de Paris la lettre suivante : nous en avons détaché un fragment pour la notice nécrologique publiée dans les Mémoires de la Société des sciences de la Creuse, dont Duchalais fut membre honoraire.
« .•...Vos empreintes m'ont vivement intéressé : )» tout, ou à peu près tout, y est nouveau pour moi, à ]» Texception du Vercingetorix que je connaissais déjà. » Je les ai confiées à un dessinateur qui en aura le plus » grand soin, ensuite, je vous les retournerai en y joi-
> gnant, si vous le désirez, ce que le cabinet de Paris » possède dans le même genre. .
» Mon travail n'avance guère ; sil vient à point, j'au-
> rai le plaisir de vous l'adresser.
» Ce sera quelque chose de tout nouveau qui m'attix> rera de grandes critiques de la part de bien des gens : 1» qui m'aurait valu un brevet de la calotte au siècle » dernier, ou qui ouvrira à la science une voie nouvelle » si j'ai rencontré juste.
» Voici mon système : l'imitation des monnaies grec- )i ques et romaines par les Gaulois a été d'abord entre- » prise dans un but purement commercial ; plus tard, » elle est devenue intelligente et nos ancêtres ont alors » emprunté à des peuples plus civilisés la manière d'ex- » primer leurs idées religieu£>eS| tout en conservant leur » propre individualité. Je n'entrerai pas dans plus de » détails^ ce serait trop long; un exemple, cependant. » a propos de Vercingetorix : l'Apollon du droit, c^esr
» Bélénus, le cheval du revers, l'emblème de la course 1» du soleil, sot invietus ; le €/> , comme Fa dit M. Lam- » bert, le signe du cours des astres ; le vase, enfin, un )» athlofi ou prix de la course dont parle le vieux et D obscur Pindare. Tout le reste est dans le même goût. )» Je ne vous parle de tout cela que parce que vous êtes » conservateur d'un musée, donc à vous la faute, dévo- 1» rez mon incartade numismatique
» 24 avril 1853. »
Nous avons publié ces lettres familières dans un triple but : d*abord pour établir que Duchalais était sur la voie d'interprétations nouvelles, mais différentes, à plus d'un égard, de celles que nous nous proposons de pro* duire; ensuite pour satisfaire le désir de quelques-uns des amis du savant numismate ; puis enfin parce qu'é* tant le point de départ de nos élucTes, ces lettres rendaient plus lucide pour tous Texposition de nos idées personnelles, en leur servant en quelque sorte de préface historique.
Quant aux empreintes dont il a été question, sontelles perdues ? nous Fignorons. Avaient-elles été communiquées à M. Lenormant qui, après la mort de Duchalais, avait commencé des études sur cette question? nous n'en savons rien. Toujours est-il que nous n'avons pas osé les réclamer dans la crainte de renouveler le deuil de deux familles.
En tout cas, la perte de ces tyjies se trouve eu partie réparéoj car depuis le jour où nous écrivions ces lignes, nons avons retrouvé dans notre correspondance l'es* tampage de Tune de ces médailles, au type de la cigogne, et M. Pey raton, d*Aubusson, nous a communiqué les empreintes de deux nouveaux aureus fort intéressanls que nous sgoutons à nos descriptions précédentes.