‹ Nouvel essai d'interprétation et de classification des monnaies de la GauleChapitre 5 sur 36 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Bridicrs.

Cette localité fut, au moyen Age, le siège de la vicomte de Bridiers ; on y rencontre sur une vaste étendue des substructions de diverses époques, des tumulus et des tronQons de voies antiques. On y a trouvé quantité de médailles consulaires et impériales, des bijoux en or» des urnes de pierre et de verre, un beau torse d^homme, en granit, le bras droit appuyé sur une roue à quatre rayons; de remarquables peintures murales; enfin, en dernier lieu, les trente-six médailles d'argent que nous avons déjà décrites et dont nous allons parler encore*

Nous déclarerons, avant tout, que nous avons beau* coup de choses à retrancher à l'esquisse trop succincte que nous avons publiée il y a trois ans, sous ce titre : Description dun trétor compote de trente-vœ médailles en argent^ trouvé à Bridiers , près la Souierrmne (Creuse) ; mais nous aurons, en revanche, à répondre à quelques objections qui ont été faites à nbs conjectures. La planche qui accompagnait notre premier travail repro-

duisait neuf des principaux types de la trouvaille. Nous ne publions aujourd'hui que trois autres pièces choisies parmi les inédites ; deux dexes didrachmes ne diffèrent que de très-peu de celles qu'on connaît déjà^ elles serviront au lecteur k' se remettre en mémoire nos pre* mières observations; la troisième de ces médailles, heureusement tenue en réserve, doit ajouter à l'intérêt de notre nouveau travail qui traite aujourd'hui une question de lapins grande importance que nous n'avions fait qu'efOeurer^ mais que nous nous proposions de reprendre.

M. Adrien de Longpérier, qui use avec bienveillance de sa vaste érudition, ayant pris quelque intérêt à la découverte de ces nouvelles monnaies, a pensé qu'il fallait les grouper en trois catégories : imitations de la demi-drachme de Marseille ; imitations des aureus de Philippe de Macédoine ; imitations des grosses pièces d'argent d'Emporium. Nous acceptons avec reconnaissance rx>pinion émise par le savant académicien.

Ces monnaies ont toutes, à peu de chose près, un poids variant de 4 gr. 39 à 4 gr. 40; quant à leur dia* mètre, il est généralement de 49 à 20 millimètres.

A. — Tète d'homme nue et laurée à droite.

T^. Quadrupède de forme singuli^ dont la tête est projetée en avant ; à Farrière-train de l'animal parait s'adapter une longue queue; le mouvement rappelle celui du taureau cornupète; au-dessus, une lampe hémi^érique,

suspendue et ÎDclinée à droite, d'où semble partir un trait qui va toucher les flancB de l'auimtidi A l'exerg[Uâ uq repUl. Grétietls au pouMour.

B. — Tête de femme à droite, coiffée d*un bandeau qui retient une chevelure à la grecque, avec pendant d'oreille à trois dispositions et collier. Cercle en grénetis.

1^. Cheval galopant à droite, et au-dessus figure dégénérée au type de la victoire; au-dessus de Fexergue, trois croissante imbriqués deux et un.

€% -^ Môme tète de femiûe qu'au numéro préoédeût» ^» Cheval gdoptmt à gauche ; au^essus, figure au type dégénéré de la victoire^ sembtoût aboutir à une petite tour ronde placée dan^ le champ, à gauche; au-dessous de Texergue, trois oroifisants imbriqués deux et un.

\m deux premières pièces A et B font partie du ca^ binet dé M. Dugenest përe^ la dernière appartient aux collections du Musée de Guéret.

Nous avons pansé que mt le revers de la didrachme À) ii rallait reennnattre un mythe se rapportant lu culte dé Bélénud ; nous croyons^ en effets que cé bizarre quadrupède» au typis dégénéré^ représente le taureau cornupète ou céleste des zodiaques antiques \ la lampe sMpMilKid M Inciinite à dmiie» oommela têt» d'Apollon,

Kgiiranl le soleil dans les bas-reliefs milhriaques, les trois croissants imbriqués placés aussi à la droite de iu Iampe> pour représenter sans doute rinfluence lunaire qui, selon la physique des anciens» fécondait la terre en mêlant son influence à celle du soleil ; enfin, et pour dernière analogie encore plus frappante^ c^e rayon par^. tant de la lampe pour aller atteindre le flanc du taureau. (V* le n* 8 de notre première planche.) Toutes ces circonstances combinées dans une même suite de monu^ menti devaient nous conduire à Tinterprétation que nous avions adoptée d'abord et à laquelle il nous a fallu cependant renoncer, comme on le verra plus tard^ par suite d'une application plus rigoureuse de notre mé«tbode.

En attendant, nous pouvons, dès à présenti consigner ici cette particularité astronomique très-importante^

Sur les treize médailles au type du Taureau, six ont à Tcxergue un épi et sept le ierpenu Or, en avril et en naif M» le signe du Taureau^ r£pi, et la tête du Serpent paraissent à ^orient du cieL

Abordons maintenant le terrain de la critique.

On nous a objecté, non sans raison, que les basreHeft mi^riaques qu'on trouve sur le sol de la France (ouchmt à la décadence de fart; que le mythe qu'ils représentent n'apparatt, même m Orient, qu'à une époque rdativesoeat récite par rapport à celle oin on

suppose que les tribus qui ont formé les peuples celtiques se sont séparées de la grande famille indienne.

Nous répondrons, tout d'abord> qu*il ne nous semble nullement nécessaire de faire remonter Fintroduction dans la Gaule, du mythe religieux en question, à Tépoque reculée des diverses migrations des peuples de rinde asiatique; la corporation des druides, si nombreuse qu'on la comparait à une nation, passait pour très-versée dans la connaissance de tous les dogmes et mystères religieux de Tancien monde; elle avait aussi ses prêtres voyageurs, et ce double don d'universalité et d'ubiquité se manifeste, on ne peut plus clairement, dans la légende du druide Âbaris, rappelée avec tant d'à-propos par M, de la Saussaye, pour justifier l'une de ses plus ingénieuses attributions. (Voy. n° 564 du Catalogue de Duchalais.)

Nous ajouterons que ce serait mal interpréter notre pensée que de faire dériver^ d'une manière trop immédiate, les symboles des revers de Bridiers des bas-reliefs mithriatiques de la décadence : c'est le contraire qui a eu lieu, c'est aussi le contraire que nous avons vouhi dire; en effet, nos pièces étant plus anciennes que les bas-reliefs signalés particulièrement dans le midi de la France, reproduisent aussi le type plus ancien d'un mystère qui était devenu commun aux religions de la Perse et de la Gaule, il se manifesta dans ce dernier pays, sous les empereurs, par des monuments lapidaires qui marquent une époque de retour ou de recrudescence. — Notre ai^umentation reposait donc sur des rapports

de ressemblance qui» tirés de monuments plus modernes, tendaient à en expliquer de plus anciens , on fait tous les jours usage de pareilles inductions.

En résumé» cela revient à établir» par des raisons déduites sans aucun artifice^ que la forme mithriaque et le taurobole sont des modifications qui remontent à travers les âges au type Mazdéen primitif. Ce type s'est successivement revêtu de formes spéciales dans divers pays et à diverses époques, dans la Gaule, particulièrement, il a paru de bonne heure» comme nos médailles imitées du type d*Emporium le prouvent» et il a persisté longtemps, puisque le savant historien» M. Henri Martin» en retrouve encore des traces jusqu'au YP siècle» dans les chants des bs^es gallois.

Il ne faut pourtant pas que ce point de vue spécial nous éloigne trop de cette série d'interprétations plus générale qui nous a été suggérée par l'ensemble des types qu'offre la numismatique gauloise.

Au revers de cette médaille» désignée dans notre planche par la lettre A et que nous venons d'examiner, il se présente un accessoire assez important dont nous pensons avoir trouvé la signification astronomique.

Il s'agit de cette grande ligne courbe» infléchie vers le milieu et dont les extrémités tendent à se rapprocher comme les deux bras d'une lyre; elle est placée derrière le taureau sans être adaptée à son échine. Au premier examen» nous avions été tenté de prendre cet accessoire pour un signe symbolique de la constellation du Bélier» mais cette supposition peu fondée» ne nous satisfaisant

pas^ nôu8 a oMduit à étudier avec plus de soin les ca* raetèrea astronomiques du taureau, et nous n avons pas tardé à reconnaître que les astronomes anciens avaient remarqué que cette constellation zodiacale suit une ieiarelie di£fêi«nte de celle des autres signes i qu'en un mot elle se lève à reculons. Cest pourquoi Manilius» dans ses Astronomiqmsy lib. I^ vers 355^ nous repré*» •ente le bélier :

* , « , admirans ayersum 9urgere taunun.

Et plus loin, au tiv. Il, vers 1 53, le même poâte nous montre la taureau :

Garnis ut av«rBU0 redeuado surgat ia arcum ?

D*aprà$ cette donnée^ noua soupçonnons fort que cette grande ligne oourbe, placée à Tarrière-train du taureau, indique la marche rétrog^de de cette eomtellation à son lever.

Nous verrons dana la suite de ce travail , qu'une ligne \

analogue désigne, sur d^utres monnaies, la marebe spéciale d'Hélice ou la Grande Ourse.

La pièce B au revers du cheval galopant à droite, avec la figure dégénérée de la Victoire planaat au* desaua, fait partie du groupe des cinq médailles que nous avons préoédemment si^alé comme offrant cette particularité, que les fleurons ou croissants imbriqués par trois sont tous placés au-dea^ous du tiait horiiontat

de Texergue, divisé en deux parties égales. Ce dét«i4| disions*Qous dans notre premier travail, disposé systé«* matiqqement tantôt au-dessus, tantôt au-dessous el su? toute retendue de la ligne ^ur laquelle est posée le cbe* val, semblerait indiquer, à la fois» les dou^se mais de l'année, les saisons et les équinoxes* Évidemment» il s'agit dans TespèM, des douze mois lunaires et du vtfini calendrier romain.

Dans ce système, la forme trinaire s'étendait même jusqu'à la division des mois en trois parties ; Calendes» Nones et Ides. Les calendes concordaiont avec chaque vekm de la nouvelle luni) qui était solennellewent annoncé au peu[de par les prêtiw,— L'exposition de ce symbolisme lunaire se retrouve dans la citation sui^ vante :

« Luna trivia eo quod tribus fungatur figuvis,ddqw B Yi^iua ait, tria virginis <Mra Diana ; nam eadem A Lunfty màem Diana, eadeon Proserpina vocatur, id » est terrestris, cœlestis et infemalis. (Yeteria seho« ji lastiffi commentaria, ad Germanioi prognostiûa,) »

(V. p. 159, Ed. Lemaire.)

Cinq antres revers, avec ie cheval galopent à gauche^ reproduisent ces mêmes croissants lunaires placés au« dessous de la ligne de l'exergue, et imbrlqnés en sens inverse de ceux que nous venons de décrire. Cest à ce groupe qu'appartient la médaille G, dont Pinterpréta^ tien est en quelque sorte un des clavaux de i» voûte sur laquelle s'est appuyé notre système.

Nous avons examiné bien des fois^ avec la plus scru-

puleuse attention, ce petit monument, et nous n'avons pu suspecter, ni atténuer en rien le précieux témoignage qu'il nous apporte, et nous croyons qu'il n'est personne de bonne foi qui, l'ayant vu, serait tenté de. le révoquer en doute.

Disons-le donc en toute assurance, nous avons bien en réalité, sous les yeux, dans cette petite figure au type dégénéré, la personnification évidente d'un signe zodiacal, et l'image d'une des stations visitées par le Soleil, dans cette petite tour ronde vers laquelle se dirige le cheval au galop, et qui est placée, comme il convient, à l'extrémité gauche du champ de la médaille. Ce n'est pas tout; pour compléter dans une absolue concordance les divers symboles représentés au revers de cette médaille, voici le type accessoire du fleuron ou des croissants lunaires qui se trouve, lui aussi, placé comme il convient dans la circonstance, c'est-àdire à l'extrémité gauche et au-dessous de la ligne de l'exergue.

Il n'est pas besoin, nous le pensons, d'insister beaucoup sur l'importance des &its que nous venons de signaler. La présence lûen constatée d'un zodiaque sur un groupe de médailles gauloises venant à l'appui de nos observations précédentes, nous permettrait de conclure, dès à présent^ avec une grande probabilité, que les peuples de la Gaule nous <mt bien réellement transmis, sur la plupart des revers de leurs monnaies^ leurs croyances cosmogoniqties.

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