CHAPITRE V
Le SyBftbole $•
Nous avons déjà beaucoup insisté sur la place importante que doit occuper, dans l'étude de la numismatique gauloise, le symbole du cours du soleil et des astres, figuré par le signe </> ; cet accessoire caractéristique déjà observé par nous sur le diadème d*une idole cos» mogonique de Cérès ou de Pk^oserpine, avait été signalé autrefois parM. Lambert comme emblème accompagnant une idole hippique en bronze. Nous avons retrouvé le même signe sur un détail d'architecture gallo*romaine, qui appartient au musée de Guéret; c*est une antéfixe en argile rouge, sur laquelle on voit une tête nue d'Apollon accostée des deux S inclinés; enfin nous la voyons encore figurer sur les archivoltes d'o^icules en terre cuite trouvés à Autun par M. Bulliot.
Ce signe qu'on rencontre à la fois sur les armes de l'âge de bronze et sur un si grand nombre de médailles gauloises, simple, redoublé, allongé ou triple, posé verticalement, incliné à droite ou à gauche, ayant à ses extrémités des étoiles ou des globules entourés de
cercles; ce signe, disons- nous, occupe aussi, parfois seul, le milieu du champ do la médaille; ou bien il y apparaît double et posé verticalement; il est clair que, dans ces derniers cas, le symbole en question tend à perdre son caractère accessoire et devient un type à signification essentielle, qui doit s'appliquer soit à la marche de Bélénus, à travers les signes zodiacaux, soit au cours des deux principales planètes de Tancien système, le Soleil et la Lune.
Quant aux diverses positions du type en général et à ses inclinaisons variées, Userait difficile de ne pas croire qu^elles caractérisent spécialement la marche ascendante ou descendante du soleil suivant la ligne tortueuse de Técliptiliqué ou encore les principales divisions des douze signes qui se combinaient, tantôt selon Tordre naturel des saisons, tantôt selon la série des attitudes que leur donnaient les anciens astrologues dans leurs planisphères célestes. Ainsi, on les voit représentés courant, comme le Lion, le Sagittaire et le Bélier ; debout, comme la Vierge, les Gémeaux, le Verseau; au repos, comme le Taureau, la Balance, le Capricorne; couchés, comme TÉcrevisse, le Scorpion, les Poissons. Les anciens avaient fait aussi cette observation exacte que le Lion, la Vierge et le Scorpion exécutent avec plus de lenteur leur ascension que les neuf autres signes ; c'est pourquoi Virgile les désigne par ces mots : Tordis mensibus (Géorgiques, lib. 1 , vers 32) .
D'après une série d'observations, le c^, de forme allongée, paraîtrait devoir désigner la série des six
gignaB septentrionaux, depuis le Bélier jusqu'au Soor-» pion, parce que le Sdeil met plus de temps à les par* courir que les six septentrionaux. Il s'ensuivrait que nos astrologues gaulois savaient, eux aussi, qu0 les sai^ sons du Printemps et de FËté ont plus de durée que celles de l'Automne ei de l'Hiver : la différence est» en réalité» d'environ sept jours» On le voit^ tout n'était pas arbitraire dans ces divisions dessign^*
I^a position verticale du S, comme nous l'avons déjà dit* trouve sou explioalion naturelle si on l'applique aux deux périodes des signes^ soit ascendants, soit descen^^ dants ; les premieis sont ceux que le Soleil parcourt en s'élevaiat et se rapprochant de plus en plus de son aénith. Us sont au non^re de six et vont du GapriowM aux Gémeaux ; les descendants sont composés de six autres signes qui ramènent le Soleil à son pmnt de départ.
Quelquefois, le symbole posé verticaleokent est barré au milieu ou affecte la forme du huit de chiffre 8 (êic) comme dans la médaille (n'' 7, planche 1, ntmausus^ in* certaine, et n"" 292, Cat. DuohO« et sur un revers des bronzes des Rémi, an type du Lion; il représente alors le signe gnomonique de la marche annuelle du Soleil.
JLa (pédaiUe n^ 447 (Cat. Duch.) que nous avons détjà citée et qui représente une tête de boeuf acqostée de deux ^ (iicj nous fournit l'explication du symbole double et posé dans le sens vertical. (Voir ce que aoua awoDS dh à prc^s du type du Taureau.)
Les V9 lo (sic) placés horiz<AlalaflaeiBt et o^NMéa
sont nne dégigaatioo probable det équinoxes ; aelon que le type a plus ou moins d'inclinaison» il semble s'en ra(q[>roeher ou s'en éloigner. En parlant dq type de FAigle, nous avons eu occasion d'en citer un exemptot en voici un nouveau tout aussi frappant ; au revers d« la médaille n"" 369, Auterd Eburavices (Cat. Piic}l.)t on remarque un cheval galopant à gauche; via-à^vis, un rameau; au-dessus, deux vi couchés; au-dessous, m sanglier, et entre ses jambes, un cercle entourant un gtobule. Le Rameau (nou$ mrw$ phêM tari à m dmutr la preuve) désigne la constellation d'H^cule qui» m septembre» paraît àTocoidrat du ciel; le StmgUer, ou ai on le veut concéder, f Ourse, sendt, lui aussi, i la place qui lui convient, puisqu*à cetteépoque de Tannée, cet astérisme est au p6le boréale Noua avpna d^ sp^. eifié le caractère du globule mtouré d'un cercle, quand il occupe 4e centra du champ de la médaille et nous aurwds occasion d*y revenir dana Texplication spé<date de ce symbolCf
Quant aux trois O (M) disposés en triangle, noua éprouvions qndque embarras à les expliquer; cepeii^ dant, nous croyons qu'ils ont trait à une des divisioiift astrologiques des douM signes par trois» ce qui donne des séries de quatre ; la premièfl^e est composée dee quatre signes doubles : les Poissons, les fiémeaux, la vierge et le Sagittaiire ; la seconde des quatre signas lro<* piques : le Bélier, la Balance, TÊcrevisseï le Gapriconec ces derniers semblent participer à la fin et.au eomàmh cernent de chaque saison; enfin la troisième dea
ire signes simples : le Taureau, le Lion, le Scorpion et le Verseau. — Il y a là, sauf erreur, une interprétation satisfaisante du revers de la médaille n^ 516 (Gat. Duch.) dont le champ est occupé par trois grands S disposés en triangle et cantonnés, chacun, d*un gros globule.
Sur une petite monnaie d*or conservée au musée de Rouen, on voit, au revers, un cheval galopant audessus du quel le signe c/> est substitué à la petite figure conductrice qui se rencontre ordinairement sur les médailles de ce style. Nous pourrions citer nombre d'autres exemples où le caractère de ce symbole se manifeste ; mais, où il nous paraît le mieux indiqué, c'est sur la suite des monnaies d'argent attribuées aux Gambolectri, n^ 14 à 20. (Gamb. incertains. Cat. Duch.) Lés revers représentent tous, au-dessus du cheval^ une petite tête semblable à celle du droit qui est très-probablement un Bélénus ; seulement, elle est plus petite et accompagnée d'un symbole en forme de <^ qui s'attache derrière. Il serait difficile de ne pas reconnaître dans ce fait répété une indication claire et précise du sens à donner au symbole en question.
Nous allons au devant d'une objection qu'on pourrait tirer de Femploi multiple du <^, soit qu'il se mêle aux accessoires des têtes du droit, soit qu'il se combine sur les revers avec une grande quantité d'autres emblèmes ; nous l'avons dit, il peut s'appliqua en général à la marche des astres; à celle de la lune, aussi bien qu'à celle des autres planètes. Il se pourrait même encore
qqe ce signe exprimât* dans certaines circonstances, la figoredonnée à quelques-unes des constellations : il y a, entre autres, spécialement, le groupe d'étoiles placé en avant du carré d*Arctosetqui forme Tastérisme désigné sous le nom de S de la Grande Ourse, le Dragon, le Serpentja faucille du Lion, la queue du Scorpion, etc.
M. Lambert croit que ce symbole aurait été composé dans Forigine de deux croissants opposés, superposés et réunis par l'un des points extrêmes et que le «^ pourrait être une manière d'exprimer la course ou la révolution de l'astre des nuits ; il va plus loin et ajoute : « Si on voulait donner à ce signe une valeur phonétique, on pourrait supposer qu'il serait l'initiale deSuly Souly Saulj qui paraît être le nom que les Celtes donnaient au Soleil ; mais cette hypothèse serait«eUe admissiUe? > Pour nons, bien loin de dédaigner ce point de vue, nous en reoonnaissonSy*au contraire, volontiers toute la valeur ; il est certain que, sur beaucoup de mé^ dailles gauloises, se trouvent des lettres dont les unes paraissent avoir un sens phonétique et les autres un sens emblématique : nous laisserons aux philologues le soin d'éclairer le premier point; quant au second, nous nous proposons de le traiter dans la suite de ce travail.
Pour nous résumer au sujet de l'interprétation qu'il convient de donner au signe «9, nous dirons : que c'est un symbole astronomique caractérisant d'une manière spéciale la marche du Soleil suivant la ligne tortueuse de l'Édiptique ; qu'il peut aussi repi-ésenter le cours
des autres astres ; qu'il appaiatt avec constaoce, sur les monnaies de la Gaale, comme emblème de l'astrologie divinatoire et y figure, au même titre que le Uiuus ou bâton augurai, sur les monnaies de la République romaine*
Ii€> Cîl^lmle emtourë 4*vii cerele» les 0i0%«ie»9
Le globule entouré d'un cecde est un lymbole astionomique^ non bien moins caractérisé que le précédent; chose digne de remarque, ce signe qui dans les hiéroglyphes égyptiens désigne le Soleil ou Âmmon Rha« est encore en usage dans la science moderne pour désigner le Soleil ; en sortequ'il est à croire que ifil était venu à quelque astronome l'idée d'étudier le numisaiatique de b Gaule« il aurait» bira avant nous, signalé ce curieux nq|)prochement.
Nous avons dctjà eu occasion de voir le globule emtouraut un cercle employé comme image du Soleil et plaoé entre le Lion et la Vierge* (N<> 867. Cat« Duch*) Nous allons encore retrouver ce même symbcde désignant le Soleil équinoxial et placé dans cette intention entre le CA^tioietle SangU^r^ sur le revers d'une autre médaille. (N"" 498. Cat. Duob.) Au droit de la mAme monnaie^
mt la constellation des Chevreaux qui se montra préeifément en mars, et vers Téquinoxe dn printemps.
Les mêmes remarques sont a faire pour les disques et les croissants : le premier de ces signes, ou Fannelet, caractérise les consteilalions extra-^zodiacaies; il figure au-dessus du Loup des médailles d'Argos. Nous Favons Yu, sur les monnaies gauloises, double et accouplé par un lien, figurer les deux principales étoiles du groupe des Gémeaux. Nous verrons six annelets représenter> dans un autre monument, la constellation de Persée.
Lescroissantsavecun point au milieu, posés verticalement, à droite ou à gauche, ou avee les cornes en Tair, désignent les diverses phases de la lune. Ces divers symboles occupent toujours, surtout au revers des médailles, des positions variées qui pourront servir, nous n'en doutons pas» à déterminer leur signification. Les croissants deviennent quelquefois un type essentid: par exemple, dans les monnaies anépigrapbes analogues à YINDIA, où les deux croissants opposés occupent le droit et le Sanglier le revers. (V. n**' 657 et 658. Cat. Duch.) Mais ce symbole apparaît surtout avec autorité dans un autre groupe des imitations ibériennes ou médailles rappelant le style de Rhoda. Le croissant se rencontre sur ces monnaies dans les cantons formés par la ligne crucifère qui divise en quatre parties le dhamp; dans ces cantons sont placés aussi les divers signes astronomiques dont nous avons parlé plus haut ^
le oo > les disques, les globules, les annetots, elc. Cette parlicnlarité nous paraît mériter la plus graode atten* lion. (V. les n'* 31 i à 339. Cat. Duch.)
Eic» Cercle» eeneenirlqiievt les Etoile».
Les cercles concentriques ont rapport à un autre ordre d'idées cosmologiques d'une portée plus générale. Ils rappellent naturellement à Tœil les sphères où se mouvaient les sept planètes des anciens systèmes astre* nomiques; la sphère du plus grand rayon est presque toujours composée de perles évidées et semble devoir correspondre à l'idée de la sphère des étoiles fixes, ou firmament. Certaines médailles ont leur champ entouré par des cercles de ce genre et de plus petits viennent eptourer la tête du droit ou le symbole du revers. Quelquefois, ces cercles plus petits, sont placés dans le champ des médailles et se composent de cinq ou sept annelets, par allusion sans doute au système planétaire du ciel antique.
Parmi les signes les plus fréquents sur les monnaies gauloises on remarque lesÉtoiles à cinq ou à six pointes, formées par l'enlacement de deux triangles; parfois, comme les annelets, elles sont unies à un lien en forme de S ; ce détail nous paraît avoir une grande importance
— sien ce qu'il établirait que le symbole en question serait en général Femblème du cours des astres.
Ces figures nommées: isjAôt pmiagones évidés^ tan^ tôt hexagones on triangles entacésy d'après une suitQ d'observations, nous semblent devoir représenter isolément» ou par groupes, les cinq planètes ou étoiles errantes. La figure a ce caractère constant sur les monnaies romaines consulaires, sur des vases d'argile, enfin on le retrouve intact dans les époques ultérieures, par exemple, sur la série des bronzes astronomiques firappés en Egypte, au type d'Adrien. Il y a donc dans le choix de cette forme consac^'ée^ à travers les siècles, l'intention formelle d'employer un signe dont le sens était généralement accepté. Gomme exemple à l'appui de cette donnée, nous décrivons la médaille (n^ 439. Cat. Duch.).
— Buste de femme, tourné à droite; les cheveux sont retenus par la spendone, ses épaules sont drapées. (Vénus).
1^. Dans le champ , un bige dont les chevaux galopent à droite; ce bige est conduit par un guerrier qui, d'une main, tient un bouclier de forme ovale, et de l'autre brandit une longue lance ; derrière lui, une étoile à cinq rayons ou pentagone évidé. (Mars.)
Sur ce bronze des Turones on a voulu, évidemment, dfei^r p«r l'étoile à cinq pointes la planète Mars. Il
ii*y aura plus de doutes à cet égard, si on veut bien se donner la peine de rapprocher ce type des nom-* brenses médailles consulaires , où on Yoit un symbole analogue servit à caractériser Jupiter, Saturne, Vénus, Mars ou Mercure envisagés comme astres planétaires. Nous nous proposons, d'ailleurs, dans la suite de ce travail, de consacrer tout un chapitre spécial à Teisa^ mén des nombreux emblèmes astronomiques qui figu-^ gurent sur les monnaies de la Répubhque ronmine.
On ne saurait confondre avec les triangles enlacés, tes astres rayonnes ou flamboyante^ nous oroyons qu'ils désignent les étoiles de première grandeur et se ^attachent à Tune des plus antiques traditions de Tastronomie, spécialement dans la circonstance où ils arpparaissent groupés par deux, et placés au-dessus et andessous du cheval.
Selon celte tradition, quatre grandes étoiles fixaient les limites des saisons aux points équinoxiaux et solsticiaux, toutes quatre de couleurs différentes, et opposéeSy deuœ par deux : les deux premières étaient rouges, les deux autres blanches; naturellement, quand les deux rouges étaient dans les signes des équinoxes de ce temps-là, l'une était au méridien supérieur, l'autre au point opposé. Ces deux grandes étoiles rouges étaient fQEil du Taureau, l'autre le Camr du Scorpion. Les deux autres, les blanches, répondaient aux signes solsticiaux, et c'étaient le Cœur du Lion et la Bouche du Poisson.
Les Perses disent que quatre belles étoiles ont été
établies pour garder les quatre coius du moude. Eu ef'« fet» dans les temps les plus reculés, trois mille ans ayant notre ère, VŒU du Taureau et le Cœur du Scorpion correspondaient aux équinoxes, et le Cœur du lÂon^ ainsi que le poisson austral, se trouvaient assez voisins des solstices. (V. Bâuxy, Hisl. de tastr.^ et Du» PUIS, Origine des cuit, tome I, p. 116.) Ce qui précède peut servir à expliquer les astres groupés par deux, audessus et au*dessous du cheval des n""' 490, 495^ 499 (Cat. Duch.). Le symbole en forme de V que surmontent trois étoiles et qui est placé sur le dos du cheval , n^ 492, est probablement ÏÉventail du Scorpion.
La présence de ces astres, sur ce groupe si intére9^ sant de médailles^ avait excité, à ce point, Tattention de Duchalais qu'il se demandait, dans une note de son Catalogue, que nous avons citée plus haut, si ces types accessoires n'étaient pas une manifestation pix>bablede9 croyances religieuses des Gaulois ; mais, par un soudain retour à cette réserve discrète qui lui était habituelle, il laissait Thonneur de cette idée à M. de Longpérier qui, lui-même, ne l'avait inspirée à Duchalais qu'en Tappuyant sur une analogie frappante des bronzes n**" 495 et suivants. (Incertaines de la Lyonnaise avec les l^endes lvcotina, vocarana, Cat. Duch.) avec les médailles d'argent deCnossusen Crète, dont les types ont rapport au culte du feu ou du Soleil.
Le personnage représenté, un genou en terre, sur le revers des bronzes en question, ressemble en effet beaucoup au Minotaure dans le Labyrinthe, figuré sur
les mounaies Cretoises; mais, pour oDlre compte, entraîné d'ailleurs par nos idées systématiques, nous sommes très porté à retrouver plutôt sur ces revers gaulois, Fastérisme, V Agenouillé^ appelé par les Grecs tyyouùLfftf et désigné d'ordinaire sous le nom A' Hercule. Cette constellation est représentée , selon la forme traditionnelle, sur les cartes célestes, fléchissant un genou et appuyant l'un de ses pieds sur la tôte du Dragon. Sous le pied droit de la figure représentée sur ce groupe de médailles gauloises, on voit en effet un annelet qui est évidemment un astre^ probablement celui de la tête du Dragon. (Voy. Maniliu$\ vers 633 et jiratusy vers 68, édit. Pingre, 1786,)
Quelquefois, ces astres ont jusqu'à huit ou dix rayons et leur présence concorde sur les mêmes monnaies avec celle des annelets, des globules entourés de cercles, et les croissants ; on en voit des exemples dans un autre groupe d'anépigraphes incertaines (Catalauni, n""* 687 à 690, Gat. Duch.) lUais il faut remarquer que sur le revers de ces pièces en potin, figure un personnage non moins intéressant que celui dont il vient d'être question. Pour qu'on puisse mieux en juger, nous décrirons la médaille n* 689 :
Cheval, d'une forme barbare (un ours, selon Mionnet), marchant à droite; au-dessus de lui un serpent.
^. Personnage courant à droite ; ses cheveux sont flottants; d'une main il tient une pique, de
l'autre ua objet circulaire semblable à une couronne.
Après une étude comparative de quatre revers analogues, mais différents par les détails, tout semble nous autoriser dans la supposition que ce personnage chevelu et la couronne qu'il porte, représentent deux constellations voisines Tune de l'autre, dans l'hémisphère septentrional^ à savoir : Arctophilax ou le Bouvier, et la Couronne d* Ariane ou Couronne boréale, Gnossia Stella, selon Virgile.
Nous ne voudrions pas nous éloigner de notre sujet, mais on nous permettra bien une courte digression ; nous voulons seulement dire, qu'il est à regretter que MM. de Longpérier et Duchalais n'aient pas poussé plus loin leurs conjectures, quand ils étaient si près d'une découverte qui, dans leurs mains savantes, serait bientôt devenue la clef de toute la partie obscure de la numismatique gauloise.
i^« •iiP«ie«iXYA\> 6 AT
Nous nous proposons dans ce paragraphe de déterminer toute une catégorie spéciale de symboles d'un nouveau genre, assez fréquents sur lès monnaies de la Gaule ; ce sont, pour la plupart, des lettres de l'alphabet
qui rappelant, par leur forme, la figure des constellations, semblent avoir été employées pour les désigner.
Le premier de ces signes dont nous ayons reconnu l'emploi, est la lettre x que nous supposerons devoir désigner la constellation d'Orion. Comme chacun le sait, les principales étoiles de cet astérisme sont disposées en forme de croix de Saint- André. Cet x, au premier abord, ne semble apparaître dans la numismatique gauloise que comme un emprunt insignifiant fait au type des deniers de la République Romaine, et dont l'emploi ne serait nullement motivé; mais il n'en est pas ainsi, comme on va le voir, car nous allons démontrer par un exemple assez remarquable que ce signe devient clairement un symbole destiné à désigner dans la médaille n** 672 (Cat. Duch.) la constellation d'Orion. Le milieu du champ de ce bronze est occupé au droit par un rameau qui le partage en deux parties égales, et les feuilles du milieu de ce rameau sont réunies par deux X, un de chaque côté. Ce rameau, nous aurons occasion de le démontrer plus tard, est l'emblème de la division du ciel en deux hémisphères, par Hercule.
Dans une autre médaille du môme groupe, n® 665 (Cat. Duch.) on voit q[>i^tre annelets occuper la place des deux x et opposés les uns aux autres, de chaque côté, de manière à former le même signe chevauchant, en quelque sorte, sir le Rameau.
Nous devons conclure de ces deux observations qu'il s'agit ici du même symbole sous deux de ses aspects et désignant ïingens Orion des anciens qui, s'étendant
josqn'aii delà des limitesdes deux hémisphères cétegtest ébdt censé participer des deux, et de plus était regardé comme le chef des autres constellatioiis.
Dans le premier cas^ le graveur, en plaçant i droite et à gauche du rameau, le x indiquait le double privilège d'ûrion; dans le second cas, où il est figuré seule* ment par quatre annelets, Orion occupe encore sa plaça intermédiaire entre les deux hémisphères célestes* On verr^ dans la suite, que les autres emplois de ce sym?* bole et, nous aurons à en signaler beaucoup, concordent avec Tapparition sur Thorizon céleste de plusieurs asté^ rismes qui, d'ordinaire, se combinent avec la présenœ d'Orion.
Il est an autre signe du môme caractère, que nous avions d'abord négligé, mais que, après un mur examen, nous nous sommes déddé à joindre à la série de ceux qui doivent être interprétés : c'est une sorte de A renversé y (iic)^ de forme aiguë, ou plutôt un Y» car le sommet de Tanf^e se continue en ligne verticale. €e signe se manifeste sur les revers d'un certain nombre de mé«dailles et a donné lieu à diverses interprétations que nous croyons erronées : comme toujours, on voulait faire servir cette lettre qu'on jugeait initiale, à une indication de localité^ mais elle se prêtait peu aux diverses attributions qu'on imaginait. Ce signe appartient particulièrement à un groupe d anépigraphes en bronze, en argent, en potin ; de plus, cet Y se remarque ordinairement placé dans la partie supérieure du champ de la médaille, et au^essus do cheval au galop. (Y. les
n*^ 660 à 664. IncBlaines. Gat Duch.) Sur an aureiis, n'' 812, da même Catalogue, les deux branches divergentes du signe'sont réunies par un autre Y renversé : ce détail, on va le voir, à son importance.
Ici la question est posée comme pour le symbole x et elle se résout de la même manière. S'il a règlement, comme nous devons le croire, un sens astronomique le signe A, placé le plus souvent au-dessus du cheval au galop, doit être employé pour désigner l'une des (Nriiicipales constellations; est-ce Cassiopée, qui a let le pri^ vilége de rester toujours au-dessus de notre horizon et qui a de plus la forme répétée d'un Y ou d'un M aux jambes très-écartées; comme ces deux formes sont usitées sur les médailles gauloises, Tune pourrait s'appliquer au Taureau et l'autre à Cassiopée.
Chose digne de remarque, les deux Y réunis par leurs branches divergentes, de manière à former un losange, sur l'aureus n"" 812, semblent faire allusion an renversement de la chaise de Cassiopée au coucher de la constellation.
eversâ àede, refertur.
(Arati phammena^ vers 701 .)
Nous citerons à Tappui de notre hypothèse, la médaille n* 305; incertaines de la Narbonnaise. (Cat. Duch.)
Deux têtes jeunes, nues et imberbes, accolées et tournées à droite (les Gémeaux).
]^. lioD marchant à droite, ^atre ses jambes un V.
En février, le Lion et les Gémeaux sont ensemble au côté gauche ou orient du ciel, et Casmpée est au pôle boréal.
Nous n*hésiterons pas à signaler encore plusieurs antres figures on caractères qui semblent avoir la même destination dans la numismatique gauloise: ainsi, leV couché (sic) indique, avec de grandes probabilités, le groupe des cinq étoiles placées dans la tête du Tau<reau et connues sous le nom des Hyades ; cette consteI« lation reproduit exactement dans le ciel la figure > ; dans la planche de symboles, qui accompagne le Cata* logue de Duchalais, elle est figurée avec cinq points, les cinq étoiles du front du Taureau, et forme le n** 4 de la catégorie K.
Hais un autre signe, TE lunaire, paraît avoir été employé pour désigner YJrc de Perséé ; le A délia , avec lequel nous le rencontrons fréquemment associé (Vt les monnaies d'argent, n®' 537, 538. Gat. Duch.) s'appliquerait à son tour à la désignation du Dettoton^ ou Triangle boréal, astérisme voisin de Tare de Persée.
Lanzi, dans son Saggio di linguaetriLScaiJl^ IV, n"" 6), donne une pierre gravée où le héros est représenté tenant la harpe, en forme de faucille, et venant de couper la tête de Méduse ; deux annelets désignent les deux étoiles placées sous la tête de Méduse et quatre autres annelets, disposés en forme de E, se voient audessous de l'arc ou de la Harpe.
Nous en dirons tout autant au sujet du signe ou de la lettre!, entre deux annelets (V. les n~ 571 , 572, 579, 696. Gat. Duch.) qui pourrait bien avoir été employé pour indiquer une autre constellation, la Grande croiw du Cygne, ou celle de Pégase.
là se bornent, du moins pour le moment, nos recherches sur cette intéressante catégorie de signes conventionnels et de symboles célestes, jusqu'alors regardés comme accessoires, et à ce titre, confondus avec des dégénérescences ou des reproductions insigni fiantes de marques usitées sur les monnaies antiques, sous la rubrique de différents monétaires. Si nous n'a* vous pas réussi à dissiper complètement cette erreur, nous croyons du moins lui avoir opposé des objections sérieuses. Il est vrai que nous n'avons examiné qu'un certain nombre de ces signes, ceux que nous avons jugé les plus importants, à cause de leur fréquence ; mais nous avons la presque certitude que parmi ceux qui nous restent à déterminer et auxquels nous consacrerons d'ailleurs un appendice, beaucoup viendraient à Tappui de notre hypothèse, et qu'un très-petit nombre seraient de nature à nous inspirer des doutes sur l'ensemble de nos conjectures.
CSAPITRB VI
IL» Lgrre» le Dtotn, les iPmh§mmnmf I» Plut»*
Nous nous proposons d'examiner dans ce chapitre les symboles que nons avons rangés dans une troisième classe et qui se manifestent par des emblèmes parlants, par des images d'objets réels ou des figures d'animaux. Ces divers signes ont tous une signification astrono-' mique.
Nous avons déjà parlé de la Lyre, lorsque nous avons décrit les aureus de Pionsat : elle y figure à la fois comme type principal au droit d^une médaille où elle tient la place d'Apollon et comme symbole accessoire, au revers d'une autre aureus où elle se trouve reproduite deux fois, au-dessus et au-dessous du cheval au galop. Nous avons déterminé la différence de ces deux emplois du type sans avoir expliqué le dembr; nous allons essayer de le faire.
Il est bon, avant tout, de savoir que Manîlius (vers 409, lib. V) nous apprend l'existence d^une deuxième constellation appelée la Lyre : il donne à la première le nom d'origine grecque Lyra, à la seconde le nom plus usité chez les latins de Pides, et leur assigne même
deux positions différentes dans le ciel. On doit supposer qu'il n'y a pas là d'erreur et que Manilius a bien voulu désigner deux astérismes différents. (V. la note p. 159, tome II, édit. Pingre.)
En admettant une autre hypothèse, la Lyre, qui s'appelle aussi le Vautour tombant^ a pu être assimilé à ÏAigle^ qui est désigné également sous un autre nom, le Vautour volant; de sorte qu'il y aurait eu deux Lyres^ comme il y avait deux Vautours.
Sur de nombreux revers, la Lyre est tantôt verticale (n"" 786. Cat. Duch.), tantôt inclinée à droite ou à gauche. Nous pensons que, dans ces divers caS/ nous avons toi^îours sous les yeux une image représentant la constellation boréale connme sous ce nom ; mais avec divers aspects relatifs à son lever, à son passage au méridien ou à son coucher.
Au reste, cette inclinaison de là Lyre s'explique par le passage suivant d'un commentaire de Buherius :
« Notum enim astronomes Lyram ponere couver-
sam« » Les astronomes ont pour usage de représente^r la Lyre incUnée. (V. 31. T. Ciceronis aratea phœnomiena. Note du vers 277. Ed. Lemaire.) Voyez aussi les médailles d or, n^ 739, 740, et celles d'argent, n^*784,785. (Cat. Duch.)
Sur plusieurs groupes de monnaies du Nord<-Ouest de la Gaule, publiées par H. Lambert de Bayeux, on voit la Lyre, inclinée à droite et placée au revers, sous le cheval au galop, se reproduire, renversée, parmi les accessoires qui ornent le sommet de la tête du droit.
Si l'opinion que nous avons émise au sujel du Sanglier placé dans les mêmes conditions^ au reTers et au droit des médailles armoricaines de ce dernier type, est fon-v dée y nous avons ici un nouvel exemple du coucher (au revers) et du lever héliaque (au droit] d'une même constellation. Dans tous les cas, on ne saurait nier que lobservation que nous avons faite au sujet du Sanglier, corrobore celle que nous faisons au sujet de ta Lyre. En outre, nous avons remarqué que sur ces médailles on voit fréquemment le symbole de Fa Couronne ; or, cet astérisme concorde dans le ciel avec la constellation de la Lyre.
Nous avons déjà parlé du SHota et des diverses interprétations qu'il conviendrait de donner à ce symbole astronomique; mais il ne sera pas inutile que nous fassions connaître deux exemples où il apparaît évidemment avec tous les caractères de la constellation zodiacale du Verseau : au revers d'une médaille à la légende SVTICOS, n' 442 (Cat. Duch.), on voit au-dessus du cheval le Rameau qui désigne Hercule, et au-dessous un Diola. Or, en août. Hercule et le Verseau apparaissent ensemble dans la partie orientale du ciel.
Un autre revers, à la légende GATAL, n^" 562 [Catailauni. Cat. Duch.) nous fait voir an aigle sur un foudre ; auprès de lui un Diota surmonté d*un besant dans un annelet. Or, en septembre, quand l'Aigle est ^ au méridien, on voit le verseau dans la partie orientale du ciel.
Plus d'une fois, nous avons cru rencontrer sur les monnaies gauloises la constellation zodiacale des PoiB^
sans, mais ii Dou&a semblé qu'elle se mauifesUiil avee quelque certitude sur un bronze à la légende ROVECA , n^ 476. {Incertaines de ta Lyounaise* Cat. Duoh.}
Au droit, tête de femme diadêmée, et derrière, un petit amour teoant une couronne (selon toute apparence, Vénus).
Hfc* -*- Cheval trottant à droite; à Texergue, deux dauphins affrontés; au-dessus du cheval, vers la croupe, une roue dont le moyeu est formé par un globule et le tour par un cercle de perles évidées; sous son ventre, un globule dans un cercle ; visà-vis de la tétç du cheval, deux globules dans deux cercles, réunis par une ligne ondulée.
Ce détail souligné nous semble caractéristique, il rappelle d'ailleurs un passage d'Aratus qui a rapport à la rituation.
procera que vincla yidebis
Quœ retinent pisces
(M.'T. Ciceronis Aratea.--' Éd. Lemaire.)
lyun ûbféi nous avons Vénus et TAmour ; selon la Fable, les poissons du Zodiaque sont ceux dont Vénus et l'Amour prirent la forme pour échapper aux poursuites de Ty{di(m. De Vautre, les deux Poissons, et en face du Cheval, un symbole astronomique (deux gbbules dans deux cercles reunis par un lien ondulé), qui spécifie la ligne tortueuse des étoiles, appelée le Cordon des Poissons^
Jusqu'à présenl, à peu près mattre du terrain sur lequel nous avons placé notre hypothèse» nous avons toujours attaqué de front les difficultés quand elles se présentaient; pourtant il n*est pas toujours possible de les résoudre; par la raison que les cartes célestes des divers peuples, et il n'y a certes pas d'exception pour la Gaole, dififerent et devaiœt différer les unes des autres par le choix et le nombre des figures, aussi bien que par les dénominations de certains astérismes. Cependant^ ces cartes offrent toutes entre elles de grandes analogies dont, après un mùr examen, on peut tirer d'utiles déductions. Nous allons entrer avec prudence dans cette voie.
Les groupes d'étoiles que nous avons reconnus antérieurement, sauf les constellations zodiacales, sont presque tous compris dans le voisinage de cette partie de l'hémisphère boréal appelée par les astronomes de notre pays le cercle d'apparition perpétuelle. C'est dans ce milieu plus connu et approprié k notre latitude, que nous devions chercher la place du nouveau symbole dont le sens nous échappait.
11 s'agit d'une Main étendue qui occupe au-dessous du cheval la même place que le Saucier, la Lyre, les grands astres et autres symbdes. Cette Main n'est pas, comme on a pu le croire, un type localisé et spécial au Santones, car on le voit sur des médailles très- variées de style, attribuées les unes à la Belgique, les autres à rArmorique, où il subit diverses modificatioas et n'est pas toujours accompagné des mêmes accessoires.
l)*uu autre oôlé, des portions distinctes de divei*s aster ismes portent le nomdela .f/am, ainsi, nous avons la main du Bouvier j la main du Codier^ la main d*Ândromède, la main de Géphée, elc. — La même observalion peut s'appliquer aux sphères Persique, Indienne et Barbare, où on trouve un emploi fréquent de cet emblème ; la même tradition se retrouve dans Tastronomie des Arabes.
Sur les médailles gauloises, ce symbole est souvent accompagné de la Couronne; guidé par cette concordance, nous serions enclin à supposer que cette Main représente le petit groupe d'étoiles quartaires, connu sous le nom de la Main du Bouvier.
« Habet autem stellas (Bootes), in dextra manu quatuor quae non occidunt » : Il a dans la main quatre étoiles qui ne se couchent pas; c'est-à-dire qui se trouvent dans notre cercle d*apparition perpétuelle et font partie de celles que les poètes lalius appelaient Sidéra sicca^ ou astres qui ne se baignent jamais dans la mer. (V. Veteris scholîastas in Germanici Âratea commentaria. Scboiium VIII. Ed. Lemaire.)
C'est encore cette main du Bouvier que le vieil Anacréon nous montre faisant tourner la constellation de la Grande Ourse.
XTpi^itcLi or Apxro; S^ti KoLTÀ x^lfiA th BôflJrot/
(Anacréon, Ode Ul.)
Le Serpent^ le thnkgmm*
Ce n'est pas sans motif que nous avons réuni sous le même titre les deux premiears de ces types qu'il est assez souvent difficile de distinguer l'un de l'autre, et qu'on peut confondre même avec l'Hydre participant du même symbolisme; on ne peut les reconnaître qu'en les rapprochant ; mais le seul guide pour éviter toute confusion, c'est la concordance des signes célestes qui nous a déjà servi à résoudre tant de problèmes.
Le serpent, dit Macrobe, était considéré par les anciens comme l'un des principaux emblèmes solaires ; l'œil perçant et vigilant de cet animal élait censé participer de la nature même et de l'éclat du Soleil ; aussi, les Serpents et les Dragons avaient-ils la garde des temples, des oracles, des édifices publics et des tré^ sors. (V. Macrobii Satumalia, cap. xx.)
Il y a lieu surtout de rappeler ici la cuiîeuse interprétation, par le même auteur, d'un autre mythe solaire, celui du Serpent tué par Apollon.
]jà marche du Soleil étant tortueuse comme celle du Serpent, par rapport à la ligne de Fécliptique qu'il parcourt en visitant les douze signes ; lorsque l'astre était
arrivé au bout de sa carrière, on disait quil avait tué le Dragon. (V. Macrobii baturnalia, lib. I, cap. xvii.)
A cette énigme sacrée se rattache sans doute l'adoption par les Ovates et les Druides du symbole astronomique <^ qui, non-seulement, serait l'emblème de la marche du Soleil, mais indiquerait aussi, selon M. Lambert, le cours oblique de la Lune, simulé par les mou-, nemenls ondulatoires du Dragon.
Nous aTons déjà eu occasion de déterminer le type monétaire du Serpenty lorsque nous avons décrit le groupe des statères de Pionsat. De plus, nous avons, aeloB notre méthode, cherché à prouver par des exem-* ptee que lorsque ce symbole apparaît accompagné d'ac* oeesoires astronomiqoes, au-dessus du Sanglier, du Cheval on du Taureau, ou à c6té de FAigle, il faut y reconnaître la, constellation boréale du Serpent; c'est là son caractère évident sur les monnaies de la Gaule ; ce n*est donc pas seulement comme emblème solaire qu'on l'y voit figurer.
La participation du berpeat, comme astérisme» aux mythes astrologiques, est donc le point exclusif qui attire notre attention ; quand noifô l'avons rencontré en compagnie de TAigle et du Taureaa, avec cette variété d'attitudes, cette mobilité spéciale aux signes célestes, nous devions, sans plus hésiter, y reconnaître l'asté-^ risme qui portece nom. Il n'y avait plus qu'à donner la raison d'être de ces fkits et à démontrer, comme nous favons fait, par des exemples, qu^elIe résulte de la con^ eordance de deux signes célestes : en effet, les constel-
lalKHit de YAigb et du Sergent occupent, ensemble, au m(HS de jain, la partie orientale do ciel.
Sur les monuaies d*argent trouvées à Bridiersi le Serpent est placé à l'exergue, sous le type du Taureau ; n*y a-t-il pas, dans cette circonstance, une allusion au lever du Taureau qui concorde avec le coucher du Serpenta Cet aspect était considéré par les anciens comme le signal du retour de Féquinoxe.
Dans l'importante série des Incertaines de la Belgique, de la Lyonnaise ou de TÂquitaine, il faut distinguer spécialement le groupe composé des médailles en potin (ï^r 687 à 691. Cal. Ducb.) oii apparaît arvee é?idence la constellation du serpent, au-dessus du sanglier et au-dessus du cheval. Nous décriroûs le n* 687 dont le revers nous représente un persofimge qoà i^'estMfrequele SerpetUaire ou Ophin€ho$é
Sanglier marchant à droite ; au-dessus de lai, un serpent et un astre à huit rayons ; un autre astre semblable entre ses jambes.
^. Personnage de face, vuàmi-corpé, semblant tenir à deux mains ses cheveux. (En réalité un serpent qui, à l'extrémité, se recourbe en fcmne d'anneau dans la main droite d'Ophiucus.)
Le» deux «stres sont probablement 1ŒU du Taureau et le Cœur du Scorpion toujours opposés (Aldebarsn €t Antsrès) qui» dans les temps les {dus reculés, se ra^ proehaieDt des écjpûnoxes et sent aujourd'hui roisins des sèlstioes^
Quant aux constellations du Serpent et dOphiacus* elles correspondent par leur lever du soir avec celui du Scorpion.
Im Haelie, la Rene^ le Trls^nèle, l'iEII.
La Hache n'est pas plus que la Lyre, la Main, le Sanglier, un type localisé ; mais elle a un sens généralement reconnu et adopté par le symbolisme gaulois, comme le «^^ ou comme le dragon qui est l'emblème cosmogonique de la régénération.
La Hache, instrument des sacrifices et signe de puis* sance, est l'un des plus antiques symboles religieux; commun à tous les peuples, il dut occuper une place importante dans la mythologie des Celtes, si ou en juge par leurs monuments; il fut, chez les Grecs, Tun des attributs du dieu AEON, personnification du tem|>s, selon le système orphique dont les mythes s'étaient notam* ment répandus dans la Gaule et qui en avait Tait son dieu Crom, comme d'autres peuples en firent Cronos; ce même attribut passa plus tard au Jupiter labradéen honoré en Carie, où ses images tenaient^ la main une hache au lieu de la foudre. Cet accessoire appartient, au même titre, à certaines divinités gauloises Celtiques ou Scandinaves, et c*est pourquoi il s'entremêle aux
oaractères raaiques et aux lignes serpentantes des grossieis monuments lapidaires qu'on rencontre dans les régions du Nord et dans notre Ârmorique.
Un fa it très-digne de remarque, c'est l'analogie qui existe cnfare la Hache et le Lituus romain auquel s'attache Li même idée divinatoire de partage, soit de la lerre, soitdu ciel, en quatre quartiers ou cantons. (Y. Cicéron de Divinatione.)
Pour peu qu'on veuille se reporter aux anciennes pratiques religieuses, on s'explique du reste la présence de la Hache dans le symbolisme monétaire des Gaulois ; elle figure sur des médailles du Nord-Ouest et de l'Armorique, mais, particulièrement avec de nombreux signes astronomiques, sur un groupe considérable de monnaies imitées de celles de Rhoda et de réminiscence ib^enne; les quatre cantons de la croix*qui occupe le champ du revers de ces pièces d'argent sont couverts par des croissants, des annelels, des globules, desoves, des astres, le signe ^ et des haches ; ce dernier emblème, le tranchant tourné à gauche, occupe, le plus souvent, le troisième canton. (Y* les n<» 311 à 339. Gat. Duch.)
Ce type que l'on désigne sous le nom de crucifère et que Lelewel avait le tort de vouloir localiser n'est, à proprement dire, que la roue à quatre rayons imitée des monnaies de Rhoda ; ordinairement réduite à des proportions accessoires, elle devient un symbole essentiel sur des monnaies de très-ancien style et sur celles attribuées aux Yolces-Tectosages ou elle paratt employée pour caractériser la marche du Soleil et les q|uatre sal-
sons, comme Ta judicieuseoiMt entrevu M. de b Sautsaye. (V, Numismatique de la Gaule Narb., p. 66*)
Par la manière systématique dont sont disposés les divers signes dont ii a été question, et particulièrement les hacbes, il est à croire que ces derniers emblèmes se rapportent spécialement aui^ équinoxes et au solstices ; d*autre part» les beswts et les croissants auraient trait aux phases de la Lune ; enfin, les autres symboles, à des ai^pects de planètes et de constellations. La mobilité constante de ces attributs autorise et confirme ces diverse conjectures»
Soit qu'elles se («ésentent sous forme de type essentiel, comme chez les Massaliotes et les Tectosages, amt qu'elles apparaissent seulement comme symboles aocessoires, sur les médailles du nord de la Gaule et de TArmorique, ces roues varient par le nombre de leurs rayons qui généralement va de qoatie à douze.
Si le type adopté par les Volces-Tectosages semUe se plier à une exposition spéciale des phénomènes célestes, il se rattache néanmmns étroitement au symiMV lisme monétaire de la Gaule, il faudrait en dire autant de toutes les monnaies des divers peuples du même pays qui, tous, varient quant au mode d'expression d'une même idée rdigiense : la divinisation du ciel et des astres.
Enfin, si la Roue et ses modifications dérive du type sdaire primitif de Rhoda, le Trisquèle des statères Arvemes imités de c^ix de Philippe de Macédonie, dé^ live, à 9ùn tour, de la Triquetra, symbole solaire adopté
par h Sioilè, et tmêt Bar les monnaies gattloiies nnê signification identique à celle de la Roue : les qnatM rayons» comme les trois jambes, caractérisent la marche du soleil à travers les saisons; aussi, sur la médaille Ar^ verne (n** 724, Cat. Duch.) voit-on un trisquèle dont les trois angles sont accompagnés par trois globules.
Parmi ces monnaies ibériennes presque toutes trou^ vées à Viellle*Tottlouse, et presque toutes en argent, il en est une en plomb, la dernière du groupe (n<» 889^ Gat. Ducb.), au droit de laquelle on voit flgdrer un autre emblème qui se trouve ainsi directement rap^ proche de celui de la Hache : c'est Vœil. Duchalais n*a pas voulu voir un attribut quelconque dans ce détail qu'il a con^déré toujours comme une dég^érescence de l'ensemble d'une tète humaine. Cependant, dans le n" 339, on ne saurait démêler une tète; nous y voyons une enclume dans la partie supérieure et antérieure de laquelle serait représenté un œil de face. Ce simulacre bizarre ou, si Ton veut cette idole en forme d'enclume, est environné, d'emblèmes que nous croyons être, à droite, deux poissons affrontés; au-dessus, des coins ou instruments assez semblables aux haches de pierre; & gauche, des annelets et des lignes serpentantes.
Dans un autre de ces groupes si ingénieusement composés par Duchalais, dans celui-là même, la circonstance est à noter, où se trouve cette curieuse série d'astres reproduits en nature, qui a donné lieu de la part de l'auteur du Catalogue à la remarque très-significative que nous avons citée plus haut, on compte
quatre anreus au type de Fœil humaifl, vu de profil ; la pranelle du n"" 493 est changée en une Roue à quatre rayons^ comme celles de Massilia ou de Rhoda^ enfin sur le revers du 492 on voit un Y au-dessus du cheval. (Yoirn- 490 à 494. Cat. Duch.)
Les médailles de ces deux groupes sont peut-être de toutes celles que nous avons examinées dans le cours de ce travail, les plus évidemment empreintes de ce caractère symbolique dont la constatation nous préoccupe. Nous nous sommes donc cru autorisé à voir, contrairement à l'avis d*un observateur très-habile, un emblème dans cet emploi numismatique de l'œil humain^ et qui plus est, la représentation d'un mythe religieux, analogue^ par exemple, à ceiui de Fœil d'Odin, toujours ouvert sur les actions des hommes.
« Cet emblème* dit Macrobe, représente Osiris ou le » Sdeil qui du haut des cieux porte ses regards sur ^ toute la nature. Les anciens appelaient le SoleiU » Vœil de Jupiter. Quand les Égyptiens voulut ex- » primer dans leur écriture sacrée ce fait qu'Osiris est ^ le Soleil, ils peignent un sceptre sui*montéd'un œil. » (Hacrobii Saturn, lib. I, cap. xxi.)
Ce n'est pas tout ; selon l'usage que nous avons adopté pour chaque dissertation^ nous voulons clore celle-ci par un essai. pratique de notre système.
M. Lambert a publié^ en 1866, dans la seconde partie de son œuvre (pi. YI, n"^ 14^ 15 et 16) trois aurons au
type de FGEil de face. ExaminoBS le pim compliqaé, ienM5.
Grand œil de face avec un astre radieux audessous et dans Tangle gauche du champ; à droite^ deux annelets réunis par un double trait et un petit triangle; au-dessous, un groupe de sept globules très-rapprochés.
^. Cheval libre, au galop, entre deux astres rayonnants.
Il y a dans la tète de la constellation du Taureau une grande étoile qui s'a[^Ue VŒU; voilà pour le type principal. Les deux symboles de droite, les deux annelets réunis par un double trait et le triangle, sont les deux étoiles du Bélier et Tastérisme le Triangle ; les sept globules, en groupe serré, sont les Pléiades.
Les deux astres rayonnants du revers correspondent évidonment aux deux solstices, et pour achever la concordance de tous les symboles, il n'y a plus qu'à coos-^ tater ce Tait, qu'en novembre et décembre, le Taureau, le Bélier, le Triangle et les Pléiades sont ensemble dans la partie orientale du ciel.
Le CiliUire, le IVawIre
(BIFUCATKm DU 8T1IB0U CABBÉ PLACÉ DETAKT LA TÉTB DU CHBTAL)
Snr un certain nombre de statères d'un assez bon
stylOf que les rédacteurs de catalogues sont convenus de donner à la Pannonie> on remarque un symbole lé plus souvent accessoire» quelquefois essentiel « c*est le Glaive : au droit, il est placé tantôt sur la joue, tantôt sous le col de la tête d'Apollon-Bélénus; au revers, il est dessous le cheval ; il est dans la main d'un cavalier sur les monnaies attribuées aux Bedones ; sur celles des Cambolectri (Aquitaine), il est au-dessus du cheval. Remploi de cet emblème par divers peuples nous indique qu'il n'est pas un différent localisé; samobilité, son association constante à d'autres attributs sont des rsdsons qui nous autorisent à croire qu'il a un caractère astronomique, comme ceux que nous avons déjà décrits*
Si cet emblème n*avait qu'un sens religieux, l'explication si ingénieuse et si vraisemblable que M. A. de Barthélémy a donnée de la présence du Glaive mv phu Sieurs médailles, et des rapports qu'offre ce type avec le mythe germanique de YÉpée, ne laisserait presque rien à désirer.
D'après ce savant numismate s'appuyant sur lautô^ rite de Strabon qui dit que les croyances des Gaulois avaient plus d'une analogie avec celles des Germains, c pleraque inter similia habentur. » (Lib. lY, cap. iv. Mores Galorum. Édit. Didot.), ces derniers honoraient comme image de l'un de leurs dieux, une vieille épée qu'àcertains jours solennels, ils fichaient en terre et exposaient à l'adoration de tout lé peuple.
M. Hucher revenant plus tard sur l'hypothèse de M« dé Barthélémy, rattache à ces pratiques rtligieubes
les danses militaires des Germains analognes à celles qui étaient désignées, dans TÂrmorique* sons le nom de Danse du Glaive. Ces considérations judicieuses, dont nous apprécions toute la valeur, se rapportent directement au type du Glaive ficbé en terre, avec un petit personnage, à droite, et un accessoire assez difficile à déterminer, à gauche (V* n^ 4. Pannoniennes. Cat. Duch.), mais elles ne s'appliquent, en aucune manière, aux Glaives placés, soit sous la tête d'Apollon ou sur sa joue, soit au-dessus ou au-dessous du cheval, soit encore dans la main droite d'un cavalier. (V. nM 1 , Camboleclri et Pannoniennes, n'^ 2 et 3. Cat. Duch.) Mais, d'un autre cdté, tous ces Glaives ont trait à une même conception.
Quoiqu'il en soit, pense Duchalais, c'est certainement au même mythe que doivent se rapporter c^ divers emplois de Vépée et leurs accessoires spéciaux sur les pièces décrites (aux n"* % 3 et 4. Pannoniennes), et il syoute : c De toutes ces circonstances, nous tirons » une autre conséquence qui pourra servir peut-être, » lorsque nous posséderons des détails plus étendes » sur les objets adorés par les Barbares, à éclairdr n l'histoire de leurs religions ; c'est que les symboles » placés devant le Bige ou le Cheval, ne sont point une » simple figure de pure fantaisie, mais bien un iimun lacre sacré qu'il faut toujours prendre en oonsidé- » ration. > Ceci se rapporte à la chaîne attachée au Glaive et dont l'extrémité se termine devant le ehevftl
par un globe épineux. Duchalais termine cet aperçM presque lumineux par ces mots : c Telle doit être la
> valeur du tableau carré ou de la tapisserie que nous
> avons signalée souvent comme étant attachée au stih mulus de Tauriga. >
Pour démontrer que Duchalais avait entrevu, encore une fois, la vérité, mais seulement dans la pénombre, nous allons d*abord examiner l'aureus où le Glaive posé verticalement au milieu de la médaille, en partage le champ et devient dans la circonstance un type essentiel ; c'est aussi à ce type^ on ne Taura pas oublié^ que se rapporte, selon M. de Barthélémy^ le mythe religieux de répée. Nous admettons ces prémisses, elles ne contrarient en rien notre système, elles y conduisent au contraire; oui, tous ces Glaives dans leurs divers aspects représentent dans le culte astronomique des Gaulois la constellation d'Orion ou du Glaive.
Dans l'espèce (n® 4. Cat. Duch.), la grande épée par*tageant du haut en bas le champ de la médaille, s^y montre à la fois comme emblème religieux et équijioxial : c'est probablement à cette époque de Faanée que se jNratiquait la cérémonie dont il a été question plus haut. Orion, en effet, est voisin de l'équinoxe, et sa fable se lie à celle du Taureau ; de plus, comme dans les poètes la partie, Gladiut, Ensis^ est prise ici pour le tout et caractérise YOrion ensifer, YOrion ingens des anciens, la plus belle des constellations méridionales^ visibles sur notre horizon, et qui, par la pli^ce
qu'elle occupe dans le ciel, semble s'étendre à la fois, sur les deux hémisphères, austral et boréal.
Pour ce qui est de la figurine en pied qui^ placée à la droite du Glaive, pardtt le maintenir dans sa position verticale, elle nous semble difficile à déterminer; cependant, ce petit personnage tient à la main une chaîne qui Tentoure et se dresse au-dessus de sa télé ; est-ce bien une chaîne? et n'y aurait-il pas lieu de croire, avec quelque vraisemblance, que nous avons ici Timage d'Ophiucus et du Serpent qui se couchent lorsque Orion se lève? Enfin en se guidant sur la concomitance des signes, le symbole confus et entortillé de gauche, ne pourrait-il pas être le Dragon?
Quant au Glaive qui figure à la fois au revers et au droitd*une même monnaie, sous le cheval, au-dessous du col de la tête d'Apollon ou sur sa joue, nous expliquerons ce fait de la même manière que nous l'avons déjà fait pour la Lyre et le Sanglier occupant les mêmes positions sous Pégase et dans la coiffure du dieu représenté au droit de la médaille. Il nous paraît, évidemment, qn'il s^agit, dans ces divers cas, d'une allusion au lever héliaque de la constellation qui apparaît au revers sous un autre aspect. Il y a pourtant une remarque à faire au sujet du Glaive placé sur la joue d'Apollon ; il est visiblement incliné, et cette circonstance justifie l'épithèle deveœui que lui donnent les poètes latins et qu'il partage d'ailleurs avec la Lyre.
Avant de continuer notre examen de ce type important, nous avons besoin de décrire, dans ses moindres
détaiis, le demi-stat^è, a*" 2» provisoirement attribué à la Pannonie par Dachalais; les aureus de ce coin ajqpartiennent bien positivement à la Gaule» puisqu'on ne ka trouve qu*en Normandie et en Bretagne*
— Tète jeune, imberiie et hurée^ sous le cou de laquelle on voit un glaive ooudié dont la pointe est tournée à gauche.
^« Cheval galopant à droite; sur sa croupe une figure drapée tenant d'une main les rêne» et de l'autre un petit navire richement omé» et terminé à la proue et à la poupe par des têtes de chevaux ; au centre, il y a au milieu im trait vertical traversé par un autre petit trait horizontal (un màt et sa vergue), et sur le flanc de la nacelle deux <^ couchés et opposés; vis-àvis la tête du cheval, une sorle d'épi ou de globe épineux d'où part une chaîne ondulée qui va se rattacher à la poignée d'un glaive placé sous le cheval, horizontalffln^it et la pointe à gaucèe; à Texergue, un Méandre et unÊpidegramen.
L'Êpée placée sous le cou de la figure de droite ne 90US laisse rien à dire ; nous devons lui appliquer la solution que nous avons antérieurement adoptée; c'est donc Taspect héliaque de la constellation du Glaive* Mais il n^en est pas de même du revers^ son ensemble trèasMoopUqué^ devait sosciter de nombreuses inter«-
prétilîcHis : celle de M. Lambert neos ptnlt de Goop préférable à toutes cdle» qui ont été donaées. Dans une dissertation remarquable et nourrie de textes topiques, cet érudit, envisageant au point de ^e religieux, le symbde de la nacelle y reconnaît le nmire isiaque^ et il appuie solidement son opinion sur un texte de Tacite (Germania, cap, ii), qui raconte que les Suèves de la Germanie offraient des sacrifices à la déesse Isis, sous la forme consacrée d'nn NaTire. Ce symbole était : m modum Libumœ.
M. Lambert voit, en conîîéquence, dans ce navire, Temblème du cours et de la navigation des astres, selon les idées de l'Egypte, et une cérémonie religieuse du culte d'Isb : nous nous rangerons voicmtiers à cette opinicm qui nous parah trèa^fondée, mais toutefois en nous réservant d'expliquer, par notre méthode babi-> tndle, tous les emUèmes qui sont représentés sur le levers en question et qui» tous, <» va le voifr, ont une valeur démonstrative.
La constellation delà Viei^, fréquMunent assimilée à llsis d'Egypte par les bMes astronomiques, est la figure drapée qui, inclinée çur la oraupe du cheval, tient dans sa main le Navire. Or, Értgoneeu Isis et l'Épi se lèvent le soir, en même temps que les étoiles de h mâture du Navire, les seules, d'ailleurs visibles sur notre horixcm; cependant Orion on le Glaive qui» à cette époque de l'mnée se trouve à Foccident du ciel, voit apparaître au-dessus de lui Féloile qui «^appelle son chien, Sirius, qui est représenté per le globe épineoi
OU plutôt l'épi de gramen ; ce dernier emblème se dresse en face de la tête du cheval^ et tient à une tige aboutissant à la poignée du Glaive.
Afin que la démonstration soit complète et claire pour chacun , il suffira de consulter une carte du ciel : en prolongeant vers la gauche la base du quadrilatère d*Orîon, ou la ligne du Baudrier, on trouve Sirius, la plus belle étoile du ciel^ et à l'orient de cette dernière on voit se dresser la poupe du Navire.
» Sed quum jgia virgo
» Nascitur, illa ratis média tenus arbore lucet. »
[Oermamci axatea^ vers 612. Éd. Lemaire.l
Tout cet ensemble astronomique ne saurait se manifester plus clairement* et caractérise d'ailleurs les environs de Téquinoxe de printemps \ époque à laquelle avait lieu sans doute la cérémonie isiaque évoquée d'une façon si heureuse par M. Lambert^ mais à un autre point de vue que le nôtre.
Les deux «^ couchés et opposés sur le flanc du Navire précisent le temps des équinoxes, et les têtes de chevaux de la proue et de la poupe, l'assimilation du cheval solaire à l'idée de la navigation des astres.
Nous aurons d'autres occasions de reconnaître dans les monnaies gauloises cette adoption des antiques dogmes de TÊgypte; en attendant^ comme tout s'enchaîne dans les études archéologiques, il ne sera pas hors de propos de rappeler ici l'existence de deux monuments qui ont trait à la question.
Le premier figurait dans la coUectioa d'antiquités de M. Houbigant, sous la désignation de vase affectant la forme d'un navire; cette poterie noire, en argile mal cuite, paraissait être d'une époque antérieure à l'art gallo-romain et avait été trouvée dans les tourbières de Brcslcs (Oise); elle reproduisait, quant à la forme, un véritable navigiuniy orné à la proue et à la poupe, de têtes d'animaux.
Ce précieux vase ne saurait être aulre chose que la liburne isiaqne des monnaies gauloises et dont nous venons d'expliquer Tusage et la signification.
Nous devons à M. de Mortillel l'occasion de ce curieux rapprochement, il fait mention de ce vase dans les origines de la navigation et de ta pêche. Nous renvoyons aussi le lecteur à la description des objets d'antiquités celtiques^ gallo-romains et mérovingiens du cabinet M. Uoubigant.
Le second mouument à citer est la grande lampe votive, de Pouzzoles, en terre cuite, reproduisant aussi la forme d'un navire, et dont M. Lenormant a donné une savante interprétation (V. Questionem cur P lato. y etc. In-4o. — FirminDidot, 1838).
Cette lampe votive offre tous les caractères astronomiques de nos Liburnœ : les groupes de figures, Isis et Sera pis, les Dioscures et Hercule; enfin, les deux inscriptions grecques qui les accompagnent et précisent lesensdeTenseinble décoratif, ne peuvent laisser aucun doute à cet égard.
Nous devons encore à M. Lambert, dont nous avons
Connu trop tard tes derniers Iravaux, le dessin (Tuii autre demi-statère emprunté au cabinet de Falaise.
— Tête laurée d* Apollon à droite ; trois petits globules disposés en triangle sont placés devant son froot.
1^. Personnage nu et courant, tenant de la main gauche la poignée d'une épée dont la pointe est retournée vers lui-même, et soutenant de sa main droite sa longue chevelure; quatre globules épineux ou quatre épis de gramen, munis de tiges ondulées, sont placés au-<lessous et en face du personnage, la tige de l'un de ces épis vient aboutir à la poignée du glaive.
(Cab. de Falaise).
Les trois petits globules placés en face du front de la tête laurée de Bélénus, sont les trois étoiles de Procyon ou du Petit Chien.
Si le symbole de Tépi de gramen ou de chiendent désigne la grande étoile de Sirius dans Texemple précédent, il faut en conclure que, dans celui qui nous occupe, le même symbole répété quatre fois doit s'appliquer aux quatre principales étoiles des groupes de Procyon et Sirius, appelés aussi les Chiens du chasseur, et participant aux mythes astronomiques de la constellation d'Orion.
Sans nous arrêter à cette hypothèse peu fondée que le globule épineux placé dans le ciel et d'où part la
chaîne qui de rattâdhe à td poignée de l'épée, semblerait confirmer le mythe germanique, eiï ce qne le glaive passait pour être tombé du ciel ; nous insisterons sur une antre particularité plus certaine, à savoir, que la poignée du glaive affecte la forme de Fx, ou croix de Saint André, qui sur d'autres monnaies, est le symbole du la constellation d'Orion.
Nous tenons i épuiser toute l'intéressante série des divers emplois du Glaive, parce qu elle doit encore nous révéler d'autres faits d'une grande importance, et montrer une fois de plus que tout s'enchaîne dans notre système; nous aurons atteint ce but, quand nous aurons décrit et expliqué les beaux statères et leurs quarts, au type du cavalier, qu'on attribue aux Redones.
— Tête laurée d'Apollon à droite.
^. Cavalier à longue chevelure, les deux bras étendus, tenant de la main droite un glaive, de la main gauche un bouclier; devant le cheval au galop^ le quadrilatère ou guidon symbolique, et au-dessous la Lyre posée verticalement sur un hémicycle à ailerons.
Notons d'abord que Orion est, avec le centaure, dont la tête seule apparaît sur notre horizon, l'unique astérisme qui soit représenté sur les cartes célestes avec un bouclier; il n'a point d'épée, mais il brandit un javelot. Il ne concorde point d'ailleurs avec les autres symboles figurés sur ce revers. — Au conti*aire, divers indices
nous font présumer que cette figure de grande taille est encore l'image d'Orion.
I/atlitude et la longue chevelure du personnage, ses deux bras armés étendus dans la direction des deux hémisphères caractérisent parfaitement FOrion du poète Manilius.
Gemere vicinum geminis licei Oriona, In magnam cœli tendentem bradiia partem.
(MamlHj lib. I, vers 394-395, Éd. Lemaire.)
Ajoutez la concordance de la Lyre placée sous le ventre du cheval, et qui occupe toujours la partie occidentale du ciel lorsque Orion se lève, aux approches du solstice d'hiver. En même temps, une autre constellation, la Croix du Cygne, qui accompagne la Lyre à son coucher, figure à côté d'elle, au-dessous du cheval, sur un certain nombre de ces slatères; enfin, sur un autre de ces mêmes aureus, on voit distinctement l'emblème X dont nous avons déjà déterminé la signification, sur le bouclier dont Orion est armé. — Quant à riiéraicycie muni d'ailerons sur lequel est posée la Lyre. il rend plus certaine la détermination de ce symbole comme astérisme, en lui donnant les attributions qui le font désigner aussi sous le nom de Vautour tombant.
Mais ce qui dans cette série de monnaies nous intéresse et doit attirer au plus haut point notre attention, c'est la variété des symboles placés en manière d'objectifs devant la tête du cheval au galop • tantôt c'est un Losange inscrit par des globules dans un
cercle ou !a roue à sept rayons; tantôt la Hache ou rÉpi de chiendent; puis enfin, sur l'aureus que nous avons décrit, le guidon carré dans lequel est inscrit un X. Ces faits nous confirment dans noire opinion que ces objets ont un caractère purement astronomique. Le losange est l'emblème de la constellation du Dauphin qui participe comme TÉpi de gramen au mythe céleste d'Orion ; de plus, quand ce dernier se lève, le Dauphin est à l'occident du ciel.
Expliquons maintenant , une fois pour toutes, ce guidon carré , ce tableau , cette tapisserie ^acrée^ ce péplum, cette tablette votive, car on a donné tous ces noms à ce mystérieux symbole.
Si le cavalier des statères attribués aux Redones, comme tous les aslérismes que nous avons signalés en sa compagnie nous autorisent à le croire, est une image d'Orion, le guidon carré qui apparaît sur notre aurons, à la même place que TÉpi de gramen et que le losange, est certainement un emblème qui est particulier, lui aussi, à Orion; c'e<^t un étendard symbolique spécifiant le rôle essentiel que joue cet astérisme dans Tastronomiedes anciens, comme chef des constellations australes. Manilius exprime ces attributions dans un beau vers r
Hoc duce per totum decummt sidéra mundum.
(Mamlii, lib. I, vers 402. Éd. Lemairef.)
Ainsi, ce symbole qui a donné lieu à tant dlnter-
prétatkmt ingénieuses serait, selon ootre système, rétendard d'Orion qui donns^t aux s^tres la signal de leur course dans le ciel et qui flotte, à ce titre, devant le cheval du SoIeiL
Si on voulait une nouvelle preuve gi l'appui de notre assertion, on la trouverait dans la suite des didrachmes de style armoricain où le symbole du guidon catré se produit fréquemment; toutefois, il ne saurait apparaître d*une manière constante puisque la constellation quil représente s efiTace pour nous du ciel, ou se couche, par rapport à d'autres astérismes : par exemple, sur les espèce» où figure la Couronne et le Bouvier qui se lèvent au printemps et par conséquent sont en oppo^ sition avec Orion qui se couche à cette même époque, on ne doit plus retrouver et on ne r^rouve plus, en effets devant la tôte du cheval, l'emblème quadrilatéral ou l'étendard d'Orion. Enfin un dernier fait confirmatif de notre hypothèse se manifeste sur un quart de statère trouvé en 1858, au camp de Sandonville, arrondissement du Havre : le guidon carré, traversé par deux lignes diagonales, le péplum de M. Lambert, se trotiveplacésousle cheval, et au-dessus, la Coupe et la Couronne. Or, ces deux derniers astérismes se lèvent quand Orion se couche.
le Coi^beatt, lu *iC6vtpt.
Le premier de ces sywiboles ^(ii> seuvent placé andessus ou au-dessous du cheval, n'apparaît que comme emblème accessoire dans ta numismaftique Gauloise, devient un type essentiel dans une série assee impor* tante de monnaies anépt^aphfes, «n poiin; il y occupe^ au drbtt, le milieu du champ de la médaille; les revers apppartienneni toujours ati cheval galopant à droite, accosté ou surmtibté dannelets, de globules et de créîssftnto»
Le Tomeau, ainsi posé verticalement et coupant en deux parties égales ie champ du droit de la médaille» se compose d'une tige a nœuds; à cette tige vieiinent se rattacher des feuilles opposées et an milieu desquelles sont, taiHôt des anntlets^ tantôt des globùleSi (V; les n^*665à 678 du Cat- Ouoh.)
Ce rameau, avec ses àcceissotres» ïious palraft faire alteion à un mythe, à la fois religieux et astroiH^mrque : en effet, pour peu qu'on veuille y réfléchir, on en trouve tout d'abord un, des plus répandus dans la haute antiquité, auquel cet emblème pourrait fort bien se rattacher et môme devoir son origine.
On sait que les plus anciennes feUes télestes atU*ihuaient au vieil Àlcée et à son successeur Hek'culev Vii>^ servation première d^% lois àstronomiqooB : Iltreule
rapporte d*A$ie la connaissance de la sphère, il indique et marque par ses douze travaux les douze signes du zodiaque et partage la voûte céleste en deux hémisphères : les mémos croyances répandues dans le monde entier devaient naturellement avoir été inlroduiles dans le culte d*Ogmios, le vieil Hercule Gaulois : de là viendrait la reproduction, sur les monnaies de la Gaule^ du Rameau symbolique qui était l'un des principaux attributs d'Hercule céleste, soit par analogie avec la fable de sa massue qui, plantée en terre, se couvrit de feuillage, soit en souvenir de son initiation au colle de Gérés. Quoi qu'il en puisse être, on conviendra que ce Rameau coupant par le milieu le champ de médailles où sont constamment représentés des astres ou des symboles astronomiques, s'expliquerait d'une manière assez vraisemblable par une allusion directe aux travaux et aux mérites du dieu savant : ce Rameau ne serait, alors, rien autre chose qu'un emblème de la division du ciel en deux hémisphères, par Hercule, et cela nous a paru à peu près établi, quand nous avons décrit ailleurs la médaille (n* 673. Cat. Duch.j où Ion voit les deux x symboliques d'Orion placés de chaque cdté du Rameau, pour indiquer que cet astérisme semble s'étendre à la fois sur les limites des deux hémisphères célestes. (Voir ce que nous avons dit plus haut à propos du signe X.)
Mais, nous ne devons pas seulement nous borner à décrire le Rameau vertical, car il apparaît sur d'autres monnaies, placé.horizontalement on au-dessous du che-
val. Ce symbole, par ses combinaisons avec d'autres qui nous ont servi à l'expliquer, nous a paru devoir spécialement désigner les divers aspects de la constellation d'Hercule. (V, les n"* 442 el 444. Cat. Duch.) Nous prierons aussi le lecteur de se reporter aux chapitres où, parlant du Diola (le Verseau) et du symbole (^, nous avons été conduit par la concordance logique de certains astérismes, à déterminer, par anticipation, l'emblème du Rameau ; ce qui ne doit pas nous empêcher de consigner ici, selon les précédents de notre méthode, des exemples à l'appui de notre opinion ; les voici :
442 VnCCOS {Snticos). Tête jeune, imberbe,
tournée à gauche; ses cheveux, ceints d'un diadème, se relèvent en chignon derrière le cou. (Apollon).
1^. — Cheval galopant, à gauche; sur son dos est placé un Rameau ; au-dessus, dans le champ, un annelet; sous le cheval, un Diota accosté de deux annelets ayant chacun, a l'intérieur, un globule.