‹ Nouvel manuel complet d'industrie laitière pour la province de QuébecChapitre 3 sur 33 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Matières premières du lait. — Prix de revient : Maind'œuvre, travail des animaux, semences, engrais, intérêts des capitaux, frais d'entretien, amortissements, assurances et autres frais généraux. — Importance du prix de revient des récoltes, — Travail personnel et bénéfices du cultivateur. — Rotations. — Etude d'un assolenient. — Exemples d'assolements. — Prairies et pâturages : Trèfle, mil, dactyle pelotonné, prairies et pâturages permanents, foin. — Eourrages verts. — Ensilage. — Racines fourragères.— Grains et pailles. — Remarques générales.

Matières premières du lait — Définition. — Les matières premières du l;jit sont tous les fourrages secs et verts, les racines fourragères, les tuhercules, les grains, les moulées, les farines, les tourteaux et autres résidus industriels qui peuvent servir de nourriture aux vaches laitières.

On les appelle matières premières du lait parce qu'ils sont réellement la base de sa production économique, au point de vue de sa quantité et, dans une certaine mesure, au point de vue de sa qualité. Sans ces produits, pas de lait ; au contraire si la récolte annuelle en est abondante, leur qualité excellente, s'ils sont bien choisis, bien assortis, on

pourra compter sur une grande quantité de bon lait.

C'est là une chose évidente. Combien de cultivateurs, cependant, agissent comme s'ils l'ignoraient et rattachent leurs bénéfices au nombre de leurs vaches, sans songer tout d'abord au rendement à l'arpent, à l'assortiment, à la bonne qualité et à la quantité des récoltes,sauf à laisser dépérir ces vaches pendant les sécheresses de l'été et les rigueurs de l'hiver, ou à acheter au dehors le surplus d'aliments qui leur manque, moyen en général peu rémunératif pour des cultivateurs ne disposant que de ressources fort limitées.

Augmentation des bénéfices. — Il est actuellement un fait certain, c'est qu'il serait fort difficile à un cultivateur de vendre, avec un bénéfice suffisant, aux fabriques de beurre et de fromage, du lait obtenu avec des fourrages, des grains, etc., payés aux prix des marchés ; tandis que, d'un autre côté, par une culture bien entendue, il peut obtenir sur sa terre des récoltes à un prix suffisamment bas pour lui permettre d'en tirer un bon bénéfice par l'industrie laitière, même au prix actuel du lait dans les fabriques.

C'est, je le répète, en diminuant le plus possible le prix auquel lui reviennent ses récoltes, en en

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augmentant le rendement à l'arpent, la quantité, en les choisissant, les assortissant convenablement et en n'ayant que juste le nombre de vaches voulu pour les consommer et les transformer économiquement en lait, puis en utilisant convenablement les sous-produits de la laiterie, que le cultivateur peut espérer augmenter ses revenus ; aussi ne saurait-on trop lui recommander la prudence dans l'achat au dehors de fourrages ou d'autres aliments, ni attirer tout d'abord son attention sur le fait que je viens de signaler. Je ne parle pas ici de l'échange d'une partie des produits de la ferme contre d'autres produits industriels plus économiques pour l'alimentation des vaches; échange fort avantageux dans certaines circonstances et sur lequel nous reviendrons.

Qu'il me soit permis d'insister sur ces remarques. C'est à ce point de vue surtout que je me propose d'examiner la production économique du lait par les petits cultivateurs.

Récoltes. — Les récoltes sont le résultat de l'association de trois choses : (1) les forces gratuites de la nature qui font germer la graine, développent les plantes, transforment dans le sol les engrais non assimilables en engrais assimilables, etc. ; (2) le capital représenté par l'ensemble des milieux naturels ou

artificiels OLi s'exercent ces forces, par les matières sur lesquelles elles agissent et par les animaux, les machines et instruments au moyen desquels on les contrôle ; (3) le travail plus ou moins efficace de l'homme.

Plus un cultivateur, pourvu des moyens nécessaires, saura, par un travail énergique et intelligent, utiliser les forces naturelles que la Providence met gratuitement à sa disposition, plus ses récoltes seront abondantes et économiques, plus, par suite, ses chances de bénéfices seront grandes.

Prix de revient des récoltes.— Les bénéfices à réaliser par la culture en vue de l'industrie laitière dépendent tout d'abord du ''prix de revient des récoltes"

On entend par prix de revient des récoltes la somme des dépenses qu'elles occasionnent au cultivateur et qui se classent comme suit :

Main-d'œuvre. Frais d'entretien.

Travail des animaux. Amortissements.— Déprécia- Semences, tion. — Usure.

Engrais. Assurances et autres frais Intérêts des capitaux. généraux secondaires.

Moins la somme de ces dépenses sera élevée, plus il restera de marge pour les bénéfices.

D INDUSTRIE LAITIERE

Le prix de revient p3ut encore se définir le prix le plus bas auquel le cultiv^ateur doit livrer ses récoltes à ses étables pour la production du lait. Si une tonne de foin lui coûte $5, il devra, pour ne rien perdre, céder cette tonne de foin à ses étables à un prix qui ne soit pas inférieur à $5.

Puisqu'un cultivateur doit toujours chercher à diminuer le prix de revient de ses récoltes, il est important pour lui de bien connaître les éléments qui le constituent, afin de pouvoir déterminer exactement les points faibles de son entreprise et y porter remède. Ces éléments du prix de revient viennent préi^isément d'être énumérés plus haut et nous allons les passer en revue.

Main d'oeuvre. —La main d'œuvre est l'élément le plus important du prix de i-evient des récoltes. C'est l'an de ceux sur lequel le cultivateur a le plus de prise.

La main d'œuvre des réaoltes est constituée par l'ensemble de tous les travaux qu'il faut exécuter annuellement pour les obtenir : labours, hersages, transport et épandage des fumiers et des engrais, binages et sarclages, etc.

Le prix de cette main d'œuvre revient au cultivateur lui-même et aux salariés qu'il a engagés,

suivant la part prise par chacun, dans les travaux. Une fois les autres salariés payés le cultivateur, au point de vue de la main d'œuvre, doit se considérer lui-même comme un salarié et exiger tout d'abord de sa terre, qui est son atelier, une rémunération suffisante de sa part de travail effectif ; il doit établir en conséquence le prix de revient de ses récoltes.

Il est souvent possible de diminuer dans une la/rge mesure les frais de main d'œuvre par tonne de récolte, par une meilleure organisation générale de l'entreprise, (1) qui répartit mieux les divers travaux dans le cours de l'année, (2) qui leur donne plus d'efficacité.

La première et la plus importante des conditions nécessaires pour pouvoir augmenter l'efficacité de la main d'œuvre et la bien répartir dans le cours de l'année, est de cultiver une terre dont l'étendue soit proportionnée aux moyens pécuniaires et autres dont on dispose. Lorsqu'une terre est trop étendue, il est impossible d'exécuter convenablement les divers travaux au moment voulu, on est pressé, gène et les circonstances atmosphériques ne le permettent presque jamais ; les récoltes en sont diminuées. En proportionnant l'étendue de la terre aux moyens dont on dispose, il est plus facile de s'arranger de

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manière à pouvoir choisir, pour leur exécution, les moments les plus favorables. La somme des récoltes se trouve généralement plus forte sur une terre petite, bien cultiyéa, que sur une terre plus grande mais mal cultivée.

Il est fort difficile de donner des règles au sujet de l'étendue des terres qu'il est possible de cultiver avantageusement, puisque cela dépend des moyens d'action de chacun, cependant on peut poser, en règle générale, que, dans la province de Québec, dans l'état actuel de l'agriculture, une terre de 50 à 100 arpents est tout ce qu'un cultivateur, disposant de moyens ordinaires, peut cultiver convenablement avec l'aide de sa famille. Ceux qui possèdent des terres plus grandes pourraient en profiter pour l'établissement de leurs enfants ; ou n'en cultiver que les parties les plus avantageuses, ^mettant, dans le cas où la chose serait possible, le reste en prairies permanentes en dehors de l'assolement ; ou reboiser dans le cas de terres rocheuses; ou en laisser provisoirement une partie en friche, sauf à y revenir plus tard, les ressources augmentant.

" Il y a, dit un économiste agricole distingué, M. Lecouteux, faisant contraste avec les splendeurs de la grande culture, des petits cultivateurs qui, ne pouvant plus rémunérer la main-d'œuvre à raison

de ses prétentions actuelles, réduisent leur faire valoir aux proportions de terres qu'ils peuvent manœuvrer par eux-mêmes sans ouvriers payés. Ceux-là battent en retraite. Ils embrassent moins d étendue. Ils ne comptent que sur eux. Ont-ils tort? Non certes. Ils marchaient à la ruine. Ils ont chance de marcher désormais vers le mieux être, vers une grande indépendance."

Une fois cette question de l'étendue des terres bien établie, voici quelques moyens généraux de diminuer les frais de main-d'oeuvre.

Bien répartir la main-d'œuvre consiste à s'arranger de façon à n'être jamais pressé par les travaux. Pour cela on donnera, dans la mesure du possible, de l'extension aux cultures qui demandent le moins de main-d'a^uvre, comme les pâturages, sans cependant pousser la chose de manière à nuire à l'entretien de la fertilité et de la propreté du sol, à la sécurité et à l'abondance des récoltes. Un autre bon moyen consiste à choisir des cultures qui ne demandent pas toutes à être travaillées en même temps. Il faut varier les récoltes.

Augmenter l'efficacité de la main-d'œuvre revient à obtenir des récoltes plus fortes et plus riches avec la même ou une moindre somme de travail.

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Lorsque les travaux sont faits au temps voulu, leur efficacité est en gênerai plus grande. Par exemple, il est très difficile de pulvériser certaines terres argileuses labourées par un temps pluvieux. Si on n3 les pulvérise pas complètement, la récolte en souffre ; si on les pulvérise, les frais de culture deviennent considérables. En cultivant ces sols au temps favorable, on évite cette alternative et le trav^ail se fait économiquement.

Il y a une foule de moyens d'augmenter l'efficacité de la main-d'œuvre, parmi lesquels un grand nombre dépendent de conditions locales. Ils sont bien connus du bon cultivateur et c'est dans leur application raisonnée que se manifeste son habileté. On peut encore ajouter, d'une manière générale, que tout ce qui tend à améliorer le sol et à faciliter les travaux de culture, augmente aussi l'efficacité de la main-d'œuvre.

Travail des animaux. — Il s'agit ici exclusivement des animaux employés aux transports, aux battages, à la traction des instruments aratoires, etc., c'est-à-dire des chevaux et boeufs de travail.

Tous les fourrages, graines, racines qui servent à la nourriture de ces animaux doivent être prélevés sur les récoltes de la ferme, diminuant d'autant la quantité disponible pour la production du lait. Les

soins à ces animaux demandent par an l'équivalent d'un certain nombre de journées de travail ; il y a encore d'autres frais comme le ferrage, les remèdes, etc.

L'entretien annuel de ces animaux représente donc une somme d'argent déterminée qui, partagée entre le nombre annuel de leurs Tournées de travail effectif, donne le prix de la journée

On peut compter que l'entretien d'un cheval coûte annuellement et suivant les circonstances, de $50 à $100 et plus, en tenant compte de tou>« les frais : nourriture, soins, abris, remèdes, intérêts, amortissements, risques et part dans les frais généraux. Supposant que le cheval travaille 200 jours par an, sa journée reviendrait à une somme variant entre 25cts. et 50 cts.

Pour diminuer le prix de la journée d'un cheval il ne faut pas, comme beaucoup le font, calculer sur la nourriture. Un cheval mal nourri ne donne pas autant de travail par jour qu'un cheval bien nourri ; il s'use plus vite et les frais d'amortissements doivent en être augmentés. L'amortissement d'un cheval est la somme annuelle qu'il faut mettre de côté pour représenter sa dépréciation. Le meilleur moyen pour diminuer le prix de la journée d'un cheval est, tout en le nourrissant bien, d'augmenter le nombre de ses

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journées de travail effectif par an, parce qu'alors la somme d'argent qui représente son entretien annuel sera répartie en un bien plus grand nombre de journées. Pour cela, sur une ferme, il faut réduire le nombre des chevaux au strict nécessaire.

La question du ^oût de l'entretien des chevaux de travail n'est pas la seule qui influe sur le coût du travail de ces animaux, il faut encore tenir compte de la quantité de travail fournie, deux chevaux dont le prix de la journée est le même, peuvent ne pas donner la même somme de travail dans le même temps.

La règle générale est d'avoir de bons chevaux, actifs au pas, capables de fournir journellement une bonne somme de travail effectif ; de les bien nourrir et de ]es faire travailler chaque année le plus possible en ne conservant d'animaux de trait que ce qui est strictement nécessaire pour les besoins de la ferme.

On peut employer, soit des chevaux, soit des bœufs. L'entretien des bœufs est bien moins coûteux que celui des chevaux auxquels ils sont supérieurs pour tous les travaux qui exigent un fort tirage et un effort soutenu.

Frais de semences. — Les frais de semences ne sont relativement pas bien considérables. Cependant il est possible de les diminuer un peu, non pas en achetant de la mauvaise semence, bon marche, ou en en semant une faible quantité à l'arpent, ce qu'il ne faut jamais faire, mais en cultivant autant que possible des plantes qui occupent le sol pendant plusieurs années, et surtout par l'emploi de semoirs qui répartissent mieux les semences et les rendent plus efficaces.

Engrais. — 1^. Nature de la fertilité du sol. — Le sol naturel est un mélange de matériaux provenant de la décomposition des roches et de détritus végétaux. Il contient toujours une certaine quantité de substances pouvant servir d'aliments aux plantes. Une partie de ces substances sont directement assimilables par elles, c'est-à-dire peuvent être absorbées telles qu'elles par leurs racines ; d'autres ne sont pas encore assimilables et ne le deviennent que petit à petit sous Tinfluence des agents atmosphériques qui déterminent dans le sol luimême des réactions chimiques et des transformations qui les rendent propres à l'alimentation directe des plantes. La somme de ces éléments naturels assimilables et non assimilables constitue la " richesse naturelle " du sol qui varie d'un sol à l'autre. La richesse naturelle des sols est en général très grande

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et pour ainsi dire inépuisable. La proportion des éléments assin diables que le sol contient à un moment déterminé est la base de sa "fertilité naturelle. "

Les plantes demandent pour se développer les éléments principaux suiv^ants :

Acide phosphorique. Chaux.

Azote. Magnésie.

Potasse. Oxyde de fer et silice.

Si l'un d'eux seulement vient àfaire défaut, quelleque grande que soit dans le sol la quantité des autres, le terrain ne portera que des récoltes chétives. hsi " fertilité naturelle" du sol dépend donc aussi des proportions relatives de ces divers éléments. Elle dépend encore de son état physique, c'est-à-dire de sa texture, de la facilité avec laquelle il se laisse pénétrer par l'air, l'humidité et, d'une façon générale, par les agents atmosphériques, puis de la manière dont il retient l'humidité. Enfin, les éléments assimilables du sol ou des engrais qu'on y introduit sont, en général, solubles dans l'eau, et les sols ne sont pas tous capables au même degré de les retenir et de les empêcher d'être entraînés dans le sous-sol par les eaux de pluie dans lesquelles ils se dissolvent au fur et à mesure qu'ils deviennent solubles ; les sols n'ont pas tous le même " pouvoir

absorbant" ni le même '' pouvoir rétentif". Leur fertilité naturelle dépend donc encore de ces deux propriétés.

^0. Variation de la fertilité du sol. — Cette fertilité peut diminuer ou s'épuiser momentanément: si on retire du sol, par des récoltes successives faites sans restitution, plus d'éléments assimilables, qu'il ne s'en forme par les transformations intérieures dont nous venons de parler ; ou seulement si on épuise un seul des éléments; si enfin, par manque de travail du sol ou pour toute autre raison, ses propriétés physiques et chimiques ou ses pouvoirs absorbant et retentif sont diminués, de manière à ce que les transformations intérieures soient moins actives et à ce qu'une plus grande partie des éléments assimilables soient entraînés dans le sous-sol.

Si \si fertilité naturelle de certains sols est grande, dans d'autres, au contraire, bien que la richesse naturelle soit pour ainsi dire inépuisable, la fertilité naturelle reste faible, parce que les transformations intérieures sont lentes ; ou parce qu'une partie des éléments assimilables sont entraînés au fur et à mesure de leur formation ; ou parce que l'un ou l'autre des éléments nécessaires à la vie des plantes fait défaut ; ou enfin parce que les propriétés physiques et chimiques du sol sont mauvaises.

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Il y a de nombreux moyens artificiels de corriger les défauts naturels de ces sols. L'augmentation de fertilité qui en résulte s'appelle " fertilité acqvAse ".

Le moyen le plus usité consiste à améliorer la qualité du sol et à l'enrichir au moyen d'engrais et d'amendements.

3o. Engrais propreinent dits. — Par les engrais on fournit au sol les éléments nutritifs qui y manquent ou qui y deviennent trop lentement assimilables pour pouvoir satisfaire à la demande des récoltes.

Si un engrais contient tous les éléments nutritifs des plantes, dans leurs proportions moyennes, on dit que c'est un engrais complet. Toutes les plantes ne demandent pas au sol les éléments nutritifs dans les mêmes proportions. Certaines d'entre elles exigent surtout de la potasse, d'autres de l'azote, d'autres de l'acide phospliorique ; de même, certains sols ne contiennent pas toujours les éléments nutritifs dans des proportions convenables pour certaines récoltes. Quand on compose un engrais spécialement pour un sol ou pour une récolte déterminée, cet engrais est appelé " engrais spécial, " ou " engrais à dominantes^

J^o. A'inendements. — Les amendements sont de deux sortes. Les uns ont pour but de déterminer ou de faciliter dans le sol les réactions par lesquelles les éléments non assimilables sont transformés en éléments assimilables, et de modifier avantageusement les propriétés physiques, mécaniques et chimiques du sol, tout en enrichissant celui-ci, plus ou moins, d'éléments nutritifs nécessaires aux plantes. La chaux et le fumier peuvent être considérés comme les types principaux de ce genre d'amendements. Les autres ont pour but simplement de modifier la texture du sol pour le rendre plus perméable aux agents atmosphériques et pKis facile à travailler s'il est trop lourd, ou plus compact, s'il est trop léo-er. L'addition d'aroile ou de sable rentre dans cette catégorie d'amendements.

L'un des caractères de ce dernier genre d'amendements est d'avoir un effet durable. Lorsqu'on les emploie, les frais qu'il nécessitent doivent être, tout comme les frais de drainage ou de bâtisses, ajoutés à la valeur de la terre, ne grevant les récoltes que par les intérêts de la somme d'argent qui les représente. .

Le premier genre d'amendements, au contraire, ainsi que les engrais, n'ont qu'un eftet temporaire, ne durant au plus qu'un petit nombre d'années.

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Les frais qu'ils nécessitent doivent donc entrer annuellement dans les prix de revient des récoltes qui doivent toujours en rembourser le montant. Ces frais auQ-mentent donc dans une laro-e mesure le prix coûtant des récoltes, et il faut tendre à les diminuer le plus possible par tonne de récolte.

5o. Diminittion des frais d'engrais. — Ce serait une mauvaise chose, pour arriver à ce but, que d'employer des engrais de seconde classe parce qu'ils sont bon marché, ou d'en employer en quantité insuffisante. C'est aussi un mauvais calcul d'employer des engrais et des amendements qui ne sont pas bien appropriés aux sols auxquels on les destine, ou d'en employer dans des sols qui ne sont pas préparés à les recevoir et à leur faire rendre tout leur effet, parce que,dans ces cas, l'augmentation des récoltes ne répond pas aux frais d'achat et d'épandage. C'est encore une mauvaise chos3 de ne pas soigner ses fumiers pour en diminuer le prix coûtant parce que, dans ce cas, on perd une partie des éléments nutritifs qu'ils contiennent.

Pour diminuer les frais d'engr lis, il faut en employer qui soient bien appropriés aux sols ou aux récoltes auxquels ils sont destinés. Les engrais spéciaux doivent avoir la préférence. De plus, les amendements comme la chaux et le famier,facilit a;n,t

et accélérant clans le sol les transformations des éléments non assimilables en éléments assimilables, puis augmentant les pouvoirs absorbant et rétentif du sol, sont par suite un moyen d'économiser les engrais proprement dits qui sont en général plus onéreux pour le cultivateur,

La culture de fourrages riches, que l'on enterrera comme engrais verts ou qui serviront à la nourriture des animaux, doit ensuite être recommandée, surtout s'ils sont constitués par des légumineuses comme le trèfle, les pois qui vont puiser avec leurs racines, dans les profondeurs du sol, des éléments nutritifs qu'elles transforment et ramènent à la surface et qui jouissent de la propriété importante de puiser leur azote dans l'air par l'intermédiaire de petits tubercules parasites qui se développent sur leurs racine=i. Or, les engrais azotés sont les plus nécessaires et généralement les plus dispendieux, ces légumineuses sont d©nc un moyen d'en diminuer les frais d'achat. Si on les enterre comme enorais verts, elles modifieront avantageusement la texture du sol.

De plus, les racines de certaines de ces plantes, pénétrant le sol dans tous les sens jusqu'à une assez grande profondeur, celles de la récolte subséquente, en suivant leurs traces, descendront bien plus facilement et plus profondément dans le sous-sol à la

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recherche de leur nourriture. Enfin le sol, ainsi fouille par toutes ces racines, sera plus perméable à l'air et à l'eau, et les réactions intérieures seront plus actives.

Faire en sorte que le sol soit le plus longtemps possible chaque année couvert de végétation, ce qui diminue l'entraînement des engrais solubles dans le sous-sol et est, par conséquent, un bon moyen de diminuer les frais d'achat d'en^-rais.

Le trav^ail du sol par les instruments aratoires est aussi un des meilleurs moyens de diminuer les achats d engrais. Les labours, les binages, les sarclages, etc.; exécutés en bon temps, facilitent l'action des agents atmosphériques sur le sol et y accélèrent la transformation des éléments non assimilables en éléments assimilables, augmentant ainsi " la fertilité actuelle " du sol aux dépens desa '' richesse naturelle. " Ils laissent aux forces gratuites de la nature pour ainsi dire le soin de la préparation d'une partie des engrais nécessaires pour répondre aux besoins des plantes. Par ces façons, le cultivateur supplée au moyen de son travail à une partie de ce qu'il aurait fallu acheter d'engrais à prix d'argent. Lorsqu'un cultivateur n'a pas une terre trop étendue et qu'il peut faire son travail lui-même, ou lorsque la main d'œuvre est bon mar-

ché, ce moyen de fertiliser le sol doit recevoir toute son attention ; il doit en tenir compte dans le choix de son assolement.

Un autre moyen consiste à acheter des aliments comme les tourteaux, que l'on fera tout d'abord consommer par les animaux. Ces aliments faciliteront la digestion des autres aliments, augmenteront la production du lait, puis donneront un fumier très riche qui améliorera la fertilité du sol dans une large mesure.

Par ce moyen, il y aura nécessairement perte d'une partie des éléments fertilisants, mais, si ces aliments ne sont pas achetés trop cher, leur emploi sera écononomique. Ce moyen est très employé en Angleterre ; quelques praticiens distingués l'emploient aussi avec succès dans cette province et le recommandent fortement.

Le drainage et l'égouttement du sol y facilitent l'action des agents atmosphériques et celle des engrais qui y sont apportés, et procurent aussi une économie d'engrais.

Les moyens économiques d'entretenir la fertilité du sol et de diminuer les frais d'achat d'engrais sont donc nombreux et l'attention des cultivateurs doit être attirée ici sur eux. De plus, la règle gêné-

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raie actuellement, lorsqu'on se sert d'engrais, est de les employer de manière à en retrouver la valeur aussi rapidement que possible et d'employer des engrais rapidement assimilables; enfin, on recommande les doses moyennes mais souvent répétées.

Intérêts des capitaux. — On appelle capital la somme d'argent qu'il a fallu débourser pour se procurer la terre, les bâtisses, les clôtures, les instruments aratoires, les animaux de travail, etc.; en un mot, c'est la valeur de la terre et de la partie du matériel qui sert aux récoltes. Si cette somme était placée en banque, elle rapporterait chaque année à son propriétaire, et sans travail, un intérêt déterminé. Il faut donc, qu'en dehors des sommes que le cultivateur peut retirer comme salaire de son travail, il retire encore l'intérêt de sa terre. Lorsque le cultivateur est fermiei-, ou lorsqu'il emprunte les sommes nécessaires à son entreprise, l'obligation de compter chaque année les intérêts des capitaux et d'en grever les lécoltes s'impose absolument. Pour diminuer le prix de revient des récoltes, il faut chercher à diminuer ces intérêts autant que possible. Ceci ne veut pas dire que le cultivateur, au lieu de retirer 4 à o^'jo ^^ ^^^ capital, doive se contenter de 1^2^' mais signifie uniquement qu'il doit toujours tendre à employer le plus petit capital possible pour obtenir un résultat déterminé.

Voici les fautes à év^ifcer relativement aux capitaux :

Prix d'achat de la terre trop ëlevë.

Bâtisses trop luxueuses, mal comprises, ou trop considérables pour les récoltes qu'il est possible d'espérer sur cette terre, et le nombre d'animaux que ces récoltes permettent d'y intretenir.

Animaux et voitures de luxe représentant une mise de fonds qui ne rapporte rien, tout en grevant d'intérêts les revenus de la ferme.

Trop d'animaux de travail pour les travaux à exécuter.

Achat d'instruments coûteux, simplement commodes et souvent inutiles, dont on pourrait se passer, la ferme n'étant pas trop considérable, par un peu de travail supplémentaire ou, si l'on engage des ouvriers, en organisant mieux leur travail, ainsi que par une meilleure surveillance.

Avoir recours à la main d'œuvre étrangère pour tous les travaux d'amélioration permanente sur la ferme, lorsqu'on peut les faire soi-même à temps perdu.

D'une façon générale, capitaux empruntés à un taux plus élevé que celui qu'ils peuvent rapporter

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de la manière dont ils doivent être employés sur la ferme.

D'un autre côté, des améliorations permanentes, comme le drainage, le dérochage et les amendements qui modifient d'une façon durable la nature du sol, comme l'apport de sable dans les terrains argileux, d'argile dans les terrains sablonneux, sont des travaux oii il y a souvent avantage à engager des capitaux.

Cette question de capitaux et d'intérêts est de la plus haute importance et mérite toute l'attention du cultivateur. Il n'}^ a souvent aucun moyen de remettre sur un bon pied une aftaire mal organisée dès le début au point de vue des capitaux ; des pertes en résultent fatalement. La plus grande partie des insuccès en agriculture provient, on peut le dire, de l'ignorance des faits que nous venons de signaler ou de la négligence des cultivateurs à leur égard, et l'augmentation du rendement des récoltes ne peut souvent rien contre la mauvaise organisation générale d'une entreprise.

Frais d'entretien. — Les frais d'entretien sont

représentés par la somme d'argent et le travail

. nécessaires pour entretenir chaque année les écuries,

les instruments aratoiresjes clôtures, chemin s, fossés,

drains, etc. en bon état. Ce sont des dépenses néces-

saires et inévitables qui grèvent forcement le prix de revient des récoltes, mais que l'on peut atténuer.

Plus une bâtisse est construite solidement, moins elle demauôe d'entretien annuel. Lorsqu'on dispose de la somme nécessaire, il vaut mieux construire solidement, en augmentant un peu le capital et par suite les frais d'intérêts, mais diminuant ceux d'entretien. Lorsqu'on ne dispose pas entièrement, sans avoir recours à l'emprunt, des fonds nécessaires, on peut conseiller de construire plus économiquement, diminuant le capital engagé, mais augmentant les frais d'entretien auxquels le cultivateur est le plus en état de subvenir avec ses propres ressources et par son travail personnel. En règle générale, meilleure est la qualité d'une bâtisse, d'une clôture, d'un chemin, d'un drainage, d'un instrument, etc., plus la fraction de capital et, par suite, les intérêts qui s'y rapportent, sont considérables, mais moins les frais d'entretien le sont et réciproquement.

On diminue les frais d'entretien d'une façon considérable en maintenant l'ordre et la propreté dans la ferme, soignant bien les instruments, ne les laissant pas exposés aux influences atmosphériques, ne forçant pas les animaux de travail, n'attendant pas, pour les soigner, que leurs indispositions dégénèrent en maladies, et par une feule d'autres moyens que

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tout cultivateur intelligent ne manque pas de trouver, s'il est persuade que la négligence sous ce rapport est toujours onéreuse.

Les réparations doivent toujours être faites à temps ; si on les remet de jour en jour, les dégradations augmentent rapidement et il devient coûteux d'y porter remède. Elles ne doivent jamais être faites à moitié, mais complètement et avec le plus grand soin, sans cela elles ne durent pas.

Le cultivateur doit éviter toute négligence sous le rapport des frais d'entretien que demande son entreprise : le supplément de bénéfices qu'il peut obtenir en améliorant sa culture par ailleurs est souvent mangé par ces frais qu'un peu de soin lui aurait fait éviter. Il doit toujours en tenir compte dans le calcul du prix de revient des récoltes.

Amortissements. — Dépréciation.— Usure. —

On appelle dépréciation la perte de valeur que subit, par exemple, un instrument d'agriculture quand il passe des mains du marchand dans celles du cultivateur ou lorsqu'il subit une avarie.

On appelle usure la dépréciation que subit un instrument, un cheval etc., par suite d'un usage prolongé.

On appelle amortissement, la somme d'argent qu'il faut prélever annuellement sur les bénéfices

bruts de l'entreprise pour parer à cette dépréciation et à cette usure, de manière à avoir en main la valeur nécessaire pour se pi^ocurer l'objet auquel il se rapporte lorsqu'il deviendra nécessaire de remplacer cet objet par un neuf, au bout d'un certain nombre d'années

Pour les animaux de travail, comme les chevaux, on peut comptei* 8 à 10°^o par an dès qu'ils ont 4? ou 5 ans. Pour les instruments aratoires de 10 à .20//. C'est-à-dire qu'il faudra avoir en main de quoi pouvoir les remplacer au bout de 6 à 10 ans, suivant les cas. Pour les instruments aratoires, l'amortissement vai-ie beaucoup suivant leur nature, leur qualité moyenne et les soins que l'on en prend.

On diminue les frais d'amortissement par les mêmes moyens que les frais d'entretien : par des soins plus grands, en n'achetant que des instruments et des animaux de première classe, qui durent plus longtemps et subissent une moindre dépréciation au moment de l'achat.

Les frais d'amortissement ne doivent pas être ignorés. Bien des cultivateurs S3 trouvent obligés d'avoir recours au crédit pour remplacer des instruments hors d'usage, faute d'avoir prévu cette éventualité et d'y avoir paré par des amortissements an-

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nuels ; et le crédit est une chose souvent ruineuse, dont il faut user avec la plus grande circonspection.

La question des amortissements ne saurait être trop signalée à l'attention des cultivateurs. Elle est toujours l'origine d'une sage habitude de prévoyance.

Ces amortissements doivent aussi être prëlevës sur les récoltes dont il faut calculer le prix de revient en conséquence.

Assurances et autres frais généraux. — Les

frais généraux sont, en dehors des frais de ménage, les nombreuses dépenses continuellement nécessaires dans toute entreprise, et que l'on ne peut classer dans aucune des catégories dont nous venons de parler. Ce sont les assurances, les transports, les voyages, les taxes, etc.

Dans toute entreprise agricole,sérieusement administrée, des assurances sont toujours prises. On ne saurait trop encourager cette mesure. Quant aux autres frais généraux, il est souvent facile de les diminuer, et il ne faut jamais y manquer chaque fois que l'occasion s'en présente. Ils augmentent dans une mesure assez importante le prix de revient des récoltes.

Se souvenir que le premier argent gagné est celui qui n'est point dépensé.

Importance de rétablissement du prix de revient des récoltes. — Elle provient du fait que le calcul du prix de revient des récoltes nécessite de la part du cultivateur une étude sérieuse et continue de toutes les conditions de son entreprise, étude qui lui fait toucher du doigt les points faibles, qui ne sont pas toujours oii l'on pense. L'établissement du prix de revient des récoltes lui suggère d'heureuses modifications à ses méthodes de culture. L'attention et les efforts du cultivateur ne se portent pas tout d'abord sur des choses secondaires, tandis que son affaire, mal organisée, pèche par la base et demande à être complètement remise sur un pied nouveau,""s'il ne veut pas être fatal emeiii poussé à une ruine certaine.

Etudier le prix de revient des récoltes, c'est étudier l'organisation de l'entreprise, c'est prév^oir, et lorsqu'on connaît les résultats certains ou probables d'une négligence, on est moins porté à la commettre. La prévoyance est mère de la sûreté. Par les prix de revient, le cultivateur est un industriel renseigné, capable de prendre un parti en homme éclairé et non en aveugle, comme c'est souvent le cas pour un orrand nombre.

Le prix par tonne des différentes récoltes une fois déterminé, et celui des 100 Ibs de lait étant

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connu, de même que la quantité probable de Jait qu'il est possible d'obtenir avec ces récoltes, le cultivateur opérera avec plus de précaution leur[transformation en lait.

On ne saurait trop insister pour que chaque cultivateur fasse la détermination, assez facile du reste, de ces prix de revient et ne se contente pas de se dire : " cette année je ne me suis pas endetté ; l'année n'est pas mauvaise " ; ou bien : ''j'ai fait des dettes, mauvaise année."

Travail personnel.— Bénéfices" du cultivateur.— Nous venons de voir que la main d'œuvre constituait la plus forte partie, peut-être, du prix de revient des récoltes et que le cultivateur en touchait une part proportionnelle à son*travail et à celui de ses enfants. Par conséquent, plus son travail personnel et celui de ses enfants seront importants par rapport à celui des engagés, plus sa part dans les salaires sera forte.

Les bénéfices possibles du cultivateur peuvent se classer comme suit :

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