‹ Nouvel manuel complet d'industrie laitière pour la province de QuébecChapitre 4 sur 33 · Bénéfices nets · texte numérisé non relu

Bénéfices nets

Comme propriétaire, il doit toucher les intérêts de la valeur de sa ferme, du matériel, des animaux, etc. S'il est locataire de la ferme ou si tout ou partie du prix d'achat est emprunté, ces intérêts reviennent au propriétaire de la terre ou au prêteur.

Comme engagé sur sa propre ferme,il doit toucher une juste rémunération de ses journées de travail. S'il ne travaille pas, il ne doit rien attendre de ce chef, et les salaires vont aux engagés.

Comme directeur de l'entreprise, il doit toucher les bénéfices qui restent lorsque tous les frais : salaires (y compris les siens), amortissements, intérêts, frais d'entretien, engrais pour maintenir intacte la fertilité du sol, etc., sont payés. Ces bénéfices s'appellent " bénéfices nets.''

Les bénéfices nets, il faut malheureusement le reconnaître, sont souvent nuls et les cultures si pauvres que le cultivateur doit même renoncer aux intérêts de ses capitaux et qu'il lui reste à peine un maigre salaire pour son travail personnel et celui de sa famille. Trois à quatre cent piastres par année sur une ferme de 100 à 200 arpents, représentent, étant donnés les prix actuels des marchés, un revenu plutôt audessus de la moyenne pour les cultiva-

d'industrie laitière 33

teurs qui suivent l'ancienne routine, et encore fautil ajouter que les bâtisses, les instruments, sont en mauvais état, que les mauvaises herbes envahissent les terres, que le sol s'ëpuise. Ce sont là des cas déplorables qui ne devraient certainement pas exister car, comme on le verra plus loin, la majorité des cultivateurs pourrait facilement, presque sans augmentation de capital, par une meilleure direction de leur entreprise, avec de meilleures méthodes de culture, tripler ces revenus.

Dans les frais généraux ne sont pas compris les frais de ménage et, par rapport à sa ferme, au point de vue de ces frais, le cultivateur devrait se considérer comme un étranger. C'est avec son salaire et ses autres bénéfices annuels (les bénéfices nets et les intérêts des capitaux engagés), quand il y en a, qu'il doit faire vivre sa famille et pourvoir aux besoins de son ménage. Tout cultivateur devrait tenir compte du lait, du beurre, des légumes et autres denrées qu'il prend sur sa ferme. Cela lui permettrait d'établir plus exactement les prix de revient dont nous avons parlé et, en même temps, de surveiller les dépenses de ménage qui, si on n'y prend garde, dépassent souvent les revenus.

Nous venons de passer rapidement en revue les éléments qui constituent le prix de revient des ré-

coites et nous avons indique, à propos de chacun d'eux, des moyens particuliers pour les diminuer. Tous ces éléments dépendent les uns des autres ; il nous reste maintenant à voir comment, par l'organisation générale de l'entreprise, il est encore possible de les diminuer.

Rotations. — lo. Définition. — Etablir une rotation de récoltes, c'est déterminer l'ordre chronologique suivant lequel ces récoltes se succéderont sur un même terrain. Etablir un assolement, c'est diviser le terrain en autant de parties ou soles que la rotation compte d'années et fixer la proportion des diverses récoltes. L'assolement est le complément indispensable de la rotation. En pratique, les deux termes sont souvent employés l'un pour l'autre.

2o. Exemple cVun mauvais assolement. — Un genre d'assolement qui a été assez répandu et l'est encore parmi les cultivateurs de certaines parties de la province, consiste à semer, sur relevé de prairie, des grains pendant une année : avoine et pois (goudriole généralement,) puis une seconde année, avec fumure plus ou moins forte, encore du grain, orge ou blé, avec graines de mil et de trèfle ; viennent ensuite une année de trèfle, deux ou trois années de foin et enfin deux années de pâturages et, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, un champ de blé-

d'industrie laitière 35

d'Inde et de légumes. Ce système a, il est vrai J'avantage d'avoir à peu près 6 fi de la terre en prairies et pâturages ; c'est-à-dire qu'il économise une grande quantité de main-d'œuvre, puisque les 2/8 de la terre seulement sont labourés et semés chaque année ; l'avoine vient bien sur un relevé de prairies ; le trèfle, qui est une plante qui puise son azote dans l'air atmosphérique, est un fourrage riche qui donnera un bon fumier et préparera bien le sol pour la prairie qui le suivra ; mais cet assolement, surtout comme il est pratiqué, présente les plus graves inconvénients. Sa vogue ne s'explique que parce qu'il diminue la quantité totale de main-d'œuvre annuelle par arpent et permet au cultivateur d'entreprendre une plus grande étendue de terre: 150, 200, 250 arpents, et de vendre du foin. Dans la circonstance, comme nous allons le démontrer, c'est là un bien triste avantage et un système de culture demandant plus de main-d'œuvre, mais payant mieux cette main-d'œuvre, s'impose et doit être recherché.

On vend le plus possible de foin et les vaches sont maigrement nourries pendant l'hiver. Elles sont envoyées en pâture aussitôt que l'herbe se montre. Elles broutent les jeunes pousses qui n'ont pas le temps de se développer et de prendre de la force ; dès le mois de juillet, il n'y a plus d'herbe

Rasëe près de terre, elle souffre beaucoup des ardeurs du soleil, d'autant plus que ces pâturages se font sur des prairies datant dëjà de 4 ans. Les marguerites et autres mauvaises herbes, que les vaches délaissent et qui ont tout le temps de se développer, de fleurir et de se ressemer, prennent sa place. Les pâturages en sont bien vite envahis, et il faut les retourner. Ces mauvaises herbes se développent de nouveau dans les grains qui suivent en diminuant beaucoup leur rendement. Dans cette rotation il n'y a rien de prév^u pour leur destruction. Du foin et de la paille, les mauvaises graines passent, par les animaux, dans les fumiers, puis reviennent avec lui sur la terre. Les fumiers étant souvent mal soignés, une bonne partie de leur azote se perd dans les égouts do la ferme, les mauvaises graines s'y conservent, et ils nont pour ainsi dire plus d'autre effet que celui d'infester de mauvaises herbes les terres sur lesquelles on les emploie.

Le sol étant peu travaillé, pas drainé et les mêmes récoltes revenant fréquemment sur elles-mêmes, la partie non assimilable des engrais du sol ne devient assimilable que très lentement et pas assez pour faire face aux exigences répétées, toujours les mêmes, des récoltes ; la fertilité finit par disparaître petit à petit.

d'industrie laitière 37

Tous les travaux tombent en même temps, par trois fois dans Tannée : semailles, foins, labours d'automne ; et, comme la terre est très étendue, pour éviter les mauvais temps, il faut les exécuter à la hâte, avec de nombreux chevaux et en engageant des bras supplémentaires. La nourriture de ces chevaux pendant toute l'année, ainsi que ces frais de main-d'œuvre forcée, doivent être pris sur les bénéfices déjà maigres du cultivateur. Ce système est donc déplorable au point de vue de l'entretien de la fertilité du sol, du renden:ient et du choix des récoltes, de la destruction des mauvaises herbes et de la répartition de la main-d'œuvre.

Quand on le voit suivi, surtout sur cci'tains terrains trop légers, ou trop argileux et non drainés, il ne faut pas s'étonner qu'un cultivateur arrive difficilement, sur une terre de 200 à 250 arpents, ne gagner dans son année que 2 à 800 piastres, c'est-àdire à peine de quoi suffire à la nourriture de sa ftimille, en entretenant misérablement sur sa ferme 10 à 15 vaches, quelques cochons, quehjues poules et plusieurs chevaux. Un nouveau système d'assolement s'impose donc.

Un cultivateur, dont les ressources pécuniaires sont limitées, doit demander plutôt à ses bras qu'à sa bourse, l'amélioration de sa terre; aussi t)ut as-

solement qui laissera une large place à un travail rémunérateur et bien réparti dans le cours de l'année, devra être préféré. Cela implique, il va sans dire, une terre dont l'étendue soit bien proportionnée aux moyens du cultivateur, une ferme qui soit bien " en main ".

Règles à suivre dans le choix d\in assolement. — Voici tout d'abord un résumé de faits que nous avons déjà signalés en partie et qu'il ne faut jamais perdre de vue, lorsque se présente le problème du choix d'un assolement pour la production économique du lait.

lo. S'arranger pour utiliser le mieux possible les ressources dormantes du sol en donnant de l'extension aux récoltes qui y favorisent la transformation des éléments non assimilables en éléments assimilables. Ces récoltes sont les plantes sarclées, qui demandent des binages, des sarclages et, d'une façon générale, un travail énergique du sol. Ce sont aussi certaines plantes qui, en envoyant profondément leurs racines dans tous les sens dans le sous-sol, y facilitent l'accès de l'air, de l'humidité, puis aussi la pénétration des racines des récoltes qui les suivent

2o. Prévoir l'entraînement possible de certains engrais hors du sol, par les eaux de pluie, de sources

d'industrie laitière 39

et surtout de drainage, et faire en sorte que le sol soit le plus longtemps possible couvert de végétation dans le cours de l'année, ce qui est le meilleur moyen pour diminuer ces genres de pertes. Les cultures dérobées servent beaucoup dans ce cas. Ceci est surtout important pour les terrain» drainés ou à sous-sol perméable.

3o. Pourvoir à la destruction des mauvaises herbes par des récoltes nettoyantes, des récoltes dérobées et la culture des plantes sarclées qui, tout en contribuant à l'amélioration du sol et à l'entretien de sa fertilité, facilitent cette destruction.

4o. Etablir la succession des récoltes de manière que la demande d'un ou de plusieurs des éléments fertilisants ne soit pas exagérée au point de nuire à la fertilité du sol. La culture du blé, plusieurs années de suite sur une même pièce de terre, serait, par exemple, une faute contre cette règle.

00. Quant à la nature des récoltes, choisir celles qui conviennent le mieux à la production du lait, et les associer en quantité dans les proportions les plus favorables à la composition des rations, pour qu'elles soient utilisées le mieux possible. Pour composer des rations, il faut du bon foin, des aliments aqueux, comme le blé-d'Inde fourrage ou ensilé, des racines fourragères, des fourrages verts ; puis des

aliments riches en azote (aliments concentres) comme les grains, les pois, la graine de lin ; enfin' des aliments fibreux, comme les pailles. Il faut donc s'arranger pour en récolter autant que possible dans les proportions suivant lesquelles elles entrent dans les rations, et pour ne jamais en manquer jusqu'à fin mai.

6. Au point de vue de la main-d'œuvre, faire des cultures variées qui ne demandent pas toutes à être travaillées en même temps. Donner une certaine extension aux pâturages qui fournissent pendant une bonne partie de l'année aux animaux une nourriture très saine, celle qui demande le moins de main-d'œuvre. Se souvenir cependant que le rendement des pâturages, au point de vue du poids de matière sèche récolté à Tarpent, est moins considérable que celui d'autres récoltes demandant plus de main-d'œuvre, comme les fourrages verts, les racines fourragères. Il ne faut de pâturages que pour nourrir, avec l'aide de fourrages verts, le nombre d'animaux pour lesquels le reste de la terre est capable de fournir de bonnes rations d'octobre à juin.

7. Penser aux fourrages verts nécessaires pour compléter les pâturages, lorsque ceux-ci faiblissent pendant les chaleurs de l'été.

Page 1