‹ Nouvel organe de la médecine spécifique ou exposition de l'état actuel de la méthode homéopathiqueChapitre 100 sur 123 · LXXXI · texte numérisé non relu

LXXXI

Si l’on désire reconnaître la justesse d’une vérité trouvée à l’aide de l’expérience, il faut examiner aussi les objections qu’on a élevées contre elle. Je m’y sens d’autant plus engagé que certains reproches qu’on a adressés à la méthode empirique ,

(i) Cher die Nothwendigkheit , die symptôme im letzten stadium der Krankheiten gehorig zu würdigen, überselzt von Michael :s in von Graffe und von Walthers Journal, ai vol,, a cah.

ne sont pas sans importance. Il s’agit de répondre aux questions suivantes :

i° Si l’organisme vivant a une tendance à se mettre dans un état opposé à celui qui est le résultat des puissances morbifiques, pourquoi la guérison ne s’opère-t-elle pas toujours d’ellemême ?

Que la guérison spontanée soit impossible, tant que la cause de la maladie continue à agir, c’est ce qui n’a pas besoin d’être démontré. Si la cause a cessé d’agir et si la santé ne revient pas encore, la maladie ne porte plus le caractère d’une réaction contre une influence nuisible extérieure. La vie elle -même étant affectée dans sa totalité, elle ne peut par conséquent réagir. Mais les organes moins affectés réagissent contre les fonctions anormales des autres organes, et il en résulte un trouble pendant lequel les parties attaquées les premières se montrent souvent les plus tranquilles : tranquillité qui n’est qu’apparente pouf que l’organe puisse gagner du temps et reprendre des forces nouvelles pour réagir; de même que le muscle galvanisé jusqu’à l’épuisement a besoin de repos pour recueillir les forces nécessaires à de nouvelles réactions. C’est ainsi que la nature établit souvent d’une manière spontanée l’équilibre par des phénomènes critiques. ,

2° Si l’on administre un médicament qui possède la propriété de provoquer des symptômes fort analogues à ceux de la maladie à guérir , il doit nécessairement causer dans l’organisme une perturbation également analogue à celle qui existe déjà ; il doit donc acquérir l’importance d’une nouvelle puissance morbifique et par conséquent exacerber l’état. Comment se fait-il qu’il guérisse ?

On a cherché à expliquer ce fait de la manière la plus simple possible , et l’on a répondu : la maladie et le médicament qui déterminent les mêmes accidens, sont en opposition polaire , de même que deux électricités semblables se neutralisent lorsqu’elles se rencontrent. Nous ne voulons pas critiquer cette spirituelle explication, ni nous perdre dans des hypothèses, nous nous bornerons toujours à examiner les faits par la voie de l’analyse, L’ex-

DIAGNOSTIC ET THÉRAPEUTIQUE

périence a prouvé qu’en augmentant la puissance nuisible, la maladie augmente aussi. Les médicamens spécifiques ont le même résultat, et d’autant plus sûrement, qu’on les administre à une dose qui est déjà pathogénétique par elle-tnême. Il n’est pas rare de voir des exacerbations homéopathiques qui peuvent devenir très-inquiétantes. Léon Wolf(l), par exemple, a observé chaque fois avant la guérison une aggravation importante dans le traitement de la dyssenterie par la coloquinte. Bartcls (2) recommande contre les affections chroniques du foie des bains de pieds avec de l’eau régale , lesquels causent toujours une exacerbation considérable des symptômes, et dont l’effet curatif n’est bien sensible que quand on en cesse l’usage. Les médecins homéopathes ont fait si souvent des observations pareilles que l’on a prétendu maintes fois qu’une certaine exacerbation est nécessaire pour provoquer les réactions. Henschel (3) remarque donc , avec quelque fondement, que le principe de la méthode spécifique est très-héroïque , quoique , dans l’application, on n’emploie que de très-petites doses, llahnemann (4) a fait ses premiers essais avec des doses beaucoup plus fortes , mais l’apparition fréquente de symptômes d’exacerbations inquiétantes, l’ont amené peu à peu à administrer les médicamens à une atténuation inouïe jusqu’alors, afin de prévenir ces aggravations. Il faut en effet les prévenir, et pour cela , rester fidèle à cette règle :

Une faut administrer tes médicamens spécifiques qu’à une dose suffisante pour porter L'organisme à des réactions salutaires.

3o La réaction est la négation de l’effet primitif. Mais si cet effet est si faible qu’on le remarque à peine , comment est-il possible que la réaction soit assez forte pour éteindre la maladie?

Hahnemann répond à cette question en très-peu de mots ; il prétend que les puissances morbifiques ne possèdent qu’une

(1) Loco citato.

(2) Im Journal fur Augenheilkunde und Chirurgie, 2 3 vol., 3 cah.

(3) Kritisehe Bemerkungen über die neueren theoricen , die Kraft der arzneimittel belrcffend, in Rusls Magazin fur die gesammte Heilkunde, 27 vol., 3 cah.

(4) Kleine Medicin , Schnfîen , 1 vol. Dresde et Leipzig, x83p.

force subordonnée et conditionnelle , tandis que les médicamens en ont une absolue , et bien supérieure aux puissances morbifiques, pour porter la perturbation dans la santé de l'homme. Mais il est difficile de se contenter de cette explication, qui est détruite par le fait même que nous pouvons guérir des maladies occasionnées par l'abus des médicamens au moyen de petites doses des médicamens antidotaires, sansqu’il reste une maladie médicamenteuse. On n'est pas satisfait davantage de cette autre explication que la quantité et la qualité sont dans des rapports inverses et que c’est pour cela que les très-hautes atténuations produisent des effets plus énergiques (1). L’expérience prouve le contraire, et si nous atténuons les médicamens , c’est uniquement pour prévenir des effets trop héroïques. L’expérience est encore ici notre seul guide. Elle nous apprend que l'organisme affecté d’un trouble dynamique est plus fortement attaqué par des puissances qui produisent une perturbation à peu près semblable. Je pourrais l'appeler une irritation homogène. La réceptivité pour une irritation contraire ou hétérogène, est diminuée en même temps dans la même proportion. Voilà pourquoi il faut avoir recours à des oppositions primitives très-fortes, d’après le principe de Galien, contraria contrariis , tandis que les similia , même administrés en très- faible quantité, déterminent de violentes réactions; le nerf sensible, une fois altéré d’une certaine manière, étant surtout disposé à s’affecter de la même manière, de même qu’un son faible ne produit des vibrations que dans la corde analogue, et de même que la boule en mouvement reçoit une plus forte impulsion d’un choc qui n’aurait pu la faire changer de place étant en repos. Une humeur chagrine sera excessivement affectée de la plus légère contrariété, et le buveur le plus intrépide sera enivré par un verre de vin qu’il boira en colère, la colère étant un état qui ressemble déjà beaucoup à l'ivresse. On ne peut admettre dans ce cas une saturation du sang par l’alcool, laquelle irrite le cerveau , et l’on

(5) Die Alloopathie uiid Homéopathie } verglichen in ihren Prineipien von C. A, Eschenmayer. Tübinyen, i834.

DIAGNOSTIC ET THERAPEUTIQUE.

ne peul regarder cet effet violent que comme un effet purement dynamique. C’est de cette manière qu’agissent aussi les petites doses homéopathiques, analogues aux substances qui , dans certaines opérations chimiques, ne manifestent que par le contact leur influence sur les modifications des rapports d’affinité. Celui qui est à moitié ivre de vin, tombera ivre-morl s’il boit un ou deux verres de rhum, tandis que son ivresse se dissipera s’il n’en prend qu’une cuillerée. On doit rejeter absolument l’idée d’un effet chimique des médicamens incorporé dans l’organisme, à l’aspect des changemens que produisent les plus petites doses. Le médecin qui traite par les moyens spécifiques , ne peut considérer les maladies que sous leur côté dynamique, et rien ne pourra plus ébranler l’idée que les différences matérielles incontestables sont les produits de la force vitale troublée dans sa direction végétative, si nous ne perdons pas de vue qu’un millionième, un septillionième môme de grain d’un me'dicament est en état de guérir les vices d’organisation les plus considérables. S’il y avait des maladies dont on put démontrer la formation et l’existence comme étant indépendantes de la force vitale, la méthode spécifique ne pourrait rien contre elles ; mais alors malheur aussi à la misérable vie qui, dans la dépendance des lois physiques, chiques ou mécaniques, n’aurait pas le pouvoir de faire valoir le principe égoïste pour le but de son existence individuelle. Bell (l) dit avec beaucoup de vérité que nos connaissances des effets des médicamens sont empiriques. «En parlant d’effets altérant , purifiant le sang, améliorant les humeurs, dissolvant, etc., "nous ne faisons que transporter à la nature vivante des dénominations qui ne conviennent qu’à la nature morte. Nous ne savons pas quels changemens les médicamens opèrent dans le mélange et la forme de la matière animale, etc. t> Aussi est-ce sans aucun résultat utile que l’on s’est efforcé jusquà présent de trouver un principe d’après lequel puissent s’expliquer les effets des médicamens. Personne n’hésitera à approuver ces paroles d’un grand savant, autant qu’elles se rapportent aux tentatives vaines devou-

(i) Fieberlehre , i vol.

loir expliquer des cliangemens dans l’intérieur de l’organisme, cliangemens absolument inexplicables. INous n’avons pas d'autre règle pour juger les effets des médicamens que les indices d’une perturbation de l’activité vitale auxquels nous devons avoir égard pour en déduire les règles d’après lesquelles ces modifications doivent se manifester. Sous beaucoup de rapports, nous ne sommes pas plus avancés que ne l'étaient Platon et Aristote, et quelques progrès que la physiologie, l’histoire naturelle et la chimie aient faits, la connaissance des effets des médicamens n’a pas fait un pas, pour ainsi dire, depuis trois mille ans. C’est en vain que la spéculation a pris un essor hardi au-dessus du cercle de l’empirisme, elle ne nous a livré que des suppositions et des hypothèses.

Page 1