‹ Nouvel organe de la médecine spécifique ou exposition de l'état actuel de la méthode homéopathiqueChapitre 112 sur 123 · XCVI · texte numérisé non relu

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C’est ici le lieu de parler d’autres moyens auxiliaires que le médecin exempt de préjugés ne doit pas négliger pour arriver à la guérison , sans demander si le système auquel il s’est attaché de préférence, en permet l’emploi. La véritable médecine riest pas soumise aux ordres d’un dogmatisme ambitieux et doit embrasser tous les systèmes.

La méthode révulsive a joué un rôle important depuis des milliers d’années, et a été incontestablement la source de beaucoup de bien et de beaucoup de mal. Loin de moi la pensée de vanter l’abus qu’on en a fait et d’accorder des éloges immérités à ses purgatifs, à ses cautères, à ses moxas, à ses sétons, etc. ; mais loin de moi aussi la pensée d’approuver la partialité avec laquelle on rejette tout ce qui n’entre pas dans notre système.

Dans la rougeole , la miliaire et les autres exanthèmes aigus, quand l’éruption tarde à paraître , quand il y a oppression de la poitrine, anxiété et agitation, pouls irrégulier, spasmodique, je n’ai jamais hésité à appliquer des sinapismes sur la poitrine, lesquels font ordinairement sortir l’exanthème au bout de quelques heures et changent entièrement la scène. Je ne me fais pas scrupule, si j’ai à traiter des accidens dangereux d’une répercussion subite de la teigne, de laver la tête avec une infusion de moutarde, ou de couvrir d’onguent de tartre stibié ou de cantharides les cicatrices d’anciens ulcères au pied guéris imprudemment, lorsque j’observe des symptômes d’asthme, suite de la suppression des ulcères. Dans les cas de violentes congestions avec vertiges et étourdissemens, j’ordonne des bains de pieds chauds; dans les cas d’une sécrétion de lait trop abondante, je fais mettre les mains dans de l’eau ; dans les cas d’une suppression de la sueur des pieds, je recommande de tenir les pieds dans du sable chaud et de porter des chaussons de taffetas ou de toile gommée. Hahnemann a conseillé, puis désapprouvé l’application d’emplâtres de poix de Bourgogne sur le dos. J’ai souvent eu recours à ce moyen, mais je dois avouer que je ne l’ai pas trouvé d’une grande utilité, Par contre, je suis convaincu qu’il est dangereux

de fermer tout-à-coup des vésicatoires qu’on porte depuis longtemps; il faudrait seulement renoncer aux pommades médicamenteuses, quand on prend des médicamens à l’intérieur.

On ne doit pas condamner non plus les moyens répulsifs. J’ai traité des centaines de blessures à la tête avec commotion cérébrale plus ou moins violente, et je n’ai rien trouvé de préférable à l’usage continu d’application d’eau froide ou de glace et de neige. Je suis convaincu qu’elles ne troublent nullement l’action des médicamens intérieurs, nommément de Y arnica. Dans le traitement d’un croup, Griesselich (1) a employé, outre les remèdes spécifiques, une petite éponge imbibée d’eau chaude qu’il a fait mettre autour du cou.

§ XGYIÏ.

Il est très-important de préciser la grandeur des doses. Les opinions à cet égard sont si différentes qu’il est facile de se laisser induire en erreur, si l’on n’est pas guidé par sa propre expérience. Depuis plusieurs années, je donne toute mon attention aux effets des doses plus ou moins grandes, et je crois devoir faire connaître les résultats de mes observations en les comparant avec les expériences d’autres médecins. On a recommandé comme doses normales tantôt des doses plus fortes, allant jusqu’à la goutte de la teinture-mère, et tantôt des doses très-faibles de la trentième dilution. On a eu tort dans l’un et l’autre cas; car on ne peut établir de dose normale, il est faux aussi de prétendre que la dose du médicament, quelque petite qu’elle soit, suffise toujours pour vaincre la puissance morbifique et guérisse par conséquent. Schmid (2), de Vienne, a donné à son enfant, dangereusement attaqué de la petite vérole, lorsque l’éruption de l’exanthème s’arrêta, le médicament indiqué, c’est-à-dire la belladone à la quatorzième dilution, mais le danger ne fit qu’augmenter. Le père était convaincu que la belladone était le remède convena-

(i) Hygea, vol. 3, pag. 89.

(■2) Bekenntnisse liber die Homœpalhie; in der Hygea, 4 vol., pag. 33p.

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ble, et il soupçonna que la dose était trop faible. Il administra donc une goutte de la première dilution; il n’y eut pas d’exacerbation; au contraire, la fièvre diminua et l’étai ne tarda pas à s’améliorer. J’ai fait un grand nombre d’expériences semblables, et il n’y a que quelques jours encore avec le safran dans un cas de métrorrhagie , la sixième dilution ne produisit rien, mais une goutte de la seconde manifesta les plus salutaires effets au bout de dix minutes à peine. Je traitais presque en même temps un vieillaud atteint de dyspepsie avec vomissemens. La troisième dilution d ’ipécacuanha resta sans aucun résultat; mais trois gouttes de la première dans un demi-veried’eau, une cuillerée toutes les deux heures, améliorèrent l’état avec une rapidité presque miraculeuse. On a déjà eu tant d’exemples pareils qu’un grand nombre de médecins ont Reconnu la nécessité d’administrer des doses beaucoup plus fortes qu’on ne le faisait auparavant. Je citerai Kramer (1) , Werber ( 2), Griesselich (o) , Sclirœn (4), Elwert (5), Ægicii (6), et bien d’autres. Il en est qui donnent la préférence aux petites doses en s’appuyant sur les innombrables maladies qu’elles ont guéries. Mais on doit convenir qu’on a erré long-temps en administrant toujours et partout de très-hautes dilutions, en allant même, d’après la recommandation de Hahnemann, jusqu’à la simple olfaction des médicamens , ce dont on ne pouvait assurément attendre quelque effet que sur des personnes excessivement sensibles. Je n’ai pas négligé de faire des essais pareils, mais, franchement parlant, je n’ai remarqué dans la plupart des cas aucun résultat. Quelquefois chez des personnes

(1) F.in Yortrag über Homœopathie, im Yereine liomœopalischer Ærzle in Baden am i october i833. Yoy. Hygea, i vol., pag. 29.

(2) Archives générales, août i835.

(3) Beobachtungen und Erfahrungen, gesammelt am Krankenbeltej in der Hygea, 6 vol., pag. 3 16 et suiv.

(4) Offnes Bekenntniss über Heilkunst im Allgemeinen und homœopathie ins hesonderc; in der Hygea, 3 vol., pag. 3i8.

(5) Allgem. homœop. Zeitung, 9 vol., pag. 186.

(6) Beitræge zur homœopatischen Heilkunst; Hygea, 2 vol., pag. 200.

hystériques, par exemple, j’ai observé, après l’olfaction d’un médicament, des changemens qui devaient sans aucun doute être regardés comme des effets de ce médicament, mais qui, la plupart du temps, n’étaient que des indices d’une excitation faible, passagère, à des réactions, et il reste même à décider si ce phénomène n’était pas purement accidentel. Ma confiance en l’olfaction, qui n’avait jamais été fort grande, ne le devint pas davantage par suite de mes recherches, et je regarde comme une faute de continuer des expériences dont les résultats sont si douteux, et de tarder à administrer un médicament dont les effets soient plus sûrs. On prétend que les médicamens pris intérieurement continuent à agir pendant qu’un autre médicament tenu sous les narines opère également. Cette assertion rappelle les mixtions médicinales et est en opposition manifeste avec la proscription de tous les mélanges par Hahnemann. Il est vrai du reste que dans les maladies où différens systèmes ou organes sont attaqués, la guérison est hâtée par l’emploi de deux médicamens dont l’un répond à une douleur et l’autre à une autre, et qui doivent être administrés alternativement, comme Werber, par exemple, l’a fait dans une complication de pneumonie et de gastrite où il donna alternativement la digitale et la noix vomique. Un grand nombre d’expériences parlent en faveur de l’administration alternative du soufre et de la noix vomique dans les affections chroniques du bas-ventre. Quelques homéopathes ont montré relativement à la grandeur des doses une certaine indifférence qu’on ne saurait louer. On a prétendu que la dose importait moins que le choix du médicament et qu’on guérissait tout aussi bien avec de grandes doses qu’avec de plus petites, pourvu que le médicament répondît à l’état. Cette assertion trahit certainement un mépris coupable de toutes les connaissances physiologiques, puisqu’elle suppose que l’organisme, dans ^quelque disposition qu’il se trouve, réagit avec une égale énergie contre une excitation plus

forte ou plus faible. Ce n’est pas sans raison que les médecins de

toutes les écoles ont regardé l’impressionabilité et la puissance de réaction comme la mesure de la grandeur des doses; et il doit en être de même pour nous. J’ai établi ce principe depuis plus de

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deux ans (1), et je croyais à peine qu’il fût possible de le contester. Tournier (2) l’a essayé cependant , en prétendant que l’impressionabilité est un point de départ trop incertain. Certes on ne peut le regarder comme aussi certain qu’un axiome de mathématiques, mais la médecine entière n’a pas la certitude de la géométrie. La certitude en médecine dépend de ce que par la combinaison et la réflexion on donne une plus haute importance aux vérités trouvées empiriquement et qu’on les applique dans des cas donnés. En suivant cette voie, nous en sommes arrivés à pouvoir nous prononcer avec assez de certitude sur la réceptivité plus ou moins grande de l’organisme, et s’il n’en était pas ainsi, tous les écrivains qui ont pris cette réceptivité pour mesure delà grandeur des doses, auraient sacrifié à une chimère. Bethmann (5) , partisan des faibles doses, dit : la réceptivité de l’organisme pour les médicamens est très-variable, et elle seule fournit une règle pour la grandeur des doses et leur répétition. Fielitz (4t) recommande d’administrer la dose d’après la réceptivité de l’organisme. Backhausen (5) dit la même chose en d’autres mots : il faut, selon lui, avoir égard à l’irritabilité du sujet. W erber (6) s’exprime à cet égard d’une manière positive: toute maladie, dit-il, exige une quantité proportionnelle de médicamens, afin que la nature ne soit excitée ni trop faiblement, ni trop violemment. Trinks (7) aussi montre la nécessité de donner des doses plus ou moins fortes selon les différentes circonstances,

(1) Sendschreiben an aile Verehrer der rationellen Heilkunst. Giessen i836, pag. 37.

(2) Archives de la médecine homéop. Janvier 1837.

(3) Allgem. homoop, Zeitung, 10 vol., n. xi.

(4) Uber Principe in der Médecin; in der allg. hom. Zeitung, vol. n, pag. 22.

(5) Uber Krankheitsbildung und Riickbildung; in der Hygea. 2 vol. , 1 cah., pag. io3.

(6) Uber die Entzweiung in der Medicin; in der Hygea, x vol,, x cah. pag. 173.

(7) Betrachlungenj in der Hygea, 3 vol., pag, 173.

et Rummel(\) partage son opinion. Je pourrais au besoin accumuler les citations, ; mais il vaut mieux indiquer les circonstances qui doivent fixer principalement l’attention dans le choix de la grandeur des doses.

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