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Si la réceptivité est grande , il faut administrer de très-petites doses.
Tous les praticiens expérimentés sont d’accord là-dessus. Les médecins versés dans la physiologie savent aussi que la réceptivité et la puissance de réaction ne sont pas toujours en rapport direct, et même qu’il n’est pas rare qu’elles soient en rapport inverse. La grandeur des doses ne doit pas se régler d’après la puissance de réaction, mais toujours d’après la réceptivité. Il faut avoir égard en outre :
1° A Cage. La réceptivité pour toute substance médicamenteuse, étrangère à l’organisme, est plus forte chez les petits enfans et diminue graduellement avec l’âge. Voilà pourquoi dans nos manuels de matière médicale, les doses sont ordinairement indiquées d’après l’âge, d’autant plus faibles que le malade çst plus jeune; c’est ce qui est juste en général. 11 n’est pas nécessaire de dire qu’il y a quelquefois des exceptions pour lesquelles on trouvera des indications en ayant égard à toutes les circonstances. Les jeunes gens sont généralement irritables dans les périodes de développement, elles organes les plus irritables sont ceux qui se développent; voilà pourquoi les médicamens qui ont quelque rapport spécifique particulier avec ces organes, ne doivent être administrés qu’à très-faible dose pendant ces périodes de formation.
2o A la constitution. Les hautes dilutions conviennent aux personnes sensibles, d’un tempérament sanguin ou colérique. Des doses plus fortes sont nécessaires aux natures flegmatiques et torpides, mais surtout aux personnes dont l’usage de l’eau-devie, du vin, du café, du thé et des épices , a émoussé encore da-
(i) Àllgem. homœop. Zeitung, 8 vol.,pag. 3a4 et suiv.
DIAGNOSTIC ET THERAPEUTIQUE.
vantage l’impressîonabîlité. Il y a une constitution que Hufeiand appelle force torpide; le caractère en est une grande force musculeuse et une puissance de réaction énergique, mais qui, pour être excitée, a besoin de fort slimulans, à cause du peu de réceptivité qui s’y joint. Les individus doués de cette constitution supportent de grandes quantités de liqueurs spiritueuses sans en être enivrés; mais s’ils tombent malades, il leur faut aussi de fortes doses de médicamens, tandis qu’avec les constitutions sem sibles qui sont facilement et puissamment affectées par les influences extérieures, on atteint son but avec de hautes dilutions.
Le climat et le genre de vie exercent une grande influence sur la constitution. Au dire des médecins de Pétersbourg, il faut y donner aux malades de^ doses beaucoup plus fortes que dans les contrées méridionales. J’ai fait souvent l’expérience que les Français, les Italiens et les Espagnols sont fortement affectés par des doses qui ne produisent rien sur des Anglais. La sensibilité augmente par les occupations intellectuelles, par l’excitation de l’imagination , et par conséquent par la lecture des romans, par une vie sédentaire, par un long sommeil et surtout par une vie efféminée. Les personnes qui se livrent à de longs et rudes travaux au grand air, qui dorment peu, qui se nourrissent d’alimens grossiers, sont donc moins sensibles. J’ai remarqué que les hommes qui ont l’habitude de chiquer ou les individus qui travaillent dans une fabrique de tabac, ne possèdent que très-peu de réceptivité pour les médicamens. Il en est de même des épiciers, des vinaigriers et des marchands d’eau-de-vie. Les sujets qui ont déjà pris beaucoup de médicamens, métalliques surtout, ont besoin de doses plus fortes pour obtenir leur guérison. Les femmes sont en général plus irritables que les hommes, mais chez ceux-ci la force de réaction est plus énergique. Mansfelcl(\) a observé que les sourds-muets ont besoin de doses plus fortes, ce qui s’accorde avec les expériences de Majon (2) d’après les-
(1) Uber die Taubstummheit 5 in der Wochenschrift fur die gesammte Heilk. x S 3 4 . N° 36.
(2) Gazette médicale de Paris, Janvier 1834.
2ifi
quelles le système nerveux est trop peu actif chez les sourds pour posséder une grande réceptivité aux influences nuisibles y tant atmosphériques qu’autres. Un haut degré de chaleur qui augmentait de soixante les pulsations du pouls, ne les augmenta que de vingt cheztles sourds.
5° Au caractère de La maladie. Il ne s’agit pas de la rapidité de son cours , car elle peut dépendre soit de l’accélération de l’acte vital, soit de la diminution et de la décomposition de la vitalité , comme, par exemple, dans la forme la plus maligne du choléra; dans le premier cas, ce ne sont que les hautes dilutions, et dans le second les basses que l’on doit administrer. Les hautes dilutions conviennent dans l’éréthisme , les basses dans la torpeur; si celle-ci est grande, on peut même donner avec succès des gouttes de la teinture-mère. Voilà pourquoi Werber (1) a réussi à guérir un hydrothorax chez un homme âgé avec des gouttes de teinture de digitale , et Reubel (2), le choléra avec des gouttes de teinture de phosphore. Voilà aussi pourquoi j’ai vu souvent dans la méningite avec convulsion chez des enfans,la belladone à la vingt-cinquième dilution produire les plus heureux résultats. Dans la fièvre nerveuse versatile, on peut employer avec succès la vingtième et même la trentième dilution de bnjonë , de belladone, de rhus , de phosphore , etc. ; tandis que dans la fièvre nerveuse, torpide et putride, on doit administrer des doses beaucoup plus grandes de jusquiame, de coque du Levant , d’acide phospliorique , de cuivre , de mercure , d 'arsenic ou de tel autre médicament qui convient. Les hautes dilutions conviennent dans les maladies inflammatoires avec augmentation de l’artérialité; les basses, dans les inflammations veineuses. Il en est de même dans les hémorrhagies. Ainsi le safran qui répond aux hémorrhagies veineuses, doit toujours être administré à des dilutions plus basses que la sabine qui guérit les hémorrhagies artérielles. Plusieurs savans très-estimables ont prétendu que dans les maladies aiguës on doit administrer de plus petites do-
(1) Uber die Eutzweiung in cler Medicin; in der Hygea. i vol., p. 3or.
(2) Mitteilungen ans München liber die choiera und deren homœopalhisehe Ewhandlung; in der Hygea, 7 vol., 5 cah., pag. 390 et suiv.
DIAGNOSTIC ET THERAPEUTIQUE.
ses, et dans les maladies chroniques de plus grandes; mais cela ne peut être regardé comme une règle générale ; on se dirigera toujours plus sûrement d’après le degré plus ou moins grand de la sensibilité,
4° Au siège de La maladie . Plus l’organe attaqué est sensible, plus la dose doit être faible et réciproquement, supposé toujours que la sensibilité n’y soit pas au plus bas degré. Dans l’érysipèle à la tête avec affection de la méninge et délire, il serait dangereux, quoique l’érysipèle portât le caractère veineux, de donner une goutte de la troisième dilution de belladone , comme on le fait pour l’érysipèle au pied; et dans la cardite je n’ai jamais osé administrer Yarsenic au-dessous de la trentième dilution, tandis que dans l’hydrothorax et l’œdème des poumons je le donne à dose beaucoup plus forte. Les maladies de la membrane muqueuse, les inflammations même des organes les moins nobles, qui appartiennent par conséquent à des parties moins sensibles, exigent des doses plus considérables. Je guéris le croup beaucoup plus vite depuis que j’emploie Y aconit et spongia à la sixième dilution, et le foie de soufre calcaire à la première ou à la seconde trituration; ce qui s’accorde avec les expériences à’Ægidi (1). On peut admettre en général que dans les maladies du système végétatif il faut des doses beaucoup plus fortes, que le caractère en soit érétbique ou inflammatoire , par exemple, dans l’inflammation phlegmoneuse de l’estomac , dans l’entérite, dans la cystite, etc. , où les hautes dilutions sont parfaitement à leur place.
Dans les maladies locales auxquelles le reste de l’organisme ne prend que peu ou point de part, comme, par exemple, dans les anciens ulcères calleux du pied, la teigne, l’othorrée, les Heurs blanches , l’induration des glandes et les végétations anormales, les fortes doses méritent sans contredit la préférence , et si l’on a obtenu des guérisons avec de petites, il est certain qu’elles auraient été beaucoup plus promptes avec de grandes.
4° A la force propre des médicamens . Plus les médicamens sont héroïques, plus il est nécessaire de les administrer à hautes
(i)Beitræge zur homœopatisch, Heilkunst. a vol., pag. 214.
dilutions et réciproquement Personne ne mettra en doute, pour peu qu’il ait fait d’expériences, que la belladone, la noix vomique, le lâché sis , le phosphore et l 'arsenic ne soient encore efficaces à la vingtième et à la trentième dilution. Mais si l’on voulait en conclure qu’il en est de môme de tous les médicamens, et ne donner le pissenlit , Yeuphraise , la clématite, Y ammoniac, qu’à la trentième dilution, on n’en obtiendrait assurément rien.
5° A l’affinité des médicamens pour certains organes. Plus cette affinité est grande, plus l’action du médicament est énergique et plus l’emploi des petites doses est efficace. Kopp (1) l’a déjà observé, et Liedbeck (2) a remarqué que les ulcères du palais sont guéris avec la trentième dilution du mercure , tandis que ceux des parties génitales exigent des doses beaucoup plus fortes. J’ai eu maintes fois l’occasion de m’en convaincre. La clématite doit être donnée contre les éruptions cutanées à doses beaucoup plus fortes que contre l’orchite chronique; et les paralysies rhumatismales contre lesquelles la belladone convient, exigent des dilutions beaucoup plus basses que celles qui sont nécessaires pour guérir une méningite ou une angine. On sait que Yaconit a une grande affinité pour la gorge et les organes de la respiration , mais non pas pour le foie ; cependant on se trouve dans le cas de l’administrer souvent dans les violentes hépatites, à cause de ses effets antiphlogistiques généraux; mais il faut alors l’employer à doses beaucoup plus fortes que dans l’angine, la pneumonie et la pleurésie. La grande affinité de quelques”' médicamens pour certains organes doit en même temps mettre en garde contre l’abus dont Maurice 3Iüller (3) a parfaitement décrit les funestes résultats. Les médicamens spécifiques que les médecins de l’ancienne école administrent à fortes doses, selon leur habitude, causent des perturbations souvent irréparables.
6° Aux idiosyncrasies, qui font que certains médicamens n’a-
(1) Denkwürdigkeiten in der ærztlichen Praxis. Frankfurt am Main. i832 5 pag. 5r.
(2) Sendschreiben an Dr. Griesselich; in der Hygea. 2 vol., pag. 402.
(3) Bruchstücke iiber homoeopathic; in der Allgem. homœopalh. Zeit. 9 vol., pag. 3ro.
gissent pas sur certaines personnes, tandis qu’ils produisent de violens effets sur d’autres. 11 y a quelques années qu’un bourgeois d’une ville voisine, qui souffrait d’une affection du basventre, s’adressa à moi en m’assurant qu’il n’avait jamais pu supporter la noix vomique , parce qu’elle lui occasionait des angoisses, des battemens de cœur, avec froid dans les membres et sueur visqueuse. Je crus que c’était un jeu de son imagination, et, regardant la noix vomique comme le médicament convenable, je lui en donnai une dose sans le lui dire; deux heures après, on me fit chercher. Dès qu’il me vit : Vous m’avez donné de la noix vomique, me dit-il , car j’éprouve les mêmes symptômes que j’ai toujours éprouvés après en avoir pris. 11 me fallut lui donner du café noir comme antidote. J’ai fait depuis plusieurs expériences pareilles, et je ne saurais trop recommander d’avoir égard à de semblables idiosyncrasies.
7° A l’ inefficacité des médicamens convenables , administrés à petites doses. Il est sage dans ce cas d’administrer de plus fortes doses dont on apercevra certainement les effets, à moins qu’il n’existe des idiosyncrasies qui aient détruit la réceptivité pour ces médicamens. Il faudrait alors en choisir d’autres qui répondissent autant que possible à l’état. On s’est imaginé souvent que l’essence de la méthode spécifique consistait à administrer de toutes petites doses, et que quand on en donnait de fortes, ce n’était plus un traitement homéopathique. Mais la cure est homéopathique si le remède donné répond dans ses effets au principe : similia similibus, que la dose du reste soit grande ou petite. Les médecins qui croient se rapprocher de l’homéopathie, en prescrivant des médicamens faibles et de petites doses, prouvent qu’ils n’y entendent rien et qu’ils sont en outre de mauvais praticiens. Car dans la méthode énanthiopathique, l’emploi de fortes doses est indispensable, et si l’on ose s’en écarter, on prouve qu’on n’est pas sûr de son fait.