XXI
Au nombre des différentes espèces de réaction de l’organisme malade contre les puissances extérieures, se distingue :
1° Son opposition directe et parfaite à ces puissances.
L’organisme s’y oppose pour n’éprouver aucune modification de sensations ou de fonctions ; il cherche à détruire les influences nuisibles qui le menacent. La première condition pour qu’il réussisse dans ses efforts, c’est une plénitude de force vitale, soit dans la totalité de l’organisme , soit dans les organes exposés immédiatement aux attaques des puissances extérieures. Si la force vitale est aussi intense que la puissance extérieure , il s’établit entre les deux une tension qui se manifeste partout où des forces opposées se neutralisent réciproquement en se tenant en équilibre. Il y a des natures vigoureuses qui peuvent s’exposer aux influences nuisibles les plus diverses, sans que la santé en soit troublée. Mais, chez la plupart, la vie propre des organes n’est pas à une égale hauteur; aussi certains points sont-ils plus vulnérables que d’autres. Chez l’un, la force vitale des organes de la digestion est tellement prédominante, que les écarts de régime les plus grossiers n’y nuisent pas, tandis que le plus léger refroidissement, peut-être, le rendra malade. L’autre pourra s’exposer sans crainte à un courant d’air, tout inondé de sueur, mais le moindre chagrin lui donnera une lièvre biieuse. Plus la force vitale, dans sa plénitude énergique, est également répartie, plus les efforts de l’organisme, pour neutraliser lesintluen-
ces nuisibles et se maintenir dans l’état de santé, sont heureux.
Mais il y a des constitutions où l’équilibre des fonctions n’est pas aussi aisément troublé, parce que l’organisme manque de réceptivité. On ne peut pas prétendre que cet organisme développe une grande somme d’énergie pour repousser les attaques des influences ennemies. Il y est plutôt insensible et n’est, par conséquent, nullement disposé à des réactions. Ce manque de réceptivité est propre aux natures torpides chez lesquelles on remarque souvent une activité de reproduction prédominante, un corpsbien nourri, doué d’une grande force de muscles, mais aussi un tempérament flegmatique, paisible, et surtout une vie sensible peu développée.
C’est ici le lieu de parler des idiosyncrasies. On entend par-là un état particulier, chez différens individus, de réceptivité pour certaines puissances extérieures, lequel peut être général ou borné à certains organes, et avoir pour cause, soit une sensibilité trop grande, soit de la torpeur. Chez de tels individus, des réactions différentes, le plus souvent trop violentes, sont provoquées par le contact de certains objets extérieurs, ou bien les réactions déterminées par ce contact chez toutes les créatures de la même espèce, n’ont pas lieu chez eux. Si le parfum d’une rose fait tomber une personne en faiblesse, si Todeur d’un chat provoque des angoisses mortelles et des battemens de cœur, si la plus faible dose de camphre détermine chaque fois des malaises et des vomissemens, tandis qu’une forte dose de rhubarbe ne cause pas un dévoiement, mais des sueurs et une augmentation de la sécrétion de l’urine, ce sont des idiosyncrasies que nous ne connaissons qu’empiriquement, sans pouvoir en démontrer par l’analyse la cause dans l’organisme. On n’explique rien par les mots d’irritabilité spécifique, d’insensibilitéspécifique.Ces phénomènes sont trop importans pour le médecin pour qu’on puisse les passer sous silence.
Si les rapports de l’organisme sont de telle nature qu’il ne se trouve en lui ni insensibilité à l’action des puissances nuisibles, ni faculté de se garantir de leurs attaques par une résistance vigoureuse, il s’en suit :
2 S Des réactions différentes de l'activité normale de ta vie.
Il y a des influences nuisibles extérieures qui paraissent diriger leurs attaques contre tout un système organique, parce que l’affection locale se répand trop rapidement pour pouvoir être remarquée, et où parfois la perturbation générale se réfléchit plus tard seulemenl dans l’un ou l’autre organe. Je citerai pour exemple l’esprit de vin qui, lorsqu’on l’avale, excite d’abord les nerfs de la cavité buccale jusqu’à l’estomac , irritation à laquelle prend bientôt part tout le système nerveux et vasculaire, et qui cause plus tard différentes perturbations locales, des vertiges, des épistaxis, des hémorrhoïdes ou des tressaillemens de quelques parties des muscles, etc., selon qu’il y a dans tel ou tel organe une disposition à réfléchir de préférence l’irritation générale. Cependant la plupart des influences nuisibles exercent un effet primitif plus marqué sur un seul organe. Ainsi, outre la surface de la peau, la gorge est attaquée par le contagium scarlatineux, la membrane muqueuse des organes respiratoires et les yeux par la rougeole.— Un grand nombre de substances, qui sont respirées sous la forme de gaz, résorbées par la surface du corps ou incorporées dans l’organisme par l’estomac et le canalintestinal, ou qui l’affectent par leur seul contact, produisent des troubles analogues dans les fonctions de certains organes ou dans un système organique entier, si la force vitale, luttant pour maintenir son intégrité, est assez énergique pour repousser les influences chimiques d’objets extérieurs, mais relativement tr«p faible pour résister à leurs effets dynamiques. Le résultat de ce conflit consiste alors en réactions, dont les manifestations extérieures nous représentent l’état morbide.