XXIII
La durée des effets primitifs nuisibles des puissances extérieures, et par conséquent la durée des maladies, sont extrêmement différentes, et les seules conditions que nous connaissions à cette durée sont :
(a) L'action constante des puissances extérieures morbifiques .
Un grand nombre de ces puissances, psychiques ou matérielles, n’ont qu’une action passagère, comme la frayeur, une contrarié-
îé ou un refroidissement subit, l’usage d’alimens indigestes, l’ivresse, un coup de soleil, un effort trop grand, la privation du sommeil ou un contagium volatil , qui peut, il est vrai, exciter de violentes réactions, mais qui se consume de lui-même, tel que le contagium de la variole, de la scarlatine, de la rougeole, etc. Le pendule mis en mouvement par un choc se ralentit peu à peu, s’il est abandonné à lui-même, et dans une maladie provoquée par une irritation passagère, l’équilibre se rétablit souvent de lui-même si la force vitale n’a pas été trop profondément attaquée. Dans de pareils cas , la durée de la maladie dépend de l’état général de la force vitale et des organes les plus maltraités en particulier. De là viennent aussi les différences de durée des maladies contagieuses aiguës et la prolongation ou le raccourcissement qu’on observe fréquemment dans leurs périodes. Cela nous montre qu’il ne faut pas chercher dans la maladie elle-même la cause de sa durée.
D’autres causes morbifiques sont d’une nature si durable, ou se renouvellent si souvent, qu’elles offrent toute une suite d’influences nuisibles, dont l’effet continuel met l’organisme dans l’impossibilité de s’en délivrer lui-même. A cette catégorie appartiennent les chagrins, les soucis, la jalousie, les querelles journalières, l’insalubrité du climat, le séjour dans des habitations humides ou exposées aux courans d’air, la trop grande chaleur ou le froid trop intense, l’aspiration de vapeurs et de gaz nuisibles, d’une fine poussière, la mauvaise nourriture, l’usage de mets et de boissons nuisibles, les excès dans le manger et le boire, l’irrégularité dans les veilles et le sommeil.
En considérant l’état de santé chez beaucoup de personnes, nous arrivons à l’idée que la somme de la force vitale a été répartie diversement, mais que l’habitude rend possible à l’homme de se faire graduellement à certaines influences funestes qui agissent sur lui sans interruption, au point de ne plus en être affecté. Voilà pourquoi les habitans d’un pays malsain souffrent moins que les étrangers, et l’ivrogne arrive peu à peu à ne plus s’enivrer en buvant de grandes quantités de liqueurs spiritueuses. Mithridate, en prenant chaque jour du poison, s’y était tellement habitué, que lorsque, las delà vie, il voulut y mettre un
PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE
terme, il ne put s’empoisonner et dut se percer de son épée. Au reste, un grand nombre d’influences nuisibles perdent peu à peu de leur pouvoir sur l’organisme lorsque ce dernier a acquis la faculté de s’en préserver lui-même. Les étrangers qui vont s’établir dans le pays de Yaud, sont presque tous attaqués en peu de temps de goitres qui cependant ne persistent pas toujours. Beaucoup s’en délivrent au moyen de remèdes spécifiques. Quelquefois ils reviennent à plusieurs reprises et cèdent toujours aux médicamens , jusqu’à cequ’ils ne reparaissent plus, l’habitude ayant détruit les effets funestes du climat ou de l’eau. Lorsque ce n’est pas possible et que la violence de la puissance extérieure l’emporte sur la force vitale qui la combat, la maladie continue et la guérison n’est pas moins difficile qu’il le serait de remplir le tonneau des Danaïdes.