‹ Nouvel organe de la médecine spécifique ou exposition de l'état actuel de la méthode homéopathiqueChapitre 6 sur 123 · VIII · texte numérisé non relu

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queutes depuis quelque temps. L’intolérance, qui va si loin, que Hufeland disait avec raison, il y a plusieurs années: « Pas un malade ne meurt, que le médecin qui l’a traité ne soit accusé de sa mort par d'autres médecins qui ne pensent pas comme Lui » ,

ce zèle aveugle des partis a détruit la confiance en la médecine. Autrefois, l’art médical jouissait d’une plus haute considération, et si l’on entendait un reproche, il ne s’adressait qu’à la fausse application de ses préceptes dans certains cas isolés, ou à la témérité, qui n’avait pas craint de s’éloigner des routes ordinaires, regardées comme les seules bonnes. Mais, de nos jours, l’infaillibilité des principes mêmes de la médecine est devenue l’objet d’une satire amère , parce que les contradictions qu’ils renferment ont été divulguées. On estime cependant encore l’intelligence et la capacité de quelques médecins, qui se distinguent par le don d’observation et qui ne se laissent pas dominer par les passions aveugles de l’esprit systématique.

Ge n’est pas à dire que les systèmes n’aient aucune valeur. On doit les regarder comme des créations d’une idéalisation poétique, dignes quelquefois d’exciter notre étonnement comme œuvres d'art. Étoiles brillantes, ils doivent répandre leur clarté sur des observations éparses pour les réunir en un tout harmonieux et servir à nous diriger sûrement à travers le labyrinthe du doute et des hypothèses. Ils doivent nous guider dans notre pratique, et l’application de leurs principes doit en montrer Sa justesse.

Un des faits historiques les plus remarquables , c’est que depuis des milliers d’années, le nom d’un homme, le grand médecin de Cos , est resté un objet de vénération tant dans les temps de stagnation de la science que dans ceux de réforme. Les écoles dogmatiques même, dans leur plus brillante période, n’ont jamais parlé qu’avec respect de la médecine hippocratique, et n’ont jamais osé ternir la gloire de son fondateur, il n’est pas moins remarquable que dogmatiques, empiriques et éclectiques en appellent à lui, quoique son plus grand mérite ait été de nous enseigner l’art

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d’une observation fidèle. Aussi brille-t-il surtout comme médecin symptomatique. Sa philosophie a été un empirisme rationel qui repose sur l’expérience , des résultats de laquelle elle déduit ses règles. Etranger au dogmatisme, il n’a pas essayé de coordonner ses expériences d’après des principes préexistons. Dans la pratique il était éclectique, guidé qu’il était par son talent éminent d’observer et d’individualiser.

Un grand nombre de médecins célèbres tant anciens que modernes Font pris pour modèle, et on est en droit de prétendre que les plus heureux et les plus renommés d’entre eux se sont préservés de tout esprit systématique et ont été éclectiques.

Mais dans le cours des siècles , l'application d’un traitement purement empirique est devenue de plus en plus difficile et incertaine, parce que les formes des maladies sont si variées que l’homme le plus âgé même n’a pu apprendre à en connaître par expérience qu’une faible partie. La mémoire la plus fidèle ne peut non plus conserver tous les résultats des observations étrangères, et il est encore moins possible de distinguer le vrai du faux dans cette masse de relations de guérisons et de soi-disantes observations qui se portent au marché chaque jour. Aussi les plus célèbres empiriques sont-ils souvent fort embarrassés; privés d’observations de cas analogues faites soit par eux , soit par d’autres, ifs doivent, en l’absence de toute étoile qui les guide, recourir à une expérimentation dont les résultats sont souvent très douteux , ou se diriger d’après des principes généraux qu’ils se créent. La nécessité de principes pareils se fait donc sentir partout, et rien de plus naturel par conséquent que les efforts tentés de tout temps, pour fonder la médecine sur des bases solides.

Pour être juste , il faut reconnaître toute l’importance des tentatives qui ont été faites depuis deux mille ans et plus, pour atteindre au but proposé, et ce n’est pas sans une vive reconnaissance que nous devons penser à ces médecins qui ont sacrifié dans tous les temps leur fortune, leur santé et

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leur vie môme pour faire faire un pas de plus à la science. Raconter en détail tous leurs sacrifices, passer en revue tous les services qu'ils ont rendus aux sciences préparatoires, faire connaître avec les développemens suffisans les différens systèmes delà médecine; ce n’en est point ici la place. Nous ne devons nous occuper que de rechercher de quelle manière on peut atteindre le plus sûrement au but.

Pour juger de la valeur de la méthode nouvelle que nous nous proposons surtout d’examiner, il faut la comparer avec l’esprit de l’ancienne école, ce qui n’est possible qu’autant que, sans entrer dans de trop grands détails, nous ferons ressortir les moyens employés jusqu’à présent pour opérer la guérison des maladies.

Au premier coup-d’œil jeté dans l’histoire, nous reconnaissons que la médecine a toujours marché à pas égaux avec la civilisation. Nous ne voulons pas examiner si l’instinct ou le hasard ont été les premiers à nous apprendre les vertus médicinales de certaines substances dans certaines maladies. Il est évident que dans les premiers temps la connaissance des médicamens était extrêmement imparfaite et que tout l’art consistait d’abord à administrer tels remèdes qui s’étaient montrés efficaces dans certains états morbides , caractérisés par des symptômes analogues. C’était sans doute un grossier empirisme qui ne s’appuyait que sur une comparaison superficielle des phénomènes extérieurs, et qui ne pouvait suffire qu’à une époque où le genre humain était encore dans l’enfance. Dès qu’il se fut développé davantage, l’homme commença à réfléchir sur les causes premières des phénomènes de la nature, sur les modifications qu’ils subissent; et, quant à la médecine, il se mit à la recherche d’un traitement rationel dont le principe fondamental fût d’éloigner les causes des maladies afin d’enlever à la fois les maladies elles-mêmes, produits de ces causes.

Ce précepte, toile causant , a régné jusqu’à ce jour, et tout ce que certains partis ont objecté contre lui concerne moins ce précepte en lui-même que la difficulté de son ap-

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plication, puisque la cause est, dans la plupart des cas, hors de la sphère de nos sens, et qu’elle ne peut se découvrir que par le raisonnement. Se garantir alors des erreurs n’est pas chose facile : les fondateurs de tous les systèmes l’ont tenté avec plus ou moins de succès , mais jamais aucun n’a complètement réussi.

Gomme on était arrivé de bonne heure à considérer les symptômes des maladies comme les manifestations d'une force vitale anormale , il avait fallu nécessairement réfléchir aussi sur l’activité vitale elle-même, et on se sentit entraîné par là à ne plus se contenter des perceptions sensibles, on voulut en rechercher les causes. La médecine tomba dès-lors sous l’influence philosophique, ce dont on se convaincra sans peine en remontant jusqu’à la philosophie de Platon.

La philosophie de ce temps-là était fille de la poésie et elle était encore restée poésie en grande partie. Aussi était-on plus habile à inventer qu ’htrouver les principes, d’autant plus que les sciences naturelles, encore dans l’enfance, ne pouvaient fournir à la spéculation des points d’appui certains. Or, partout où ces derniers manquent et où l’on veut pourtant trouver de prime abord les derniers principes des choses, on arrive au roman. Ces écarts ont fait dire souvent que la médecine n’a rien à gagner à l’alliance de la philosophie. Mais cette opinion n’est vraie que quand on veut donner à un principe inventé la valeur d’un principe fondamental, et en faire même l’application dans la pratique. Car toutes les audacieuses tentatives faites pour arriver à la connaissance du souverain principe de la vie et pour soulever le voile qui couvre les mystères de l’âme, sont restées sans aucun succès. Présenter, comme l’ont fait Pijthacjore et Platon, l’activité vitale comme un mouvement circulaire ou elliptique ou comme une oscillation entre les deux extrémités d’une ligne, quelque spirituel que puisse être ce système, n’a fait faire aucun progrès à la médecine, et il n’a pas été possible, jusqu’à présent, de profiter dans la pratique des résultats fournis par ces recherches transcendentales.

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II ne peut être question d’examiner ici la valeur des différentes écoles de philosophie dont la plupart n ont peut-être été, dans les temps postérieurs, que les échos des écoles de Platon et d’Aristote, ou des essais pour concilier ces deux penseurs, dont le premier s’est élevé au rang de chef du spiritualisme, tandis que le second s’est efforcé de défendre les droits du matérialisme. Cependant, s’il s’agit de rechercher l’influence véritable de la philosophie sur les sciences naturelles et la médecine, on doit reconnaître que les écoles qui, faisant abstraction de l’expérience, s’en sont tenues aux connaissances acquises à priori , fournies par la raison elle-même , n’en peuvent exercer qu’une bien faible. Au moyen de ces connaissances, il est possible de prouver la nécessité de certains phénomènes; mais il faut des observations réelles, positives, à l’œil intérieur de l’esprit pour vivifier la spéculation. La philosophie idéaliste méprise trop la marche lente et pénible de l’observation des phénomènes, pour en étudier la cause primitive avec le secours de l’analogie , pour abstraire des lois générales de faits particuliers , pour s’élever graduellement d'un degré inférieur à un degré plus élevé.

Une autre méthode philosophique, sans laquelle il ne peut y avoir de médecine rationelle, méthode à la fois plus fructueuse et plus applicable dans la pratique, c’est la méthode analytique. Son but n’est pas de se perdre dans des spéculations sur l’entité des choses, mais simplement d’étudier les changemens des phénomènes, de mettre à profit autant que possible la somme des perceptions individuelles, afin d’arriver par des conclusions logiques à connaître les causes de ces changemens.

Les pas de géant que l’on a faits dans l’histoire naturelle invitent l’esprit à coordonner les résultats obtenus, à les ramener à un principe , travail pour lequel l’analyse et la spéculation se donnent la main. Celui qui brûle du désir d’arriver à un plus haut degré de connaissances, doit se réjouir de voir tant de personnes s’en occuper aujourd’hui. Il est certain que nous n’arriverons jamais à résoudre d’une manière corn-

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plétement satisfaisante tous les problèmes qui! présente; mais mieux nous nous rendrons raison des lois qui régissent les manifestations si variées de la force vitale, plus il nous sera facile d’en combattre avec succès les manifestations anormales.

Ce qui s’oppose aux progrès de nos connaissances, c’est , d’un côté, la multitude de questions qui sont restées jusqu’à présent sans réponse, sur la liaison des phénomènes de la nature, et de l’autre, une certaine tendance à ne diriger nos études que dans un seul sens. Car on ne peut nier que même dans la méthode analytique l’esprit se laisse entraîner à choisir dans la grande masse des phénomènes naturels quelques-uns d’entre eux, pour en faire de préférence l’objet de ses observations et de ses méditations. Il établit, de cette manière, des lois qu’il déclare générales, quoiqu’elles ne le soient pas en effet. S’il ne veut pas renoncer à son idée favorite, s’il lui faut en prouver la vérité prétendue, il s’égare dans un dédale de syllogismes avec des prémisses si fausses, qu’il suffit d’en battre une en brèche pour renverser tout l’édifice.

Nous voyons par là combien il est dangereux de généraliser trop et trop tôt, tandis qu’en individualisant avec soin, en examinant avec impartialité, en comparant tous les phénomènes isolés, nous arriverons de la manière la plus sûre à la connaissance des lois fondamentales des phénomènes, et nous nous convaincrons en même temps que des principes généraux, sans rien perdre de leur généralité, sont souvent éclipsés par des accident individuels.

Si nous considérons ces différentes méthodes, nous trouverons sans peine l’origine des divers systèmes de médecine. Tous ont un but commun, celui d’éloigner les causes reconnues desaccidens morbides, ou, en d’antres termes, d’appliquer un traitement rationnel; mais ils diffèrent par les routes qu’a prises l’esprit de recherche pour atteindre à ce but. De même qu’en philosophie, l’idéalisme et l’empirisme se partagent l’empire delà médecine : le premier, s’appuyant sur

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l’idée des forces qu’il regarde comme le mobile de toutes les modifications des choses, s’occupe préférablement des qualités invisibles, occultes, et se perd dans des tentatives infructueuses pour expliquer par des lois générales cosmiques les nombreuses formes de la vie individuelle.

Reconnaissant la difficulté, pour ne pas dire l’impossibilité de construire un système thérapeutique qui réponde à cette idée extravagante, et qui soit en même temps applicable dans la pratique,' l’empirisme rationnel s’efforce simplement d’élever la médecine au rang de science expérimentale.

On avait bâti des cabanes et des maisons, on avait construit des ponts , bien avant de songer à écrire un traité systématique sur l’architecture. On a , de même , commencé par rassembler les matériaux d’une thérapeutique spéciale, et ce n’est que beaucoup plus tard qu’on a eu l’idée de comparer ces matériaux , d’en déduire les conditions des phénomènes semblables ou analogues, et d’établir logiquement les principes d’une thérapeutique générale. Mais, en suivant cette route, on renonce à arriver à un système basé sur la connaissance du souverain principe de la vie. Nos connaissances ne sont guère que des fragmens. Les branches mêmes de la science médicale qui ont été cultivées avec le plus de soin, l’ostéologie, l’anatomie des parties molles, sont encore imparfaites, et se perfectionnent de jour en jour par de nouvelles découvertes. Moins parfajte encore est la physiologie. Jusqu’à présent nous ne sommes pas arrivés à une connaissance exacte de la structure des organes; nous en connaissons bien moins encore l’importance et les fonctions, La plupart des phénomènes les plus importans même, tels que l’hématose et la nutrition, sont encore pour nous des mystères, et nous n’avons que des données incomplètes sur les rapports sympathiques d’un grand nombre d’organes.

La physiologie sert de base à la pathologie, parce qu’il nous faut connaître les lois des fonctions vitales à l’état normal

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avant do pouvoir nous former une idée nette des conditions de leur anormalité. Mais si nous considérons le peu d’étendue de nos connaissances physiologiques, nous ne nous étonnerons pas de l’obscurité de la pathologie, et nous sentirons tout d’abord l’incertitude des préceptes de notre thérapeutique. Cette incertitude est niée, il est vrai, par un grand nombre de médecins, par ceux surtout qui, dans leur génie étroit, se contentent d’accorder une foi illimitée à leurs compendiums et à leurs cahiers de collège, et qui, sous le manteau de ces autorités, mettent tous leurs soins â se former une nombreuse clientelle; ou bien encore par ceux qui estiment trop haut leur propre capacité et leurs propres idées , pour oser avouer quelles larges taches ternissent l’éclat de la médecine. Mais d’un autre côté il est un grand nombre de praticiens distingués et d’écrivains célèbres qui se sont plaints de la multitude de lacunes qui existent dans notre science, et qui ont prouvé que ce sont précisément ceux qui savent le plus , qui sentent le mieux ce qui nous manque. De pareils aveux doivent nous convaincre que tout ce qu’on a fait jusqu’à présent dans le champ de la science, porte le cachet de l’imperfection. Cependant il ne faut pas mépriser les efforts qui ont été tentés pour enrichir nos connaissances, bien qu’ils n’aient été qu’en partie couronnés de succès; et nous devons reconnaître que la science gagne à tous ces essais de défrichement. Publier ce qui y manque encore sous certains rapports ne peut contribuer qu’à redoubler le zèle de ceux qui s’y dévouent.

Des perceptions objectives, qui sont à proprement parler le fond de nos connaissances, nous ont montré d’abord l’existence de certaines modifications dans la sphère matérielle de l’organisme malade. On a observé des amaigrissemens généraux ou topiques, ainsi que des hypertrophies, des enflures, des furoncles, des nodosités, des ulcères, des boutons, des vésicules, des gerçures, des exanthèmes de toute espèce, des changemens dans la couleur de la peau de certaines parties du corps, des élévations ou des abaissemens de la tempéra-

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ture, des sueurs plus copieuses ou moins abondantes qu’à l’ordinaire, ou bien encore de qualité différente ; des transpirations gazéiformes, des changemensnon moins remarquables dans l’baleine, dans les larmes, dans le mucus nasal ou buccal, dans la salive, dans le cérumen des oreilles, dans les évacuations alvines, dans les urines, dans la semence, dans la mucosité de l’urètre et du vagin ; des anomalies dans le sang, surtout dans le sang menstruel, dans le lait, dans les lochies, etc. L’autopsie a montré dans quelques cadavres des anomalies de structure plus ou moins générales, un développement et une position irrégulière de certains organes, des pseudomembranes et des filamens avec des excroissances contre nature , des relâchemens et des ramoliissemens, des changemens complets dans la substance, des indurations, des concremens, des ossifications, des oblitérations, des dilatations même de certains vaisseaux, des formations irrégulières de nouveaux vaisseaux, des enflures et des excroissances internes, des polypes, des fongus, des tubercules, des épanchemens de liquides dans quelques cavités, etc. Elle a fait voir même des changemens dans la qualité du sang, de la bile, du suc pancréatique, du mucus intestinal et d’autres humeurs. Au moyen de la chimie on a découvert aussi différentes proportions de composition, et tous ces faits ont été misa profit pour expliquer les accidens morbides. On a cru devoir en chercher la cause dans des modificationspnatériel les, et cette opinion a été long-temps L’ppinion dominante. Elle a au moins ceci pour elle, que Ses différences essentielles de la matière, qui est le substratum des forces, doivent nécessairement avoir pour résultats des différences dans les manifestations de l’activité.

Les médecins qui penchent vers le matérialisme se sont divisés en deux écoles : l’école j air ophysique et l'école chimiatrique. La première n’avait eu égard qu’à la structure des parties et avait considéré les os comme la charpente, les muscles comme des leviers, le cœur comme une pompe ou une machine de compression, les pet i t s vaisseaux comme des tuyaux

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aspirans ou des appareils de filtrage, etc. Pour elle, les maladies provenaient du dérangement de ces machines; elle ne s’inquiétait aucunement de la force motrice. L’influence qu’elle exerça sur la médecine, fut plus sensible en physiologie et en pathologie qu’en thérapeutique; et c’est encore le cas, maintenant que l’on a profité des grands progrès faits dans la physique, nommément dans l’étude de l’électricité, du galvanisme et du magnétisme, pour expliquer d’une manière plus ou moins satisfaisante beaucoup de phénomènes vitaux. On a comparé de la manière la plus ingénieuse la colonne vertébrale à une pile de Yolta, les nerfs aux conducteurs et les sécrétions auxproduitsfles effets d’une chaîne galvanique fermée. Mais le problème de la force vitale a été résolu d’une manière trop peu satisfaisante par cette comparaison, pour que la pratique médicale puisse espérer d’en tirer de grands avantages.

Les jatrochimistes n’avaient porté leur attention que sur la composition des substances qui constituent l’organisme. Ils se sont divisés en solidistes et en humoristes. Les premiers cherchaient les causes présumables des maladies dans les parties solides , les autres dans les parties liquides du corps. Ceux-là se rapprochaient davantage des jatrophysiciens. Ceux-ci fondaient principalement leur doctrine sur ce que la formation originaire de tous les corps organisés s’est opérée par une cristallisation , par une condensation des parties liquides , et sur ce que les jiumeurs sont incontestablement la matière dont a été formée toute partie solide. Ils avaient seulement oublié que les formes, selon le type du genre, des espèces, des familles, sont soumises à Faction mystérieuse de la force vitale, de cette force qui fait qu’un grain de café ne produit pas un chêne, un œuf d’oie un aigle, une chèvre un rhinocéros. Ils ont oublié que nous devons regarder ces humeurs organiques comme des produits de l’activité des organes sécrétoires , et que par conséquent la dépravation des humeurs doit provenir d’une cause plus élevée. On s’était laissé tellement prendre à ces idées, on s’était tellement ha-

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bitué à considérer les maladies comme le résultat de l’altéra tion des humeurs, que l’on construisait sur ces hypothèses une pathologie et une thérapeutique humorales, dont l’unique but était d’expulser les humeurs dépravées et de corriger, au moyen de remèdes chimiques, celles qu’on ne pouvait éloigner. Un regard jeté sur l’histoire de cette doctrine nous montre un amas d’hypothèses auquel ont contribué Anaxagore et Gallien , Erasistrate et Aetius. Sylvius de la Boe fut le premier qui tenta un traité systématique humoral ; on peut donc le regarder comme le fondateur. Tantôt battue, tantôt victorieuse , cette doctrine a trouvé même dans ces derniers temps des adversaires et des défenseurs.

Nous ne crierons pas qu’on est allé trop loin en refusant toute attention à la qualité des humeurs et en ne tenant aucun compte de leurs effets vraiment pathogénétiques (comme l’a fait Femelius , par exemple, qui a émis la singulière assertion que les humeurs ne doivent pas être considérées comme appartenant à l’organisme); mais quand on veut leur donner la première place dans la pathogénésie , nous y reconnaissons un triste penchant au matérialisme presque vaincu qui a malheureusement retrouvé de nos jours un grand nombre de partisans.

Il était réservé au génie d’un Georges-Ernest Stahl de fonder une nouvelle école, Y école dynamique , qui s’occupe surtout de la force agissant dans l’organisme, à laquelle elle attribue tous les changemens organiques et fonctionnels de l’organisme. Ce n’est pas le lieu de rechercher si Stahl est le seul auteur de ce système, ou s’il en a trouvé l’idée dans Van-Helmont7 Perrault , Descartes , etc. Nous ne devons pas examiner non plus ici si Stahl , en regardant l’ame comme la cause première de toute activité organique, a émis réellement une idée toute nouvelle, ou s’il a seulement désigné par un autre mot Vsvoppw d’Hippocrate, l’archæus de Yan-Heimont, et ce que Ton entend par force vitale ou principe vital.

Mais on doit lui reprocher ainsi qu’à beaucoup de ses

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partisans, de n’avoir, comme les autres écoles , envisagé la question que sous un seul côté. Pendant4long-temps on avait cherché à expliquer tous les phénomènes physiologiques et pathologiques par des motifs tirés de la structure organique et de la composition des humeurs. L’école de Stahl faisait tout le contraire et sans plus de raison ; elle se borna à considérer la force active, motrice, modifiante, comme idée abstraite; comme si elle agissait, se mouvait dans l’organisme sans aucune dépendance de la matière.

En s’appliquant à la doctrine des forces vitales , on ne pouvait manquer de tomber dans une foule de •subtilités et d’hypothèses extraordinaires. Nous n’avons pas l’intention de nous en occuper; mais nous devons dire un mot du système purement dynamique d eBroivn, dont Louis Roger (1) avait jeté les fondemens plus d’un siècle auparavant, en avançant que l’irritabilité n’est qu’une disposition à des manifestations de l’activité, sans en être la cause unique et suffisante. Brown ne donna pas une autre explication de la vie en en posant l’incitabilité comme le facteur intérieur, et le monde extérieur comme le facteur extérieur.

Ce système présentait une simplicité très propre à plaire aux médecins encore inexpérimentés et aux laïques ; aussi eut-il pendant long-temps un grand nombre de partisans : il aurait même dominé plus long-temps si la nosologie avait répondu davantage à l’expérience, et si des résultats malheureux dans l’application* des préceptes thérapeutiques qui en découlaient, n’avaient, convaincu qu’il reposait sur un principe faux. D’après ce principe, toutes les maladies étaient la suite de la prédomination ou de l’affaiblissement de l’activité vitale, et pouvaient par conséquent se diviser en deux parties principales.

De ce système est né celui de Broussais qui , partant de

(1) Specim. physico-logic. de perpétua fibrarum muscularium palpita— tione, novum phænomenum in corpore humano, expenmenlis deleeturn et conlinualum. Gotting. 1660.

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principes semblables , ne reconnaît que des maladies d’irritation locale. De cette proposition découlaient ses préceptes thérapeutiques, ces énormes évacuations sanguines, un vampirisme qui surpasse toute imagination , et que la postérité regardera comme un exemple remarquable des égaremens de notre siècle.

Une autre modification de la théorie de l’irritation est îa doctrine du contra-stimulus de Rasori qui , comme le système de Brown , n’admet que deux formes principales de maladies opposées l’une à l’autre comme activité surexcitée et activité ralentie, représentans de la contraction et du relâchement. Le traitement, qui repose sur ce principe, consiste à administrer de très-fortes doses de médicamens contraires à la maladie ; ces médicamens ont été partagés en deux classes principales de la manière la plus arbitraire et la moins justifiée par l’expérience. Malgré l’harmonie apparente de ce système, on ne pouvait s’attendre à lui voir faire de grands progrès, parce qu’il était trop facile d’en apercevoir la pauvreté, et que le génie de notre époque repousse, plus que jamais peut-être, les hypothèses hasardées, et exige des fondemens solides pour accepter une doctrine.

Le système de Broivn et les théories de l’irritation auxquelles il avait donné naissance, avaient provoqué à une nouvelle activité la spéculation , et fourni l’occasion la plus favorable pour la construction d’un système philosophico-naturcl dans lequel on essayât de trduver partout dans les individus les lois générales de l’univers, et d’en tirer à l’aide du raisonnement des préceptes thérapeutiques. Ce système est dynamique, puisqu’il part de l’idée des forces et qu’il y ramène les phénomènes perceptibles de la vie ; il est moins incomplet que la plupart des autres systèmes semblables, puisqu’il ne laisse pas de côté la sphère matérielle de l’organisme, et qu’il recommande au contraire spécialement l’étude contemplative des organes ; mais la médecine pratique n’a pas encore profité de ces recherches.

Personne ne contestera que l’altération des organes (objet

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des recherches de V anatomie pathologique ), que nous sommes forcés de regarder comme les porteurs des forces, doit avoir pour résultat nécessaire des modifications dans les manifestations des forces. Mais il est certain que, malgré les éclaircissemens que les progrès de la physique ont donnés sur les rapports dynamiques , une rétrogradation évidente vers le matérialisme le plus grossier menace la pathologie, parce qu’on va évidemment trop loin en prenant des irrégularités de formation et de composition pour l’essence, pour le principe et la cause des maladies ; comme si ces anomalies pouvaient se manifester indépendamment de la force vitale qui régit la marche de la formation , tandis qu’ils ne sont que les produits d’une activité anormale. Plusieurs pathologues n’en tiennent à peu près aucun compte, et rejettent presque tout ce qu’on ne peut ni voir ni entendre. Le stéthoscope, le plessinètre et le microscope sont pour eux les plus fermes appuis du diagnostic, et l’on trouve maintenant des médecins qui savent mieux parler des mouvemens et de l’enveloppe des globules du sang que de la marche d’un état morbide. La grande utilité des progrès de l’anatomie pathologique ne peut être révoquée en doute, seulement il faut se garder d’y accorder trop d’importance.

Dans le cours d’un grand nombre de maladies , il se développe des modifications matérielles qui suffisent tout au plus pour nous faire connaître la marche de la maladie, mais nullement le principe et la cause du mal : aussi est-ce un sujet continuel de dispute que de savoir si certaines anomalies organiques sont le résultat d’inflammations, ou le produit d’une activité formatrice primitivement maladive. Tels sont, par exemple, les ramollissemens, les relâchemens, les dilatations, les rétrécissemens , les oblitérations, les hypertrophies, les tubercules, les indurations, etc. Tels sont encore les ulcères des intestins , qui , selon les uns, sont l’origine du typhus abdominal, et selon les autres n’en sont que la suite. On trouve fréquemment dans les cadavres des altérations qui ne se sont opérées qu’après la mort. Je ne mentionnerai

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que la coagulation du sang du cœur et de l’aorte qui ont déjà donné lieu à bien des erreurs, les épanchemens aqueux dans le cerveau après un coup d’apoplexie mortel, et les changemens de couleur qu’on remarque dans les parties internes , dont la rougeur n’est pas toujours la suite d’une inflammation, comme Rapp (1) et Yelloly (2) l’ont prouvé par leurs observations. Mais, d’un autre côté, l’absence de rougeur, selon Rapp , est tout aussi peu un indice certain , surtout dans les intestins , de l’absence d’une maladie inflammatoire , parce que la décolorisation peut avoir été produite par le développement de certains gaz , tels que l’hydrogène sulfuré.

Nous n’avons encore que des connaissances très bornées sur la modification de la composition organique dans les états morbides. Nous ne savons non plus que fort peu de chose sur les altérations du sang et des humeurs , et nous devons admirer la hardiesse avec laquelle quelques médecins ont voulu donner les résultats imparfaits, même souvent contradictoires, des recherches faites jusqu’à ce jour, mêlées à un grand nombre d’hypothèses, comme des preuves que les anomalies dans la composition des humeurs sont le principe et la cause des maladies.

Il est très naturel que dans la recherche des causes d’altération des humeurs on ait porté d’abord son attention sur le sang , puisqu’il est la source de la matière qui sert au développement de l’organisme, car personne ne peut nier qu’il s’opère différentes modifications , souvent très importantes , dans le mélange du sang et des humeurs. On reconnaît depuis long-temps, par exemple, l’excédant des parties séreuses et la diminution de la fibrine dans le sang des scorbutiques et des chlorétiques , ainsi que la surabondance de lymphe

(i) Regis Guilielmi fesluin natalitium die 27 septem. indicit rector el senatus Tubingensis ; præmittuntur annolat. pract. de vera interpretatione observationum analomîæ palhologicæ. Tubing. , 1834.

(1) Loudon Med. Gaz. i835, decemb.

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coagulable dans celui des femmes enceintes. Wittstock (l) a trouvé dans le sang des cholériques une diminution d’un à sept pour cent de la fibrine qui, en outre, n’était jamais aussi blanche au lavage que celle du sang sain. Il a trouvé aussi dans le ventricule droit du cœur un sang semblable à du goudron , mêlé de caillots polypeux. Selon Jennings (2) , le sang des goutteux est surchargé d’acide phosphorique et de matières azotiques ; selon Stevens , celui des malades atteints de la fièvre jaune est privé de parties salées ; selon Andral , la quantité du sang augmente dans les fièvres inflammatoires , et selon Scudamore, il est trois fois plus riche en fibrine et plus pauvre en sels. Zaccarelli (3) a observé chez un pulmonique auquel on avait fait une saignée, lorsque la maladie avait déjà atteint un haut degré de développement et que le malade était aussi pâle que la mort et complètement épuisé , un sang qui avait absolument la couleur et l’odeur du lait. Sion (4) a fait une observation pareille chez un homme auquel on avait fait une saignée à cause d'une violente hémorrhagie nasale et buccale, avec mouvement tumultueux du cœur, manque de respiration et angoisses. CarswelL prétend n’avoir jamais trouvé de tubercules sans qu’il existât un état morbide du sang. Beaucoup d’autres observations de cette espèce fournissent une preuve si convaincante d’altérations du sang, qu’on ne peut en douter raisonnablement. La justesse de ces observations ne sera pas non plus révoquée en doute par les dynamistes ni par les solidistes , et la différence d’opinions entre ces derniers et les humoristes , concerne simplement la question de savoir si les changemens de composition, de cohésion du sang peuvent être les suites

(x) Annalen der Physik und Chimie , herausgegeben von J.~C. Poggendorf, vol. xxiv.

(2) Transactions of the provincial medical and surgical association , vol. ni. i836.

(3) Omodei Annal., i835. Aprilet rnaggio,

(4) Lanzetle , i835, N° 49 — 5o.

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immédiates d’effets extérieurs, ou s’ils sont produits par l’entremise de la force vitale reproductive.

L’organisme tire la matière réparatrice de l’extérieur par l’estomac , les organes respiratoires et la peau. Le changement en sang des matières ingérées dans l’estomâc se fait surtout par la chylification qui est donc un acte secondaire, puisqu’il présuppose l’activité vitale des organes digestifs. Mais le changement de la masse du sang par le mélange des parties hétérogènes est possible encore par une autre voie plus courte , par l’absorption à peu près évidente des veines capillaires dans le canal intestinal , dans les poumons et à la surface de la peau. Il est très vraisemblable que c’est par ces deux dernières voies que les maladies contagieuses pénètrent dans l’organisme. Mais si cette absorption se faisait simplement d’après les lois de l’hydraulique, et était indépendante de la force vitale , elle devrait s’opérer dans toutes les circonstances. Si nous songeons cependant qu’il faut une certaine disposition pour recevoir le contagium de l’une ou de l’autre manière, qu’un grand nombre d’individus , grâce à leur vitalité énergique, peuvent s’exposer impunément aux influences les plus funestes , et ne sont attaqués de la fièvre typhoïde ou de la fièvre jaune ni au milieu des Marais-Pontins , ni à la Havanne, ni à la Nouvelle-Orléans ; que d’autres peuvent sans crainte toucher des pestiférés , que d’autres, au milieu du libertinage le plus effréné, ne sont jamais atteints de la syphilis, nous ne pouvons pas admettre que l’absorption soit analogue à l’ascension des liquides dans les tubes capillaires, d’après les lois de la physique , ni que l’introduction du contagium dans le sang , ainsi que la corruption qu’il y opère, ait lieu d’après les lois d’affinité de la chimie. Nous sommes forcés plutôt de regarder ces faits comme de véritables fonctions vitales , et de présupposer un désaccord de la vitalité comme condition du changement dans la composition du sang. L’haleine d’un individu atteint d’une maladie contagieuse suffit quelquefois pour la communiquer et pour provoquer instantanément les phénomènes d’un état mor-

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bide. Un changement primaire , aussi rapide que l’éclair, dans toute la masse du sang, par le minimum impondérable de la matière contagieuse mise en contact avec l’organisme, est moins admissible dans le fait, qu’une altération de la force vitale par l’entremise des nerfs , altération qui manifeste dans beaucoup de cas son influence perceptible , surtout dans la sphère reproductive. C’est ainsi que souvent une frayeur immatérielle provoque instantanément chez la nourrice, par l’entremise du système nerveux, un changement si grand dans le lait des seins que i’ enfant en tombe dans des convulsions. Le changement du sang se manifeste encore plus clairement comme fonction vitale secondaire , quand nous en observons les différences dans les diverses périodes de la fièvre. D’après Jennings (1) le sang coule lentement dans la première; il est d’une couleur foncée, se coagule promptement et forme un gros caillot de couleur foncée. Dans la seconde , il coule plus facilement , est d’un rouge écarlate, ne se coagule pas aussi vite et forme un caillot plus solide qui a quelquefois une couenne légère. Dans la troisième, où le collapsus se manifeste, il coule très vite, est aqueux, de couleur foncée, et ne se coagule qu’imparfaitement. On sait depuis long-temps que le sang tiré à différentes époques de la maladie forme une couenne plus ou moins épaisse, ou n’en forme pas du tout.

On a accordé beaucoup d’importance à des observations répétées qui ont démontré -que les différentes matières introduites dans le corps se retrouvent dans les liquides sécrétés. Ion Pereira (2) nous a donné un riche recueil de pareilles observations. Cependant un grand nombre d’expériences ont prouvé que ces matières ne peuvent se découvrir dans le sang. Schnurrer (3) dit que le sang développe cl’une manière latente tout ce qui y pénètre par les vaisseaux lymphatiques

vi) Loco cilato.

(2) Frorieps Nolizen, vol. xlyiii , n° 14.

(3) Krankheitslehre. Tubingen , i83t, pag.

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et la résorption , et compare avec beaucoup d’esprit les organes de sécrétion à des prismes qui décomposent la lumière simple en ses différentes couleurs.

Quelques observations semblent prouver que des substances s’introduisent quelquefois dans le sang sans avoir subi un changement total. Le Courier de New-York (1), par exemple , raconte que le sang tiré à un homme qui avait bu en cinq jours deux galons de rhum, s’enflamma à l’approche d’une allumette et brûla pendant une demi-minute avec une flamme bleuâtre. Cependant cela ne prouve pas encore que l’alcool ait été réellement mêlé au sang sans avoir éprouvé d’altération. Il est plus vraisemblable qu’il s’était opéré une modification qui avait occasionné la formation d’un gaz hydrogène inflammable. Toutes les tentatives pour injecter dans le sang des matières médicamenteuses ou hétérogènes ont démontré que les réactions les plus violentes et souvent les plus dangereuses en sont la suite. Comme on n’a pas observé de réactions pareilles dans les cas où, selon Herr (2), on doit avoir retrouvé dans ce sang les matières les plus diverses ingérées dans l’estomac, telles que de l’iode, de l’acide hydrothionique, de l’acide prussique , de l’huile de térébenthine, de l’huile de dippel , de la rhubarbe , etc. , on est en droit de douter de la justesse de ces observations, et l’on se trouve forcé d’admettre la supposition que ces matières devenues latentes dans le sang n’étaient pas tant les éduits que les produits de l’analyse chimique.

Mais si l’on ne peut nier une certaine dépendance entre la composition du sang , les humeurs et les qualités des substances introduites dans l’estomac, par exemple, la pauvreté de fibrine chez les personnes qui se nourrissent mal , etc. ; si l’on est forcé de reconnaître la saturation de l’organisme par certaines matières, telles que le mercure, le kali, la ga-

(x) Frorieps Notizen , vol. xxviii, no 4.

(2) Ueber den Einfluss der sœlte auf die Enlslehung von Krankheilen. Freiburg, 1834.

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rance, qui teignent les os et même les dents (1) , etc., ce n’est pas encore une preuve d’une maladie primitive du sang. Le changement qui s’opère dans sa qualité dépend plutôt:

lo D’une absorption insuffisante des matières nécessaires;

2o D’une sécrétion anormale des matières qui entrent dans sa composition et ne doivent par conséquent en être séparées;

3o D’un dérangement dans les fonctions des organes sécrétoires et excrétoires.

Ces causes des altérations morbides du sang, causes admises par Herr, prouvent que ces altération proviennent du trouble de la vitalité, et nous savons depuis long-temps que le mal ne peut se guérir que par la régularisation de la vitalité, et non pas, comme on l’a cru, par des moyens qui rétablissent la normalité d’après les lois d’affinité chimique; de même qu’on neutralise le kali par les acides. Du reste, les humoristes et les solidistes diffèrent dans leurs opinions pathogénétiques, plus que dans la pratique où ils suivent les mêmes méthodes, tout en expliquant autrement les phénomènes de la guérison et les effets des médicamens employés.

On a essayé de ramener tous les phénomènes de la vie chez l’homme à la formation, au. mouvement et à la sensation , et pour ces différentes manifestations on a admis différentes forces fondamentales, telles que la reproduction , principe de la formation; l’ irritabilité, pr incipe du mouvement; et la sensibilité, principe de la sensation. Ces trois principes ont été regardés comme les facteurs de la vie. Leur harmonie constitue la santé; leur désaccord , par suite de la prédomination ou de l’affaiblissement de i’un d’eux, c’est la maladie. On distingue aussi, comme représentai matériels et porteurs de ces facteurs, trois ordres particuliers d’organes et par conséquent aussi des maladies des organes de formation, d’irritation et de sensation.

Mais un très petit nombre des praticiens se sont occupés de ces spéculations; les partisans même de ce système ne sont

(i) Joh. Frank praxeos med. univers, præcepta , sert. ii. Lipsiæ, i835.

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pas toujours d’accord entre eux; et l’on parle pourtant avec autant d’assurance de maladies de la reproduction, de l’irritabilité et de la sensibilité que s’il n’était pas possible de mettre en doute la justesse de ces distinctions et de ces divisions : et cependant il est souvent bien difficile d’en tirer la moindre utilité essentielle dans la pratique.

On rencontre dans les organes du système reproductif des maladies qui n’annoncent aucunement qu’il y a souffrance de l’activité reproductive, mais simplement désharmonie de l’irritabilité ou de la sensibilité, et réciproquement. Il n’est pas rare que les suites d’une influence sur la sphère sensible se manifestent par le trouble des organes qui appartiennent au système reproductif : tels sont, par exemple , des vomissemens ou une diarrhée après une frayeur, la jaunisse après un chagrin, etc. Ces observations et un grand nombre d’autres nous montrent une union si intime entre les trois facteurs de la vie, une si grande dépendance les uns des autres, qu’on se sentirait tenté d’admettre de nouveau l’opinion presque oubliée de Gauthier (1) , que la force vitale inhérente à V organisme est une unité dont les différentes manifestations ne dépendent que de la différence de la forme et de la structure des organes , de même que les effets de l’électricité diffèrent entre eux, selon que les corps dans lesquels ils se manifestent sont différons , quant à la matière, la forme et la densité. Mais, admettant que la physiologie ait gagné à de pareilles études, nous ne pouvons pourtant nier que la pathologie spéciale et thérapeutique n’en ont pas autant profité. Qui contesterait les difficultés infinies qu’on éprouve dans d’innombrables cas de maladie , à reconnaître et à préciser lequel des trois systèmes d’organisation, ou lequel de leurs organes particuliers a été attaqué originairement, et qui pourrait nier l’impossibilité de préciser les indications spéciales de la thérapeutique sans être dirigé par l’empirisme ?

(i) Physiologie und Pathologie dor Reizbarkeit, Aus déni Latein iibersetzt. Leipz., 1 79b.

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Beaucoup d’adversaires passionnés de la méthode curative spécifique (qui a été cultivée avec tant de soins dans ces derniers temps ) paraissent l’oublier entièrement, lorsqu’ils parlent avec une véritable exagération des grands avantages du traitement employé jusqu’à ce jour , et auquel ils appliquent, non sans présomption, le surnom exclusif de rationnel , comme si le traitement spécifique ne le méritait pas à aussi juste titre. En voyant une pareille partialité, on pourrait se sentir porté à demander : Qu est-ce donc proprement quun traitement rationnel ? — Ea réponse est très facile , si l’on veut se borner à traduire le mot de rationnel. Ce sera un traitement conforme à la raison ; c’est-à-dire un traitement dont les principes seront d’accord avec les connaissances fournies par notre raison. Mais ne ferons-nous pas bien de préférer au traitement inventt le traitement dont les principes ont été découverts par l’observation de la nature ? Ces adversaires oublient dans leur ardeur que nos manuels de pathologie et de thérapeutique fourmillent de contradictions , ce qui ne peut pas être autrement , puisque toute la connaissance que nous possédons des causes prochaines et de l’essence des maladies , prend sa source dans nos perceptions subjectives qui peuvent varier à chaque instant. Les mots de fièvre, rhumatisme , inflammation sont chaque jour dans Sa bouche des médecins, et cependant on n’est pas encore tombé d’accord sur le choix d’une définition parmi les nombreuses définitions de la fièvre , ni sur la différence essentielle des espèces dp fièvre. On parle, en effet, de fièvres larvées, c’est-à-dire de fièvres qui ne sont pas des fièvres , et auxquelles par conséquent aucune définition ne convient. On en peut dire autant du rhumatisme. On se dispute encore pour savoir où en chercher le siège, et pour expliquer les rapides changemens de place des douleurs rhumatismales , la variabilité, surtout , des formes de cette maladie.

On n’a pas pu davantage s’accorder jusqu’à présent sur l’idée d’inflammation qu’on restreint ou qu’on étend à l’infini. Tout ce que nous savons du choléra, le véritable fléau de

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ccs dernières années , c’est îa manière dont il se montre objectivement ; en dépit de la pénétration la plus grande , on n’a pu parvenir à en découvrir le siège. On a disséqué des centaines de cadavres ; on a soumis à l’analyse les substances évacuées; on a décomposé le sang des cholériques; on a expérimenté au hasard en administrant à tort et à travers les médicamens les plus hétérogènes, et cependant on n’a pas sauvé autant de malades , ou au moins ( si nous ne voulons pas ajouter foi à des communications authentiques) on n’en a pas sauvé plus que les homéopathes avec leur méthode simple. On pourrait objecter que c’était une maladie trop nouvelle pour qu’il nous fût possible de jeter un regard profond dans sa nature ; mais nos connaissances ne sont malheureusement pas beaucoup plus avancées relativement à un grand nombre de formes de maladies très fréquentes. Depuis le commencement de ce siècle, on a tant écrit , par exemple, sur le délire tremblant , qu’on serait en droit d’attendre une explication satisfaisante de sa nature ; mais en parcourant les différens ouvrages publiés sur cette matière , on trouve les hypothèses les plus contradictoires à côté de préceptes thérapeutiques qui ne s’accordent pas davantage avec la théorie. On n’est pas encore certain si , dans cette maladie, l’affection cérébrale est idiopathique ou consensuelle. Armstrong (1) la regarde comme une congestion véneuse dans le cerveau et le foie, à la suite de l’activité du cœur et des artères augmentée par l’irritation ; Klapp (2) la dérive d’un trouble dans les organes digestifs ; Sandwith (3) d’une congestion abdominale véneuse; Staugthon (4) d’une gastrite;

(i)Practical Illustrations of Typhus and the febrile diseases. London, 1 816.

( 2) In the London medical and physiological Journal. 1819.

(3) Transactions ol the Associated apothekaries , vol.i. 1823.

(4) In the Philadelphia Journal of the medical and philosophical Science». 1822.

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Playfair (1) d’un état morbide du foie et de la sécrétion intestinale ; Gœden (2) en cherche le siège dans le plexus solaire et cœliaque, et regarde l’affection immatérielle du cerveau comme simplement consensuelle ; Günther (3) admet une affection cérébrale soit idiopathique , causée par des dépôts métastatiques, soit consensuelle , provoquée par l’irritation gastrique ; Tœpken (4) croit à une irritation du système cérébral consensuelle , et partant du plexus cœliaque. Selon Pemj (5) , la maladie consiste en une affection cérébrale fébrile, inflammatoire en majeure partie; selon Sutton (6) , en une irritation du cerveau particulière, voisine de la frénésie ; selon Andreæ (7) , c’est une véritable inflammation ; selon Bischoff (8) , c’est une inflammation cérébrale asthénique ; Hcirles (9) la regarde comme une inflammation cérébrale superficielle, plutôt érysipélateuse, comme une paraphlogose asthénique de la méninge et du cerveau ; Blake (10) , comme une faiblesse indirecte de la force nerveuse, suite d’une activité morbide du cerveau et des nerfs ; Hufeland (11) croit que cette maladie n’est qu’un délire nerveux passif ; Wasserfuhr (12) admet un changement matériel de l’alcool en sang, d’où provient l’ivresse,

(1) Transact, of the medical andphilosophical Society of Calcutta , vol. r.

(2) Vom delirium tremens. B^lin , 180.5.

(3) Med. chirurg. Zeitung. 1820. 3 vol., pag. 349 et suiv,

(4) lu Hufeland’s Journal d. pr. Heilk. 1822. Decemb.

(5) In the medical and physicaltlournal , vol. xxxi.

(6) Abhandlung über das delirium tremens; aus dem Engl, übersetzt von Dr. Heineken. Bremen. 1820.

(7) In Hufeland’s Journal d. pr. Heilkunde. i82i.April.

(8) Grundsœtze der praktischen Heilkunst. 3 vol. 1825.

(9) Neues praktisches System der Nosologie , 1 cah. Coblenz, 1824.

(10) In tbe Edinburgh medic. and surgical Journal, vol. r.xxvir, Octob. 1 8a3.

(1 1) Hufeland’s Journal d. pr. Heilk. 1821. April.

(12) In Rusts Magazin, 27 vol, , pag. 298.

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et d’où résulte une affection continue du cerveau quand l’alcool ne peut plus être assimilé ; selon Spaeth (1), la maladie est le résultat de la rupture de l’équilibre entre le cerveau et le système nerveux du ventre. William Stokes (2) en reconnaît deux espèces principales, l’une provenant du défaut d’irritabilité contre laquelle il prescrit une diète sévère , l’autre résultant! d’une surexcitation qu’il combat par les sangsues et la glace.

On pourrait multiplier ces citations pour montrer la différence des opinions ; mais on n’a qu’à prendre la meilleure monographie de quelque maladie que ce soit , et l’on verra que si nous possédons un grand nombre d’excellentes descriptions nosographiques, toutes nos connaissances, relativement aux causes des maladies, ne se composent guère que d’hypothèses dont le rapprochement nous fait apercevoir un tissu de contradictions. Les adversaires de la mé-

-, - » - • - * * f. • • • » » ? j yf* '

thode curative spécifique ne tiennent ordinairement aucun compte des aveux si francs de Boerhave , de Pierre Frank , de Ilufeland, de Hilclenbrand, et de tant d’autres savans estimables, sur l’imperfection de la médecine, et ils n’hésitent pas à appliquer le nom de rationnel à tout traitement basé sur une hypothèse , lors même qu’il ne répondrait pas au but, ou resterait sans résultat, pourvu qu’ils y trouvent une certaine conséquence logique. Mais une pareille logique importe moins au malade que son rétablissement ; il ne veut pas être traité conformément aux préceptes de l’école, d’après un système idéal : il veut être guéri (3).

(i) In denmed. Annalen ? s>. vol., i cah. Heidelberg. i836.

(a) Uber die Heilung der inneren Krankheiten von dem Standpunkte der neusten Erfabrungen ara Krankenbetle. Deutsch bearbeitet von Dr. Behrend. Leipzig, iS35.

(3) Il y a quelque temps que j’avais prêté à un homme instruit, qui n’avait pas étudié la médecine, un manuel de thérapeutique spéciale qui se trouve entre les mains de tous les praticiens et que je ne désignerai pas autrement. Il voulait le lire au sujet d’une maladie dont était atteinte unp personne qui lui tenait de près. Lorsqu’il me le rendit, il me dit : «La lecture de ce livre m’a

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Le médecin qui poursuit opiniâtrement un but idéal, ne s’éloigne que trop souvent du but naturel. On demandait un jour à Mesmer quels bains sont les plus salutaires; il répondit : Il était autrefois assez indifférent de prendre un bain en chambre ou en plein air ; mais depuis que j’ai magnétisé le soleil, il est beaucoup plus avantageux de se baigner ’dans une eau qu’il a éclairée. Un autre savant , qui vit encore, si je ne me trompe , et qui s’est fait un nom dans la médecine par ses publications, a magnétisé, il y a plusieurs années, le bâtiment de l’Université de Heidelberg , afin de donner un plus grand essor aux études qui s’y font. De pareilles aberrations nous font rire , tandis que l’exemple journalier de l’opiniâtreté avec laquelle on tient à des préjugés, est plutôt propre à exciter notre compassion.

Le célèbre auteur du Traité de V Expérience , le chevalier Zimmermann , avait la manie de voir partout des obstructions viscérales , et prescrivait à tous ses malades le pissenlit (leontodon taxalacum), d’où lui était venu le surnom ironique de chevalier de la dent de lion. Je connais un médecin fort instruit qui s’imagine toujours avoir â traiter quelque maladie latente de la rate. D’autres voient partout le fantôme d’une goutte larvée; d’autres se perdent dans la sombre rétout découragé , car j’avais une idée bien plus haute de votre science ; mais je n’y ai rien trouvé qu’un rappr ochement d’un grand nombre de méthodes d’après lesquelles on peut traiter telle ou telle maladie sans découvrir nulle part de motifs décisifs en faveur de l’une ou de l’autre. Il me semble donc que c’est le seul caprice du médecin qui le détermine, et que la vie du malade dépend souvent du hasard d’un choix heureux ; si la cure ne réussit pas , les médecins ont toujours une autorité qui justifie leur traitement.» — Je lui répondis qu’on ne pouvait pas s’attendre à trouver dans un manuel de thérapeutique des règles aussi précises que dans le Manuel du Brasseur ou du Teinturier, par exemple; qu’il fallait laisser à l’intelligence du médecin le soin de décider quelle méthode convenait dans chaque cas. Mais mon ami avait parfaitement raison en disant qu'on laisse un champ trop vaste à l’arbitraire, et que le sort d’un malade dépend souvent de l’école cù s’est formé son médecin , du système qu’il a adopté ou de la méthode qu’il suit.

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gion des hémorroïdes ; d’autres encore, Hahnemann à leur tête, ne dirigent presque -exclusivement leur attention que surunepsore latente, tandis que d’autres attribuent toute espèce de maladie à des affections rhumatismales, et supposent, quoi que leur puisse dire le malade, un trouble antérieur dans les fonctions de lapeau. Aussi le font-ils envelopper dans de la flanelle et lui administrent-ils des sudorifiques qui le rendent on ne peut plus sensible à de futurs refroidissemens. De nos jours, les tubercules du cerveau, les ulcérations intestinales , les inflammations de la moëlle épinière sont de mode, et servent d’explications à un grand nombre d’états morbides. Aucun système |n’est parvenu jusqu’à présent à mettre des bornes à ce funeste arbitraire, et à cette manie de rechercher certains troubles fondamentaux. Mais bien souvent on a souhaité de connaître une loi thérapeutique qui nous donnât quelque certitude , et prévînt le danger d’errer dans les ténèbres, ou de se perdre dans le labyrinthe des hypothèses.

Pendant une longue suite d’années , pour appliquer un traitement rationnel et se conformer au principe : toile causant , on n’a songé qu’à se représenter par la raison les causes ordinairement très-cachées , prochaines, des maladies , et à bâtir ensuite l’édifice des indications thérapeutiques. On a été en cela plus ou moins heureux , selon qu’on partait de prémisses plus ou moins fondées.

Nous devons connaître dans l’idéalisation le dangereux écueil que Samuel Hahnemann, le fondateur de la nouvelle école, voulait éviter, lorsqu’il a établi en principe, quon ne peut découvrir avec certitude dans les maladies que la manière dont elles se manifestent . Mais à ce principe il a rattaché encore l’assertion que cela seul suffit pour donner au médecin (qui connaît les effets des médicamens , également perceptibles par les sens) les moyens de bien choisir le remède. Le fondateur de cette doctrine s’est élancé dans la carrière avec une audace presque sans exemple, et a commencé à peindre sous les couleurs) les plus odieuses les défauts de l’ancienne

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méthode, lui refusant toute valeur et toute utilité pour faire ressortir le besoin impérieux de principes plus stables. Les partisans de l’ancienne médecine, appelée exclusivement rationnelle, non sans présomption, ont de leur côté tout mis en œuvre pour lui conserver la considération dont elle jouissait, et pour traîner ignominieusement la nouvelle doctrine dans la poussière. L’audace révolutionnaire avec laquelle elle a levé la tête pour renverser tout ce qui était admis et faire place nette , devait nécessairement produire une sensation extraordinaire. On ne peut pas blâmer précisément ce penchant de la nature humaine à tenir à tout ce qu’on a cultivé avec amour depuis des années ; mais souvent on va trop loin en ne voulant pas quitter le sentier battu, et une trop grande opiniâtreté annonce ou la faiblesse ou l’impuissance de se soustraire au joug de l’habitude, ou un égoïsme condamnable qui se refuse à entrer dans la voie tracée par un autre. On ne doit pas moins blâmer la passion avec laquelle plusieurs disciples de Hahnemann , très-jeunes et inexpérimentés encore pour la plupart, ont vilipendé tout ce qui a été fait dans la science, sans être en état de l’apprécier, et la présomption avec laquelle, après une ou deux cures heureuses qu’ils n’ont dues qu’au hasard peut-être, ils se sont crus capables de satisfaire à toutes les exigences de la médecine. Mais il ne faut pas confondre la doctrine elle-même avec les fautes de ses partisans , et s’il ne faut pas la juger d’après les louanges trop précoces de quelques têtes exaltées , il ne faut pas s’en rapporter non plus exclusivement à la critique injusteet maligne de ses ardens adversaires.

Nous convenons que la nouvelle doctrine , telle quelle a été présentée dans sa totalité par Hahnemann , et admise , comme un code sacré , par un grand nombre de ses disciples , ne peut soutenir l’examen d’une critique juste et impartiale. Mais le principe homéopathique , la pierre angulaire proprement dite d’un nouveau système de médecine , est d’une telle importance , et a été admis par un si grand nombre de médecins exempts de préjugés , après des expériences faites avec soin , qu’on n’a plus ci craindre l’ écrou-

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lement de la doctrine à laquelle il sert de base ; malgré lus assertions fausses, hasardées ou encore incertaines , qu’elle renferme, à moins que clans l’avenir on ne parvienne à trouver a la médecine un fondement encore plus solide. On ne doit pas perdre de vue que parmi ceuxqui'sont convaincus de la valeur du principe homéopathique , il y en a qui ne se sont pas laissés entraîner par cette conviction à adopter toutes les opinions de Hahnemann et à obéir à ses injonctions sans se permettre de les discuter. Qu’il me soit permis de rappeler les remarques que j’ai déjà faites en 1824 dans la première édition de mon ouvrage : Sur la valent' du Traitement homéopathique, remarques qui tirent sentir la nécessité de cultiver scientifiquement la nouvelle doctrine. D’autres ont reconnu , comme moi , cette nécessité , sans craindre les reproches des partisans d’une obéissance servile 5 et ont fait tous leurs efforts pour découvrir les erreurs, rejeter des hypothèses inadmissibles, soumettre à une critique sévère des assertions douteuses, et surtout développer la nouvelled octrine.

On a cru parfois possible, on a même essayé de faire entrer l’homéopathie dans l’ancienne médecine. Mais toutes les tentatives de cette espèce doivent échouer, parce que les principes de l’ancienne thérapeutique sont contraires à ceux de la nouvelle, quoique les indications générales, nommément le rétablissement de l’état dynamique normal, doivent toujours être les mêmes dans toutes les méthodes curatives.

Toute la science thérapeutique peut se ramener à trois principes différens et à autant de méthodes. Ce sont :

1° Méthode antipathique ou énanthiopathique , qui est basée sur V ancien précepte de Galien : Contraria contrariis opponenda. D’après lui, pour traiter rationnellement, on administre toujours des moyens qui produisent précisément et de primeabord un état entièrement opposé à celui que Ton se représente comme l’essence ou plutôt comme la cause de la maladie à guérir. L’idée d’un traitement antipathique est si naturelle, que l instinct devait nécessairement y mener. Celui qui s’est brûlé la main, la met dans l’eau froide par un mou-

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veinent intérieur; celui qui a froid recherche la chaleur; celui qui se sent la langue sèche et aride cherche à l’humecter en buvant froid. Dans la constipation on prend un purgatif; dans la diarrhée, un remède qui resserre directement le ventre. On administre les rafraichissans, le nitre, la crème de tartre, la limonade dans les cas de grande chaleur et de mouvemens tumultueux dans le système sanguin; dans le froid qu’on attribue à une circulation paresseuse , on a recours aux échauffans, aux moyens qui accélèrent la circulation du sang; dans les états qui dénotent un relâchement, on donne des toniques, des astringens, etc.

L’école jatrochimique admet la même maxime, d’après son idée, et cherche les remèdes qui, le plus souvent, il est vrai, conformément à des opinions purement hypothétiques, doivent précisément rétablir dans de justes proportions les rapports de mélange. Ainsi, contre une hyperoxidation présumable, on administre les kalis; les acides doivent corriger le défaut de substance acide, etc.

On ne doit nullement rejeter l’idée d un traitement antipathique général , et si quelques défenseurs passionnés de la méthode spécifique l’ont fait, les observateurs paisibles, impartiaux et expérimentés resteront étrangers à ce zèle aveugle, et ne contesteront pas les heureux résultats qu’on en a obtenus. Mais pour l’estimer à sa juste valeur, il est nécessaire de jeter un coup-d’œil sur la pratique, et surtout sur la fixation des indications thérapeutique d’après les préceptes antipathiques. Ces indications, en*tyut qu’on cherche à éviter un traitement purement symptomatique, doivent répondre â l’idée du désaccord entre les facteurs de la vie, et les symptômes, ainsi que d’autres moyens, ne doivent servir qu’à se former une idée de ce désaccord pressenti. Cette idée est la base du plan de traitement; les symptômes isolés ne demandent nullement une attention particulière. Car , de même que les rayons projetés par une masse ardente, ils doivent disparaître dès que le foyer est éteint. C’est ce qui arrive partout ou le diagnostic est fermement fixé, et où , en agissant contre le

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mal principal, on ne se laisse pas détourner de sa route par l’apparence de contradiction entre les symptômes qu’on observe quelquefois, et on persiste à suivre le plan qu’on s’est tracé. Par exemple, quand on a reconnu une véritable pléthore, on ne se laissera pas entraîner par les plaintes du malade sur la lassitude , la courbature et la pesanteur de ses membres, à lui administrer des fortifians , et dans le traitement d’une cardite, le véritable praticien ne se laisse pas déterminer par le tremblement du pouls, la décomposition des traits du visage , les accès de défaillance, à combattre cette apparente faiblesse vitale, en renonçant au traitement antiphlogistique. Si nous connaissions le mal principal dans toutes les formes de maladie , il ne nous serait pas très-difficile de l’enlever dans les cas où la guérison est possible. Mais malheureusement nous ne pouvons dissimuler les défauts de nos connaissances physiologiques et pathologiques. On entend souvent dire, par exemple, cet homme est atteintjd’une maladie inflammatoire, on le sauverait si l’on pouvait lui pratiquer encore une saignée; mais sa faiblesse ne le permet pas. Dans de pareils cas désespérés, on tient des consultations, et finalement on ne sait comment résoudre ce dilemme : doit-on laisser mourir le malade sans saignée, ou doit-on lui en faire une et le faire mourir ensuite de faiblesse. Tant que nos préceptes pathologiques nous montreront l’essence des maladies inflammatoires exclusivement dans le sang, et non ailleurs, où il serait possible d e floyer d’autres moyens, on entendra se plaindre de l’incertitude des indications thérapeutiques.

Il n’est pas rare de voir des personnes souffrir de faiblesse des organes digestifs, et en même temps de turgescence du sang vers la tête , avec symptômes de congestion. Ces derniers accidens engagent à recourir aux sels neutres rafraîchissans; mais on a à craindre qu’ils ne dérangent encore davantage l’estomac. On pourrait fortifier ce dernier par les amers, s’ils n’échaul'faient le sang. C’est encore là un difficulté dont on cherche fréquemment à sortir en mêlant les

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deux espèces de remèdes, l’un devant simplement renforcer l’estomac, et l’autre diminuer seulement la surexcitatiou du système vasculaire, tout en détruisant les funestes effets des moyens toniques, comme si ce mélange ne constituait pas un corps nouveau dont les effets ne ressemblent en rien à ceux de ses parties isolées. Ne devrait-on pas plutôt s’efforcer de déduire d’une seule et même cause les anomalies contradictoires en apparence des rapports dynamiques des différens systèmes de l’organisme, et n’avoir égard dans le traitement qu’à cette cause? — Mais la difficulté de trouver la solution de cette question dans les cas isolés, et de suivre une seule indication, engage à faire un mélange d’un grand nombre d’indications, d’après les différentes irrégularités qui se manifestent dans l’activité des systèmes et des organes, et qui paraissent les plus importantes à nos yeux. Par là le traitement devient évidemment symptomatique. On a beau se défendre contre ce reproche, il n’en est pas moins juste, comme on peut s’en convaincre chaque jour, pour peu que l’on veuille se donner la peine d’en rechercher les preuves innombrables dans la littérature de nos soi-disantes histoires de guérisons.

On reconnaît facilement la possibilité de la réussite d’un traitement antipathique général; mais cette espèce de traitement sera impraticable tant qu’on ne connaîtra pas le trouble essentiel, la cause prochaine de toutes les formes de maladies. Où les indica ns thérapeutiques ne sont pas dirigées contre le principe au mal , mais contre des symptômes isolés, des dérangemens fonctionnels prédominans, le traitement est toujours incomplet et souvent funeste, parce qu’on court le risque de comprimer des réactions par lesquelles la nature abandonnée à elle-même aurait pu se sauver. En outre, la méthode antipathique ne peut pas s’appliquer toujours, parce que fréquemment nous ne connaissons pas le contraire d’un grand nombre d’anomalies, mais seulement leur négation , que nous ne pouvons pas invoquer d’après la maxime : contraria contrariis curanclaf mais uniquement d’une

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manière empirique. Dans celte catégorie se placent une foule de douleurs, surtout de désaccords de la sensibilité et la plupart des dyscrasies dont nous ignorons presque complètement la nature essentielle.

L’histoire de la médecine conserve les noms d’un grand nombre de praticiens célèbres de l’ancienne école , dont on n’ose ternir la gloire. Mais cette gloire repose moins sur la stricte observation du système que sur le talent d’observer et le don déjuger dans quels cas un traitement antipathique peut être salutaire, dans quels autres il ne peut que nuire, en empêchant les réactions bienfaisantes de l’organisme, provoquées par les efforts curatifs de la nature. L’habileté du médecin s’annonce souvent de la manière la plus brillante , quand il reconnaît la nécessité de rester simple observateur de ces réactions, tandis que d’un autre côté le manque de connaissances pathologiques, l’incapacité de comprendre l’importance des symptômes, se trahissent par l’emploi inopportun et excessivement nuisible de remèdes antipathiques héroïques. L’insuffisance, reconnue depuis long-temps, du traitemen t antipathique a engagé à employer, soit con j ointement, soit seul, une autre méthode.

2o La Méthode révulsive , qui doit vraisemblablement son origine à l’observation maintes fois répétée de la disparition de certaines formes de maladie au moment même où d’autres se manifestent. Ce phénomène s’explique par la sympathie qui existe entre les différens systèr s de l’organisme ou entre leurs différens organes, sympathie qui est une condition essentielle du traitement antagonistique. C’est une discussion tout-à-fait inutile et qui ne mène à aucun résultat, que celle de savoir si la nature possède une force curative propre , spontanée, qui transporte la maladie de parties nobles et importantes sur des parties moins importantes , ou si ces transplantations se font d’après les lois de l’activité vitale , sans poursuivre un but particulier de guérison. Ce qu’il y a de certain, c’est que de pareils déplacemens des maladies départies peu nobles sur des parties plus nobles ont lieu tout aussi

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fréquemment , et que Ion voit se succéder alternativement des formes légères et dangereuses. Une irritation inflammatoire de la méninge peut se résoudre par un coryza fluent, une diarrhée ou un exanthème rhumatismal, ou, comme l’on dit dans de semblables opérations favorables,— subir une crise; mais elle peut aussi naître de la disparition de ces accidens , de même que les vertiges , la migraine , l’apoplexie même , peuvent se guérir par deshémorrhoïdes, ou être la suite de leur suppression. La doctrine de la vertu curative de la nature pourrait donc, à juste titre, être regardée comme une chimère, si elle n’avait d’autres points d’appui que ces observations , et l’on pourrait tout aussi bien en tirer la conséquence d’une tendance de la vie individuelle pour se détruire elle-même. Mais la perception des transmigrations d’une maladie d’un organe sur un autre a donné l’idée de la méthode révulsive et fait établir la maxime qu’il faut éloigner, d’après les lois de la sympathie et de l’antagonisme, les maladies dangereuses des organes nobles, en provoquant artificiellemen t les passions des parties moins importantes. Celui qui a quelque expérience et qui n’est pas aveuglé par les préjugés, conviendra que l’application prudente de cette méthode ne mérite pas les mépris que témoignent pour elle quelques médecins peu réfléchis, et la passion avec laquelle on a prescrit tout ce qui ne contribue pas exclusivement à la gloire du traitement spécifique, ne peut qu’exciter des regrets. On peut dire souvent avec justice .-gagner du temps ; f’est tout gagner. Il n’est pas rare, surtout dans les maladies aiguës, qui marchent rapidement, que le danger provenant de l’état morbide d’un organe noble soit si grand, qu’on a tout gagné lorsqu’on réussit à transporter le mal topique sur un organe moins noble. C’est ainsi qu’on a sauvé des milliers d’individus par les frictions , les ventouses, les sinapismes, les vésicatoires, les ulcères artificiels, les frictions irritantes sur la peau, les bains de pied, les clystères, etc.Mais on ne s’en est pas tenu à de pareilles révulsions périphériques pour la plupart; on a encore, dans le môme but, mis les organes intérieurs, au moyen d’irritans, dans un

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état de surexcitation et même de véritable maladie, afin de délivrer du mal des organes importans.On a surtout dirigé ses efforts sur le canal intestinal, sur les reins,sur la peau, et prescrit, par conséquent, des purgatifs, des diurétiques , des sudorifiques. On a même cherché à transporter les maladies d’un système sur des parties éloignées, par exemple, les congestions du cerveau ou delapoitrine sur le système hémorrhoïdal, etc. On n’a pas hésité, quand la vie était en jeu, à choisir entre deux maux le moindre , à éloigner, par exemple, une encéphalite par l’emploi du calomel purgatif, au risque même de mettre pour quelque temps le canal intestinal dans un état de souffrance. On a donc, pour unir la méthode antipathique à la révulsive, choisi souventdes médicamens qui répondaient aux indications sous un double rapport. On a donc, par exemple, dans les inflammations du cerveau, administré de préférence le calomel , qui d’abord agit antipathiquement sur l’irritation vasculaire, qui augmente ensuite les sécrétions séreuses du canal intestinal , et manifeste , par conséquent, en même temps, des effets antagonistiques. Ce serait une grande injustice que de rejeter absolument la méthode révulsive. Mais on ne peut nier non plus qu’on est allé souvent trop loin dans son application.

Ne connaissant pas les médicamens qui agissent directement contre tout état morbide, on s’esi borné souvent à une simple révulsion, surtout quand il y avait en jeu des dyscrasies. Il n’est pas rare qu’on ruine pour toute la vie le canal intestinal par l’usage continuel de purgatifs drastiques. On laisse des sétons et des vésicatoires pendant des années , et l’on se joue avec tant de légèreté , non seulement de ces moyens, mais de la cautérisation et des moxas , que l’on a changé des hôpitaux en véritables lieux de torture. On ne peut méconnaître les funestes effets de l’abus des révulsifs , surtout de ceux qu’on prend à l’intérieur. Ceux qu’on emploie à l’extérieur sont souvent tout aussi nuisibles. Des frictions d’onguent de tartre stibié causent fréquemment de profonds ulcères rongeans et laissent d’horribles cicatrices. Des

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exutoires affaiblissent le membre qui les porte, l’atrophient souvent, sans parler de la mauvaise odeur que produit une suppuration continuelle. Des vésicatoires occasionnent souvent des dysuries, et les cautérisations appartiennent aux opérations les plus redoutées, par les seules douleurs qu’elles provoquent. Ne serait-il pas à désirer que Ton renonçât en tout ou en majeure partie à ces tortures, et qu’on atteignît le but de la guérison par des moyens moins cruels? — Nous pouvons l’espérer à juste titre, depuis que nous possédons 3<> la Méthode spécifique. Il y a long-temps qu’on prescrit des remèdes spécifiques ; mais on ne connaissait pas proprement une méthode curative spécifique. Dans l’ignorance de l’action des médicamens , on les administrait d’une manière tout-à-fait empirique, forcé par la seule nécessité , et renonçant, dans son découragement, à l’idée d’un traitement rationnel. On n’y recourait ordinairement que quand on croyait ne pouvoir réussir autrement. Voilà pourquoi dans les manuels de thérapeutique , on donnait d’abord les indications thérapeutiques par tous les autres moyens qui y répondent, et ensuite seulement, comme moins dignes d’attention , les remèdes appelés spécifiques, dont on ne savait rien , si ce n’est qu’ils avaient souvent rendu dès services dans des cas où avaient échoué tous les systèmes. On doit s’étonner que le désir de tout vouloir éclaircir , désir qui conduit souvent jusqu’à des excès, n’ait pas donné lieu depuis longtemps à des recherchés-attentives sur les lois des effets des médicamens spécifiqi*es , puisque rien dans la nature ne se fait contre les lois. Téopliraste (1) parle beaucoup de moyens spécifiques , mais il leur applique l’épithète d ’arcana , et leurs effets , selon ses opinions fantasques , dépendent en grande partie de l’influence des étoiles. Dans un autre endroit, il rejette absolument le principe contraria contrariis , et dit que les semblables sont guéris par les semblables (2)*

(x) De Caduc. ? pag. 602.

(2) In Opp. omn. Genevæ. i638. Pag. 19G.

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Eraste (1) attribue les vertus secrètes des remèdes spécifiques à leur forme substantielle et à leur température, ce qui n’explique rien du tout. Cardan (2) émet également des doutes sur l’ancien précepte de Gallien , parce que la diarrhée se guérit souvent par des purgatifs. Mais l’idée d’un traitement homéopathique n’est clairement exprimée par aucun des anciens écrivains , à l’exception de l’adepte Basilius Valentinus (3) qui dit en propres termes : Le semblable doit être chassé par le semblable , et non par un contraire. Plusieurs écrivains des siècles postérieurs , nommément Boulduc (4) , Detharding (5), Thoury (6), de Haen (7), etc., sont presque arrivés à trouver dans le sembable le fondement des effets des médicamens spécifiques. Celui qui s’en est approché le plus , c’est peut-être Stœrk (8) , qui émet avec une certaine timidité l’opinion que le stramonium, par cela même qu’il guérit le dérangement de l’esprit, fait perdre la raison à des personnes bien portantes , rompt la suite des idées , modifie les perceptions et les fonctions des sens, pourrait guérir les maniaques et les insensés. Cependant on n’a pas profité de l’appel de cet écrivain et d’autres observations , et l’on ne s’est pas engagé dans la route qu’ils indiquaient. Le reproche de négligence dans une affaire de cette importance nous atteint nous tous , qui depuis long-temps nous étions efforcés de cultiver la science. Mais il arrive souvent qu’en suivant une certaine direction dans ses études, on ne prend pas garde à ce qui se

(1) De occult. Pharmac. Potestate. Basil., i5;4. Pag. 26.

(2) Contradicent. med. , lib. n , c. 8.

(3) De Microcosme. In Basil. Yalentini chymischen Schriften. Lamb., 1700. Pag. 123, 124.

(4) Mémoires de l’Académie royale. 1700.

(5) Ephem- Nat. Çur, Cent, x, obs. 76.

(6) Mémoire lu à l’Académie de Caen.

(7) Ratio medendi , p. xv, pag. 217, 228.

(8) Abhandlung worinnen erwiesen vvird, dass der Slechapfel, dasTollkraut, und das Eisenîiutlein in vielen Krankheiten selir heilsame Mittel seyen. Augsbourg , 1763. Pag. 7.

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passe à côté de soi. Quant à la valeur de la découverte en ellemême, il est fort indifférent que Ilahnemann y ait été conduit parla lecture de quelqu’un de ces écrivains ou par ses propres observations, par ses propres réflexions. Il a toujours le mérite d’avoir arraché à l’oubli une chose de la plus haute importance, et d’avoir enseigné que l’effet spécifique des médicamens ne dépend que de leurs propriétés de provoquer des maladies semblables à celles qu’ils doivent guérir, qu’il n’y a pas seulement quelques remèdes spécifiques dont la découverte a été due au seul hasard, maisque le fait fourni par l’expérience peut servir de principe à une méthode curative générale applicable, méthode dite spécifique ou homéopathique . Nous n’examinerons pas si le fondateur de cette doctrine lui a donné ce dernier nom pour jeter sur elle l’éclat de la nouveauté. La dénomination de méthode spécifique suffirait parfaitement et lui aurait acquis peut-être un plus grand nombre de partisans. Mais il a eu évidemment tort d’appliquer à l’ensemble de l’ancienne doctrine le nom collectif d 'allopathie (1) qui ne convient qu’au traitement antipathique ou enanthiopathique. Souvent la méthode révulsive se rapproche beaucoup de l’homéopathique , parce qu’elle a pour but , dans bien des cas , de provoquer des accidens morbides en tout semblables, seulement dans d’autres parties de l’organisme.

Le principe similia similibus curanda est le mur infranchissable qui sépare la médecine spécifique de l’ancienne médecine antipathique. Aussi toute amalgamation de la première avec l’un ou l’autre, sÿ&lème de i’antipathisme est une impossibilité; le principe de conciliation poussé trop loin ne donnerait naissance qu’à un misérable hermaphrodite. Mais une autre question est de savoir si l’homéopathie rend superflue et inutile l’étude de l’ancienne médecine.

Quelque singulière que paraisse cette question , elle a été faite maintes fois dans ces derniers temps , et résolue de ma-

(i) La modification qu’on a faite par la suite dans la dénomination iïallœopathiene repose que sur une vaine subtilité.

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nières toutes différentes. Hahnemann a jeté dans la science, qu’il croyait anéantir , le principe empirique qu’il, avait trouvé. Après une censure amère de tout ce qui a été fait jusqu’ici, il renverse dans la poussière toute connaissance immatérielle de la raison , fait ressortir les vices et les lacunes de la physiologie et de la pathologie, déclare le tout un tissu d’hypothèses et de mensonges , et accorde aux perceptions objectives une prééminence absolue sur la spéculation et sur toute tentative de se faire , par la réflexion, une image des rapports dynamiques intérieurs , cachés à l’œil du corps. Tout ce qu’il demande, c’est une observation exacte des phénomènes morbides extérieurs, qui, selon lui, suffisent parfaitement pour rendre possible au médecin, dans tous les cas, le choix du véritable remède spécifique. Il n’est pas nécessaire de dire qu’une méthode qui n’admet pas d’autres indications thérapeutiques que ceux que fournissent les phénomènes extérieurs, ne peut être que symptomatique. Nous pouvons bien pardonner au vieux et savant Hahnemann de s’être trompé lui-même dans l’ardeur de son zèle , et même de s’être contredit en donnant l’hypothèse de qualités occultes pour base à sa théorie de la psore (1), qu’il a publiée après son organon de l’art de guérir. Mais on doit regretter que des disciples d’Escuîape moins expérimentés et moins doctes se soient laissé entraîner à ne jurer que par la parole du maître, et pousser par un zèle aveugle à renverser tout ce qui a été édifié depuis plus de deux mille ans. Tout ce qui en est résulté, c’est qu’on s’est plaint que l’école de Hahnemann arrêtait les progrès de la médecine en y introduisant une allure empirique pleine de nonchalance. Il est malheureusement vrai que cette allure a trouvé çà et là quelques partisans. Des têtes excentriques ont été portées par leurs espérances sanguinaires à se tromper eux et d’autres par des promesses si larges, qu’on se serait senti tenté de croire qu’on avait trouvé la panacée de Paracelse, et que personne ne pouvait plus mourir à l’avenir que de vieillesse, ou d’un déran-

(2) Die chronischen Krankheiten. Theil. Dresden und Leipzig. 1828.

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gement mécanique violent de l’organisme. Ces illusions se sont encore augmentées par la publication de quelques répertoires des effets des médicamens , vantés avec emphase, et par la vente de pharmacies portatives , manœuvres qui toutes tendaient à représenter au public l’exercice de la médecine comme si facile, qu’on pouvait croire à peine nécessaire l’assistance du médecin. Aussi des laïques s’empressèrent-ils non seulement de traiter les malades , mais d’écrire même pour aider à la diffusion de la lumière. Mais ce furent précisément ces folies qui fournirent aux adversaires de l’homéopathie la matière la plus riche d’amères satires , et beaucoup craignirent de s’occuper de l’étude de la nouvelle doctrine dont les partisans, au moins en partie, s’étaient rendus ridicules par leur zélé aveugle et par des promesses exagérées. Cependant les observateurs sans passion sont restés fidèles à l’ancienne règle : cibusus non tollit usum , et se sont long-temps efforcés de débarrasser le germe sain de la nouvelle doctrine des plantes parasites de toute espèce qui menaçaient de l’étouffer. De cette manière se sont accumulés les matériaux d’un nouveau système dont je vais tenter l’édification; mais quelques remarques me semblent encore nécessaires pour mettre en état dé juger avec équité cet essai.

Il ne peut être question de développer d’une manière idéale un système complet de médecine basé sur la théorie de la vie. Toutes les tentatives de cette espèce ont échoué jusqu’à présent, et dans l’état aptuel de la science , je n’arriverais pas à des résultats 'plus satisfaisans; mais nous devons au moins persister à prouver que le souverain principe de notre système est d’accord avec les lois générales de la vie.

Tout assemblage de préceptes dont les parties sont jointes ensemble par un seul et même principe , de manière à former un tout, est un système, et un pareil système, sous certaines conditions, s’il répond à l’état actuel de l’intelligence, satisfera, au moins momentanément, à toutes les exigences raisonnables, pourvu qu’il se justifie dans la pratique. Ces conditions sont :

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1° La vérité du principe qui unit en un tout les différentes parties de la doctrine , qu’elle soit historique, c’est-à-dire trouvée par des expériences répétées, ou obtenue à priori par la spéculation. Si nous pensons à Ifypixa d’Archimède et à la chute d’une pomme qui fit faire à Newton la découverte de la loi de la pesanteur, si nous passons surtout en revue nos connaissances sur les forces de la nature , nous resterons convaincus que ce n’est pas par la spéculation abstraite, mais par l’observation des changemens des choses que nous sommes amenés à réfléchir sur les rapports originaires de ces accidens, et à en rechercher les lois. Tout ce qui est vérité, historique ou empirique, doit être aussi conforme aux lois. Si, après des observations répétées, quelques-uns de ces accidens ne pouvaieut être expliqués, nous devrions d’un côté nous sentir engagés à avouer modestement que nous ne pouvons pas tout expliquer , et de l’autre, trouver dans ce fait même un encouragement à développer notre intelligence, en continuant à ^réfléchir, afin d’arriver autant que possible, à la solution du problème des rapports originaires.

2° La vérité des différentes parties du système nest pas moins nécessaire. L’impossibilité de construire un système médical dont les préceptes découlent d’un souverain principe, et qui offre une suite non interrompue de conclusions, a déjà été reconnue. Mais il faut qu’un seul et même principe réunisse les membres épars sut les différons champs de la science, afin de présenter un tout harmonique. On comprend que dans un pareil travail, l’édifice entier ne sera pas renversé si par hasard quelques parties sont attaquables à cause de l’insuffisance de leur démonstration , ou s’il existe encore quelques lacunes qui ôtent à l’ensemble le caractère de la perfection. Mais un système sera d’autant plus estimable qu’il y aura moins de doutes sur la justesse des différens préceptes réunis en un tout. Halinemann croyait donner une grande solidité à son ouvrage, en rejetant tout mélange de philosophie, et

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en n’admettant que des vérités objectives reconnues. Voilà pourquoi les matériaux dont il s’est servi n’ont été tirés que de deux des champs de la science, c’est-à-dire de la nosographie et de la pharmaco-dijnamiciue. Car, de même que la première ne naît que sur le sol des perceptions sensibles, et ne doit tenir compte que des accidens extérieurs des maladies, sans s’inquiéter de leur dépendance intérieure , causale , de même la matière médicale de Ilahnemann n’est pas autre chose qu’un recueil historique des symptômes observés après l’administration des médicamens. La thérapeutique n’a pour base que cette règle unique : administrer dans chaque cas de maladie le moyen dont les effets se manifestent par des accidens qui ont la plus grande analogie avec les symptômes présentés par la maladie. Un traitement pareil , sans égard aux rapports originaires, était surtout une pierre d’achoppement pour les écoles dogmatiques qui regardèrent comme un trop grand sacrifice de renoncer à l’idée d’une cure causale pour descendre à un traitement purement empirique. Au reste il faudrait bien y renoncer, si le traitement symptomatique arrivait jamais à ne plus rien laisser à désirer. On a élevé contre cela un grand nombre d’objections, les unes importantes, les autres sans fondement. On a prétendu, par exemple, que le traitement homéopathique n’enlevait que les symptômes, sans faire disparaître la cause des symptômes ou la maladie. Si ce reproche peut être fait à un traitement médical queU conque, il ne peut porter tout au plus que sur la possibilité dans certains cas, de changer les maladies , par conséquent de faire cesser les accidens propres à cette forme, sans déraciner la maladie elle-même qui persiste sous une autre forme. Mais alors il s’applique à la méthode révulsive, et même à l’antipathique, plutôt qu’à l’homéopatique , qui enseigne expressément de ne pas combattre les symptômes morbides isolés, mais de formuler toujours les indications thérapeutiques de telle manière qu ils répondent à l’ensemble des symptômes. Il est vrai aussi que le médecin a fait tout ce qui était en son pouvoir, lorsqu’il est parvenu à faire disparaî-

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tre toits les accidens morbides; car ceux-ci étant le reflet nécessaire d’un rapport anormal interne que l’on désigne sous le nom de cause prochaine , la disparition complète de tous ces symptômes extérieurs ne peut avoir lieu que par suite de la cessation de la cause interne, et toute cure symptomatique heureuse est en même temps par le fait une cure causale. Les fréquens succès, étonnans souvent, du traitement homéopathique d’après la seule comparaison des symptômes, prouvent aussi une fusion intime de l’essence et de la forme des maladies. Il serait donc peut-être permis de prétendre qu’en général de pareilles cures symptomatiques donnent des résultats plus heureux qu’un traitement énergique contre des causes prochaines présumées , que souvent le hasard seul nous mène à reconnaître d’une manière exacte.

En suivant à la lettre les prescriptions de Hahnemann , on évitera bien cette casualité; maison n’en peut pas davantage nier l’imperfection de la méthode spécifique exclusive. Cette imperfection a pour cause en partie le défaut encore sensible de connaissances pharmaco-dynamiques; car malheureusement la guérison d’un grand nombre de formes de maladies n’est jusqu’à présent qu’une rareté , parce que nous n’en connaissons pas encore les remèdes spécifiques certains, et en partie aussi l’image trop imparfaite que nous fournissent les phénomènes extérieurs dans beaucoup d’états morbides , pour que nous puissions choisir avec facilité et certitude le moyen spécifique qui convient précisément. Il arrive souvent que les symptômes essentiels sont tellement obscurcis par les phénomènes consensuels, que l’on n’en tient aucun compte , à moins que le regard pénétrant d’un médecin , versé dans la pathogénésie et la pathologie , ne les découvre et n’en profite comme d’indices de guérison .

Il est clair par conséquent que la médecine ne peut s’apprendre mécaniquement comme un métier, et qu’il n’est pas possible non plus de la porter à un tel degré de perfection que toutes les erreurs deviennent impossibles ; car les imperfections des différons systèmes et des diverses méthodes

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sont encore trop nombreuses ; l’impossibilité d’arriver, dans !e système antipathique, à une connaissance certaine de la cause prochaine , est encore trop fréquente ; la méthode spécifique, de son côté, n’obtient que trop souvent encore une image imparfaite de bien des états morbides ; et enfin toutes les méthodes ne possèdent que des matières médicales trop imparfaites. Il y a eu des erreurs depuis que l’on a conçu l’idée d’une thérapeutique, et il y en aura jusqu’à la fin du monde. Le médecin sans intelligence, à quelque école qu’il appartienne , courra toujours le danger de se tromper, et le médecin instruit, qui connaît tous les systèmes, mais ne se laisse pas aveugler par l’esprit systématique, obtiendra, plus que tous les autres, d’heureux résultats. La nécessité absolue de connaissances préliminaires est la même dans toutes les écoles où il s’agit de séparer la partie idéale , sans importance, de notre science de ce qui a été reconnu vrai et applicable, de reconnaître les défauts de quelques branches de la médecine , plutôt que de vouloir y suppléer par des hypothèses sans valeur, et surtout de ne pas se laisser entraîner, dans certains cas, par la conséquence apparente de la spéculation à maintenir opiniâtrément des représentations idéales de la cause prochaine, en s’exposant au danger de détruire le malade lui-même, par un traitement héroïque, contre des qualités occultes supposées , au lieu de la maladie. Boerhave estime heureux le médecin qui ne nuit pas positivement. Sous ce rapport , l’homéopathe serait plus que tout autre à l’abri de reproches; mais cependant, s’il suivait à la lettre les prescriptions de Hahnemann, il encourrait celui du péché d’omission , et l’on serait en droit de l’accuser de l’inefficacité d’une partie de son traitement , parce qu’il aurait négligé ces moyens accessoires qui, outre le seul examen des symptômes, peuvent nous conduire à la connaissance exacte des maladies. Il n’est pas besoin de citer des observations pratiques pour faire voir l’incertitude, souvent palpable, du traitement dirigé d’après les préceptes dellahnemann. Des partisans consciencieux de la méthode spécifique

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ont senti depuis long-temps cette incertitude, pour qu’on puisse méconnaître la nécessité de ne pas chercher l’objet du traitement dans les seuls symptômes extérieurs, mais de ne considérer ceux-ci que comme des reflets del’état dynamique anormal qui doit être reconnu par l’œil de l’esprit, afin de donner au traitement un point d’appui aussi solide que possible. C’est sous ce seul rapport qu’on peut songer à une fusion de la méthode spécifique et de l’ancienne médecine. La première, en maintenant le principe posé parHahnemann, occupera toujours une place distincte et ne se confondra jamais avec le traitement antipathique , mais elle cessera d’être hahnemanienne. Le fondateur de cette méthode, à qui nous ne pouvons pas contester la gloire d’avoir posé la première pierre , ne pouvait donner immédiatement la dernière perfection à son ouvrage. C’est à nous de le perfectionner , et nous y parviendrons le plus sûrement en cherchant les paillettes d’or de la vérité parmi les matériaux amassés par toutes les écoles , afin d’en faire un tout homogène , à l’aide du principe spécifique.

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