XLVIII
Enlever la maladie dans sa totalité est le dernier but de la
thérapeutique.
Quand la médecine était encore au berceau, on n’avait égard qu’aux symptômes les plus inquiétans des maladies, contre lesquels on dirigeait tous ses efforts. Comme ils en annoncent fréquemment le caractère essentiel, on ne pouvait manquer de toucher juste souvent, malgré l’imperfection de la méthode, et d’enlever toute la maladie avec les symptômes les plus importans, les plus caractéristiques. Voilà pourquoi la tradition et les écrits de tous les empiriques nous ont transmis une foule de remèdes contre le mal de tête, contre les maux de dents, contre les vomissemens, contre les douleurs d’enfantement, etc., et que dans notre pratique domestique on persiste toujours dans cette voie purement empirique. Mais on s’est aperçu depuis long-temps que la disparition de certains symptômes ne suffit pas, la plupart du temps, pour rétablir la santé générale, tout aussi peu qu’on sauverait une maison dévorée par les flammes en dirigeant les pompes sur les combles seuls. Les tentatives, ordinairement infructueuses, de combattre tout un groupe de symptômes par différens moyens, ce qui ne pouvait réussir, à cause du mélange de plusieurs substances souvent contraires dans leurs effets, ont fait comprendre enfin qu’il faut attaquer chaque maladie dans sa racine, si l’on veut la détruire et opérer une guérison radicale. C’est ainsi qu’est née l’idée d’une médecine rationnelle, et malgré tout ce qu’on entreprendra pour la renverser, elle n’en conservera pas moins toute son importance.