‹ Nouvel organe de la médecine spécifique ou exposition de l'état actuel de la méthode homéopathiqueChapitre 75 sur 123 · LI · texte numérisé non relu

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Les lacunes qui existent dans nos connaissances sur les effets

des médicamens , proviennent de plusieurs causes, savoir :

1° De la différence des opinions sur ces effets •

Pendant long-temps on les a regardés comme purement mécaniques, et l’on ne rêvait que atténuation, condensation, résolution, coction, infiltration, rétention, expulsion des humeurs, etc., sans accorder la moindre attention à l’action de la force vitale. On a changé d’avis dans les vingt dernières années du siècle passé, cependant, comme il en est du souvenir d’un conte de nourrice, il reste encore des traces de cette opinion qui, quoique confuses, exercent toujours quelque influence sur le génie de notre époque.

On n’a pas encore renoncé entièrement, comme nous l’apprend la méthode d’ Eisemnann, à l’opinion de l’effet chimique des médicamens, quoique l’essence du chimisme consiste à détruire la vie elle-même dans chacune de ses opérations.

Ce que l’on dit des phénomènes chimico-vitaux, n’a de sens qu’autant qu’on entend par là une domination commune des lois chimiques et vitales, mais cela n’est pas clair encore, puisque ces lois se distinguent entre elles par une tendance à se neutraliser réciproquement et que la vie ne se soutient qu’autant qu’elle tient le chimisme dans une position subordonnée.

On a été moins heureux encore en cherchant à expliquer les effets des médicamens d’après des lois stoechiométriques, qui ne peuvent s’appliquer qu’à la mort et que repousse la vie.

Nous avons cherché à sortir d’embarras en appelant à tort les effets des médicamens dynamiques , dénomination qui présuppose l’idée d’une force occulte, seule condition de l’existence et de l’activité spontanées. Nous ne voulons pas nous perdre dans des rêveries en tâchant d’expliquer cette force. Nous ne la connaissons que par ses manifestations, lesquelles nous ont fait voir comment toutes les autres forces sont unies sous l’autocratisme de la vie. Il faut donc rejeter toute considération isolée des lois mécaniques, chimiques, électro-galvaniques et stoechiométriques, quoique l’autocratisme vital les emploie toutes, sans permettre toutefois à une d’elles une manifestation isolée, indépendante. L’idée d’effets dynamiques des médicamens est la plus large eu

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tout cas, parce qu’elle ne perd pas de vue le principe des sensations et des fonctions.

2° L’impossibilité, dans L* état actuel de la science , de 'pouvoir expliquer convenablement tous ces phénomènes. Cette cause s’applique aussi bien aux objets de la physiologie et de la pathologie, qu’à ceux de la pharmacodynamique. Qui pourrait, par exemple, dire d’une manière certaine pourquoi un seul et même individu est souvent attaqué à la fois d’une incontinence d’urine et d’une cataracte, d’une phthisie pulmonaire et d’une fistule à l’anus? — Pourquoi certains médicamens, comme la belladone entre autres, qui, d’après maintes expériences, affecte la vie sensible, ou bien la térébentine (l) et le baume de copahu (2), dont les effets cardinaux agissent sur le système uropoétique, provoquent-ils en même temps une rougeur inflammatoire de la peau? Il serait difficile de l’expliquer d’une manière satisfaisante, et l'on n’y a pas encore réussi, malgré toutes les tentatives qu’on a faites. Si l’on étudie les effets des remèdes spécifiques, on trouvera un grand nombre de symptômes dont la dépendance causale ne peut être ni démontrée ni expliquée.

5° Les observations incomplètes des effets des médicamens dans les états morbides où, à cause des changemens de la sensibilité, de l’élévation ou de l’abaissemment de la faculté conductrice de certains nerfs, ou d’anomalie de la réaction, il se manifeste souvent des effets tout différens; de là vient qu’un même médicament produit les phénomènes les plus divers dans les diverses maladies. Ainsi le quinquina, par exemple, provoque tantôt la diarrhée, tantôt la constipation; le mercure, tantôt une salivation, tantôt des vomissemens et une diarrhe'e, etc. C’est aussi la cause pour laquelle les résultats des essais des médicamens sur les malades sont si souvent opposés. On s’épuise en éloges sur la vertu curative d’un médicament dans certaines formes de maladies; on l’emploie dans des cas pareils, et il ne produit rien. Si quelque

(1) Sundelin Handbuch der spcciellen Heilmittellehre. 2 vol. Berlin, 1827. Pag. i63.

(2) Desruelles, Mémoire sur le Traitement sans mercure contre ies maladies vénériennes. Paris, i835.

nouveau remède est découvert, on en fait l’essai en aveugle, pour voir quels en sont les effets dans les maladies, et des années s’écoulent avant qu’on sache positivement ce qu’on doit en attendre. C’est ce qui a lieu actuellement avec le créosote , que l’on a administré dans les formes de maladies les plus différentes, la plupart du temps pour se convaincre que l’on n’en obtient rien , et que l’on aurait mieux fait de donner un remède plus connu et d’un effet plus certain.

4° L’habitude de mêler ensemble plusieurs médicaMens, habitude qui a mis de grands obstacles aux progrès de nos connaissances. Celte coutume est très-ancienne; on doit en chercher l’origine dans le penchant qui nous est naturel , de vouloir atteindre tout d’un coup à plusieurs buts. On fait une mixtion d’après le vieux principe : corpora non agunt nisi solutci , de substances solides avec des liquides, afin de pouvoir les administrer à l’état de dissolution. On cherche à augmenter l’énergie de certaines substances médicamenteuses, en y ajoutant des médicamens analogues. On cherche à neutraliser des effets accessoires que l’on redoute, par le mélange d’autres. Mais on veut en même temps régulariser l’activité vitale altérée > dans différentes directions, faire disparaître les symptômes d’affections sympathiques, enfin diminuer par l’addition de quelques substances plus agréables le mauvais goût d’un grand nombre de médicamens.

Il est superflu de montrer que parmi les anciens médecins euxmêmes, plusieurs se sont élevés contre les mixtions. Us ont trouvé des imitateurs dans le moyen-âge et dans les temps modernes, et il est notoire que beaucoup de praticiens célèbres se distinguent par la simplicité de leurs prescriptions. Cependant les mélanges ont aussi leurs partisans. Hufeland (1), entre autres, était du nombre de ces derniers.

Quant à moi, je pense

(a) Qu’il serait étonnant de ne vouloir attribuer des propriétés médicamenteuses qu’aux substances simples. L’excellent effet

(i) Die Vorlheile der Zusammcnsetzung der Arznciniittel. Dans son Journal derPrak. lleilk. Vol. lxxi, i cah., pag. 7 à 14.

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des eaux minérales, dans lesquelles la chimie a découvert plusieurs substances , nous offre déjà une preuve suffisante de la vertu curative de pareils mélanges. Les plantes et les sels ne sont pas non plus des substances simples», et nous employons avec succès un grand nombre de préparations artificielles, telles que le foie de soufre, plusieurs oxides métalliques, etc., dont de nombreuses expériences nous ont fait connaître les effets, et, dans lesquels, si nous n’y joignons pas arbitrairement d’autres mélanges, nous pouvons voir un remède simple, qu’ils soient chimiquement simples ou non.

(b) Nous possédons plusieurs compositions pharmaceutiques qui ne doivent nullement être rejetées; supposé qu’elles soient toujours préparées de la même manière, et qu’on ait fait toutes les expériences convenables sur leurs effets.

(c) Il y a aussi plusieurs compositions qui chaque fois doivent être fraîchement préparées d’après la prescription du médecin, et qui conservent toute leur autorité , parce que de nombreuses observations sur leurs effets salutaires leur ont donné en quelque sorte droit de bourgeoisie. Je citerai les mélanges de calomel et d’opium, d’ammoniac et de tartre stibié, de nitrect d’eau de laurier-cerise, de quinquina et d’acide sulfurique, etc. On peut employer aussi plusieurs mélanges lors même qu’ils ne répondent pas exactement aux lois de la chimie, pourvu que l’effet salutaire en soit prouvé par un nombre suffisant d’expériences.

(ü)Mais c’est une grande erreur que de regarder une composition médicinale comme un exemple d’addition, et de vouloir y retrouver réunis les effets desdifférens ingrédiens. Plusieurs de ces effets peuvent bien quelquefois ne pas s’être entièrement perdus, mais nous n’y pouvons compter avec certitude, parce qu’un nouveau mélange forme un nouveau corps qui, comme tel, a aussi ses effets particuliers. Nous savons comment les acides et ies bases se neutralisent; mais nous ne le savohs pas pour la plupart des autres substances. Celui qui a occasion de voir un grand nombre d’ordonnances peut se convaincre que l’on fait des fautes énormes dans les prescriptions médicinales. Je ne citerai que celles qui m’ont frappé le plus souvent.

L’opium est décomposé par l’addition de l 'ammonium et privé de la partie extractive qui se dépose et du narcotine.

Les sels de cuivre sont décomposés par le sirop de sucre, et plus sûrement encore par le miel. Le cuivre se précipite, et l’effet qu’on se promettait est manque.

Le ccdomel est transformé par V acide prussique, et même par l’eau de laurier-cerise , en mercure cyanique, poison violent qui peut-être a déjà conduit bien des gens au tombeau.

On prescrit souvent le calomel avec la magnésie, sans se douter qu’il cesse d’être calomel pour devenir mercure oxydulé ou mercure gris.

On doit aussi rejeter le mélange très-ordinaire du calomel avec i oxide d’antimoine , qui forme le mercure sulfureux ou œthiops minéralis.

Le mélange si vanté de Y acide tartareux avec du nitre ne vaut rien non plus. On ne retrouvera pas au moins en lui les effets de chacunedeces substances, parcequ’il se forme un acide sulfurique libre et un tartre qui se précipite sous la forme de dépôt blanc.

On ne sait pas assez généralement que l’effet de la noix vomique et des fleurs de camomille est détruit en grande partie par l’usage simultané du café , ni que celui delà belladone est augmenté par \e vinaigre. Les chimistes attribueront sans doute ce phénomène à ce que les acides dissolvent facilement l’atropine, de même que l’acide sulfurique le quinine, raison pour laquelle un peu de cet acide joint à une décoction de quinquina le rend beaucoup plus efficace. Cependant l’alcool est aussi un bon dissolvant du strychnine, et néanmoins la noix vomique et les spiritueux se maintiennent dans une opposition comme puissances neutralisantes. Malgré ses immenses progrès, la chimie ne peut tout expliquer. Hahnemann a recommandé de petites doses du suc exprimé de la belladone comme préservatif contre la fièvre scarlatine lisse, et plusieurs médecins l’ont employée dans ce cas avec succès; d’autres n’en ont rien obtenu ; ce qui n’étonnera pas , si l’on réfléchit que l’on s’est souvent servi pour ces essais prophylactiques, non du suc pur, mais d’un extrait de belladone dissous dans de Veau de canelle.

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Il est donc certain que plusieurs médicarnens perdent leur efficacité par les mélanges sans qu’on puisse expliquer ce fait par les lois de la chimie, ni en donner de motif, ou qu’au moins les effets en sont modifiés. Si l’on accordait à cette vérité toute l’attention qu’elle mérite, on ne se hâterait pas tant de publier des observations prétendues sur l’ effet curatif d’un médicament qui a été donné en même temps que plusieurs autres , parce qu’il est impossible alors de savoir lequel d’entre eux a été réellement efficace. Raconter de pareilles observations, c’est une véritable dérision, et cependant nos journaux en sont remplis.

Les médecins habitués aux mixtions ne savent pas quelle efficacité extraordinaire possèdent les substances médicamenteuses non mélangées, même à très-petites doses; mais on peut facilement s’en convaincre. Nous mangeons, par exemple, tous les jours, du sel avec nos alimens, sans être affectés d’une manière notable par ce mélange, parce qu’il forme alors un composé nouveau dans lequel les effets médicamenteux spécifiques du sel semblent être différenciés. Mais qu’on prenne une très-petite partie d’une dissolution de sel de cuisine dans de l’eau pure , sans autre mélange, et l’on sera étonné de ses effets énergiques. Ce sont précisément ces phénomènes , aussi observés dans d’autres médicarnens, qui ont fait croire à une augmentation d’énergie produite par une atténuation continue. Nous reviendrons sur ce sujet.

§ LIÏ-

Ilahnemann s’est déclaré positivement contre toute espèce de mixtions, sans regarder cependant comme substances simples celles-là seules qui le sont chimiquement. Il a eu parfaitement raison, parce que dans un traitement d’après la méthode spécifique la spécificité des symptômesdes médicarnens joue un très-grand rôle, et que cette spécificité serait nécessairement détruite par un mélange avec d’autres substances. Quelques partisans de celte méthode ont essayé de mêler ensemble plusieurs moyens, mais sans résultat brillant, et leurexempleatrouvé peu d’imitateurs. On ne peut douter qu’un grand nombre de compositions ne puissent être très-ef-

fîcaces; mais on ne peut juger de leur efficacité d’après la force curative des ingrédiens, et aussi long-temps que nous ne la connaîtrons pas, au moyen d’expériences répétées, ce sera une entreprise vaine que de faire des essais sur les malades et de s’exposer au danger de perdre les avantages que nous offre cette méthode curative. La pharmacie de cette méthode, quelque simple qu’elle paraisse, offre tant de particularités relativement à la partie technique et aux principes qui lui servent de base, qu’il faut dire quelques mots sur ce qu’elle présente d’essentiel.

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