‹ Nouvel organe de la médecine spécifique ou exposition de l'état actuel de la méthode homéopathiqueChapitre 76 sur 123 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Le but principal de la préparation des remèdes spécifiques est la division et la solution. Les corps secs, tels que les terres, le sel, le soufre, les métaux, le charbon animal ou végétal, le lycopode, et quelques substances liquides, qui ne sont solubles ni dans l’eau ni dans l’esprit de vin, comme le baume de copahu , l’huile de térébenthine, sont divisés par la trituration avecdu sucre de lait. On môle un grain des corps solides, une goutte des corps liquides avec quatre-vingt-dix-neuf grains de sucre de lait pur dans un vase de porcelaine , et on triture le tout pendant une heure avec un pilon également en porcelaine. Je ne parle pas du nombre de minutes que l’on doit employer , selon Hahnemann, à gratter les parties qui se sont attachées au vase, parce que je hais le pédantisme. On obtient ainsi la première trituration. Pour avoir la seconde, il faut prendre un grain de la première, et le triturer de nouveau pendant une heure avec quatre-vingt-dixneuf grains de sucre de lait. Une nouvelle trituration, faite de la môme manière, donne la troisième trituration. On en prend un grain que l’on agite dans un flacon avec cent gouttes d’esprit de vin ou d’eau , et les dilutions subséquentes se font de la même manière.

Hahnemann a établi en thèse générale quela force médicamenteuse des substances est augmentée par l’atténuation, le broiement et les secousses qu’on leur imprime; il a prescrit aussi de ne donner que dix secousses modérées pour la préparation de la première dilution, et doux seulement pour les suivantes. Des se-

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cousses trop fortes rendraient, selon lui, les dilutions trop énergiques; il va même jusqu’à prétendre que l’on pourrait tuer un enfant avec la trentième dilution de la drosera qui aurait été agitée vingt fois. Cette assertion avait tellement inquiété quelques uns de ses partisans à foi robuste, qu’ils osaient à peine poser sur la table le flacon qui contenait le médicament, et encore moins le porter sur eux quand ils allaient en voiture , dans la crainte que le remède ainsi agité ne devînt si énergique qu’il finît par se changer en poison. On est revenu assez généralement de celte terreur, depuis que l’on a vu qu’elle est purement imaginaire.

§ UV.

Il est certain que les vertus médicamenteuses de beaucoup de corps se développent par La division.

Ce fait est confirmé d’une manière indubitable par un grand nombre de médicamens employés dans le traitement spécifique, nommément par l’usage médical des écailles d’huîtres, des métaux et de plusieurs autres substances qui, prises en assez grande quantité même, à l’état naturel, ne provoquent que peu ou point d’effet sur l’organisme vivant, ou y déterminent des phénomènes tout autres que ceux qui se manifestent quand on les administre à l’état d’atténuation ou de dilution. Le fait est trop remarquable pour que nous ne cherchions pas à l’expliquer. Les résultats de la trituration et du secoûment des substances sont :

1° L’accélération du mouvement des molécules;

2° La rupture des rapports de cohésion.

L’expérience nous a appris que ces deux phénomènes, et sur tout le premier, sont propres à produire les effets des impondérables, tant la lumière et la chaleur, que l’électricité et le magnétisme. On obtient de la lumière et de la chaleur par une rapide compression de l’air. Le frottement détermine souvent une phosphorescence, et les effets s’en manifestent de la manière la plus claire dans l’inflammation des roues d’une voiture qui roule rapidement. Le frottement et une rapide compression , comme nous pouvons le voir dans les fusils à percussion , causent une

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explosion de l'oxide fulminant , et, dans les fusils à pierre, l'étincelle se développe également par un rapide frottement.

Les corps idioélectriques acquièrent par le frottement la propriété d’attirer les corps légers, et la friction fait sortir de grosses étincelles du cylindre de verre et du disque.

On magnétise des barres de fer par le frottement. La secousse produite par la foudre a le même effet, et l’étincelle électrique traversant un corps dans une direction qui coupe les pôles magnétiques lui enlève de nouveau son magnétisme. Becquerel (l) a démontré que le verre pilé dans un mortier d’agate teint en vert le suc de violette, que l'électricité devient libre quand on frotte une plaque de cristal de roche avec un tampon imbibé de deuto-sulfure d’étain.

Cet état latent des forces est un phénomène remarquable dont les loi s ne nous sont pas toujours bien démontrées. Mais nous observons la même chose dans la nature animale. Le frottement de la main du magnétiseur dans une seule direction produit des effets caïmans, assoupissans , et finalement le somnambulisme. Un frottement en sens inverse enlève tous les accidens.

Nous ne pouvons décider quelle influence constante aura sur l’effet des médicamens le mouvement imprimé aux particules par la trituration ou le secoûment, et on y a accordé une importance certainement trop grande, peut-être même imaginaire. Des essais fréquemment répétés m’ont convaincu qu’une seule trituration d’une substance médicamenteuse avec du sucre de lait est parfaitement suffisante pour rendre libres les forces latentes, et que les dilutions subséquentes dans de l’eau ou de l’esprit devin donnent des préparations aiâsi efficaces que si l’on faisait trois triturations. Il est donc vraisemblable que la condition principale est la rupture de la cohésion , ce qui nous rappelle l’influence des rapports d’agrégation sur l’électricité et le magnétisme, dont la première représente la séparation , l’extension, et le second le rapprochement, la contraction.

Nous pouvons admettre, à peu d’exceptions près, comme une

(i) Dans un rapport à l’Académie des Sciences de Paris, 2 juin i838.

règle générale , que les substances solides, difficilement solubles et les moins oxydables, Telles que les terres, l’or, l’argent, le platine, dans leur état naturel de cohésion, sont celles qui manifestent le moins d’effets médicamenteux. On pourrait presque en dire autant du charbon, dans lequel les propriétés d’un produit organique ont disparu en grande .partie par la combustion. Les métaux oxidables, le cuivre, l’étain, le fer, le plomb, l’arsenic, l’antimoine, le mercure, le phosphore, le soufre, le pétrole, l’iode même, sont plus efficaces, et les substances organiques tirées du règne animal et du règne végétal, qui, comme produits d’une activité formatrice supérieure, paraissent posséder une plus grande affinité dynamique pour la vie organique, le sont encore davantage. Cependant il y a aussi plusieurs substances organiques dont les forces latentes doivent être développées par la division, par exemple le lycopode, qui n’acquiert une efficacité complète, malgré son peu de densité, que par la trituration et la dilution.

Des faits que mille observations ont prouvés, ne peuvent être révoqués en doute, et celui qui veut les nier doit, pour être conséquent, ne reconnaître aucune vérité empirique; mais alors il ne trouvera jamais le fil d’Ariane qui l’aiderait à sortir du labyrinthe d’un doute éternel.

L’ancien précepte empirique corpora non agunt nisi soluta sert d’abord à expliquer ces faits. La chimie ne se doute pas que le platine, l’or, l’argent, la silice, et plusieurs autres substances se dissolvent dans l’esprit de vin et l’eau, lorsqu’ils ont été réduits en la plus fine poussière et mêlés avec d’autres substances facilement solubles ; c’est un fait cependant. On peut s’en convaincre chaque jour, à toute heure. Trois grains de la première trituration de ces substances dans du sucre de lait se dissolvent dans cent gouttes d’eau distillée ou d’esprit de vin étendu d’eau ; il suffit d’agiter le flacon pendant quelques minutes, et la dissolution est si parfaite que l’on obtient un liquide d’une transparence étonnante sans la moindre trace d’opacité, et que la loupe même n’y fait découvrir ni trouble ni sédiment Les effets médicamenteux de ces dilutions ne peuvent être méconnus. Il en est de même des

substances résineuses et oléagineuses, telles que le baume decopahu, l’huile de térébenthine , le pétrole, et quoi que les chimistes puissent dire , le fait n’en est pas moins constant, comme le prouve l’expérience. Beaucoup de substances subissent des cliangemens pendant la trituration , par suite de leur combinaison avec l’air atmosphérique, et s’oxydent plus ou moins, comme le fer, l’étain, le plomb, le cuivre, le zinc, etc., ce qui les rend plus solubles. Cela n’a pas lieu pour la silice et pour les autres métaux appelés nobles, ou s’il s’y opère des changemens, nous ne nous en apercevons pas, et nous ne pouvons les expliquer d’après les lois de la chimie.

Le temps nous apprendra encore bien des choses.

Ilahnemann applique à toutes les atténuations de médicamens le nom beaucoup trop général de puissances , parce qu’il y attache l’idée d’un développement absolu d’énergie et d’un accroissement des forces. Mais cette dénomination ne convient qu’aux atténuations des substances dont la division et *la dissolution développent les forces latentes, comme cela a lieu pour les terres et pour les métaux difficilement oxydables. Je'crois pouvoir affirmer que ce développement est complet déjà dans la première dilution liquide, claire, transparente.Alorsilenestde ces substances comme d’autres médicamens qui, même dans leur état naturel, possèdent la propriété de provoquer des perturbations dans les rapports dynamiques de l’organisme. Cette propriété est telle dans certains corps, que l’on n’ose en administrer qu’une très-petite partie, de peur de nuire, et meme que dans le traitement antipathique, qui exige de plus fortes doses, on doit les soumettre à de fortes atténuations pour pouvoir s’en servir. Cela seul sufht pour prouver qu’une force déjà développée est affaiblie par la division et que c’est à tort qu’on appelle ces atténuations des dynamisations. Si l’idée sur laquelle on s’appuie était juste, toute espèce de médicamens pourrait devenir un poison absolu par l’atténuation.

En admettant avec Hahnemann des effets spirituoso-dynamiques des médicamens, on cesse de regarder chaque force comme

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ayant nécessairement un substratum matériel. On se représente une force comme réellement séparée de son substratum et devenue libre dans le liquide dilué. La physique nous offre sans doute beaucoup d'exemples semblables. La chaleur est produite pardes corps échauffés et se communique à d’autres corps. L’électricité passe du plateau de la machine dans le conducteur, et de celui-ci dans une bouteille de Leyde. Une barre de fer est magnétisée par le frottement d’un aimant. La lune réfléchit la lumière qu’elle reçoit du soleil et la répand, la nuit, sur la terre. Plusieurs substances ont la propriété d’absorber la lumière et d’éclairer dans l’obscurité. Mais nous ne devons pas oublier que nos connaissances sont encore très-imparfaites relativement aux impondérables, que nous n’avons pas encore la certitude absolue qu’une matière particulière, volatile, leur serve de base, ou qu’ils ne soient que le résultat de qualités inconnues des substances dans lesquelles ils se manifestent activement. On pourrait donc s’être trop hâté en expliquant l’effet des remèdes dynamisés par une analogie avec les impondérables, puisque surtout nous avons la certitude qu’il y a dans ces derniers une communication matérielle , de même qu’il y en a une quand des vieillards se renforcent en couchant avec des jeunes gens.

Ce qu’il y a de certain en tout cas, c’est qu'on s’est trop empressé de déclarer des atténuations une négation médicamenteuse, parce que ce qu’elles contiennent est si peu de chose, qu’il ne réagit pas chimiquement. Le fer magnétisé a tous les caractères chimiques de celui qui ne l’est pas, et cependant on n’en nie pas les effets, et le miasme pestilentiel qui a infecté une balle de coton et l’a rendue contagieuse est tout aussi peu perceptible chimiquement que l’atome d’arsenic dans une dixième dilution, qui peut être un moyen très-efficace lorsqu’on l’administre à propos. Je dis à propos, car les hautes dilutions nesontefficacesquequand le nerf mis à l’unisson est capable d’en recevoir l’impression, de même que la corde ne résonne au murmure de deux sons que quand elle est d’accord avec eux. Quand il y a opposition dynamique et relation polaire, c’est alors que les forces déploient le plus d’énergie. L’aimant ne réagit pas contre le grain d’or, mais

ii attire l'atome de fer caché dans un monceau de poudre d’or. Le multiplicateur ne sera mis en mouvement ni par la lumière ni par le calorique , mais bien par le plus petit courant galvanique. L’argent chlorique ne sera noirci ni par un courant électrogalvanique ni par la chaleur, mais parle rayon lumineux, et l’hydrogène sulfuré cherche à s’approprier la moindre parcelle d’arsenic ou de sucre de saturne dans une dissolution. Prétendraiton, parce que l’acide nitrique ne transforme pas le mercure cyanique, que ce n’est pas un réactif? — Ou voudrait-on refuser au sperme de grenouille , qui féconde même à une haute atténuation, cette vertu qu’on lui connaît, parce qu’elle ne féconde pas d’autres animaux?

On ne peut nier qu’on ne soit allé quelquefois trop loin. On a prétendu que beaucoup de médicamens sont encore actifs à la quinze centième dilution. Il faut une grande force d’imagination pour découvrir de pareils effets. L’efficacité de la trentième dilution de plusieurs médicamens a été confirmée par trop d’observations pour qu’on en puisse douter, et j’ai eu l’occasion de m’assurer, dans de nombreux cas d’encéphalite, que la quarante-cinquième et même la soixantième dilution de belladone , possèdent encore une force curative manifeste. Je dois faire observer ici que l’on emploie les mots haute et basse dilution dans un sens tout-à-fait contraire. Des différences de cette espèce conduisent à des malentendus. 1 J’appelle basses les premières dilutions et hautes les autres, parce que ces dénominations me semblent les plus naturelles.

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