LVI
On sait depuis long-temps que les fortes doses agissent autrement que les faibles. Avec les fortes, on provoque plus vite et plus distinctement les effets primitifs, et cela d’autant mieux que la substance médicinale et l’organisme sont plus hétérogènes. La vie reproductive est alors excitée , par la difficulté de l’assimilation, à de violentes réactions qui n’ont pas lieu quand on emploie de faibles doses, suffisantes cependant pour affecter dynamiquement l’élément sensible.
Je ne veux pas dire avec Hahnemann : spirituoso-dynamiquement, parce que je ne puis comprendre cette expression. Ce qui est spirituel est quelque chose d’immatériel, par exemple une impression purement psychique ; mais ici il y a quelque chose de matériel, quelque petit que cela soit. On a comparé ceseffets à une contagion (1), et il n’y a rien à objectera cela, car dans la contagion aussi il y a action d’une substance, que nous puissions ou non en prouver l’existence. L’atome de la peste qui se dégage sous la forme de gaz au seul contact d’un vêtement infecté , et qui communique à un homme bien portant toute la maladie, ne peut agir que comme une substance hétérogène sur la masse du sang et la modifier chimiquement. Il est certain qu’il s’opère un changement pareil, non pas primairement, mais par l’intermédiaire de l’élément sensible qui, troublé dynamiquement de prime abord, force les autres sphères de l’organisme à une activité anormale. Sclinurrer (2), connu pour ne pas être un partisan de l’école spécifique, dit que les médicamens produisent des effets très-énergiques, effets trop peu observés, quand on les administre à petites doses. Dans ce cas, leur action immédiate sur le canal intestinal est presque nulle; ils sont véritablement incorporés dans l’organisme, et. agissent proprement sur les secondes voies, c’est-à-dire sur le sang, où ils deviennent latens et causent des accidens que l’on peu tcomparer à un actede formation. Ceci nous ramène involontairement à ce que Berzélius appelle effets de contact, lesquels consistent en ce que le simple contact de deux substances détermine dans l’une des changemens d’après les qualités différentesqui existent dans l’autre, sans la changer cependant elle- môme, ou sans qu’il s’établisse entre elles des rapports intimes. D’après les découvertes de Runge (5), le plomb a la propriété de rendre plus difficile et plus lente la dissolution de quelques autres métaux, surtout du zincdans l’acide sulfurique, et sanschanger lui-même. Drayer (4)
(r) Yon Korsakoff, im Archiv fur die Ilomœopalische Heilk. Vol. u, 2 cah.
(2) Allegemeine Krankkeilslehre. Tubingen, i83i. Pag. 293,294.
(3) Annalen derPhysik und Cliemie. i838. N° 3.
(4) über die Wirkung der Chemisehen Anwesenhcit; im American Journal of Medical Sciences. Oct.«— Dec. 1837.
fait la remarque que les affinités de la chimie inorganique n'ont aucune valeur dans la chimie animale. Les reins séparent l’urine du sang sans apporter de réactif dans la liquidité. La chimie n’agit qu’en substituant un élément à un autre, il en est tout autrement dans la chimie organique. Les décompositions s’effectuent par l’arrangement des tissus organiques ou par l’énergie d’une substance qui y est contenue, et qui, sans se soumettre à de nouveaux rapports, opère par sa présence la décomposition. L’influence de cette présence est donc en tout la même que celle qui, selon Berzélius, a lieu par l’effet du contact, et dont on ne connaît pas encore les lois. Il n’y a pas de doute que l’atôme contagieux et la trillîonième dilution d’un grain de médicament ne peuvent avoir un effet analogue à un réactif chimique, et qu’ils n’ont d’autre importance que celle d’un stimulant dynamique par lequel il s’introduit dans la sphère sensible une désharmonie qui se propage de là dans tout l’organisme.