‹ Nouvel organe de la médecine spécifique ou exposition de l'état actuel de la méthode homéopathiqueChapitre 90 sur 123 · LXXI · texte numérisé non relu

LXXI

Une véritable pharmaco-dynamique, 'c’est-à-dire un recueil des moyens spécifiques connus avec l’indication de leurs vertus, c’est un travail qui reste encore à faire, bès que cette grande lacune sera remplie, la méthode spécifique sera assurément plus qu’une méthode. Sans parler de sa valeur pratique, elle pourra se placer à côté de tout autre système scientifique, et les partisans du dogmatisme sévère ne regarderont plus comme un crime de traiter un malade par les moyens spécifiques.

Nous ne possédons jusqu’à présent que des fragmens sur les sphères d’activité dynamique de quelques médicamens, et le médecin qui tend au rationalisme, a la tâche difficile de débrouiller le chaos des descriptions de symptômes, de séparer l’essentiel , le constant de l’accidentel, et, par les combinaisons et la réflexion, de se faire une idée de l’espèce d’action dynamique propre à chaque remède. Cela nous sera possible, en tant que le permettent les bornes restreintes de la science, si nous procédons systématiquement^ d’après certaines règles que l’on trouvera peut-être avec plaisir indiquées ici.

Pour arriver à quelque certitude il faut :

1° Rapprocher tous les symptômes qui se sont manifestés chez des personnes bien portantes après la prise d'un médiea-

DIAGNOSTIC ET THERAPEUTIQUE .

ment, etnoter comme constans ceux qui se sont répétés partout;

Suivre la succession des phénomènes dans chaque expérience particulière, et chercher, en les comparant , à découvrir quels symptômes constans se sont toujours manifestés dans le même ordre;

3° Examiner ceux-ci avec l’œil du physiologiste, et rechercher s’ils indiquent surtout une anormalité de la sensibilité, ou de l’irritabilité, ou de la. reproduction;

âo Avoir égard aux symptômes qui annoncent une action prédominante sur une certaine partie de l’organisme;

5o Séparer les symptômes qui ne sont pas répétés toujours , mais souvent cependant, de ceux qui n’ont paru que quelquefois.

Go Enlin estimer d’après leur importance les symptômes qui annoncent une affection générale de l’organisme.

En suivant ces règles, nous arriverons à reconnaître assez bien les effets cardinaux des différens médicamens , et à expliquer physiologiquement la marche réelle de la maladie, déterminée par de fortes doses.

V aconit, par exemple , augmente l’activité des artères et du .système fibreux, et provoque par cela même qu’il n’agit pas en même temps sur le système veineux, une passivité relative dans ce dernier, laquelle a pour résultat la stagnation de la circulation avec le caractère de l’inflammation.

La belladone produit des phénomènes analogues , mais d’une manière indirecte ; elle excite la vie nerveuse générale, augmente l’expansibilité du dedans au dehors , et a pour résultat une inflammation périphérique.

La brijone agit comme stimulant sur le système nerveux périphérique et le système capillaire, ce qui explique des symptômes qui trahissent une fluctuation entre l’état inflammatoire et l’état nerveux.

La noix vomique excite immédiatement le système ganglionnaire, et provoque dans les organes qui en dépendent des congestions, des stagnations et des symptômes de pléthore locale, tandis qu’elle .surexcite la sensibilité dans le système nerveux périphérique et le système cérébral.

La pulsatille produit, outre ses effets spécifiques sur l’apparei-1 digestif, une sensibilité extrême du système nerveux périphérique et augmente la vénosité.

La digitale diminue les battemens du cœur et élève par antagonisme l’activité sécrétoire des reins.

Je me bornerai à ce petit nombre d’exemples. Si nous observons avec attention, nous apercevrons que tous les médicamens, les uns plus distinctement que les autres , produisent des effets souvent opposés dans les organes et les systèmes qui ont entre eux quelque relation sympathique, sans que nous puissions cependant expliquer les effets particuliers , je pourrais dire spécifiques. Nous ne savons pas pourquoi la belladone engendre un exanthème lisse, érysipélateux; l’aconit un exanthème miliaire; le rhus un exanthème vésiculaire, et la douce-amère un exanthème purulent etcroûteux. Nous ignorons pourquoi l’aconit, la belladone et la noix vomique agissent ordinairement en même temps sur les parties intérieures du cou, etc. Comme nous ne pouvons rien admettre de contraire aux lois de la nature, nous devons regarder tous ces phénomènes comme y étant conformes, et en chercher la cause dans l’action primitive qui leur est propre, et qui fait qu’ils produisent justement ces phénomènes et pas d’autres. Mais toutes les explications qu’on a cherché à donner sur la dépendance causale, sont peu satisfaisantes et ne nous sont d’aucun secours dans la thérapeutique. 11 nous suffit d’avoir appris à connaître les effets cardinaux des médicamens par l’expérience, et de savoir que l’iode agit sur les glandes, les cantharides immédiatement sur le système uropoétique, l’agnus castus sur les organes de la génération , le persil et le chanvre sur la membrane muqueuse de l’urètre , le rhododendron sur les membranes synoviales et les aponévroses , le stramonium et l’or sur l’humeur, etc.

Je n’examinerai pas si, dans l’avenir, il sera possible de classer les médicamens d’après leur caractère dynamique fondamental, mais je désire que l’on rassemble autant de matériaux que possible, pour faciliter au praticien la recherche de ce qu’il y a d’essentiel au milieu du chaos des symptômes des médica-

mens rangés à la suite les uns des autres, sans aucun ordre, alin qu’il puisse en profiter pour les indications thérapeutiques.

Page 1