‹ Nouvelle anatomie artistique du corps humainChapitre 18 sur 81 · SCRIBE, FIGURE PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

SCRIBE, FIGURE PRÉCÉDENTE

(Ve dynastie. Musée du Caire.)

(Phot. E. Brugsch-Pacha.)

et a beaucoup prés souvent, la partie la meilleure et la mieux réussi Et même dans les œuvres les plus ordinaires, les têtes ne sont pas sar mente (fig. 66). La matière n’arrête pas le sculpteur; nous avons déjà v avec quelle maîtrise il traite le calcaire et le bois, il sait dès cette époqu employer le bronze avec un égal bonheur (fig. 67 et 68).

Maïs il nous reste encore à citer quelques têtes en calcaire de nos musée! Le Louvre s’est enrichi d’un morceau de premier ordre avec la tête de D

(1) Maspero, Histoire

ancienne des peuples de l’Orient classique, t. I, p. 410.

Pjq t^g — Tète ü’une statue anonyme dans l attitude

DE SCBIBE.

(Sakkarah. dipiasHe. Musée da Louvre, salle dumaslaba A. iü.)

Fig, 67. — Tète de la statue ei

BRONZE DE l’ÉPI (Vis dynastie. Musée du Caire, J

(Phot. E.

P, y 08 — Tête de la statue en bronze du fils de Pépi I". • ^

— ’^(Vls~àyüasliê^Musee~ du Caire.) Brugsch-Pacha.)

ANCIEN EMPIRE

doufrija. La figure que nous en donnons ici (fig. 69) met bien en valeur l’admirable et très savant modelé de la joue dont l’analyse morphologique est des plus faciles (voy. vol. Il, fig. 27) et dont l’expression est si vivante.

Et je ne saurais passer sous silence, à ce point de vue, les deux statues du musée du Caire découvertes dans un mastaba de Méidoum et attribuées par Mariette à la fin de la IIP dynastie, le prince Rahotpou et la dame Nofrit (1) (fig. 70).

« Rahotpou, dit Maspéro (2), était fils du roi Snofroui peut-être; malgré sa haute origine, je lui trouve quelque chose d’humble et d’effacé dans la physionomie. Nofrit, au contraii'e, a grande mine; je ne sais quoi d’impérieux et de résolu est répandu sur toute sa personne, que le sculpteur a exprimé fort habilement. La perruque, serrée au front par un bandeau richement brodé, encadre de ses masses un peu lourdes la figure ferme et grassouillette; l’œil vit, les narines respirent, la bouche sourit et va parler. L’art de l’Égypte a été parfois inspiré aussi bien, il ne l’a été jamais mieux que le jour où il produisit la statue de Nofrit. Bien que de traits plus vulgaires, la face de Rahotpou n’est pas moins vivante (fig. 31).

Fig. 69. — Tête de Didoupiuva.

(Ancien Empire. Musée du Louvre.)

(1) Maspéro, dans son Archéologie égyptienne, les attribue au premier empire lliébain, mais, dans son Histoire ancienne des peuples de l’Orient, il semble revenir à l’opinion de Mariette et, dans l’Egypte de l’Histoire générale de l’art de Hachette, il les range parmi les œuvres de l’école thinite à son apogée.

(2) Hist. des peuples de l’Orient, p. .363.

LE NU DANS L’ART

Mais si les deux têtes méritent un tel éloge, il n’en est pas de même des corps, sur lesquels on peut relever d’assez graves imperfections : la petitesse exagérée de la main avec des doigts sans modelé et le pouce volumineux, la grosseur surprenante des chevilles qui contraste avec la délicatesse générale du corps chez Nofrit; chez Rahotpou, le mauvais modelé de

la clavicule trop longue, l’aplatissement du torse, l’attache du hras trop en dehors, les chevilles lourdes.

Nofrit la belle nous montre un « nu » féminin modelé dans l’esprit déjà signalé, mais avec plus de perfection. Bien qu’assise, nous percevons chez elle le charme délicat qu’a su réaliser l’artiste d’Égypte et dont les statues debout, quoique plus grossières, nous ont révélé le secret, qu’on peut résumer ainsi : seins fermes, haut placés, et bassin étroit de jeune fille avec des cuisses de femme bien développées, caractères qui semblent s’exclure et, en tous cas, appartiennent à des âges différents, bouton et fleur réunis par l’art en un même idéal.

Mais puisque nous parlons ici du mérite des têtes qu’a créées la sculpture égyptienne, c’est le lieu de citer l’œuvre la plus ancienne que l’on connaisse, qui remonte dans la nuit des temps à une époque indéterminée, la plus colossale et la plus extraordinaire aussi, le Grand Sphinx de Giseh.

M. Maspero l’apprécie en ces termes ;

« Taillé en plein roc, au rebord extrême du plateau libyque, il semble hausser la tète pour être le premier à découvrir par-dessus la vallée le lever de son père le soleil. Les sables l’ont tenu enterré jusqu’au menton pendant des siècles, sans le sauver de la ruine. Son corps effrité n’a plus du lion que la forme générale. Les pattes et la poitrine, réparées sous les Ptolémées et sous les Césars, ne retiennent qu’une partie du dallage dont elles avaient été revêtues à cette époque pour dissimuler les ravages du temps. Le bas de la coiffure est tombé, et le cou aminci semble trop faible pour soutenir le poids de la tête. Le nez et la barbe oui été brisés par des fana-

Fig. 70. “ Statues en pierre

CALCAIRE DU PRINCE RahOT- POU ET DE LA DAME NOFRIT.

dynastie. Musée du Caire, n“ 6.) (Phot. Brugsch-Pacha.)

ANCIEN EMPIRE

tiques, la teinte rouge qui avivait les traits est effacée presque partout. Et pourtant l’ensemble garde jusque dans sa détresse une expression souveraine de force et de grandeur. Les yeux regardent au loin devant eux avec une intensité de pensée profonde; la bouche sourit encore, la face entière respire le calme et la puissance. L’art qui a conçu et taillé cette statue

Fig. 71. — Sphin.x devant la pyra.viide de Khéphren a Giseh. (D’api-ès H. Fechheimkh, la Sculpture égyptienne, p. 43.)

prodigieuse en pleine montagne était un art complet, maître de lui-même, sûr de ses effets (1). »

J’ajouterai que la face garde dans son ensemble une irréprochable construction que met bien en valeur, sur la photographie (fig. 71), la silhouette de trois quarts de la joue droite. Et l’on reste vraiment confondu en constatant une telle perfection de dessin dans l’exécution d’une tête dont les

(1) Maspefso, Archéologie, p. 200.

proportions colossales nous sont révélées par le groupe d’indigènes montés sur l’épaule.

Comme pour les rondes-bosses, l’Ancien Empire reçoit des œuvres primitives les méthodes et la technique du bas-relief.

C’est au fond des mastabas, sur les images de grande dimension du défunt et sur celles plus réduites de ses serviteurs qui, en des registres superposés, garnissent les murs de la chapelle, qu’il faut surprendre cet art dont l’Ancien Empire a su tirer les effets les plus inattendus et les plus variés.

Le musée du Louvre possède la chapelle entière d’un mastaba sur les murs de laquelle on peut contempler tous ces petits personnages dans leurs évolutions. Le même musée possède aussi quelques bas-reliefs de plus grande dimension. On constateque l’Ancien Empire traite la figure humaine en hasrelief selon la formule des panneau.v d’Hosi dont nous avons longuement parlé.

Un des plus fins que possède le musée est celui du roi Menkahor de la V® dynastie (fig. 77). La tète est délicatement modelée mais l’oreille est placée au niveau des jeux. Les modelés du torse et des membres supérieurs rappellent ceux d’Hosi mais fortement atténués. Les bas-reliefs n“ 1 et n" 2 du Catalogue, à côté de quelques particularités intéressantes, sont des exemples

Fig. 72, — Bas-relief provenant du tombeau d’un nommé Toth AA. B. D” L (Ancien Empire. Musée du Louvre, salle du mastaba.)

A.XCIEN EMPIRE

de l’étonnante légèreté avec laquelle les artistes égyptiens ont applique la formule qu’ils avaient entre les mains (1) (fig. 72).

Un autre bas-relief du Louvre montre les serviteurs apportant l’otlrande funéraire (fig. 73). Sur l’un d’eux, les deux épaules offrent cette singulière conformation déjà signalée plus haut sur la palette du roi Narmer, témoignage de la continuité des méthodes entre l'Époque primitive et l’Ancien Empire.

Un des plus connus parmi les tombeaux de l’Ancien Empire est celui de Ti dont les bas-reliefs sont au musée du Caire. 11 en existe des moulages au Louvre et à l’École des Beaux-Arts. Les petits personnages sont pour la plupart entièrement nus et ils se distinguent par un modelé, surtout aux jambes, nerveux et précis (fig. 7i).

La face externe de la cuisse estsillonnée de deux sillonslongitudinaux un peu arbitraires mais destinés à rappeler les différents faisceaux du vaste externe. En arrière de cette grosse masse charnue, un sillon oblique, qui part du pli fessier, représente très exactement le sillon latéral externe de la cuisse.

Par un contraste bien observé, la face interne de la cuisse est unie. La rotule avec sa double saillie est

(1) Sur l’épaule droite du personnage du bas-relief n» f, par exemple, deux sillons rappellent le modelé du deltoïde de quelques statues. Mais le cou est le siège d’un curieux non-sens anatomique, qui ne semble pas avoir embarrassé le sculpteur. Le cou étant figuré de profil ainsi que la tête et les épaules se trouvant de face. la saillie musculaire qui descend obliquement de derrière l’oreille

74 LE NU DANS L’ART

surmontée, en dedans comme en dehors, du gros relief charnu de la cuissedescendant aussi bas d’un côté que de 1 autre et marqué d un pli obliquequi rappelle une disposition déjà remarquée chez Hosi. Les deux genoux se ressemblent traversés par un gros relief oblique et sont bien inférieursà ceux d’Hosi (1).

Mais les différents plans musculaires de la jambe, à la face interne et.

Fig. 74. — Choquis d’aprè.s les petits personnages

DU TOMBEAU DE Tl.

à la face externe, sont ici indiqués avec beaucoup de précision. Commesur Hosi et comme sur les statues, on distingue, en dedans, le reiief exagéré du soléaire et le jumeau interne. En dehors se dessinent trèsnettement les péroniers, le bord externe du soléaire et le jumeau externe. Les malléoles sont très correctement indiquées sur quelques figures, l’interne assez haute et l’externe située plus bas. Mais sur les pieds, où se-

vers la partie inférieure et antérieure du cou se dirige vers le milieu de laclavicule du côté opposé, où l’insertion semble devoir se faire au heu du

Les deux sillons de l’épaule se retrouvent dans le bas-relief n» 2, qui nousoffre en même temps, avec le dessin de la main à contresens, une erreur grossière souvent répétée dans la suite avec une superbe indifférence.

(1) Les genoux du roi Menkahor sont dessinés de la même façon (fig 7i).

ANCIEN EMPIRE

dessine la gouttière calcanéenne, le gros orteil seul se montre, mettant sur l’un des membres un contresens anatomique.

J appelle l’attention sur ces modelés musculaires qui se retrouvent sur la plupart des bas-reliefs de la même époque : replis sus-rotuliens en nombre

Fig. 75. — Kagemni.

(Sakkarah .) (D’après V. Bissixg.)

et de volume variable, différenciation exacte et conforme à la description ci-dessus des faces interne et externe de la jambe. Exemple : la grande figure du tombeau de Kagemni (fig. 75) à Sakkai’ah, des séries de petits personnages du tombeau de Manofer (fig. 76) à Berlin, etc., etc.

LE NU DANS L’ART

Je n’insisterai pas ici sur la variété et la multiplicité des mouvements représentés. Mais tous ces petits personnages vont, viennent, gesticulent, mènent une vie intense. Ils parlent même; dans l’intervalle des figures, sont des hiéroghyphes qui indiquent les sujets représentés ou bien les paroles prononcées par les principaux acteurs.

Et tous ces mouvements s’exécutent sans sortir pour ainsi dire de la formule générale. Nous y reviendrons avec quelque détail plus loin.

PiQ 7(; — Serviteurs apportant des offrandes. Sacrifice des bceufs.

(Tombeau de Manofer. Ancien Empire. Musée de Berlin.)

(D'après H. Fechheimer, la Sculpture égyptienne.)

Le tombeau de Ti est un des plus beaux de l’Ancien Empire. Mais il en est d autres qui ne lui en cèdent guère pour la variété des scènes leprésentées, tels que ceux de Pthat-Hotpou, de Méri, de Rakapou, de Ménofré, d’Amten, etc. Nous y trouverons de curieux exemples lorsque nous traiterons des mouvements.

Qu’il nous suffise pour l’instant de remarquer que, dès cette époque, les artistes ont su reproduire les actions les plus diverses avec une habileté à laquelle les artistes des générations postérieures n’ont rien ajouté d’essentiel.

ANCIEN EMPIRE

Nous trouvons aussi à cette époque de grossières incorrections, comme une main droite pour une main gauche et réciproquement, comme les deux mêmes pieds toujours vus par le dedans. Mais nous verrons les mêmes contresens se produire couramment au premier empire thébain, et moins souvent il est vrai, jusqu’aux belles époques du Nouvel Empire.

Fig. 77. — B.^s-iœlief du roi Menkahor^ (V<^ dynastie. Musée du Louvre.)

(Ptiol. Giraudon.)

Fgi. 78. — Groupe de lutteurs.

(Moyen Empire. Musée de Munich.) (D'après V. Bissing, liv. III.)

PREMIER EMPIRE THÉBAIN

Après la VP dynastie, l’histoire de l’Égypte subit une lacune. Ce n’est qu’avec la XIP dynastie, dont les rois portent les noms d’Amenemhat ou Senousert, qu’apparait une nouvelle époque prospère et brillante qui, par les grands travaux d'utilité publique qu’elle vit s’accomplir, par les tombeaux, les temples et les statues parvenus jusqu’à nous, mérite de prendre rang parmi les grandes périodes de l’histoire d’Égypte.

La XIP dynastie inaugure la deuxième époque de l’art.

Malgré cette longue interruption, la tradition, en ce pays d’Égypte si souvent bouleversé et cependant toujours si semblable à lui-même, reprend tous ses droits, et les artistes de la XIP dynastie sont les héritiers directs de ceux de l’Ancien Empire.

Les pharaons peuplent les temples de leurs statues et, si elles dépassent en proportions celle du vieux roi Khépbren, elles sont exécutées sur le même modèle. Elles ne manquent pas de grandeur. Mais, soit par suite de la recherche d’un certain idéal, soit au contraire par indifférence et laisseraller, les sculpteurs s’éloignent de plus en plus de la nature.

Les têtes, tout en gardant encore la ressemblance du modèle, perdent

PREMIER EMPIRE THEBAIN

leur accent individuel, tendent à se rapprocher du même type veule et souriant.

Au torse, les saillies musculaires s’effacent, aux membres également, ou bien elles prennent une accentuation trop grande. Les détails anatomiques y deviennent puérils.

Le colosse du Louvre en diorite (fig. 99), usurpé par Ramsès II et que M. de Rougé rattache à la XIP dynastie, est un intéressant spécimen de

Fig. 79. — Statues du iioi Senousert P'' (calcaire,) fZIP dynastie. Musée du Caire.)

(Phot. E. Brugsch-Pacha.)

l’art de cette époque. La face est d’un bon modelé, mais l’oreille, trop longue, trop large, mal dessinée, est située trop haut. Le torse plat, très rétréci, sans reliefs musculaires, n’est guère plus modelé que celui d’une poupée. Il faut le comparer à celui de Khéphren pour juger de la distance qui sépare les deux œuvres. Trois sillons longitudinaux, tracés sur l’épaule en dehors, rappellent seuls le délicat modelé du muscle deltoïde. Les jambes sont les meilleurs morceaux. Le dessin d’ensemble en est bon et le modelé rappelle celui de la jambe du Khéphren, mais avec des infériorités flagrantes. La face interne du tibia est considérablement réduite, comme

lÆ NU DANS L’ART

envahie ici par la forte saillie longitudinale du soléaire. Le plan large et ferme des péroniers est remplacé par un double sillon uniforme qui limite une étroite saillie longitudinale se terminant en bas par une sorte de boule arrondie qui figure la malléole externe, située trop en arriére et U-op haut. Enfin, les pieds comme les mains sont empâtés et sans dessin, loutefois, k talon nous montre une forme qu’on s’étonne de trouver ici, forme chère à l’art grec et que l’on désigne du nom de talon à double étage. (Aojez vol. 11, p. 337.)

C’èSt l’Ancien Empire qui a donné les spécimens les meilleurs du membre inférieur, en même temps que, sur certaines œuvres grossières, ainsi qu’on l’a vu plus haut, il a révélé la formule avec une brutalité déconcertante.

Comme nous venons de le voir sur le soidisant Ramsès, le Premier Empire thébain continue, sur ce point particulier, la tradition. On peut en dire autant des Senousert du musée du Caire (fig. 79), d’un faire un peu mou, autant qu’on en peut juger sur la photographie que nous devons à l’obligeance de M. Brugsch-Pacha.

11 n’en est pas de meme sur la statue du meme pharaon que possède le musée de Berlin. De chaque côté de l’entrée d’une salle du rez-dechaussée, deux superbes colosses assis se ressemblent comme deux frères. Ils sont l’un et l’aulre attribués au Moyen Empire, celui de gauche bien conservé mais non identifie, celui de droite très fortement restauré est Senousert k (fig. 80). 11 est vrai que le seul morceau antique qu’il possède est la jambe droite, mais cette jambe est justement célèbre, et elle est considérée comme le chef-d’œuvre du Premier Empire thébain. D’une construction habile et d’un ferme modèle, elle reproduit les formes des jambes du vieux Khéphren, mais avec plus d’accentuation des saillies osseuses, rotule, plateaux et bord antérieur du tibia, aussi bien que des reliefs musculaires, en particulier du soleaire, qui remonte jusqu’à la tubérosité interne. Ces exagérations se tiennent loutefois dans des limites qui font que celte œuvre reste une manifestation d’art très intéressante.

Fig. 80. — Senouseiit k.

(XII'‘ dynastie. Musée de Berlin.)

l'UliMIER EMPIRE THÉRAIN

Mais, dans certains cas, cette accentuation des formes osseuses du genou semble dépasser les bornes permises, comme nous le voyons sur un fragment de la statue du roi Mirqaura-Sobek-hotep, de la XIP dynastie, au musée du Louvre (fig, 81 et 8:2).

Fig. 81. — P.vrïie moyenne de i,a statue du roi Mirqaura-Sebekhotep.

(Xlh dynastie. Musée du Louvre.)

En effet, en outre de la rotule, nettement circonscrite, excepté par en bas, l’extrémité supérieure du tibia ressort contre toute vraisemblance, s’isolant en dedans de la face interne qui forme un second relief au-dessous d’elle. Un faire analogue se retrouve sur une statue brisée du roi pasteur •lan-Ra, de la XYP dynastie, au musée du Caire (fig. 83), et aussi sur la base de la statue colossale Kyksos, également au musée du Caire (1),

(1) Reproduile par Naville, Bubaslis, pl. XXIV.

Ces quelques exemples montrent que cette exagération des reliefs osseux du genou n’est point un fait isolé et qu’à un moment malgré son invraisemblance, elle fut en faveur, au moins dans une certaine école.

Mais ces accents nerveux paraissent avoir été l’exception et, avec le Sebekhotep 111 du Louvre (fig. 84), la forme s’aveulit au point qu’elle semble, par endroits, se dissoudre. Entre des oreilles démesurées, la face

banale sourit. Le torse grêle n’a plus de flancs, bien que le bassin ait en largeur un développement exagéré. Toutes les saillies musculaires au torse, aux bras, aux jambes ont disparu. Sur ces dernières, le galbe est sans finesse, défectueux même. Sur les genoux, également effacés, se détache une rotule carrée et brutale. Et, à la partie antérieure de la jambe, une crête droite et aiguë représente le bord antérieur du tibia, épave dernière et défigurée d’un modelé qui n’exisle plus (1).

(t) Il e.xiste au Louvre une autre statue plus petite de Sebekhotep III,

PREMIER EMPIRE THÉBAIN

Une statue en bois du pharaon Horus (fig. 85), découverte à Dahchour par M. de Morgan, contraste heureusement avec l’infériorité des œuvres précédentes.

Entièrement nu, de formes jeunes et élégantes, le roi s’avance d’un pas délibéré, les deux jambes obliques à la manière des branches d’un compas

ouvert. M. G. Legrain apprécie cette œuvre en ces termes : n Le corps est parfait d’équilibre et de proportions, et l’étude de ses différentes parties décèle une connaissance approfondie

Fig. 83. — Base de la statue de Jan-Ra. (XVI^ dynastie. Musée du Caire.) (D'après E. Naville, Bubastis. PI. XII.)

Fig. 84. — • Colosse du Roi Sebekhotep III.

(XIIB dynastie. Musée du Louvre.) (Phot. Giraudon.)

de la myologie dissimulée sous le jeu large du ciseau. Chaque muscle est placé juste à la place qui lui convient et joue selon l’action qui meut le membre. »

Nous ne pouvons que souscrire à ces éloges, sous la réserve toutefois

d’aspect plus trapu et plus solide, mais dont le modelé n’est pas sensiblement meilleur.

LE NU DANS L’ART

«jue les proportions et l’anatomie dont il s’agit ici sont celles si spéciales au nu égyptien, dont la formule est d’ailleurs fort habilement traitée.

Les statues de particuliers qu’a produites l’art du PremierEmpire thébain sont, au dire de Maspéro (1), sans grande valeur artistique. La porteuse d’offrandes du musée du Louvre ne dément pas ce jugement (fig 86).

Fig, 83. — Statue en bois uu roi Horus (face et profil). P17/e dynastie. Musée du Caire.)

(D'après J. de Morgan, Fouilles à Dahchour, 1894.)

Fig. 86. — Porteuse d’offrandes. Bois

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