UE FE.MME
(Tel-el-A marna. j (D'après Lki-sius, BciiI.malcr. V, VI. PI. VlC.)
b) MEMBRE INFÉRIEUR
« Le genou est fouillé avec minutie », dit Maspero à propos du scribe accroupi (2).
Et, en décrivant le Sokhemka du Louvre, M. de Rougé, dans son catalogue, s’exprime ainsi ; « Les jambes sont ici très remarquables par la justesse
(t) C 2 et C 34 du Louvre.
(2) Archéologie égyplieiine, p. 208.
LE NU DANS L’ART
des muscles et la finesse du modelé des genoux; leuc galbe est plein d élégance. »
Ces justes éloges ne peuvent que gagner à plus de précision.
La jambe des statues égyptiennes présente dans son ensemble toutes les qualités d’élégance, de fermeté et de solidité qui distinguent l’art égyptien.
Elle possède, en outre, des caractères si nets, si précis et si constants, que rien n’est plus facile que de la décrire anatomiquement. Elle n est pas d’ailleurs sans nous réserver quelque surprise.
D’abord, à la cuisse, la grosse masse musculaire du quadriceps descend très bas, jusqu’au niveau de la partie moyenne de la rotule, dont elle coifle pour ainsi dire toute la moitié supérieure. Pas de différence entre le côté externe et le côté interne ; l’un et 1 autre font une saillie égale et de même forme.
Il n’en est pas ainsi dans la nature, et 1 on sait (1) que si le vaste interne arrive en effet jusqu’au niveau de la partie moyenne de la rotule, le vaste externe descend beaucoup moins bas et s arrête à plusieurs tiaveis de doigts du bord supérieur de cet os. De plus, les reliefs que forment à ce niveau les deux corps charnus sont très inégaux, celui du vaste interne étant de beaucoup le plus volumineux. Enfin, il arrive dans ceitaines conditions physiologiques, qui accompagnent souvent la station debout, que ces extrémités inférieures des deux vastes s’isole du reste du muscle sous forme de reliefs distincts.
Tous ces détails anatomiques relatifs aux vastes iémoraux : différence de situation, inégalité de volume, isolement des extrémités inférieuies poui former des saillies distinctes, ont été ignorées ou négligées par l’art égyptien (2).
La même disposition se retrouve sur les statues assises, où 1 on voit suite dessus du genou, en avant de la schenti, deux reliefs égaux couvrant les deux angles supérieurs de la rotule et embrassant dans leur intervalle la saillie de cet os.
(1) Vol. L P- '70 et pl. 24. . r. • ,
(2) Toutefois, sur un certain nombre de bas-reliefs de l’Ancien Empire et sur nuelques statues de bronze, on observe, au-dessus de la rotule, un ou plusieurs olis fiffurant comme un accent circonflexe, ou bien tracés sur le plein des reliefs charnus, concentriquement à la rotule. 11 y a là, à n’en pas douter, comme un rappel imparfait des formes en question. (Voy. plus haut p. 75).
LES FORMES
Nous observons, dans la nature, le relief dû au vaste interne soulevé par la tubérosité du fémur qu'il recouvre, pendant que, en dehors, le vaste externe s'arrêtant beaucoup plus haut, laisse à découvert la tubérosité fémorale externe qui fait sous la peau une saillie à crête vive située audessous du niveau du relief charnu (voj. vol. 11, p. 331 et pl. 56).
L’art égyptien schématisant la forme n’a pas connu ces détails du modelé.
La rotule (fig. 185 A, 2), généralement de forme carrée, avec un léger étranglement en son milieu, repose sur l’extrémité supérieure du tibia toujours bien marquée, surtout en dedans. Cette extrémité supérieure du tibia est presque toujours trop mince. Ce qui contribue, avec la situation un peu basse de la rotule, à donner au genou de l’art égyptien la brièveté qui le caractérise.
La forme carrée de la rotule n’est pas dans la nature, mais cette interprétation se justifie si l’on songe que le sommet inférieur du triangle que représente la rotule est masqué par l’insertion du tendon rotulien et que, à son niveau, font saillie latéralement les coussinets adipeux sous-rotuliens qui viennent former les deux angles inférieurs du carré. La schématisation de la rotule sur le vivant peut donc, avec raison, se traduire par un carré ou un rectangle aux angles arrondis et légèrement étranglé en son milieu (1).
Sur un bon nombre de statues, l’accentuation de ces détails anatomiques donne au genou une brièveté qui va jusqu’à l’extrême (2).
Dans certaines œuvres du Moyen Empire (voyez plus haut, p, 81 et suiv.).
Fig. 185. — Vueanté-
lilEURE d’une jambe ÉGYPTIENNE (A) COM¬ PARÉE A UNE JAMBE DE MODÈLE (B) VUE SOUS LE MÊME ASPECT.
1, quadriceps; 2, rotule; 3, jumeau interne; 4, péroniers ; 5, soléaire ; 6, muscles intérieurs, jambier et extenseur.
(1) Le bas du carré peut se rétrécir au point de donner à la rotule un aspect triangulaire. Sur quelques statues d’époque saïte (A 88 et A 89), elle se trouve réduite à deux sortes de boules superposées et empiétant un peu l’une sur l’antre, la supérieure plus volumineuse que l’inférieure.
(2) Par exemple au musée du Louvre, Hamon, A 24, A 66, 67, 68, A 45, A 121, Ramsès II, etc.
Lli NU DANS L ART
cette saillie des plateaux du tibia est exagérée jusqu’à l’excès (D-
De la saillie transversale, que je viens de décrire au genou, descend à la partie antérieure de la jambe une crête parfois aiguë, d autres fois plus ou moins arrondie et qui répond au bord antérieur du tibia.
Le tibia n’a pas été reproduit par l’art égyptien avec autant de bonheur.
La saillie transversale assez étroite sur laquelle repose la rotule, qui se confond même souvent avec elle, est séparée des reliefs charnus supérieurspar un large sillon marqué surtout en dedans et qui coupe le genou en deux vers le milieu de la rotule. Cette saillie représente, à n’en pas douter, les plateaux du tibia, qui sont toujours d’une étroitesse trop grande qui contribue à diminuer la hauteur du genou, presque toujours trop court ainsi que nous l’avons dit (2).
En outre de la diminution de hauteur de l'extrémité supérieure du tibia, nous constatons que la saillie de son bord antérieur est amoindrie et que sa face interne, qui se dessine d’ordinaire sous la peau avec une largeur moyenne de trois à quatre centimètres (fig. 186, B), est réduite à un plan très étroit généralement et parfois même, sur quelques œuvres, transformé en une dépression presque linéaire (3). La malléole interne, qui fait suite à cette face, est toujours réduite de saillie, au point parfois de disparaître Par contre, la malléole externe est toujours très saillante.
Quant aux muscles qui entourent le squelette, ils sont reproduits avec un
mélange bien curieux d exactitude et d erieur.
En dedans du tibia, la saillie du bord interne du soléaire est toujours fort exagérée; de plus, au lieu de s’arrêter au niveau du tiers supérieur du tibia, elle remonte constamment jusqu’au-dessous du plateau interne (fig 186, A, 4). C’est là une grosse faute anatomique, en même temps qu un caractère d’une telle constance dans la sculpture égyptienne, qu’on en arrive à se demander si les anciens habitants de l’Egypte ne présentaient pas, sous ce rapport, quelque particularité anatomique differente de ce que nous observons aujourd’hui.
(1) A 121, le roi Mirqaura Sebekliolep, Kiani, (le lan-Ra, Hyksos, de Naville,
''^(2^''LS^*8ta^ues''ïsitS^ de Khéphren, Hamset... celle debout de Sokhemka, llirus font exception à la règle. Les genoux y ont la r-n Vnvp7 la statuette en granit rose de Sokhemka (Louvre, A 104, cat. Rouge), d”.a, u.e d,s grandes .ilrines des s.llea du prern.er
étage.
LES FORMES
Derrière le soléaire ffig. 186), le jumeau interne (3) est toujours bien dessiné.
li A
Fig. 186. — Face interne d’une jambe
ÉGYPTIENNE (A) COMPARÉE A LA JAMBE d’un modèle (B) VUE SOUS LE MÊME ASPECT.
I, vaste interne; 2, couturier; |3, jumeau interne; 4, bord interne du soléaire.
Fig. 187 — Face externe d’une
JAMBE ÉGYPTIENNE. (A) COMPA¬ RÉE A UNE JAMBE DE MODÈLE (B) VUE SOUS LE MÊME ASPECT.
1, vaste externe; 2, jambier antérieur; 3, jiéroniers; 4, bord externe du soléaire.
Mais ces deux muscles, trop rapprochés du plan antérieur du membre, exa-
-gèrent leurs reliefs aux dépens de la face iniertie du tibia amoindrie.
Le groupe externe des muscles péroniers est, en général, trop nettement isolé par la présence de deux sillons longitudinaux qui le limitent en avant et en arrière. Il se termine en ■bas par la saillie de la malléole externe, d’ordinaire ■bien accentuée ffig. 187 A).
En arrière des péroniers ■se distinguent les reliefs du
Fig. 188. — Coupe horizontale pratiquée SUR LA statue S SUIVANT LA LIGNE AB.
JI, jumeau interne; S, soléaire; T, Tibia; X, crête due à la persistance de la jonction des plans antérieur et externe; 1’, péroniers; JE, Jumeau externe.
LE NU DANS L’ART
bordexterne du soléaire et du jumeau externe. En avant des mêmes muscles, le groupe antérieur des muscles de la jambe se dessine sous la forme d’un large plan qui occupe toute la hauteur du membre. Ce plan se confond en dedans avec le bord antérieur du tibia (fig. ISS T), et il se termine en dehors, prés des péroniers, par une longue saillie longitudinale distincte qui ne répond à aucune disposition anatomique particulière (fig. 188 X), mais dont nous pensons pouvoir donner la raison dans un instant.
Les deux malléoles sont parfois très bien placées, avec leur inégalité
de hauteur respective.
Mais, pendant que la malléole externe fait une saillie toujours assez forte, ainsi que je l’ai déjà dit, la malléole interne, contrairement à ce qui s’observe dans la nature, fait une saillie toujours atténuée, au point d’être parfois réduite à presque rien.
Le pied se distingue par la faible saillie du talon, d’ordinaire plus marquée sur la jambe qui est en avant — ce qui est une conséquence du dessin luimême — par la voussure plantaire peu accentuée et le dessus du pied légèrement bombé, sans indication des tendons extenseurs, avec une légère
Fig. 189. ■— Pieds de deux statues égyptiennes
AVEC direction DIFFÉRENTE DES AXES DBS ORTEILS.
dépression en dehors. Les doigts sont plats, allongés sur le sol, sans trace des articulations, tous parallèles les uns aux autres, le petit doigt faisant saillie en dehors. Leur axe est le plus souvent parallèle à l’axe du pied. Quelquefois, ils s’inclinent tous en dehors (fig. 189).
Leur longueur relative est la suivante. Le gros orteil ne dépasse jamais les autres; le second orteil est ordinairement le plus long. Les autres doigts vont en décroissant de longueur jusqu’au petit doigt.
En ce qui concerne la jambe, le nu égyptien se distinguerait donc anatomiquement du nu que nous avons actuellement sous les yeux par les caractères suivants :
Pour le tibia, corps de l’os très réduit suivant son diamètre anléro-
LKS FORMES
postérieur; plateaux minces et saillants, saillie malléolaire effacée.
Au point de vue musculaire, vaste externe descendant aussi bas qin^ le vaste interne et aussi volumineux; soléaire de volume très exagéré et remontant par son bord interne jusqu’au niveau du plateau interne du tibia.
Ces traits si caractéristiques du « nu s égyptien ne peuvent être dus qu’à deux causes : ou bien à une structure anatomique des anciens Égyptiens, un peu différente de la nôtre et que les artistes auraient consciencieusement copiée, ou bien à une interprétation spéciale à l’art égyptien.
La première hypothèse méritait d’être examinée et nous avons pu le faire en étudiant les squelettes des momies égyptiennes que possède le M uséum.
Nous avons pu nous convaincre que les os des anciens Égyptiens étaient à très peu prés semblables aux nôtres. Aucune différence notable. On peut remarquer un peu d'aplatissement de la voûte crânienne sur les plus anciens crânes, un peu d'étroitesse des hanches et quelques différences dans les proportions relatives des segments des membres, autant de particularités déjà signalées par Hamy.
On pourrait ajouter un léger renversement des plateaux du tibia coïncidant avec un peu d’incurvation de tout le corps de l’os, dont l’effet est d’augmenter la saillie du bord antérieur (1). Mais tous les autres caractères du tibia sont ceux que nous connaissons : même épaisseur du corps de l’os, même saillie de la malléole interne (2).
(t) Cotte disposition anatomique serait en rapport avec l’habitude qu’avaient les Égyptiens de la station accroupie, les genoux au menton et le derrière suites talons, ainsi que les statues, bas-reliefs ou dessins en font foi. De nos jours, les Cafres du Gap, comme nous l’a signalé Hamy, ont les mêmes façons de s'asseoir, et leurs tibias présentent les mêmes caractères : léger renversement en arrière du plateau et légère courbure de tout le corps de l’os à convexité antérieure.
(2) Les scjuelettes beaucoup plus anciens (ceux du Muséum ne remontent pas au delà du Nouvel Empire) trouvés dans les fouilles d’Et- Ainrali par M. Amélineau et qui remontent à l’âge préhistorique, ont des tibias dont le corps prismatique triangulaire ne diffère pas des précédents. Quebiues-uns sont platycnémiques. Mais la platycnémie par l’augmentation de largeur de la face interne s’éloigne encore davantage de la forme adoptée par les artistes. Ces squelettes ont été décrits par le docteur Fouquet dans le premier volume de M. de Morgan sur les Orüjines de
Dans les fouilles de Dahehour qu’il a pratiquées en 1894, M. de Morgan a
LE NU DANS L’A HT
Quant au reste du squelette, nous retrouvons sur les Égyptiens la clavicule avec ses proportions habituelles et sa double courbure en S italique bien accentuée, la cage thoracique bien développée (fig. 490), le pied bien cambré, sans proéminence exagérée du talon.
Nous avons cherché, en outre, si les momies elles-mêmes ne pouvaient
pas nous donner quelques renseignements sur la disposition et la forme des muscles, mais les tissus sont tellement altérés par la momification, qu'il nous a été impossible d’y rien découvrir de précis.
D’autre part, les insertions musculaires, faciles à apprécier sur le squelette, montrent que les muscles des Égyptiens ne différaient pas sensiblement des nôtres, au moins dans leur disposition générale. Et, en particulier, nous constatons la ligne oblique de la face postérieure du tibia, très nettement accentuée. Elle nous fournit la preuve que le soléaire qui s’y insère ne remontait, par son bord interne, pas plus autrefois qu’aujourd’bui, à l’extrémité supérieure du tibia (1).
11 nous faut donc conclure que la conformation si spéciale que l’art égyptien a donnée au membre inférieur — conformation telle que nous avons pu croire un instant à une anatomie différente — ne peut dépendre que de conditions inhérentes à 1 art lui-même.
Et nous sommes amenés à la considérer comme une des conséquences de
découvert une remarquable statue du roi Ilor (Xlb dynastie), dont la jambe re- ])roduit le type habituel (Og. 86). Or, le squelette du roi trouvé en même temps a été examiné par le docteur Fouquet, et la coupe de son tibia, au niveau du trou nourricier, a l’aspect triangulaire ordinaire. Il a pour indice 65.
(1) Il est également impossible de voir dans le soléaire interne de la sculpture égyptienne quelque chose comme une anomalie régressive, la trace dune disposition anatomique ancestrale, car le soléaire des singes se distingue par 1 absence des faisceaux tibiaux internes et se trouve réduit aux laisceaux jiéroniers.
Fig. 190. — Momies égyptiennes.
(Pliot. Bonfih.)
LES FORMES
la rnéthoiie employée par les Égyptiens pour exécuter les statues et dont nous avons parlé plus haut. L’examen des jambes de certaines statues assises nous en fournit une nouvelle démonstration.
Ces statues assises ont leurs jambes encore engagées dans le bloc par leur face interne et par leur face postérieure Or, il apparaît clairement que ces jambes ont été taillées, à la manière des bas-reliefs, suivant deux plans, le plan antérieur et le plan latéral externe (fig. 188).
Sur le plan antérieur apparait comme en bas-relief le tibia (T), le groupe musculaire antérieur, le bord interne du soléaire (S) et le jumeau interne (J. I ). El ainsi s’expliquent l’aplatissement du bord antérieur du tibia, ainsi que de tout le groupe musculaire antérieur, le peu d’épaisseur de la face interne du tibia et la saillie exagérée du soléaire et du jumeau interne.
Sur le plan externe se dessine le relief trop schématique des péroniers (P). Et la ligne suivant laquelle se rejoindrait ce plan externe avec le plan antérieur (X) correspondrait justement à cette saillie longitudinale inexpliquée anatomiquement et que nous avons notée sur le bord externe du groupe musculaire antérieur.
L’existence d’un plan latéral interne, suivant lequel serait modelée la surface de la jambe de ce côté pourrait peut-être expliquer le défaut de saillie de la malléole interne.
Les saillies fortes et égales des muscles de la cuisse, vaste interne el vaste externe, peuvent également s’expliquer par la même façon de procéder suivant trois plans, un plan supérieur et deux plans latéraux; le maximum de relief correspondrait aux deux lignes de rencontre de ces trois plans.
Bas-reliefs. — Sur les bas-reliefs, les détails anatomiques des membres inférieurs sont parfois indiqués avec beaucoup de bonheur et de précision. Les meilleurs exemples du genre sont les bas-reliefs de Hosi (fig. 19) et de Ti (fig. 74). En général, sur tous les bas-reliefs de l’Ancien Empire, 1 anatomie est bien notée et correcte. Plus tard, ces modelés disparaissent en partie ou même tout à fait. Le plan des péroniers semble le détail le plus facilement retenu et persistant le plus longtemps. Mais il existe souvent une curieuse incohérence que l’on voit se produire à toutes les époques et dont les œuvres les plus parfaites ne sont pas toujours exemples, il j a inuerversion, la face interne remplaçant la face externe, et réciproquement.
LE NU DANS L’ARÏ
Nous avons déjà fait remarquer que la saillie du talon est généralement peu accentuée dans l’art égyptien. Elle 1 est plus dans les statues que sur les bas-reliefs. Par contre, la voûte plantaire est plus accusée sur les basreliefs que sur les statues. Sur les bas-reliefs, les pieds sont presque toujours vus par leur face interne, qui montre justement la voûte plantaire. Le bord externe du pied, avec les orteils, n’est exactement représenté que sur quelques bas-reliefs du Nouvel Empire, de 1 Art saïte, et sur ceux de l’Epoque ptolémaïque.
c) MEMBRE SUPÉRIEUR
La largeur des épaules, dans la figure égyptienne, donne au membre supérieur une indépendance qu’il n'a pas dans la nature. 11 est comme détaché du tronc et s’en éloigne d’une façon notable, même lorsqu’il descend verticalement, comme c’est le cas le plus fréquent. 11 arrive même quelquefois que l’artiste a été conduit à le relier à la face externe de la cuisse à l’aide d’un tenon.
Sur les statues debout, il est toujours dans l’attitude de demi-pronation, le poing fermé. 11 n’est jamais en supination, la paume de la main tournée en avant, ou en pronation complète. L’on sait que, dans les mouvements de rotation qu’exécute sur lui-même le membre supérieur étendu, l’avantbras n’intervient pas seul, et qu’à la supination et à la pronation s ajoute une véritable rotation de l’humérus (voyez vol. 111, p. 93). Ce n est que dans la flexion du coude à angle droit, laquelle immobilise l’humérus, que les mouvements de pronation et de supination de 1 avant-bras ont toute leur indépendance.
11 résulte de ceci que, dans la demi-pronationdu membreétendu, 1 humérus a déjà commencé à tourner et que la saignée ne se présente plus de face, comme dans la supination, mais qu’elle regarde en dedans (fig. 191 A et B). Or, l’art égyptien ignore celte rotation de l’humérus. Par simplification, il considère le bras comme toujours semblable à lui-même, quelle que soit la position de l’avant-bras. 11 a toujours, avec la saignée qui lui fait suite, la forme constante de la supination. L’avant-bras seul exécute la rotation qui entraîne la main dans un sens ou dans l’autre. D’où il suit que, dans cette position si fréquente de la demi-pronation du membre étendu, si le bord externe du poignet avec le pouce se présente directement en avant, la
LLS FORMES
ITÎ
saignée, elle, qui n’a pas bougé, est vue entièrement de face (fig. 191 C).
Lorsque le coude est fléchi, que l’avant-bras soit appuyé ou non sur les cuisses, on A'oit le poignet tantôt en demi-pronation, tantôt en pronation complète et même en supination. Dans ce cas, les deux avant-bras ont rarement la même attitude.
La forme d’ensemble du membre supérieur est, en général, bien obseï'vèe. Certains modelés anatomiques sont même précisés avec bonheur.
Le deltoïde, sur les bonnes œuvres de toutes les époques, fait une saillie bien distincte de celle des muscles du bras. La surface en est même parfois, comme sur le Khéphren du Caire, modelée avec un soin qui permet de distinguer ses différentes portions.
D’autres fois, il est parcouru, de haut en bas à sa partie moyenne, de deux ou trois sillons accusés plus ou moins brutalement, il est vrai, mais qui ont évidemment pour but de figurer les sillons qui, sur les gens bien musclés, séparent ses différents faisceaux.
Sur le bras, on distingue toujours nettement, à sa partie antérieure, le muscle biceps et, en arrière, un relief qui dépend du triceps, mais dont la signification a besoin d’être précisée. L’on sait que, sur la nature, les masses charnues de ce muscle font trois reliefs distincts (voyez vol. 1, p. 28). ( tr. celui que les artistes égyptiens ont discrètement figuré cori’espond au vaste externe.
Mais tous ces modelés musculaires sont adoucis, sans le caractère heurté qui appartient aux muscles courts. Les Égyptiens, si nous en croyons leur
Fig. 191. — Membre supérieur égyptien
COMPARÉ AU membre SUPÉRIEUR o’UN