VYANT LA FORME DE FEMMES NUBIENNES
{Musée lirüamnijup . Quah'iènie chambre opy-ptieune. Vitrine C.)
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bas et augmente très heureusement le volume de la région. Si l’on veut bien comparer la forme qui en résulte avec les quelques dessins que j’ai donnés de l’abdomen féminin dans le volume II, on verra de quel souci de vérité, de quelle finesse d’observation a fait preuve l’artiste égyptien qui a réalisé cette forme. On voit, en outre, sur quelques œuvres, cette l’égion sous-ombilicale marquée de deux sillons demi-circulaires concentriques qui représentent les plis cutanés que nous y avons décrits. Ils ne devraient
Fig. 19o. — Figures de femmes sté.vtopyges. Éthiopie J Ben Naga et Begerauieh.
(D’après Lf.psius, V. PI. XXVII et LV.)
exister naturellement que sur les figures nues, sur quelques œuvres toutefois on les observe malgré la robe.
Mais un autre signe constant — d’apparence contradictoire celui-là — c’est l’étroitesse relative des hanches. 11 est vrai que la crête iliaque fait toujours une saillie bien distincte au-dessous du flanc très court peu saillant, parfois même excavé, mais le diamètre bi-iliaque externe, facile à prendre en raison de l’accentuation particulière de la charpente osseuse en cet endroit, ne dépasse presque jamais la distance qui sépare les deux aisselles au-dessus des seins, ce qui est la preuve d’un bassin peu développé. 11 y a cependant quelques exceptions, mais elles sont en petit nombre et s’observent sui-tout sur des figures en bois de petite dimension.
Cette étroitesse du bassin, qui correspond à l’idéal de sveltesse constaté sur le type masculin, ne répond en aucune façon au type de la femme bien développée, mais elle est constamment accompagnée, sur le type féminin égyptien, d’un autre caractère essentiellement propre à la femme et qui consiste dans le développement de la partie supérieure de la cuisse. On connaît le rôle des localisations graisseuses dans la différenciation des
sexes et que leur siège, chez la femme, a lieu surtout autour du bassin et à la partie supérieure des cuisses, en avant et en dehors. 11 est vrai que si cette dernière localisation graisseuse a été adoptée par 1 art égyptien, il a laissé de côté celles des hanches et des fesses, si communes dans la nature. Toutefois lorsqu’il s'est agi des caractéristiques spéciales à certaines races comme la stéatopygie, l’artiste égyptien ne s’est pas fait faute de les représenter avec son réalisme coutumier (fig. 195). L’on voit, en outre, sur l’une de ces femmes stéatopyges, une curieuse exception dans le dessin de la poitrine dont les deux seins sont figurés de face et
pendants.
Il n’en résulte pas moins qu’il existe, dans le nu féminin de 1 Egypte, une disposition contrastée qui lui donne un charme singulier et étrange, à cause de l’existence simultanée de deux caractères en quelque sorte opposés : d’un côté, l’étroitesse du bassin et des hanches, signe indécis au point de vue de la différenciation des sexes, qu’on ne voit que chez les jeunes filles à peine nubiles ; de l’autre, le développement charnu des cuisses, apanage de la femme dans son complet épanouissement.
Sur les œuvres de l’Ancien Empire, le triangle sexuel est assez brutalement accusé, même au travers de la longue robe collante.
Toutefois, certaines œuvres se distinguent par l’exagération des caractères sexuels dus aux localisations graisseuses, seins volumineux et lourds se rejoignant sur la ligne médiane, ventre plus largement modelé, fesses plus saillantes, cuisses plus charnues. C’est à l’Époque saite et sous les Ptolémées que ces formes apparaissent. Le sein n est plus hémisphérique, mais souvent de forme conique.
Mais, sous ces variations, la constance du type se maintient par 1 étroitesse du bassin et la persistance de son orientation droite.
Dans les peintures et les bas-reliefs, le torse des figures féminines suit la formule générale adoptée pour le type masculin, mais modifiée par l’addi-
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tion des caractères spéciaux que nous venons de relever sur les statues. C’est ainsi que l’axe des épaules vues de face est moins large, que le sein noté sur le profil est régulièrement arrondi, pendant qu’il n’y a pas de trace de l’autre et que la saillie abdominale, plus accusée, rejoint le profil des cuisses, fortement bombées en avant. En arriére, le bassin décrit une double courbure. La première, assez surbaissée, qui correspond à la crête iliaque; la seconde, plus accentuée sans cesser d’ètre discrète, borne la région fessiére.
Dans l’ensemble, le bassin ainsi circonscrit offre l’aspect peu développé qu’il a sur les statues.
Quant aux membres, ils ne méritent guère une description à part. Ils sont plus arrondis, avec des saillies musculaires moindres, un modelé plus uniforme.
Il y a lieu de signaler toutefois, au membre inférieur, en outre de l’exagération manifeste de la courbure antérieure de la cuisse déjà décrite, une forme constante qui consiste dans l’hyperextension du genou sur la seule jambe qui est en avant. Ce caractère n’existe point sur les statues.
Les proportions relatives des deux segments du membre inférieur, cuisse et jambe, ne sont point les mêmes sur le type féminin que sur le type masculin, aussi bien dans les bas-reliefs que dans les statues. Chez l’homme, ainsi que je l’ai déjà fait remarquer, la jambe est toujours beaucoup trop longue par rapport à la cuisse, fait déjà constaté dans les oeuvres primi tives. Chez la femme, au contraire, les proportions sont fort régulières, la hauteur de la jambe égalant celle de la cuisse.
Faut-il voir, dans celte différence entre les proportions de l’homme et de la femme, une notation exacte de la réalité dont, après tout, les Égyptiens nous ont montré qu’ils étaient bien capahlesV Nous ne le pensons pas. Les momies sont là, d’ailleurs, pour prouver le contraire.
Il est vraisemblable de penser que la présence de la schenti sur les figures masculines, en voilant la cuisse, a conduit l’artiste égyptien à la négliger, pendant qu’à son détriment il accordait à la jambe agrandie tous ses soins et toute son attention. La longue robe collante des figures féminines, en laissant paraître le nu dans toute la longueur du membre, donnait à ses deux segments une semblable importance, et tout naturellement le genou prenait sa place normale (p. 185).
On pourrait se demander aussi si la jambe, cette partie du corps d un
LE NU DANS L’ART
dessin à la fois si puissant el si souple, base de tout l’édifice de la figure humaine, n’avait pas, dans cette mystérieuse Égypte, un caractère de puissance et de grandeur que les artistes se sont plu à exagérer.
Quoi qu’il en soit, le fait lui-même demeure et sa constance valait qu’il fût signalé.
fj PROPORTIONS
Lorsque l’on songe au rôle important qu ont joué, à toutes les époques de l’art, ces règles codifiées sous le nom de canons artistiques, on est naturellement tenté d'en rechercher les origines dans cette lointaine Égypte dont l’art obéissait à des formules si rigides et si impérieuses. Or, les tentatives entreprises dans cette direction n’ont rien donné de précis et de certain, tout au moins au point de vue de l’unité de mesure qui est l’essence même d’un canon de proportion.
11 résulte toutefois d’un passage de Diodore de Sicile que les Égyptiens auraient été en possession de certaines régies de proportion. « Les Égyptiens, dit-il, réclament comme leurs disciples les plus anciens sculpteurs grecs, surtout Télèclès et Ihéodore, tous deux fils de Khæcus, qui exécutèrent pour les habitants de Samos la statue d’Apollon Pythien. La moitié de cette statue fut, disent-ils, faite à Samos par ïéléclès, et l’autre moitié fut achevée à Éphèse par Théodore, et ces deux parties s’adaptèrent si bien ensemble que la statue entière semblait l’œuvre d’un seul artiste. Les Égyptiens, ajoute Diodore, après avoir arrangé et taillé la pierre, exécutent leur ouvrage de manière que toutes les parties s’adaptent les unes aux autres jusque dans les moindres détails. C’est pourquoi ils divisent le corps humain en 21 parties 1/4, et règlent là-dessus toute la symétrie de l’œuvre. »
Mais si Diodore affirme très nettement l’existence du canon égyptien, il ne donne aucun détail sur sa nature, et ouvre par là le champ à toutes les suppositions. Aussi n’ont-elles point manqué.
Mise au carreau.
(D'après Prisse).
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On a d’abord remarqué sur quelques bas-reliefs égyptiens des lignes équidistantes et se coupant à angle droit, de manière à former un assemblage de carrés (fig 196). Et naturellement l’on s’est demandé si ce n’étail point là la trace des régies canoniques cherchées. Les avis sont partagés. Pour quelques auteurs, ce quadrillé ne serait autre chose qu’une simple mise au carreau. Pour d’autres, au contraire, il semble que ce soit bien là les subdivisions d’un canon. Seulement, voilà le point embarrassant : le nombre de ces subdivisions est variable. On en compte sur certaines figures quinze et seize, puis dix-neuf, vingt-deux un quart et jusqu’à vingt-trois. Il y aurait donc eu un grand nombre de canons. Aussi nos auteurs admeltent-ils les uns deux canons égyptiens, les autres jusqu’à trois. Quant à l’unité de mesure qui aurait été adoptée dans ces canons, les auteurs sont loin d’être d’accord. Wilkinson et Lepsius la cherchent dans la longueur du pied. Prisse et Ch. Blanc dans celle du médius.
Mais mieux que toutes les suppositions, l’examen des œuvres même de l’art égyptien nous renseigne et sur les proportions générales des figures et sur les proportions relatives des diverses parties du corps.
Au point de vue des proportions générales, on trouve, dans l’art égyptien, de très nombreuses exceptions à l’opinion couramment admise qui attribue, aux époques primiiives, les proporiions courtes et trapues, pendant que les figures prendraient plus de sveltesse et d’élégance au fur et à mesure que l’art devient plus parfait. Nombreux, en effet, sont les exemples de figures élancées appartenant aux époques les plus lointaines de l’arl, témoin le bas relief d’Hosi, la figure du roi de la grande palette d’Hiérakonpolis, tous spécimens attribués à la L® ou à la H® dynastie et qui nous montrent des figures dont les proportions en hauteur sont dues au développement plus ou moins grand des membres inferieurs. 11 n’en est pas moins vrai que les proporiions courtes, dues à la brièveté des mêmes membres, s’observent sur un grand nombre de bas-reliefs de l’Ancien Empire.
En résumé, il est loisible de citer, à toutes les époques de l’art égyptien, des exemples, en nombre variable il est vrai, de proporiions courtes et de proporiions élancées. Le Deuxième Empire thébain se distingue par ses proportions élancées, surtout dans certaines figures de bas-reliefs (Voy. plus haut p. 123)
Quelques exemples de proportioxs courtes et loxgues AUX diverses époques de l’art
Fig. \Ti. — Ti.
(Tombeau de Ti, Sakkara. F» dynastie.) D'après H. Fechheimeh, la Sculpture égyptienne.)
Fig. 198. — Un seigneur.
(Tombe de Giseh. IV‘= dynastie.) (D’après Lersius, Denkmaler. I. PL XXXII.)
Fig. 199. — Lamentations.
(Ile de Plilæ.)
(D’après Champoi.i.ion, Mohununts de l'Égypte et de la NubiCj I, PL XC.)
Fig. 200. — Favorite de Ramsès III.
(Médinet-Hahou . XX^ dynastie.)
(D'après Prisse d'Ave.nnes. Histoire de l art égyptien J I. PL 45.)
Fig. 201. — L’homme et sa femme.
(Tombe de Giseh. Fe dynastie.)
(D’après Lepsius. üenkmàlcr. vol. II. PL LXXII.)
Fig. 202. — Musiciennes.
(Peinture du 3Iusée du Louvre. XVIIH dynastie.) (D’après Perrot et Chipiez, Histoire de l'Art dans l’antiquité^ vol. I, l'Égypte. PL XII.)
Quelques exemples de pp.oportioxs des jambes
COMPARÉES CHEZ l’ HOMME ET I,A FEMME
Fig. 203. — Tombeau de la reine Thiti. fA'A’® dynaxtie.)
(D après Bénédite, Mémoire de la mission archéologique française au Caire, vol. V.)
Fig. 204. — Le dieu Konsou