‹ Nouvelle anatomie artistique du corps humainChapitre 67 sur 81 · DU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

DU MOUVEMENT

L’art cbaldéen ne nous laisse que peu à dire sur les attitudes et les mouvements. Les grandes statues debout ou assises ont la rigidité des œuvres primitives. Dans les œuvres de petite dimension, les attitudes sont plus variées. Des figurines en bronze nous montrent un dieu agenouillé. D’autres également de bronze levant les bras en l’air soutiennent une corbeille placée sur la tête. Ce geste est assez bien rendu, mais les formes du nu sont grossières.

Dans les plus anciens bas-reliefs, les gestes des personnages sont limités ■à un petit nombre et d’ordinaire assez gauchement traduits, ainsi qu’on

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le voit sur la stèle des Vautours, monument élevé par le roi Eannadou (fig. 470). Un progrès considérable est réalisé à l’époque des rois d’Agadé. l’iusieurs fragments d’une stèle reproduits par Heuzey (1) montrent des gestes fort expressifs. Un guerrier lève une masse d’armes sur un vaincu qu’il i-etient par la barbe, un autre soldat terrasse un ennemi suppliant en lui mettant le pied sur le ventre et en le frappant de son casse-tête, etc...

Mais la pièce la plus remarquable est la grande stèle de victoire de la même époque, élevée par le roi Naram-Sin. On y voit déjà des figures entièrement nues fort intéressantes où les muscles volumineux commencent à se dessiner, on y voit également quelques gestes bien observés, comme faction de tirer de l’arc ou celle de frapper l’ennemi avec la masse d’armes (fig. 488). Toutes ces figures posent les deux pieds de profil à terre dans toute leur étendue, mais sur quelques-unes une jambe est levée, la cuisse presque horizontale, et nous devons voir là la première tentative pour représenter la marche en montant sur un terrain escarpé, formule dont l’art assyrien usera largement par la suite. Nous ne trouvons d’ailleurs, dans tout l’art chaldéen, rien d’analogue aux essais si heureux de la figuration de la marche que nous montrent quelques très anciens spécimens de la primitive Égypte.

Par contre, l’art chaldéen nous a laissé quelques dessins d’animaux, en gravure sur coquille, d’une vérité parfaite et d’un mouvement hardi et très justement observé.

(1) Catalogue des Antiquités chaldéennes, p. 130.

Fig. 489. — Statuettes de femmes type babylonie.n. (Musée britannique.)

ART ASSYRIEN

Fig. 41t0. — Gierriers assyriens.

(Musée du Louvre.)

(Pliol. A. Giraudon.)

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L’art assyrien a son berceau en Chaldée. Malgré un long intervalle d'une quinzaine de siècles, il en découle directement. Il en a reçu son inspiration et jusqu’à ses moyens d’expression. Toutefois, dans les manifestations qui sont parvenues jusqu’à nous de ces deux arts si étroitement apparentés, une singulière opposition se montre. L’art chaldéen est représenté, dans nos musées, par ce magnifique groupe de rondes-bosses de grande dimension, statues d’anciens souverains méticuleusement et très habilement taillées dans la matière la plus dure. De petits bas-reliefs seulement les accompagnent, quelques-uns en matière dure, le plus grand nombre en calcaire.

L’art assyrien, contrairement à l’art chaldéen, n a pour ainsi dire pas connu la ronde-bosse. On ne possède de lui qu’un petit nombre de statues de grande dimension, toutes droites et comme enfermées dans l’étui d’une

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l’outil. Même les détails minutieux, les multiples oi-ncments commandés par le goût oriental sont faits de jtratique et se répètent indéfiniment. A vrai dire, il y a dans celle richesse beaucoup de monotonie, ce qui n’empêche pas la main-d’œuvre d’être souvent inégale. Le tout donne une grande impression d’unité et montre la puissance d’une conception d’ensemble fondée sur la tradition...

c Dans les arts du dessin, et particulièrement dans la sculpture, le progrès décisif et profond, celui qui demande le plus de temps et d’étude, c’est le perfectionnement de la figure humaine. A cet égard, l’école assyrienne est stationnaire; disons même qu’elle n’a pas retrouvé la saveur originale que l’étude directe et sincère de la nature donnait aux œuvres des vieux maîtres chaldéens. De leur enseignement, elle a conservé le goût des formes robustes et trapues, où la beauté inséparable de la foi’ce se traduit par le modelé ressenti des musculatures. Seulement, elle a ramené ses modèles à un type unique, dont toutes les parties, comme des formules invariables, occupent une place fixe et sont Iracées d’avance. Il y a notamment deux ou trois morceaux de nu, sortant du costume, un bras et surtout une jambe, qui sont en eux-mêmes de véritables chefs-d’œuvre, d’une construction anatomique saisissante, sinon absolument correcte; mais les muscles, les tendons y sont découpés et juxtaposés comme les pièces d’une armure... Scènes de chasse, scènes de bataille, il n’y a toujours, en réalité, qu’une seule et même figure plusieurs fois répétée, avec les mêmes muscles saillants, depuis le dieu et le roi jusqu’au moindre serviteur, et l’artiste ne réussit pas sans contrainte à la mettre en action dans des positions differentes. Les autres parties du nu se montrent-elles par hasard à découvert, comme le torse, le dos, la poitrine, le ciseau devient hésitant, inexpérimenté, et la pauvreté des formes trahit l’inhabileté à interroger directement la nature... La souplesse des extrémités, des mains en particulier, cette pierre de touche de la science réelle d’une école, laisse beaucoup à désirer. .

t Les traits du visage conservent d’ailleurs tous les caractères du type chaldccn. Ce sont les mêmes yeux, très grands et toujours dessinés de face, les mêmes som-cils épais et croisés. Le nez qui, à la plus belle époque de la sculpture chaldéenne, tendait à devenir droit ou presque droit, s’arque de nouveau, mais avec noblesse, comme dans les belles têtes sémitiques et sans revenir à l’exagération archaïque du premier profil chaldéen. La bouche

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est bien découpée, le menton assez fin et rond, mais amolli et empâté en dessous, dans les figures imberbes, par une courbe qui accuse 1 embonpoint comme un caractère de dignité et de beauté florissante, confoime au goût oriental. Cependant, les lignes de profil, en se précisant davantage, ont gagné quelque chose, il faut le reconnaître, en fermeté et en caractère. »

J’ai tenu à citer tout au long cette page du maître orientaliste dans laquelle se trouvent, fixés en des termes si nets, si précis, définitifs en un mot, les grands caractères de l’art assyrien, sa filiation avec 1 art chaldéen, et jusqu’aux principaux traits du type humain qu il a créé.

Je me contenterai d’y ajouter ma modeste contribution en portant 1 analyse anatomique sur les parties découvertes des figures assyriennes.

Contrairement à ce qui a lieu dans le bas-relief égyptien, où nous avons vu la tète de profil, les épaules de face, le bassin de trois quarts et les jambes à nouveau de profil, dans le bas-relief assyrien la figure est tout entièie d’un profil assez correct (fig. -490). Mais il y a quelques exceptions. Assez souvent, le profil est complet et une seule épaule est visible. D autres fois, le buste est plus ou moins de trois quarts et l’épaule la plus éloignée du spectateur apparaît. Ceci s’observe surtout lorsque le bras fait un geste qui poite cette épaule en avant. Mais il arrive aussi, sur certaines figures, que les deux épaules sont carrément de face (exemple ; stèle de Samsi-Raman, génie a deux ailes (Musée britannique), etc., sans que le mouvement des bras y prête.

Lorsque, au contraire, des actions fréquemment reproduites, comme le tir à l’arc, le lancer du javelot, etc., portent les deux épaules en sens contraire et tendent à placer leur axe transversal dans le plan du tableau, toute la moitié supérieure du torse se présente de face, le bassin de trois quarts servant d’intermédiaire avec le profil des jambes.

Il est aisé de définir la formule du nu adopté par 1 art assyrien, formule unique, toujours la même, et dont les traits conventionnels n en sont pas moins tirés de la nature, formule nette, précise et complètement opposée à celle adoptée par l’art égyptien.

L’art assyrien reçoit de la Chaldée le goût de 1 accentuation musculaiie. C’est aux membres surtout que le dessin des muscles revêt cette outrance si particulière, que Heuzey les compare à des pièces d armure juxtaposées. Il n’en est pas moins d’une vérité et souvent d une justesse anatomiques, qui ressortiront des descriptions que nous allons entreprendre.

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