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TORSE

Les torses nus sont très rares dans les bas-reliefs assyriens. On en chercherait vainement au Louvre, mais il en existe au Musée britannique plusieurs curieux spécimens.

Fig. 522. — Asshur-izir-pal et son armée traversant une rivière.

(Musée britannique.)

(Phol. Mansell et

D’abord un bas-relief qui représente des soldats traversant une rivière sur des outres, nous montre, fait extrêmement rare, des personnages entièrement nus (fig. 522). Au torse, cette nudité se distingue par le dessin des côtes et par l’accentuation musculaire, déjà vue aux membres, et qui se traduit ici par la saillie du grand fessier vu de profil, cernée d’une entaille qui l’isole sous la forme d’un haricot, forme très exacte lorsque le, muscle est contracté, La face externe de la cuisse est, en outre, parcourue de longs sillons destinés à rappeler la séparation des diverses parties du muscle quadriccps contracté.

ART ASSYRIEN

Une figure d’enfant entièrement nu du musée du Louvre montre des modelés semblables. Il y a lieu d’insister ici sur le dessin vigoureux de la moitié inferieure de la cage thoracique, parce que c’est là un des traits les plus caractéristiques du torse assyrien ainsi que nous l’allons voir dans un

Fig. 523. — Figure d’enfant entièrement nu. E.xtraite du bas-relief : Le char du roi Assourbanipal. (Musée du Louvre, n“ 62.)

instant, trait qui le sépare radicalement du nu égyptien, lequel ne connaît pas le dessin des côtes.

Mais les plus curieux, au point de vue du torse nu, sont plusieurs grands bas-reliefs du Musée britannique désignés sous le nom de bas-reliefs mythologiques.

On y voit le torse représenté en avant et en arriére. Un caractère commun aux deux figurations consiste dans la suppression, pour ainsi dire, de

LE NU DANS L’ART

l’épaule, contrairement à ce que l’on voit dans l’art égyptien, où l'épaule acquiert un développement exagéré. Ici, le haut du bras est comme engagé dans le torse même.

Au premier abord, un observateur peu attentif ne verrait guère de différence entre le dessin de la face antérieure et celui de la face postérieure. Mais en y l’egardant de près, nous relevons des détails fort caractéristiques, bien que très schématisés, qui différencient les deux faces de la façon la plus nette et qui sont évidemment empruntés à la nature même. Un basrelief, représentant deux démons, est fort instructif à cet égard (fîg. 524).

Ces deux personnages, à corps d’homme et à tête de lion, sont affrontés l’un à l’autre et, dans un geste identique, se menacent du poignard. L’un montre la face antérieure du torse, l’autre la face postérieure. La comparaison des deux morceaux d’anatomie est donc facile.

En avant, la poitrine est marquée par le relief uniforme du grand pectoral, avec l’indication très précise du mamelon, représenté par un petit cercle situé en bas et vers le bord externe de la région. En haut, de chaque côté du creux sus-sternal peu marqué, deux fortes saillies rondes représentent les extrémités internes des clavicules, dont le reste se perd dans la musculature de la région. Et la région sternale est le siège de plusieurs saillies ondulées qui schématisent, à n’en pas douter, l’angle sternal, si évident chez certains sujets, et la naissance des cartilages costaux aux bords du sternum souvent très visible, même chez des sujets musclés. Au-dessous des pectoraux, les régions sous-mammaires, qui reposent sur la partie inférieure de la cage thoracique, sont marquées, sur le modèle, par les modelés multiples d’un grand nombre de faisceaux appartenant à plusieurs muscles, sous lesquels le dessin des côtes inférieures apparaît, donnant en somme une morphologie d’ailleurs assez complexe. L’art assyrien, suivant ses méthodes de simplification, a négligé les formes musculaires pour ne retenir que le modelé des arcs costaux. Entre les deux régions sous-mam naires, un grand plan uniforme marqué au milieu, sur ce bas-relief, du creux ombilical, représente l’abdomen.

En arrière, on retrouve également le dessin des côtes, en bas et en dehors, dans un endroit correspondant aux régions sous-scapulaires qui, sur le nu, laissent apparaître les modelés costaux. Quant à la région scapulaire elle-même, elle est fort bien caractérisée par un triangle, un peu

ART ASSYRIEN

brutal il est vrai, mais qui représente assez bien le méplat de même forme

FiOt. .')24. — Sujet mythologique.

(iiusèe britannique.)

(Phot. Mansell et C'^.j

répondant, au milieu de la région, à la partie sous-cutanée du muscle sous-épineux.

LE NU DANS L’ART

Le milieu du dos est occupé par deux grands plans, qui naissent ensemble d’une saillie médiane située à la limite inférieure du cou et qui n’est autre que le relief de la proéminente (7' vertèbre du cou), auquel succède un long sillon médian. Ces deux grands plans, qui vont en s’élargissant par en

Fig. 525. — Scène mythologique.

(Musée britannique.)

(Pkot. Mansell et C‘«.)

bas, répondent fort bien, par leur situation et leur forme générale, à la longue région que nous avons décrite sous le nom de région spinale.

La poitrine se présente de face, mais le bassin est de trois quarts, comme sur les bas-reliefs égyptiens. Aussi, les contours du torse sont-ils en rapport avec cette orientation, épousant en avant la saillie de l’abdomen et, en arriére, indiquant très discrètement la saillie fessière. Les épaules sont loin d’avoir la largeur exagérée que leur a donnée l’Égypte. Elles sont.

Fig. 526. — Explication du nu du torse assyrien.

A. Torse d’un modèle sur lequel on a indiqué les détails anatomiques que l’artiste assyrien a mis en valeur : l’attache des côtes à la région sternale, le dessin des côtes dans les régions sousmammaire et sous-scapulaire, qui sont les deux régions où elles apparaissent sur te nu, les muscles de la poitrine, de l'épaule et de la région scapulaire. (Voy. vol. 1. PI. 39, 38. 44 et 43.)

B. Schéma qui porte comment l’art assyrien, rentrant l’épaule dans la partie supérieure du torse, confond en une même masse : en avant, le tiers moyen du trapèze, le delto'ide et faisceau claviculaire du grand pectoral; en arrière, le tiers moyen du trapèze et le delto’ide.

C. Torses des démons du British Muséum (fig. 524) dont l’un est vu en avant et l’autre en arrière.

LE NU DANS L’ART

ainsi que je l’ai déjà dit, comme entrées dans le haut de la poitrine, dont elles suppriment une partie, si bien que la saillie du deltoïde, en avant, englobe toute la clavicule, dont l’extrémité interne seule apparaît saillante. Il n’y a là, en somme, que l’exagération d’une disposition naturelle. Les mêmes formes se retrouvent sur un autre bas-relief du Musée britannique (fig. 525). Cette anatomie singulière repose sur deux faits principaux entièrement propi’es à l’art assyrien, l’un se rattachant au dessin des os, l’autre au dessin des muscles. Le premier a sa source dans une observation fort exacte du modèle qui ne laisse voir la cage thoracique que dans sa moitié inférieure, correspondant, en avant, à la région sous-mammaire et, en arrière, à la région sous-scapulaire; le second, plus fantaisiste, consistant dans une sorte de fusion de deux masses musculaires distinctes, le deltoïde avec la moitié supérieure du grand pectoral d’un côté et le tiers moyen du trapèze de l’autre. De là l’absence d’épaule du torse assyrien et son aspect osseux au niveau du sternum et dans sa moitié inférieure.

La figure 526 montre en A les détails anatomiques exacts que l’artiste assyrien a mis à contribution ; en B le rétrécisssement des épaules par la fusion des masses musculaires sus-indiquées; en C le torse des deux démons dont les formes antérieures et postérieures trouvent leur explication en A et en B. La figure 527 résume les modelés du torse des deux rois des scènes mythologiques (fig. 525 et 529).

En résumé, le « nu », dans l’art assyrien, a donné lieu à des formules très différentes de celles de l’art égyptien. Elles se distinguent par le volume des muscles et l’accentuation brutale de leurs contours. Elles répondent au type des muscles courts, ainsi qu’il ressort surtout de l’examen des membres, contrairement au type des muscles longs en honneur en Égypte.

Elles ont leur origine dans une observation parfois très juste de la nature. Elles sont solides et massives, mais sans élégance et sans grâce. On y voit parfois les cordons veineux (fig. 528), ce qu’on n’observe jamais sur les ligures égyptiennes. Mais elles se répètent toujours semblables à ellesmêmes, elles sont en petit nombre. L’artiste assyrien n’avait à sa disposition, comme nous l’avons vu, qu’un certain nombre de poncifs dont il ne sortait pas : la face externe de la jambe ou sa face interne, le dos de l’avant-bras en supination, la face antérieure ou la face postérieure du torse, etc... Mais il arrivait parfois que l’artiste se trompait et accordait mal les différents morceaux d’un-e figure.

AllT ASSYRIEN

Un exemple des plus curieux de ces erreurs nous est donné, a propos du

FiG. 528. — Divinité ailée (détail.) (Musée britannique.)

(Phot. Mansell et C'"^.)

torse, par un bas-relief du British Muséum représentant trois personnages un roi, un démon et un guerrier (fig. 529). Sur les deux premièies figuies

LE NU DANS L’ART

l’attitude est à peu près la même. Or, on remarque que la moitié supérieure des personnages ne s’accorde pas avec la moitié inférieure. Tournés vers la gauche, ils montrent le dos au spectateur, et les deux membres,

Fig. 529. — Scène mythologique.

(Musée britannique.)

(Pliot. Mansell et C'“.)

supérieurs s’accordent fort bien avec les modelés de la face postérieure du torse. Les tètes sont de profil, et la seule incorrection qu’on puisse y relever, sur le roi, consiste dans la longue barbe qui, retombant sur la poitrine, devrait être en partie masquée par Tépaule, tandis qu’elle s’étale complaisamment sur la région scapulaire.

ART ASSYRIEN

Mais, fait étrange, toute la partie de ces figures, au-dessous de la ceinture, est modelée comme si la partie supérieure était vue en avant. En effet, au travers de la petite jupe, les modelés et les contours du bassin sont ceux du trois quarts antérieur, avec la dépression pubienne au-dessous de la saillie abdominale et avec le relief bien marqué de la région fessiére ; les jambes nues s’accordent parfaitement avec ce modelé du bassin et, naturellement, pas du tout avec le haut du torse. Un seul détail rappelle la face postérieure, c’est la longue frange qui descend entre les jambes, mais ne se voit point sur la robe.

Sur un autre bas-relief identique (fig. 523) et dont il a été parlé plus haut, mais disposé symétriquement avec les trois mêmes personnages tournés vers la droite et montrant la face antérieure du torse, les membres, bras et jambes, sont absolument corrects.

Nous avons noté, sur les statues chaldéennes, l’absence de proportions uniques et les variations les plus grandes, surtout dans les dimensions relatives des diverses parties du corps. Toutefois, la prédominance du type court, parfois très court et trapu avec grosse tête, est incontestable.

L’art assyrien a hérité de ces proportions trapues, dans Tensemhle, avec des variations dans les relations des diverses parties du corps entre elles. Souvent, le torse est long, les jamhes courtes et les membres supérieurs encore plus longs que le torse. On pourrait citer toutefois des figures de proportions élancées, avec de longues jambes, mais elles sont plus rares, semble-t-il. Les proportions relatives du bras et de l’avant-bras sont parfois correctes; lorsqu’il y a inégalité, c’est, en général, aux dépens du bras trop court. Souvent, les dimensions des deuxmembi’es supérieurs d’une même figure ne sont pas pareilles.

Quant aux membres inférieurs, presque toujours la cuisse, cachée par la jupe, est trop courte par rapport à la jambe nue, qui apparait au-dessous; il en est de même dans l’art égyptien comme nous l’avons vu.

Les mains et les pieds n’ont pas, relativement aux membres qu’ils terminent, de dimensions bien arrêtées. Tantôt ils sont petits, trop petits, tantôt ils sont disproportionnés en longueur. 11 en est de même des doigts par rapport à la main; ils sont tantôt trop longs, tantôt trop courts.

11 résulte de ce qui précédé que les Assyriens, dans la construction de leurs figures, cherchaient avant tout à réaliser un ensemble puissant pour

lequel les proportions courtes et trapues étaient, pour ainsi dire, réalisées d’instinct, et ils n’attachaient aucune importance aux relations des diverses parties du corps entre elles, ce qui constitue l’essence même d’un type de proportion.

L’art égyptien, sous ce rapport, a usé de plus de méthode et de logique, nous avons vu qu’il observe certaines règles bien déterminées.

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