TÈTES
L’art assyrien a traité la tête d’une manière qui lui appartient bien en
propre. Il emprunte à l’art chaldéen les yeux grands et largement ouverts, mais ils ne sont point dessinés de face dans une tête de profil comme dans l’art égyptien. L’art chaldéen avait déjà montré, sur de petits bas-reliefs, l’œil dessiné de profil. Le bas-relief assyrien fait voir l’œil dans un trois-quarts très voisin du profil (fig. 530), trois-quarts qui montre l’angle interne avec la caroncule nettement dessinée, les sourcils épais s’entrecroisant sur la racine du nez, une légère courbure du profil du nez. Mais il a une manière bien à lui de modeler les masses charnues. 11 ne s’agit point ici de modelés musculaires. Les parties les plus saillantes, joue et menton, sont cernées par une dure entaille (fig. 531).
Les Assyriens n’ont guère connu que deux types de tête qu’ils reproduisent indéfiniment, la tête barbue ét la tète imberbe. « On peut cependant, observe M. Babelon, chercher à établir des catégories et des distinctions plus précises. La tête barbue est frisée en bourrelets très courts, ou bien la barbe et les cheveux sont tortillés en nattes parallèles et symétriques : cette dernière forme est réservée aux figures des dieux, des héros, des rois, des premiers fonctionnaires de la cour et des soldais. Dans les têtes im-
Officier assyrien (détail).
(Phot. A. Giraudon.)
ART ASSYRIEN
herbes, il faut distinguer le type consacré pour représenter les eunuques. Ces personnages, dont quelques-uns jouaient un r6le inijportant à la cour, sont reconnaissables à leur figure adipeuse et sensuelle.
« Dans les produits de l’art chaldéen et de l’art égyptien, il y a des
figures de vieillard, de jeune homme, d’enfant. En Assyrie, les visages ne changent pour ainsi dire jamais, ou plutôt on rencontre exclusivement trois ou quatre types qui se sont immobilisés : rois, officiers, esclaves,, dieux mêmes ont tous la même physionomie intermédiaire entre l’adolescence et l’àge mûr. Les enfants, quand on en rencontre, ont l’air vieillot, et leur taille seule les distingue (l). »■
11 faut ajouter q,ue l’artiste assyrien ne s’est nullement préoccupé de la ressemblance individuelle. Contrairement à l’artiste égyptien, qui s’y attache toujours avec tant de succès, il n’a pas sa, faire un portrait. Il n’a pas su non plus animer les physionomies, toujours impassibles, que ce soit au milieu de joyeux festins, à la chasse, à la guerre ou même dans les supplices les plus atroces.
Fig. o31. — Officier assyrien.
(Phot. H. Giraudon.)