FORME FÉMININE
L’art assyrien est très pauvre en images féminines, et nous n’avons rien à ajouter aux remarques de Heuzey à ce sujet : » 11 n y a que peu de chose à dire des femmes assyriennes... L*^étiquette du harem interdisait
(1) Babelox, Archéologie orientale, p. 112.
LE NU DANS L’ART
alors de les faire apparaître, même en image et dans les représentations figurées. A part les représentations très rares et tout hiératiques de quelques déesses et les groupes de captives étrangères, sculptées presque toujours très sommairement, qui défilent dans les scènes de pillage, on peut affirmer que la femme a eu peu de place dans la sculpture assyrienne. 11
est vrai qu’il n’en est pas de même dans la gravure des cylindres, où les figures de déesses sont fréquentes. Mais, dans le grand art, c’est une infériorité évidente en comparaison de la sculpture chaldéenne, que nous voyons, grâce à des mœurs plus familiales et moins restrictives, s'essayer, non sans succès, dans de nombreuses statuettes, à la reproduction des types féminins (1). »
Un bas-relief de Kouyoundjick, au Musée britannique, montrant Arsurbanipal et la reine prenant leur repas, nous offre un des rares spécimens de la représentation féminine tentée par les artistes assyriens. La reine, assise de profil dans un fauteuil, est enveloppée de la tête aux pieds dans des vêtements d’une grande richesse, mais qui, bien que collés au corps, ne trahissent que des formes grossières sans accent et dont est absente toute recherche de beauté physique. Le visage a un aspect masculin, et ses cheveux mêmes ne sont pas tressés autrement que ceux des hommes. Au même musée, il existe un torse féminin assez grossier dont les croquis ci-joints pris sur place font assez valoir l’absence complète de toute valeur artistique (fig. 532).
Fig. 532. — Croquis d'après ux torse de femme
MUTILÉ PORTANT UNE INSCRIPTION d’AsSHUR-BeL-
Kala, roi d’Assyrie.
Œouyoundjick. Musée britannique.)
(1) Heuzey, Aniiquilês assyriennes Musée du Louvre, p. 38.
ART ASSYRIEN
LES MOUVEMEXTS
Des enseignements de la Chaldée, l’art assyrien a conservé le goût des formes robustes et trapues, et il a créé, ainsi que nous l’avons vu, une figure humaine particuliérement puissante, aux muscles volumineux nettement découpés,
« Dans les attitudes consacrées par la tradition, dit Heuzej, ou par l’étiquette officielle, et dans quelques autres poses caractéristiques, l’effet est puissant et très sculptural; si la représentation se complique, cette sorte de mannequin superbe se plie difficilement à la variété des mouvements.
Scènes de chasse, scènes de bataille, il n’y a toujours, en réalité, qu’une seule et même figure plusieurs fois répétée, avec les mêmes muscles saillants, depuis le dieu ou le roi jusqu’au moindi’e serviteur, et l’artiste ne réussit pas sans contrainte à la mettre en action dans des positions différentes (1). 1
Toutefois, nous avons pu relever çà et là quelques très exactes interprétations de la nature, spécialement en ce qui concerne les mouvements de locomotion.
Nous sommes loin de rencontrer ici la variété des mouvements que nous offrent les bas-reliefs des mastabas égyptiens. Sur les murs des palais ninivites, ce sont des scènes liturgiques ou d’interminables cortèges. Seules, les scènes de bataille ou de chasse, fort nombreuses aussi, obligent l’artiste à donner à ses personnages des mouvements variés et violents, le plus souvent très gauchement figurés.
Dans les scènes d’adoration, d’offrandes aux dieux, dans les scènes d’audience du souverain, dans les cortèges, les gestes sont sobres, limités, toujours les mêmes. « La main levée en arrière, à la hauteur de la nuque, est un signe d'introduction, d’appel; la main, levée en avant de la houche, est une marque de salut respectueux; les mains jointes indiquent la prière et la supplication; la main portée aux cheveux est un signe de deuil et de violente douleur; les mains disposées de telle sorte que l’une tient le poignet
(1) Heuzey, in les Antiquités assyriennes, par E, I'ottieh. Gaston Braun, 1917.
LE NU DANS L’ART
Fig. 333.
Persox>age m.\r chant.
Motif décoratif.
(D'après Layard.)
de l’autre sont un geste qui ne se fait que devant les souverains ou les dieuXi comme l'aveu de la servitude et de la plus absolue soumission. On
voit quelquefois des Assyriens qui prient en élevant une main à la hauteur du visage, tandis que l’autre pend négligemment le long du corps; il en est enfin qui font le geste de la prière chrétienne, c’està-dire qui élèvent les deux mains en appuyant les deux paumes l’une contre l’autre. » (Babelon.)
Tous ces gestes n’altérent en rien la dignité du personnage, qui demeure toujours droit, rigide et impassible. Tout au plus incline-t-il légèrement le buste en avant, tout d’une pièce, mais il ne courbe point Téchine. Ou bien alors il se prosterne entièrement devant le dieu ouïe souverain.
Dans les processions et les cortèges, les porteurs d offrandes ne sentent point le poids de leurs fardeaux, de même que leurs bras et leurs mains les soutiennent sans effort et maladroitement (fig.
Dans les grandes scènes de bataille et de chasse, les gestes les mieux reproduits sont le tir à l’arc, debout, à genoux ou , à cheval, le lancer du javelot à pied, en char ou à cheval, l’acte de frapper de la massue. Mais l’artiste a été conduit à représenter beaucoup d’autres actions : un guerrier coupe la tète à un ennemi, un autre élève la tête qu’il vient de trancher...
Fig. 534
— Üx GÉNIE AILÉ DANS l’aTTITÜDE DE LA MARCHE.
Broderie de la robe du roi Senuachérib. (D'après Layard.)
ART ASSYRIEN
Il n’y a pas lieu de nous arrêter sur ces gestes, toujours plus ou moins gauchement indiqués.
Il n’en est pas de même des mouvements de locomotion, souvent reproduits avec une entière vérité.
La marche la plus fréquemment figurée est celle des processions et des cortèges, la marche sur la double plante. Les deux pieds, peu éloignés 1 un de l’autre, touchent le sol dans toute leur étendue et, lorsque le pas est court, cette forme de marche est parfaitement naturelle.
Fig. 533. — Scène de b.vtaille.
Deux archers à gauche marchent.
(D'après Layard).
Mais si le pas est plus long, comme dans l’allure rapide ou même dans l’allure ordinaire, les pieds ne touchent jamais le sol de toute leur étendue au même moment et, pour figurer cette forme de marche, les Assyriens ont trouvé la bonne formule, la même que les Égyptiens ont reproduite de leur côté et qui, parfaitement conforme à la réalité, répond à la fin de la période de double appui, au moment où un des pieds, quittant le sol, l’appui unilatéral va commencer. Mais, dans la marche sur terrain horizontal, cette formule vraie est demeurée unique et elle a été répétée à satiété (fig. 533, 534, 535 et 540).
On remarque bien, sur des figures de musiciens, une jambe portée en avant et imitant un moment, vers la seconde moitié de l’appui unilatéral avant que ne recommence le double appui (fig. 536). Mais il y a lieu de se demander s’il n’y a pas là une tentative intéressante pour représenter le saut ou une sorte de danse.
Fig. 536. — Ca.mpagne u'Asshur-bani-pal. Soumission de captifs ET JOUEURS d'instruments.
(Musée britannique.)
(Phot. Maiisell et
Fig. 537. — L’armée assyrienne dans un pays montagneux. (Bas-relief de Nimroud, Musée britannique.)
(D’après E. Bahklox, Archéologie Orientale.)
ART ASSYRIEN
Sur d'autres bas-reliefs, on observe la même position sur des guerriers, et il ne saurait alors être question de saut mais bien de la marche en montant.
Sur un bas-relief de Nimroud, du Musée britannique (fig. 537), tout le champ est occupé par les dentelures, symbole des montagnes, avec de petits arbres de place en place, et tous les guerriers qui, de haut en bas, en ordre dispersé, occupent ce panneau, sont représentés dans des attitudes les plus variées, penchés dans un sens ou dans l’autre, comme pour
Fig. 538. — Assyriens march.vnt en tir.^nt.
(Musée du Louvre.)
monter ou descendre, et les jambes placées dans des positions différentes, toutes légitimées par la nature du terrain. Dans les sièges de forteresses, une semblable position des jambes de la marche en montant s’observe sur les figures qui montent aux échelles ou contre les murailles.
Il est une autre forme de marche, excellemment reproduite dans les hasreliefs assyriens, c’est la marche en flexion. Un bas-relief du Louvre nous en montre un fort bel exemple (fig. 538). Toute la figure est plus ou moins fortement penchée en avant, une jambe fléchie au genou est avancée, pendant que l’autre, restée en arrière, est également fléchie, bien qu’à un
LE >'U DANS L'ART
degré moindre, et alors que le pied qui est en avant repose entièrement sur le sol, celui qui est en arrière lève le talon. Sur l’épaule passe un câble sur lequel s’accrochent les deux mains. On ne saurait figurer avec plus de vérité et d’exactitude la marche en tirant.
Les exemples de cette forme de marche ne manquent pas et, dans les bas-reliefs qui représentent le transport des colosses, quelques-uns des personnages qui tirent sur des cordes ont cette très véridique position.
Quelques-unes des petites figures, en pays montagneux, ont des attitudes qu’on pourrait considérer comme des figurations de la course. Mais, à ce point de vue, la figure la plus curieuse que nous connaissions est celle d’un bas-relief représentant Mardouk poursuivant Tiamat. Elle reproduit, dans les phases de la course, le commencement de l’appui unilatéral (fig. 539). Le pied qui est en avant vient de prendre contact avec le sol, pendant que l’autre pied, au lever, est encore loin en arrière.
Nous avons vu que quelques figures égyptiennes reproduisent aussi ce moment de la course, et l’art grec l’a figuré dans plus d’un monument, pendant que l’art de la Renaissance et l’art moderne l’ignorent complètement.
Fig. o39. — M.vrdouk pocr- SriVANT TI-IM.VT.
(D’après Ma5pébo„ Hist. des peuples de l’Orient classique, I, p. 541.)
Fig. 540. — L’.armée d’Asshur-b.vxi-p.a l {détail). (Musée du Louvre.) (Phot. .1. Giraudon.)
CONCLUSION