L' A R É T IN
L'Ârétin peut être mis à côté de Paul Jove par la vénalité de sa plume. Tous les princes de. l'Europe , selon l'abbé Lenglet, « lui donnoient des pensions , non pas pour » faire leur éloge , mais pour ne point i> parler d'eux ; tant on étoit persuadé que 9 ses satires n'épargnoient que ceux qui 9 lui' étoient inconnus. L'Arétin lui-même 30 a. soin de nous dire que quand il doiine » des louanges , il étoit bien payé . pour le 7> fairc^; et qu'il falloit, pour l'obliger à par-
» 1er, que la récompense fut grande, puis* » qu'on lui en donnoit déjà beaucoup pour $i garder le silence. »
De toutes les contrées de FEurope, FItalie est , sans contredit , une de cdles qui offrent le champ le plus fertile pour Fhîs* toire , parce qu'il en est peu qui aient été le théâtre d autant de révolutions : cepen* dant le travail de nos écrivains s'étoit borné à des abrégés , la plupart assez informes ^ sur quelques-uns des Etats formés , dans cette région, des débris de FEmpire Romain ; et jusqu a de Saint-Marc , personne n'avoit encore entrepris de traiter en général une Histoire aussi intéressante. Cet auteur , marchant sur les traces de Finfatigable Muratori , a défriché le terrain; et son Abrégé chronologie que présente un amas précieux de richesses : mais conune la forme même de son ouvragé ne le rend propre qu'à un petit nombre de lecteurs , on désiroit encore une Histoire générale, suivie et détaillée, de cette belle partie de FEurope. M. Targe , en Fentreprenant ( 1774, 4 vol. in- 12 ), s'est proposé d& donner le pendant de FHistoire du Bas-
Bmpîre, par le Beau : il marche souvent de front avec ce célèbre académicien; et d est particulièrement dans l'Histoire du règne des Ostrogoths en Italie., qu'il a été obligé de rapporter des événemens qui se trouvent aussi . dans le Beau ; mais M* Targe entre dans des détails plus circonstanciés , surtout lorsqu'il parle des exarques de Ravenne , du gouvernement des rois Lomb€ird$, de l'origine et des progrès 'de la puissance temporelle des papes, de leurs fréquentes disputes avec les empereurs , de rétablissement de plusieurs souverainetés |>articulières ; objets qui n'entroient qu'accidentellement dans le plan de l'historien du Bas- Empire. Ces deux ouvrages , au reste , deviennent totalement différens, et n'ont plus rien de commun, dès qu'on arrive à Tépoque de la puissance de Gharlemagne en Italie. M; Targe .auroit dû resserrer davantage sa narration , et la semer avec moins de profusion , de harangues et de discours qui sont d'un intérêt médiocre , et qui ne font que reiàràer la marche du récit historique Tsàn Hvre d'ailleurs est fait avéc*soin;j[l suppose : un grand- nombre de coûnoissances^ qui zne paroissent assez bien digâréos.