‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostolique (volume 2)Chapitre 11 sur 34 · MISÉRICORDE DE DIEU · texte numérisé non relu

MISÉRICORDE DE DIEU

REFLEXIONS THEOLOGIQUES ET MORALES SUR CE SUJET

C'est le, plus consolant des attributs divins, le seul qui fonde notre espérance, et c'est aussi celui dont les livres saints nous donnent la plus haute idée. Dieu fait principalement consister sa gloire à pardonner aux pécheurs. Il dit qu'il fait justice jusqu'à la troisième et la quatrième génération, et miséricorde jusqu'à la millième, ou plutôt sans bornes et sans mesure: In millia *, selon l'expression du Psalmiste. Dieu a pitié de nous comme un père a pitié de ses enfans, parce qu'il connaît la matière fragile dont il nous a formés2. Gomme si la tendresse d'un père n'était pas encore assez touchante, Dieu compare la sienne à celle dune mère ; il dit de la nation juive : « Jérusalem pense que le Seigneur l'a ou- « bliée et l'a délaissée; une mère peut-elle donc oublier son enfant, « etmanquer de pitié pour le fruit de ses entrailles? Quand elle en « serait capable,jene vous oublierai point 5.» Dans le psaume i35, tous les versets ont pour refrain que la miséricorde de Dieu est éternelle. Nous envoyons la preuve dans la conduite que Dieu a tenue envers les hommes depuis la création.

Jésus-Christ, parfaite image de Dieu son Père, a été la miséricorde personnifiée et revêtue de notre nature; il n'a dédaigné, rebuté , humilié aucun pécheur; il n'a fait que pardonner. La brebis perdue, l'enfant prodigue, la pécheresse de Naïm , Zachée, la femme adultère, saint Pierre , le bon larron , la prière qu'il a faite

* Exode, 20, 6. — f Ps., 102, 13. — 3 Isaïe, 49, 14.

sur la croix pour ceux qui l'avaient crucifié; quelles leçons! Par ces traits, Jésus-Christ a prouvé sa divinité aussi efficacement que par ses miracles : C'est ainsi, dit saint Paul, que la bonté et la douceur de Dieu, notre Sauveur , s'est fait connaître l. Un homme n'aurait pas poussé la miséricorde jusque là.

Les Pères de l'Eglise ont épuisé leur éloquence à relever tous ces traits. Pelage eut la témérité de soutenir qu'au jugement de Dieu aucun pécheur ne recevra miséricorde, que tous seront condamnés au feu éternel. « Qui peut souffrir, lui répond saint Jérôme, « que vous borniez la miséricorde de Dieu, et que vous dictiez la « sentence du Juge avant le jour du jugement ? Dieu ne pourra-t- « il , sans votre aveu, pardonner aux pécheurs, s'il le juge à pro- « pos - ? » « Que Pelage , dit saint Augustin , nomme comme il « voudra celui qui pense qu'au jour du jugement aucun pécheur « ne recevra miséricorde , mais qu'il sache que l'Eglise n'adopte « point cette erreur; car quiconque ne fait pas miséricorde sera « jugé sans miséricorde 3.» « Dieu estbon , dit ce même Père, Dieu « est juste; parce qu'il est juste, il ne peut damner une ame sans « qu'elle l'ait mérité; parce qu'il est bon, il peut la sauver sans « mérites, et en cela il ne fait tort à personne *. » « Lorsque Dieu ■ fait miséricorde , dit saint Jean Chrysostôme, il accorde le salut « sans discussion , il fait trêve de justice , et ne demande compte de « rien :i». C'est le langage uniforme des Pères de tous les siècles ; langage qui suppose cependant que les pécheurs reviendront sincèrement à Dieu pendant qu'ils sont encore surla terre, parce qu'il n'y a pas de salut à espérer pour ceux qui meurent dans leur péché. (Bergier, Dictionnaire de théologie, art. Miséricorde de Dieu. )

Dieu est notre Créateur.

La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse ; mais cette crainte doit être modérée; sans cela nous tombons dans le désespoir. Or, ce dernier sentiment est tout à la fois, et le plus injurieux à Dieu, et le plus funeste à l'homme. Distinguez exactement le désespoir et la juste défiance de vous-mêmes. Craindre de ne pas détester assez ses péchés, de n'avoir pas assez de regret et

1 Tit. m, 4. — s Dial. 1 ; conlra Pelaq.,9. — 3 L. de Gestis Pelagii, 3, 9, 11. — 4 Conlra Julian, 3, 18, 35; contra duas Epis t. Pelag., 4, G, 16.— 5Hom., in Ps. l 1

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de douleur de les avoir commis, de ne pas les expier assez rigoureusement, c'est une crainte juste et salutaire. Mais craindre excessivement que Dieu ne puisse pas ou ne veuille pas nous les pardonner, croire qu'il nous refusera notre pardon, quand nous le lui demanderons sincèrement, que nous le lui demanderons instamment, c'est désespérer de sa bonté, c'est se rendre coupable d'un péché affreux, d'un crime diabolique.

L'espérance chrétienne est une vertu que Dieu répand dans notre ame, par laquelle, comptant sur le secours du Tout-Puissant et les mérites du Rédempteur , nous espérons arriver au ciel. La confiance, selon les théologiens, n'est point distinguée de l'espérance. La confiance, dit saint Thomas, ajoute seulement au courage une fermeté qui diminue les craintes que nous concevons sur notre faiblesse et notre inconstance. L'aine tiède espère, le Chrétien fervent est rempli de confiance en son Dieu.

Si, à la faveur de la clarté céleste qui éclaire tout homme qui vient au monde, je m'élève vers mon divin Auteur, je sens naître ma confiance en lui. Pourquoi? parce que le titre de créateur ne me présente pas seulement une puissance sans bornes, qui appelle du néant tout ce qui lui plaît , il m'offre de plus un être souverainement sage et infiniment bon. Cette souveraine sagesse se propose, en créant, une fin digne d'une intelligence infiniment parfaite, comme une bonté infinie veut et assure mon bien dans la fin que se propose le Créateur. De cette conviction intime naît ma confiance , et de ma confiance suivent la paix , la tranquillité , le courage , mille autres avantages. C'est en particulier la confiance avec laquelle je sers le meilleur des maîtres, qui me rend son service doux, agréable et aisé. Elle surmonte les obstacles, elle aplanit les difficultés qui s'opposeraient à ma fidélité : et alors, la tranquillité dans l'esprit et la joie dans le cœur , je cours dans la voie des commandemens de Dieu.

Que vous êtes éloigné de l'idée que vous devez concevoir de votre Créateur, quand vous avez besoin qu'on anime votre confiance en lui! Que vous lui rendrez bien moins encore de justice si, malgré tout ce que je pourrai vous suggérer, vous vous obstinez à craindre et à trembler sous les yeux et dans le sein du Père céleste.

Indigne serviteur, avez-vous à vous plaindre de votre maître? Vous commande-t-iL quelque chose d'impossible ? Si aujourd'hui vous avez un peu de peine, n'en serez-vous pas abondamment

dédommagé par des récompenses infinies qui vous attendent? Lâche soldat , vous combattez par ordre et sous les yeux d'un père; comment le courage peut-il vous abandonner? Vos ennemis sont les siens, les siens doivent être les vôtres. Il les a tous vaincus : il veut que vous triomphiez de tous. Ils n'ont de pouvoir qu'autant qu'il leur en accorde ; ne rougirez-vous pas de prendre la fuite devant eux? Enfant dénaturé, où irez-vous que vous ne restiez sous les yeux et dans le cœur de votre père? Passez les mers sur les ailes de l'aurore, et arrivez aux extrémités du monde; élevez-vous au dessus des cieux, descendez jusqu'au fond des abîmes, vous ne sortirez jamais de l'immensité de Dieu. Vous restez donc toujours dans le sein d'une Providence aimable, tout occupée, pour ainsi dire, de vous. Elle prévient vos besoins, elle veille à votre sûreté, elle arrange tout pour votre bonheur. .Conduit par une sagesse éternelle, assisté par une douce et bienfaisante Providence, soutenu par un bras tout-puissant, vous vous troublez, vous vous inquiétez , vous vous découragez, parce que vous n'estimez pas , que vous ne connaissez même pas vos avantages.

Qu'est-ce qui vous inspirera la confiance ? qui vous en pénétrera? L'idée juste que vous vous formerez de votre Créateur. Et où puiserez-vous la connaissance de Dieu? Dans l'étude de votre religion. Donnez donc la plus grande partie de votre temps, consacrez tous vos soins à acquérir cette science incomparable. Voyez d'abord d'où vous venez, considérez attentivement où vous allez • et, par un raisonnement infaillible, concluez qu'une sagesse éternelle et une bonté infinie, en vous appelant à une fin, vous ont préparé et vous départissent tout ce qui vous est nécessaire pour y parvenir. Dieu m'appelle au ciel ; je ne puis de moi-même m'y élever; lui seul peut m'y faire arriver; je dois donc lui demander, je dois espérer son secours : c'est le raisonnement simple que fait tout esprit raisonnable ; c'est sur ces principes solides que tout cœur doit régler sa conduite.

Les esprits prévenus et orgueilleux, les cœurs corrompus, ne contredisent pas seulement sur ce point les vérités fondamentales dS la religion : ils attaquent encore les premiers principes du raisonnement; mais au fond du cœur ils en sentent la vérité. .Malgré les efforts d'une imagination vive, l'assiduité d'un travail forcé, le brillant d'une éloquence séduisante ; malgré leur science et leur réputation ; malgré l'ignorance et l'aveugle prévention qui voudraient les nommer les génies de leur siècle, ces prétendus beaux esprits n'établiront jamais aucun système qui ne se détruise

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de lui-même. Simple dans votre foi , plaignez et méprisez ces incrédules , obéissez sagement à ce que la raison et la foi vous prêchent de concert. L'erreur peut attaquer, s'efforcer de détruire, elle peut même réussir à ébranler ; jamais elle ne s'avisa de vouloir établir solidement : elle ne se soutient qu'auprès de l'ignorance. Le plus hardi et le plus savant incrédule se borne à faire douter; la vérité peut seule établir solidement un système, et le défendre de toutes parts ; ses principes sont invariables, son langage simple, ses voies droites et sa marche uniforme.

Tenons -nous, pour un moment, au tribunal du bon sens. Vous êtes-vous donné la vie? Par vos païens, ne la tenez-vous pas originairement du Créateur ? La terre qui vous soutient et vous nourrit; l'air que vous respirez, et qui entretient votre vie; le soleil qui vous éclaire et vous échauffe ; les animaux innombrables qui, pour vous , peuplent la terre et les eaux; les astres, tout l'univers , sont sortis des mêmes mains que vous. Les païens ont pu fermer les yeux; nous pouvons nous-mêmes nous accoutumer au ravissant spectacle que nous offre la nature ; mais l'ordre, la variété, la beauté, l'étendue et la consistance du monde, réclament sans cesse la puissance et la sagesse d'un premier Etre, auteur et conservateur de tout ce qui existe.

Qu'a pu opposer l'orgueil humain contre une vérité si palpable et si consolante? Croirions-nous, sur le témoignage de nos pères, quelle ait pu trouver des incrédules , si notre siècle pervers ne nous en fournissait des exemples ? Pour tromper des esprits faibles, et faire naître dans eux un doute sur la vérité la plus évidente, je veux dire l'existence d'un Dieu, l'impiété avance quatre absurdités monstrueuses , chimériques et contradictoires.

A l'intelligence d'un premier Etre , nos incrédules substituent la matière ; et de cette matière aveugle , informe et composée, ils tirent l'ordre, l'harmonie et la consistance que nous offre l'univers : première erreur des plus absurdes. Autre absurdité. Dans les portions diverses de cette matière, qu'ils nomment molécules, ils supposent une infinité réelle de combinaisons. De ce qu'ils ne sauraient supputer et définir un nombre, peuvent-ils conclure qu'il soit réellement infini ? Troisième chimère. Les molécules de la matière, ils les font mouvoir; niais par qui? Si c'est par ellesmêmes qu'elles se meuvent, comment la matière peut-elle se communiquer un principe éternel de mouvement? S'ils admettent un moteur étranger, voilà le Créateur, voilà la Divinité. Enfin , si le hasard, qui n'offre qu'un mot vide, a pu dans un temps produire

l'univers, ce même hasard, le moment d'après, ne doit il pas le détruire? L'ordre et le hasard, le hasard et la consistance ne se combattent-ils pas, ne s'excluent-ils pas nécessairement ? Ces absurdités monstrueuses, ces contradictions grossières se font encore mieux sentir quand on ose attribuer à la combinaison fortuite des molécules de matière la création de L'homme. Tout ce qu'il y a d'admirable parmi les créatures insensibles, tout ce que l'instinct des animaux offre de merveilleux, l'homme le trouve éminemment en lui-même. Il pense de plus, il délibère, il raisonne, il produit des affections, il exerce, il sent sa liberté. Que de fonctions dans lui, que de facultés au-dessus de la matière! Quand l'élévation de mon esprit, quand l'étendue de mon cœur ne me ferait pas voir dans moi une image de la Divinité, ma mémoire, disait un savant païen (c'était l'Orateur romain), ma mémoire a quelque chose de merveilleux, d'incompréhensible : je jurerais qu'elle est quelque chose de divin.

Enfin , fermât-on les yeux à tout ce qui dans l'homme annonce visiblement le Créateur, en voyant les générations se succéder, il est impossible de méconnaître des premiers parens, auteurs de tout Le »enre humain , sortis immédiatement des mains de Dieu. Ces premiers parens, personne n'a jamais ose les nommer; la religion seule nous a transmis non-seulement leur nom, mais la plupart des circonstances de leur vie, le nom, le nombre et le caractère de leurs enfans, l'époque de leur naissance et celle de leur mort.

L'homme est donc évidemment l'ouvrage de Dieu. Le ciel , les astres, la terre, les animaux , toutes les créatures sont sorties des mômes mains qui pétrirent et animèrent le limon dont notre corps est formé. Un être sage n'a pu agir à l'aveugle, il lui a fallu un motif; et par une seconde conséquence aussi infaillible, il a fallu que ce motif fût digne de lui. Sa souveraineté , son indépendance exigent qu'il se propose sa gloire dans tout ce qu'il fait, comme Salomon nous en avertit; mais sa bonté ne demande pas moins qu'il cherche également le bien et l'avantage de sa créature. Tout système, qui n'a pas pour base ce double objet, se détruit par luimême; tout raisonnement, qui combat ce double principe, sera toujours lui-même combattu par la saine raison. Si je me tiens fidèle et soumis dans l'ordre prescrit par le Créateur, il faut essentiellement que la création soit un avantage pour moi. Or, serait-ce un bien d'avoir vécu, si dans L'homme tout périssait à la mort? Les peines qu'on éprouve pendant la vie n'excèdent-elles pas de beaucoup les plaisirs dont on jouit ? Ne cherchons point ici des preuves

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hors de nous, tenons-nous au fond de nous-mêmes, interrogeons notre esprit, raisonnons avec notre propre cœur: ne sentons-nous pas une peine, une répugnance extrême à mourir? Malgré tous les avantages que la foi nous découvre au delà du trépas, n'avonsnous pas une horreur naturelle delà destruction de nous-mêmes? Je désirerais ardemment de survivre à ma mort. Qu'annonce cet ardent désir? Qu'assure-t-il à la saine raison? Que prêche-til, que promet-il à un esprit qui n'est aveuglé par aucune prévention ? La souveraine bonté ne se serait-elle proposé que de se jouer de moi et me rendre malheureux en me livrant à un désir violent qu'elle refuserait ensuite de satisfaire? Serait-ce d'ailleurs faute de puissance de sa part? Lui est-il plus difficile de conserver que de créer?

Si je sors de moi-même , que j'entre dans la société des hommes, que trouverai-je dès le premier pas? Des preuves multipliées de la honte du Créateur, de nouveaux motifs de me confier en lui. Je me vois sur la terre environné de mes semblables que je sens être mes frères, parce qu'ils viennent du même principe , qu'ils ont la même fin que moi. Je les vois tous dans un besoin mutuel les uns des autres, parce qu'ils sont membres d'un même corps dont le Créateur est le chef. Si ma raison est surprise d'apercevoir tant de malice dans des âmes créées à l'image de Dieu; si elle se scandalise de voir sur la terre tant de méchans dans la gloire et la prospérité, tant de justes dans l'indigence et l'oppression, ma religion vient à mon secours, elle m'éclaire, et, en m'instruisant, me satisfait et me'tranquillise. Tout ce qui passe, me dit- elle, n'est rien en comparaison d'une éternité. Faire acheter par de courtes épreuves un poids immense d'une gloire immortelle, tels sont les décrets de la miséricorde de Dieu envers ses élus. Punir en l'autre vie, avec une sévérité incompréhensible, toute injustice, tout péché qui n'aura pas été détesté et expié sur la terre , tels sont les arrêts immuables de la justice de Dieu. Plein de l'assurance que me donne en ceci ma foi, je souffre avec patience, je me résigne, et j'attends avec empressement le grand jour de la manifestation.

Les lumières de ma raison découvrent en Dieu une puissance sans bornes et une miséricorde infinie; mes sens m'offrent leseffets de cette puissance, et ma religion les preuves innombrables de cette bonté. Une humble et parfaite obéissance à cette religion, me garantit de tout remords ; elle procure de plus à ma conscience la paix, à mon esprit le calme, à mon cœur le contentement, à toute mon ame une joie pure, constante, inaltérable, indépendante de toutes les circonstances des temps et des li^ux. Dans la pratique

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des devoirs qu'impose la religion, j'estime, je désire, je chéris ce que les hommes méprisent, haïssent et redoutent le plus: la pauvreté, l'humiliation, la douleur, la mort. Ce qui rend l'incrédule et le mondain malheureux fait ma gloire et mon bonheur. Fidèle au Créateur et vivant au milieu de mes semblables, un double objet m'occupe entièrement; la gloire de mon maître et le salut de mes frères: tout le reste ne m'est rien. Que la terre est méprisable! m'écriai-je en fixant le ciel ; la victoire sur les ennemis de mon salut, le royaume de Dieu, la couronne immortelle, voilà ce qui m'intéresse, voilà ce qui m'occupe tout entier; et plus je me fais violence pour vaincre mes ennemis , conquérir le royaume céleste, et ravir la couronne d'immortalité, plus je sens en moi de courage, de contentement, de joie et de confiance en mon Dieu.

La sainte , la ravissante liberté dont jouissent les enfans de Dieu, paraît une chimère aux enfans du siècle. Selon ceux-ci, vivre sans attache, sans projet, sans ambition , ce n'est pas vivre: ils aiment à sortir d'eux-mêmes ; la dissipation est leur élément. L'ame intérieure est toujours avec]elle-même. Si elle détourne les yeux de dessus soi, ce n'est que pour les élever à Dieu. De lui, avec une soumission égale , elle accepte les biens et les maux , les épreuve et les caresses: rien de périssable ne la fixe; elle rapporte tout, elle subordonne tout à l'éternité. Comme rien de créé ne l'occupe, ou du moins ne la captive, elle vit libre et dégagée; les hommes ne peuvent l'intimider; elle ne craint que le Seigneur, et cette crainte dans elle est toujours mêlée d'amour et de confiance: mais en vain paraît-elle tranquille, contente, inaltérable, le mondain ne peut se persuader que son contentement soit réel. On ne peutjuger de cette sainte liberté que par le sentiment.

Jamais la plus basse flatterie ne donna à la vaine idole qu'elle encense une idée de son excellence pareille à celle que la religion nous fait concevoir de nous-mêmes. L'homme le plus fier, le monarque le plus orgueilleux ne pensa jamais de sa grandeur ce que le Chrétien doit croire de sa destinée. Ouvrage et image de la Divinité , il est destiné à voir , à posséder son Dieu pendant toute l'éternité: tel est son principe, telle est sa fin, telles sont ses espérances. En comparaison de ses hautes destinées, des trônes fragiles, des couronnes corruptibles, tous les trésors de la terre ne sont que de l'ordure. Vivant de la foi, le juste se borne à considérer son terme, à avancer vers sa fin , et pour cela à conserver et à augmenter la grâce sanctifiante qui est en lui et qui le fait enfant de Dieu héritier de son royaume, et cohéritier de son Fils.

Nourrissez-vous de ces vérités; environné de l'immensité de Dieu, considérez attentivement en lui et la qualité de Créateur et les motifs qu'il eut en vous créant. Durant le plus pénible voyage, dans les routes les plus difficiles, ne perdez point de vue le terme heureux où vous tendez. Dans le plus cruel des exils, occupez-vous de votre céleste patrie. Du fond de la vallée de misère, portez vos yeux vers les montagnes éternelles, et découvrez la cité sainte qui vous attend. Quelle sera l'ardeur des vœux que vous formerezpour cette nouvelle Jérusalem! Si le Chrétien se regarde constamment connue voyageur sur la terre, comment s'y aîtachera-t-il, comment s'y amusera-t-il? Si le monde est à ses yeux un triste lieu d'exil, comment s'y plaira-t-il ? S'il traite son corps comme une prison infecte, comment donnera- t-il tout son temps, hornera-t-il tous ses soins à entretenir , à orner cette prison ? Comment préfèrera-til le lieu de son exil au séjour de sa patrie, le présent à l'avenir, la terre au ciel, le périssahleà l'éternel?

Non, ses vues sont plus éclairées, ses sentimens plus justes et ses démarches plus sages. Il vient de Dieu et il retourne à lui: voilà la première vérité qu'il apprit et qui ne sort jamais de son souvenir. Il doit servir, aimer son Créateur; et cet amour libre de la part de l'homme, Dieu l'éprouve sur la terre, et se réserve de le couronner dans le ciel. Voilà en même temps et la règle de la conduite et l'objet de l'attente du Chrétien. Gagnât-il tout l'univers , il sait qu'il n'aurait rien gagné s'il venait à perdre son ame. De là le souverain mépris qu'il conçoit et qu'il témoigne pour tous les biens périssables; de là l'ardeur de ses vœux pour les biens éternels. Ainsi pensent, ainsi agissent tous ceux qui se conduisent par le véritable esprit du Christianisme. Pour les autres, qui se contentent de se dire Chrétiens et qui n'en ont en effet que l'apparence, les uns espèrent faussement, ils se confient témérairement, en répondant que Dieu ne les a pas créés pour les perdre, qu'il est trop bon pour les damner. Sur ce principe aussi vrai qu'ils l'appliquent mal, ils s'étourdissent , ils s'obstinent dans le péché. Les autres craignent le mal, ils rougissent de certains excès; mais ils restent dans la nonchalance, ils négligent les bonnes œuvres. Les premiers doivent savoir que, si Dieu ne les a pas créés pour les perdre, ils ne les a pas non plus formés pour l'offenser. Tout homme est créé pour être sauvé, moyennant ses bonnes œuvresetles mérites duRédempteur: tel est l'ordre prescrit d'abord par 3a bonté de Dieu. A.-t-on l'audace de se soustraire à la douceur de cette bonté? on rentre nécessairement sous la rigueur de la justice divine.

DES PREDICATEURS.

Pour d'autres Chrétiens lâches qui se défient de pouvoir jamais se sanctifier, et dans qui la tiédeur au service de Dieu augmente les difficultés qui s'opposent «à leur salut; qu'ils renoncent d'abord à leur nonchalance, et qu'ensuite ils s'appliquent la règle de conduite que prescrivait un saint que la prudence caractérisa dans toutes ses démarches. « Défions-nous de nous-mêmes, disait-il, comme si nous ne pouvions rien; agissons d'ailleurs, et travaillons comme si nous n'attendions rien des autres ». C'est sur ces principes que les saints ont vaqué à leur salut. Ils savaient bien qu'ils avaient un besoin essentiel de la grâce, puisque sans elle on ne peut rien pour le ciel ; mais de leur côté ils ont travaillé , parce que cette grâce exige notre coopération, et que, dans l'ordre actuel établi parla Providence, c'est au mérite que le souverain Juge accorde la couronne de justice.

Défiez-vous donc de votre faiblesse, de votre inconstance, de tout vous-même, tant qu'il vous plaira; cette défiance est un acte d'humilité , et par conséquent le fondement de tout l'édifice spirituel. Mais ne blasphémez ni la bonté, ni la puissance, ni la fidélité de Dieu ; n'écoutez jamais les malignes suggestions de l'ennemi de votre salut: il est le père du mensonge, Méprisez également les idées extravagantes d'une folle imagination. Le propre de cette imagination est de grossir, de dénaturer les objets, comme le distinctif du démon est la fureur et l'acharnement contre nous. Quand tous ses traits sont émoussés, que toute ressource lui manque, il emploie toutes ses ruses , il borne toute sa furie à nous inspirer le découragement. Laissez ce lion rugissant roder en vain autour de vous; nourrissez et entretenez dans votre cœur une confiance intime en votre Dieu, par le souvenir des vérités immuables consignées en mille endroits dans les divines écritures. Dieu est votre créateur ; il vous a créé pour sa gloire et votre bien; il vous appelle au ciel ; il vous en montre, il vous en facilite le chemin ; mais il ne veut point vous sauver malgré vous. Répondez à sa voix, profitez de son secours. C'est par la pratique des bonnes œuvres que vous devez assurer votre vocation et votre prédestination à la gloire. Autant qu'il est sûr qu'un pécheur qui vit et meurt dans le rrime se perd, autant il est certain que celui qui entre au service de Dieu, et y persévère fidèlement jusqu'à la fin, sera sauvé.

Si vous entendez parler de prédestination, ou que vous vouliez de vous-même, avec la discrétion nécessaire, réfléchir sur cette matière, gardez-vous de fixer un océan de lumières, et de sonder la profondeur immense des décrets éternels; vos yeux resteraient in-

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failliblement éblouis, et votre esprit borné serait confondu par l'éclat et la majesté de votre Dieu. Adorez humblement tout ce qui part de la Divinité. Craignez, il est juste, tremblez sous cette vérité : Dieu sait quel sera mon sort! mais que votre crainte, que votre frayeur soient toujours modérées et salutaires , et surtout éloignez soigneusement de vous tout sentiment de défiance et de découragement. C'est une vérité infaillible et même une évidence palpable que la prévision divine ne nous ôte rien de notre liberté.

Le fameux conquérant de l'Asie, devant qui l'Ecriture-Sainte nous dit quela terre setut, parmi mille effets de sa folle vanité, nous a laissé une preuve bien sensible de son orgueil, dans la défense qu'il fit, sous peine de mort, à quelque peintre que ce fût, de tirer son portrait: un seul pinceau avait ce privilège. Il est des points de notre sainte religion qui mériteraient bien plus justement le même choix. Il faut des théologiens également profonds, judicieux et exacts, pour traiter ce qui regarde la prédestination.

Je ne saurais ici, pour votre tranquillité et votre consolation , vous en citer.un plus respectable que celui qui fut choisi par Jésus- Christ pour être son vicaire, et chargé en particulier d'ouvrir et fermer le ciel à son gré. Voici donc l'oracle que saint Pierre adresse à tous les fidèles sur les matières de la prédestination. « Mes frères, disait le premier des Apôtres, en instruisant toutes les nations, travaillez à remplir votre vocation, à assurer votre prédestination, en vous adonnant à la pratique des bonnes œuvres. » Tenez-vousen à cette décision, et vous verrez, selon l'oracle formel de l'Evangile , que quiconque aura fait le bien , obtiendra la vie éternelle.

Dieu est notre Père.

F Le divin Maître nous ordonne d'appeler Dieu du tendre nom de père. Quelle gloire pour nous de pouvoir nous dire ses enfans ! Quelle ingratitude si nous venions à dédaigner ou à démentir cette glorieuse qualité! Dieu vous a donné l'être et vous le conserve: toutes les facultés dont vous jouissez au dedans de vous-mêmes, tous les avantages que vous possédez au dehors de vous, vous viennent de sa main bienfaisante. La vie temporelle que vous lui devez, toute précieuse qu'elle est, n'est que le germe d'une vie éternelle que le Seigneur vous destine. Enfin , pour vous rendre souverainement heureux pendant une éternité, Dieu veut bien encore vous appliquer les mérites de son propre Fils, vous reconnaître , en vertu de ses mérites, pour son enfant adoptif, et vous instituer hé-

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ritier de son royaume et cohéritier de Jésus-Christ. Il est donc à triple titre votre père : en faut- il tant pour vous inspirer la confiance filiale que vous lui devez ?

Il n'y eut jamais aucun père dont la tendresse pour un fils unique approchât de celle que Dieu a pour nous : cette tendresse est éternelle, elle est immense. Avant qu'il créât le monde, le Seigneur formait sur vous des desseins de miséricorde, et depuis qu'il porta le décret adorable de vous sanctifier, sa bonté n'a pas cessé un instant d'exciter votre reconnaissance, de solliciter votre amour et d'exiger votre confiance. Lors même que parle péché vous renonçâtes à son amitié , sa bonté infinie continua à votre égard, puisque, dans ce temps malheureux, Dieu patientait ; il vous souffrait, et, quoique son ennemi , il vous cherchait. Quel est l'enfant qui trouverait grâce auprès de son père, s'il lavait offensé aussi grièvement et aussi souvent que vous avez outragé le Père céleste? La moindre reconnaissance que vous dussiez à un bienfaiteur si libéral et si constant, ne serait-ce pas de rappeler le souvenir des grâces précieuses et des faveurs continuelles qui, de la source de tout bien, ont coulé sur vous ? Et que voyait en vous le Scrutateur des cœurs? Qu'y trouvait-il qui pût solliciter sa générosité? Défigurée par le péché, odieuse à ses yeux adorables, votre ame ne devait-elle pas plutôt irriter sa colère et exciter sa justice vengeresse?

Peut-être opposerez-vous aux divins traits de bonté que je vous rappelle les châtimens que la justice divine décerne en l'autre vie à tout pécheur impénitent; mais c'est un nouveau trait de miséricorde de la part de Dieu, quand il menace de l'Enfer : il n'avertit qu'afin qu'on prévienne, qu'on évite ses châtimens. Il craint, pour m 'exprimer ainsi, il craint de trouver des coupables. Cœur ingrat! si Dieu avait voulu vous perdre , seriez-vous aujourd'hui sur la terre ? Le moment de votre premier péché mortel n'aurait-il pas été votre dernier moment ? Combien de temps depuis lors vous a-t-il supporté dans son inimitié ? Sa grâce s'est-elle encore lassée de vous prêcher? N'est-elle point peut-être aujourd'hui plus énergique qu'elle n'a jamais été ? Ne perdez point de vue vos obligations et vos avantages personnels , pour tourner inutilement vos regards sur une multitude d'autres coupables qui se perdent volontairement. Profitez de l'amour spécial de Dieu pour vous, et laissezlui sans hésiter le soin de justifier sa Providence. Au tribunal divin, tout innocent est assuré de se voir excusé, récompensé; et quiconque y est condamné n'est pas seulement criminel; mais, en subissant son arrêt, il confessera de plus son crime, et adorera le-

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quité de sa condamnation. Que des infidèles moins coupables que vous, si vous voulez, soient déjà et pour toujours les victimes de sa justice, que devez-vous en conclure? Que la prédilection de Dieu pour vous vous impose l'obligation la plus étroite de rendre amour pour amour. Il a bien voulu vous prolonger la vie : il faut donc que tous les jours qu'il vous accorde soient par la ferveur, et sans jamais vous démentir, consacrés au service de celui que vous auriez dû servir dans tous les temps.

Il est ordonné aux juges de la terre de se former une juste idée, de concevoir de dignes sentimens du Seigneur; conseil vraiment digne du plus sage des hommes. Ce que Salomon recommande aux magistrats pour l'administration de la justice est également nécessaire à tout particulier pour sa conduite personnelle. Si vous n'avez une juste idée de Dieu , que votre hommage sera imparfait, et que vous vous démentirez bientôt dans votre culte! Si au contraire vous êtes une fois instruit de sa puissance, de sa bonté, pénétré de sa grandeur et de toutes ses perfections adorables; si en particulier vous, vous accoutumez à le regarder comme votre père, et un père de miséricorde, vous vous sentirez porté à remplir avec ardeur toutes les obligations qu'impose son service; et en les remplissant vous trouverez la liberté, la paix, l'allégresse et la confiance. Quel partage! N'a-t-il pas de quoi vous dédommager des violences qu'il faudra vous faire pour soutenir la qualité de serviteur fidèle ? Oui, le ciel demande des efforts. La vie de l'homme est une guerre : avant d'arriver au port du salut, vous essuierez bien des orages et des tempêtes; mais la confiance sera comme une ancre qui vous garantira du naufrage.

On ne manque de confiance dans l'affaire du salut que parce qu'on ne connaît pas le Seigneur. Cependant quelle connaissance est plus nécessaire, ou peut être plus avantageuse? La vie entière ne nous est accordée que pour connaître et servir Dieu. Est-ce à étudier cet objet adorable que la plupart des hommes consacrent et leur temps et leurs soins? Hélas! les uns le perdent entièrement de vue , les autres n'en ont qu'une connaissance superficielle, parce qu'ils ne l'étudient qu'imparfaitement : de là la lâcheté, le découragement, la défiance. Qu'est-ce qui vous découvrira un père dans votre Dieu ? Qu'est ce qui yous inspirera ce qu'exige de vous un titre aussi aimable et aussi consolant ? Je ne puis trop vous l'inculquer : l'étude et la connaissance des vérités qu'atteste la foi.

Celui qui bâtit sur le sable verra bientôt son bâtiment s'écrouler.

S'il vent prévenir ce malheur, il faut qu'il creuse d'abord, qu'il pose ensuite sur un terrain solide les fondemens de l'édifice qu'il se propose d'élever. Du peu d'étude qu'on fait de la religion , de la connaissance imparfaite qu'on en a, viennent la lâcheté du tiède et les chutes du pécheur. Si vous n'êtes instruit et pénétré de cette religion, vous écouterez de vos oreilles, dit le Saint-Esprit, et vous n'entendrez pas; vous verrez de vos yeux, et vous n'apercevrez rien.

Que signifie le mot de religion, ce mot si saint et si profané, qui ne devrait être prononcé que par des bouches pures, et qui est aujourd'hui blasphémé par tant de langues profanes; qui a été défendu par tant de saints docteurs, et que nous voyons attaqué par tant de plumes, et si ignorantes et si impies? Par le mot de religion , on entend le rapport qu'il y a entre Dieu et l'homme, et spécialement ce que la créature doit croire et pratiquer pour connaître et honorer son Créateur. Les ignorans croient que la religion n'est autre cho?e que les lois portées, les usages établis, les cérémonies observées par ses ministres; ils se trompent évidemment. Les ministres de la religion sont les hérauts qui annoncent, qui publient les ordres du Créateur. Le Créateur seul est auteur de la religion, il en est l'unique objet. Comme tout vient de lui, tout par la religion se rapporte à lui.

Si une fois vous connaissiez bien cette religion, que vous fussiez convaincu, pénétré des vérités qu'elle enseigne, tranquille sous les yeux et dans les bras du Père céleste, vous lui donneriez toute votre confiance. Bien plus, si à la crainte et à l'éloignement du péché, vous joigniez l'abnégation constante et universelle de vousmêmes, vous souffririez de vivre, vous désireriez de mourir pour rejoindre votre Père céleste dans le royaume où il vous attend. Vos jours ne peuvent couler purs et sereins qu'autant que vous userez de la vie comme Dieu vous prescrit d'en user. Les vues de la Divinité sont sages et infaillibles; toujours équitables en ellesmêmes, elles sont toujours salutaires pour vous. Si vous vous y soustrayez, vous voilà et coupable et malheureux : ne vous y confiez vous qu'imparfaitement, vous ne faites que languir. Comme nt votre cœur s'élèvera-t-il vers le ciel, si mille liens l'attachent à la terre? Comment parviendrez-vous au terme, si, vous contentant de savoir que c'est de Dieu que vous tenez l'être, vous ne restez encore convaincu que vous n'êtes en ce monde que pour travailler à votre salut ? Un païen éclairé n'en a-t-il pas su autant que vous ?

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Les lumières du Chrétien s'étendent plus loin. Retenu sur la terre, il habite cette vallée de larmes avec la soumission d'un fils que l'ordre de son père retiendrait dans une région étrangère. S'il marche dans les ténèbres de la foi, il se souvient que la route pénible qu'il tient le conduira aux splendeurs de l'éternité : son unique soin , ou du moins son attention principale, son attention continuelle, est de persévérer fidèle, et d'augmenter par sa fidélité la grâce précieuse qui le rend enfant de Dieu. Instruit, pénétré de l'excellence de cette adoption divine , qui est en effet la plus sublime prérogative dont il puisse être honoré sur la terre, il sacrifierait mille fortunes, il braverait mille morts plutôt que d'en déchoir, et quoiqu'il ait à résister au monde et à tous ses charmes, au démon et à toute sa fureur, à la chair et à toutes ses convoitises, il ne craint, comme il n'a effectivement, qu'un ennemi : le péché. Voilà contre qui il est continuellement en garde : il craint ce péché, il le fuit, il l'abhorre comme la vue d'un serpent dont la piqûre lui donnerait la mort la plus sûre et la plus funeste. Gagné par les sollicitations, entraîné par le torrent de la séduction , emporté par la fougue d'une bouillante jeunesse, a-t-il eu le malheur de faire une chute, il se reconnaît, il écoute la grâce, il revient, il se repent, il pleure, il s'afflige; et fût-il, par la bouche d'un Nathan, assuré que son péché lui est pardonné, il continue à gémir, et le reste de ses jours il expiera déplus en plus son iniquité. Entend-il sa religion gronder, tonner contre les pécheurs; les lui présente-t-elle dans l'autre vie plongés, abîmés dans des feux éternels , il ne ferme point l'oreille quand cette même religion offre , assure un pardon général , un pardon absolu à tout ce qui revient à Dieu, déteste et expie son péché. Oui , également infaillible et dans ses promesses et dans ses menaces, la religion console pour le moins autant un vrai pénitent, qu'elle trouble et effraie un pécheur obstiné dans son crime.

La qualité de pécheur doit toujours faire craindre; mais cette crainte, toujours sage et salutaire, quand elle est modérée, n'étouffe point le sublime langage et les grands sentimens qu'inspire la religion. Quelle leçon ne nous fait pas , quel exemple ne nous donne pas en ceci l'Apôtre des nations! Son zèle à parcourir l'univers, sa fermeté devant un aréopage, ses voyages et ses dangers continuels tant sur terre que sur mer, sa joie dans les prisons, son allégresse dans les chaînes, sa constance sous le glaive, nous édifient, nous le font admirer, mais ne nous instruiraient pas assez. Lisez ses diverses épîtres, et voyez les sublimes sentimens qui transportaient

cette grande ame; écoutez le consolant témoignage que se rend un cœur humble pénétré de sa religion. L'Apôtre tendait à sa fin ; il sentait son terme s'approcher, il voyait de près l'éternité. «J'ai bien combattu, s'écriait-il ; j'ai fini ma carrière; j'ai conservé ma foi, et j'attends du juste Juge la couronne de justice. »

Direz-vous que saint Paul n'avait rien à se reprocher , que c'est ici une de ces âmes privilégiées qui portent dans le tombeau leur innocence baptismale: nous savons le contraire. Il avait persécuté l'Eglise de Dieu ; mais, changé tout à coup sur le chemin de Damas, il s'attacha pour toujours à son Dieu. Il le connut, il le servit, il le prêcha ; et c'est la connaissance qu'il avait de son Dieu, c'est la conviction intime où il était de sa religion, qui lui faisait mépriser tous ses ennemis, dissipait toutes ses craintes, le consolait dans ses épreuves, et lui faisait souhaiter la dissolution de son corps. C'est cette connaissance et cette conviction qui élevaient ses vues, dirigeaient toutes ses démarches vers cette bienheureuse éternité pour laquelle il ne cessa pas un instant de travailler depuis sa miraculeuse conversion : ce furent elles qui excitèrent le zèle infatigable dont il brûla pour ses frères , et lui inspirèrent cette grandeur dame dont il a laissé tant de preuves à tous les siècles.

Faites , je vous prie, une réflexion sur ce héros chrétien. Il nous offre dans sa personne un des miracles les plus frappans que la toute-puissance divine ait opéré en faveur du Christianisme. La résurrection d'un mort ne me frapperait pas davantage ; et si un incrédule voulait sans prévention examiner ce prodige avéré, il serait ébranlé.

Un jeune homme bouillant et impétueux, un caractère violent, une ame sanguinaire qui ne respire que meurtres et carnage , qui, à main armée, persécute l'Eglise naissante , qui passe au fil de l'épée tout ce qu'il peut rencontrer de Chrétiens, se trouve tout d'un coup un autre homme ; les armes lui tombent des mains; en un instant il devient, d'un lion furieux, un agneau paisible ; d'infidèle, chrétien, et de persécuteur, apôtre. A ces violences succède le zèle: loin de persécuter ses frères, il s'immole pour eux; il se fait tout à tous , et porte à leur égard la douceur jusqu'à vouloir pour eux fflre anathême et effacé du livre de vie. Ce changement miraculeux , après s'être soutenu pendant plusieurs années , ne finira que par le martyre. Peut on ne pas reconnaître dans ce changement subit la divinité d'une religion qui forme de pareils héros? Où en trouve-t-on de pareils ? Tant qu'il est sur la terre , il est dévoré du zèle de la maison de Dieu ; il ne respire plus que la gloire de son

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maître et le salut de ses frères. Quel courage, quelle ardeur, quelle intrépidité, quelle constance dans les entreprises sublimes dont il conçoit le projet, et dont il consomme l'exécution ! Que de courses, que de fatigues! Il traverse des mers immenses; il vole d'un pôle à l'autre; il parcourt l'univers, afin que l'univers entier connaisse et adore lePère céleste, et le Fils qu'il a envoyé sur la terre.

De quels yeux saint Paul regarde-t-il les bleus et la gloire du monde? Quelle pauvreté, quel dénûment! 11 n'a rien, et il possède tout; il souffre, et il est content; on lui insulte, et il se réjouit.

On le conduit en prison ; son cachot lui est un lieu de délices : on le charge de chaînes, et il baise ses fers ; on le déchire de coups, et il se félicite de souffrir pour le nom de Jésus; on lui demande sa tête, et il la donne sans ostentation et sans faiblesse ; il meurt , il triomphe , parce quil ne désire que la mort. Qu'est-ce qui forma, qui soutint dans lui des sentimens si relevés ? La connaissance qu'il avait de son Dieu, la persuasion intime où il est de la vérité de la religion qu'il professe et qu'il prêche. Qui fut son maître ? Jésus- Christ; il ne connut plus d'autre école ; Paul n'agit, ne respira, ne vécut plus que pour Jésus -Christ, ou plutôt Jésus-Christ vécut seul dans Paul.

Vous ne pouvez pas , comme lui , attendre une manifestation miraculeuse du Soleil de justice : ce fut un miracle des plus étonnans, que l'heureux coup de foudre qui le terrassa. Resterez vous pour cela dans les ténèbres? Non : Tout ce qui vient au monde est éclairé, dit saint Jean. Le Père céleste , ajoute saint Jacques, donne abondamment à tous. Pour augmenter ces lumières et accroître ces dons , recourez à la prière. Uneame simple , adonnée à l'oraison , acauerra cent fois plutôt la connaissance de Dieu qu'un bel esprit dissipé. Si la simplicité fait par bonheur votre partage, contentez-vous donc de demander à votre Père, par les mérites du Rédempteur, toutes les connaissances qui vous sont nécessaires : que si votre état exige de la science, à la prière ajoutez l'étude, et surtout l'étude de la religion. Allez en puiser la connaissance dans ces sources sacrées où elle est toute pure, telle qu'elle sortit de la bouche du divin Maître, ou de celle de ses disciples. Instruit de votre religion , retracez -la dans votre conduite. Persuadé de la fin à laquelle vous êtes appelé , dirigez vers le salut toutes vos démarches; subordonnez à cette fin tous vos projets ; ne souffrez jamais que le péché vous tire de la voie qui conduit à ce terme ; regardez toutes les créatures comme des moyens que le Créateur vous offre pour arriver au ciel; menez une vie pénitente, une vie crucifiée,

alors vous vous élèverez à Dieu , vous le connaîtrez, vous le goûterez. En le connaissant, vous découvrirez en lui un père; en le goûtant, vous lui donnerez votre confiance, et les sublimes sentimens que vous admirez dans saint Paul , vous les éprouverez. Oui , pourvu que vous vous souteniez dans une vie pareille, en rapportant comme lui à la grâce tout ce que vous lui devez, vous direz avec lui : « J'ai bien combattu, j'ai résisté à bien des tentations, je me suis fait bien des violences ; j'ai conservé , j'ai suivi ma religion : grâces au ciel, j'ai fini ma carrière , j'attends à présent ma récompense de mon Maître. »

Outre la vive espérance que vous concevrez , outre l'intime confiance que vous procurera ce consolant témoignage, la qualité de fils soumis et reconnaissant vous assure un autre avantage infiniment précieux, la liberté, la paix, la tranquillité dont jouissent les enfans de Dieu. Dégagé de la chair et du sang, le Chrétien seul jouit de cette inestimable liberté : le pécheur est commandé, asservi , tyrannisé par ses passions. L'esclavage du cœur est la plus triste et la plus cruelle des captivités. O ciel ! quelle différence entre une ame esclave de quelque passion et un cœur dégagé de tout, et qui ne craint que Dieu! Voyez avec quelle facilité un Athanase change le lieu de sa demeure: il court le monde entier; il passe plusieurs années toujours errant, toujours fugitif, et partoutil est content. Le choix de la prison est indifférent à un captif qui se voit au moment de sa délivrance. Voulez-vous voir cette généreuse inditférence portée encore plus loin par un autre héros chrétien ? On mène en captivité le fils unique d'une veuve pauvre et délaissée; la mère désolée va trouver son évêque; elle lui demande encore plus par ses larmes que par ses paroles de quoi garantir son fils de l'esclavage. Saint Paulin , qui a déjà tout distribué aux pauvres, s'offre et se donne lui-même à la place du captif. Il part plus content sous les fers qu'un roi sous la couronne. Que les saints pensent différemment des autres hommes! Par ce seul trait le saint prélat immortalise sa charité, et cimente à jamais sa confiance en un Maître fidèle, qui promet une récompense immense et éternelle à celui qui, pour l'amour de lui, aura cédé les miettes de sa table. N'en doutez point, c'est ce qu'ils ont fait pour Dieu, avec le secours de sa grâce; c'est ce qu'ils ont sacrifié pour lui , qui cause dans les saints cette tranquillité, ce courage, cette confiance avec laquelle ils vivent, et dans laquelle ils meurent. François Xavier, sans autre fonds que celui de la Providence parcourt l Europe et l'Asie, ne respirant que la conquête des âmes.

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Dans l'espace de dix ans il gagne plus de pays à l'Eglise Romaine que jamais Alexandre n'en soumit à son empire. Epuise de travaux, atteint d'une maladie mortelle, dans une île déserte , destitué de tout secours et spirituel et corporel , il meurt , et ses dernières paroles sont celles-ci: Seigneur, f espère en 'vous, et jamais je ne serai confondu dans mon espérance. Il connaissait son Dieu , il le regardait comme son père.

Il est effectivement tel. Un de ses attributs essentiels, c'est la bonté. Tant qu'on est sur la terre , on a toujours droit de recourir à cette bonté plus que paternelle. Pour compter sur elle , qu'exigeriez-vous de votre Dieu? Du pouvoir? sa puissance connaît-elle des bornes? De l'indulgence, de la miséricorde? cette'miséricorde cède-t-elle en lui à la puissance ? Est-il une mère qui aime son enfant comme nous sommes aimés du Père" céleste ? Quelle preuve n'a-t-il pas donnée de son amour immense pour des ingrats! N'at-il pas pour eux donné son fils unique? Que désireriez-vousdonc? N'adorez-vous pas en lui une sagesse éternelle qui prévoit tout, qui arrange tout? une justice infinie à qui rien ne peut se soustraire ? Vos ennemis lancent-ils un trait , leur échappe-t-il un mot , ont-ils une intention qui ne doive être examinée, produite, jugée et punie? Vous proposerai-je d'entrer plus avant dans l'océan des perfections divines ? En est-il une que vous ne connaissiez dans votre père céleste ? En est-il une qui dans lui ne soit infinie? Etudiez donc de plus en plus votre Dieu, formez-vous une juste idée de lui; vous lui remettrez tous vos intérêts, vous lui donnerez toute votre confiance.

Vous continuez peut-être à m'opposer votre indignité. J'ai péché, me dites-vous , j'ai réitéré mes crimes ; mes forfaits sont innombrables; ma vie a été affreuse ; non , jamais personne ne fut plus coupable que moi. Je conviens de la bonté de Dieu , mais ce Dieu infiniment miséricordieux est également juste. S'il est mon père, il est aussi mon juge , et dans un juge irrité , je ne vois qu'un vengeur inexorable.

Je répondrai au long à cette difficulté dans la suite de cet ouvrage ; je me contente ici de vous /aire remarquer que, malgré toutes vos infidélités, vous devez encore espérer, puisque votre juge, tout irrité qu'il était, vous a attendu, et qu'aujourd'hui il vous offre encore son amitié. Ne donnez pas à l'ennemi de votre salut la cruelle satisfaction de vous voir désespérer d'un pardon qui ne lui fut jamais offert, et que votre père vous offre, si vous voulez revenir sincèrement à lui.

Vous êtes l'ouvrage de Dieu, vous êtes sa créature, vous êtes sou enfant. Tout ce que la nature étale à vos yeux, ces cieux brillaus de tant de lumières , cette terre parée de tant de beautés , ne sont rien en comparaison de ce qui vous attend dans l'éternité. Pavez au moins par la confiance les étonnans prodiges de puissance et de bonté qui furent opérés pour vous; ce sentiment lui est des plus agréables. Par la confiance en son Dieu , le Roi-Prophète croyait plus le glorifier que par tout autre hommage. Lui refuser cette confiance, ce n'est pas seulement attaquer un de ses attributs, c'est encore les détruire tous. Quel est le téméraire qui oserait assigner à une miséricorde infinie des bornes au delà desquelles il lui défendrait de s'étendre ?

Dieu peut également et vous secourir et vous pardonner; il vous assure en mille endroits qu'il fera l'un et l'autre. Il a assisté une infinité de misérables ; il a pardonné à des millions de pécheurs; pourquoi n'éprouveriez-vous pas aussi, et les effets de son amour, et la fidélité de ses promesses ? Quelle injure pour votre Dieu , de voir son enfant douter de sa bonté ou de sa puissance ? L'enfant prodigue en douta-t-il , quand, pour tout motif de son retour, après une vie débordée, il se disait à lui-même : Je m adresserai a mon père. Souvenez-vous que saint Paul, instruit par le Seigneur lui-même, nous assure que les âmes pusillanimes attirent sur elles la colère divine. Oseriez-vous braver cette colère formidable ? Ne vaut-il pas mieux mille fois vous jeter avec confiance dans le sein d'une miséricorde infinie où vous êtes toujours en sûreté? Quelque extrême que soit votre pauvreté , quelque multipliés que soient vos besoins, ils ne peuvent ni épuiser ni diminuer les trésors célestes; à quelques excès que vous ayez porté la malice, la bonté de Dieu s'étend infiniment plus loin; il n'y aura jamais de proportion du fini à l'infini.

Vous êtes l'ouvrage de Dieu , et son ouvrage par excellence. Vous lui devez autant pour votre conservation que pour votre création. Il est également essentiel et à la sagesse de conserver son ouvrage, et à la bonté de le chérir. Je sais que vous avez défiguré là divine ressemblance que Dieu imprima dans votre ame; mais il reste toujours votre père. Le père dont il est parlé au long dans l'Evangile ne désavoue point ce titre à la vue d'un fils indigne; les larmes , au contraire, qu'il verse en l'embrassant, prouvent évidemment que les entrailles paternelles sont émues. Des fautes commises et aussi multipliées que les grains de sable sur les bords de la mer, doivent inspirer le regret et charger de confusion , mais

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elles ne doivent jamais ôter la confiance : le désespoir est le dernier des crimes : la confiance est la semence de toutes les vertus. Cette vive confiance au Seigneur a conduit les patriarches, caractérisé les prophètes, soutenu les Apôtres, fortifié les martyrs, fait des thaumaturges et formé tous les saints. Un danger pressant, une mort présente, loin de vous ôler, ne doit que redoubler votre confiance. Tout ce qui vous tient un autre langage doit vous être suspect, et part de votre ennemi.

Quand le Seigneur voulut autrefois assigner les limites du terrain qu'il donnait à son peuple : Tout endroit, disait-il, oit vous mettrez le pied sera a vous. Il en est de même par rapport à la confiance, disent les Pères et les interprètes ; rien n'est au-dessus de ses droits , l'Evangile nous le déclare en termes formels : Tout ce que vous demanderez avec confiance, vous l'obtiendrez. Un cœur qui renonce sincèrement au péché ne peut porter trop loin ses vœux et ses prétentions. La sévérité adorable avec laquelle Dieu punit, dans son serviteur Moïse, un léger sentiment de défiance, a appris à tous les siècles combien il est jaloux que nous nous confiions entièrement à lui , lors même que nous attendons des prodiges. Les oracles de la religion ne peuvent nous tromper; l'Esprit-Saint ne se contredit point: En se confiant au Seigneur, jamais personne ne fut confondu. Voyez, je vous prie, de quoi ira François d'Assise, une Thérèse, un Vincent de Paul, une Fremiot de Chantai , sont venus à bout par leur seule confiance en Dieu. Les politiques échouent, les héros succombent, les Goliath sont terrassés, tandis que les David et les Machabées triomphent. Le Tout- Puissant se plaît également à confondre l'orgueilleuse présomption, et à exalter l'humble confiance.

Jésus-Christ est notre Sauveur et notre modèle.

Notre création n'appartient pas plus essentiellement à Dieu que notre rédemption à Jésus-Christ. Le seul péché d'Adam perdit tous les hommes. Tous les hommes ensemble n'auraient jamais pu sauver un seul d'entre eux. Biais ce qui était au-dessus des forces et au delà des espérances de l'homme , Dieu l'avait arrêté dans l'éternité, et il l'exécuta dans la plénitude des temps. Le Verbe éternel se fit chair; il s'unit hypostatiquement à notre nature; et, par son incarnation, il est devenu notre Sauveur et notre modèle. Quiconque ne le considère pas sous ce double rapport ne le connaît point; et quiconque n'a pas la connaissance du Fils unique

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que Dieu a envoyé sur la terre s'exclut à jamais du royaume céleste.

Depuis le moment de son incarnation jusqu'à celui de sa mort, l'Homme-Dieu ne perdit jamais de vue sa qualité de Rédempteur du genre humain. Sa vie privée, sa vie publique, ses miracles, toutes ses actions, chacune de ses paroles , tout fut dirigé à cette fin ; et la sagesse incarnée, en remplissant toujours toute justice, en cherchant en tout ce qui était de la gloire de son Père, ne cessa pas un instant de travailler à notre salut. Vous ne sauriez juger de l'étendue de sa miséricorde, de l'excellence et du prix de ses dons, de l'abondance et de l'efficacité de la rédemption, si vous ne rapprochez constamment ces deux points de vue : l'état où Jésus- Christ trouve l'homme , et le droit où il le rétablit.

Nos premiers parens sortirent purs et parfaits des mains du Créateur. Entre bien d'autres avantages, ils avaient leur liberté; Mais, hélas ! qu'ils tardèrent peu à en abuser ! Eve, séduite parle serpent, mangea du fruit défendu. Adam, sollicité, gagné par sa femme, suivit son exemple : il transgressa la défense qu'il avait de toucher à l'arbre de vie. Dès-lors quel changement dans eux! quel désordre dans toute la nature! Les ténèbres s'emparèrent de 1 esprit de l'homme; son cœur fut livré à la dépravation ; la terrese refusa à ses besoins; les créatures se révoltèrent contre lui; les infirmités, les maladies, les douleurs furent son partage; il fut condamné à la mort; enfin, il se vit exclu du ciel. Tel fut l'état pitoyable où Adam se vit au moment de son infidélité : tel eût été celui où nous aurions tous gémi.

Un Dieu seul pouvait remédier à tant de maux ; mais comme Dieu ne pouvait souffrir, et par conséquent offrir une satisfaction convenable, par un mystère incompréhensible, il s'est fait homme.

Et quoique la moindre action , le plus léger soupir d'un Homme- Dieu soit d'un mérite infini, cependant il n'a voulu obtenir de la justice divine notre réconciliation qu'au prix de son sang et de sa vie. En conséquence de ce décret rigoureux, Dieu permet la jalousie des pharisiens, l'ingratitude, l'aveuglement et la cruauté des Juifs, 1 iniquité des juges, et fait servir tout cela à la mort de Jesus-Christ. Ainsi la sagesse éternelle et l'amour immense d'un Dieu tirent-ils le bien du mal , et leur gloire du péché?

Les dons de Dieu ne sont jamais imparfaits. Que le Plis de Dieu s'incarne; revêtu de notre nature, qu'il souffre, qu'il meure, et qu'il nous applique le mérite d; ses souffrances et de sa mort, c'é-

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tait une grâce étonnante, une faveur incompréhensible. Mais cette faveur si grande pouvait s'étendre plus loin. Le Verbe incarné se fait notre guide et notre modèle. Ce que David disait d'une protection et d'une rédemption temporelle s'applique rigoureusement à notre salut éternel. Dieu de miséricorde , vous vous êtes mis à la tête du peuple que vous avez racheté. Peu content d'avoir ouvert le ciel, ce Chef adorable en trace encore la route par sa morale et par ses exemples. Au milieu des grâces qu'il nous a méritées , il n'a pas jugé à propos de nous délivrer de toutes les suites du péché originel , parce qu'il a voulu nous laisser matière à de plus grands mérites. Il nous découvre d'abord tous les dangers que nous courons; nous offre ensuite des secours toujours proportionnés à notre faiblesse, et enfin nous présente un modèle sur lequel nous ne saurions nous former sans être reconnus pour enfans adoptifs de Dieu, héritiers de son royaume, et cohéritiers de son Fils.

La morale de l'Evangile , méditée, nous donne la connaissance de Jésus-Christ; comprise , elle nous le fait adorer. Jamais Solon , Lycurgue, Socrate ni Platon; jamais aucun législateur ne proposa, n'imagina rien de pareil. Quelle idée la morale chrétienne ne me donne-t-elle pas de mon ame, de son excellence, de sa durée et de sa fin ? Je suis l'ouvrage et l'image de Dieu ; je suis libre, intelligent, immortel, destiné à voir, à posséder Dieu pendant son éternité. Quelle idée ne me donne pas l'Evangile de la dignité démon prochain? Il est pauvre , vil, méprisable selon le monde : aux yeux delà religion il est grand, estimable: je dois le respecter; il est le prix du sang d'un Dieu. Il m'est étranger, inconnu selon la chair; selon l'Evangile il est mon frère: je dois l'aimer comme moi-même. Il est mon ennemi, il m'a fait du mal; je dois lui pardonner, je dois lui souhaiter du bien, lui faire du bien , parce que, soit que je l'accable de bienfaits, ou que je lui fasse du mal, c'est mon Dieu que ce bien et ce mal regardent.

L'Auteur de cet Evangile est donc bien au-dessus des maîtres ordinaires, surtout quand il commence par pratiquer ce qu'il enseigne ; comme le Chrétien formé sur cet Evangile se distingue bien des autres hommes ! Charles s'immole pour ses ouailles ; Louis porte sur ses épaules royales ses soldats malades ; Jean Gualbert pardonne au meurtrier de son frère; Maurice, à la tête de sa lé* gion, ne sait que mourir : tels sont les disciples que forme et qu'adopte Jésus Christ. Le païen et l'incrédule ont pu pratiquer des vertus morales: les sectes ont eu divers hypocrites. Il est des ver-

tus difficiles, sublimes, héroïques , qui indiquent sûrement, si on voulait y faire attention, la vérité, la divinité de la religion qui les ordonne, les canonise et les couronne : l'humilité, par exemple. Se mépriser soi-même, consentir, chercher à être méprisé des autres, taire un mot qui nous couvrirait de gloire, faire un aveu qui nous couvrira de confusion, se mettre au dessous des autres , aimer 'mieux leur obéir que leur commander, accompagner son obéissance delà soumission de son jugement, s'accuser soi-même de tous ses crimes dans une confession sincère : Religion sainte! tu peux seule proposer cette morale; seule tu peux la faire pratiquer. Il n'est que le législateur que tu me fais adorer qui puisse dire : Apprenez de moi que je suis humble de cœur. Le plus vertueux des Romains aime mieux mourir ; Caton aime mieux se poignarder que de voir dans l'univers un homme au dessus de lui.

Réunissez toutes les écoles, et dans chaque école toutes les leçons de morale que des hommes se sont avisés de donner; voici un point où tous les disciples échouent, où tous les maîtres sont en défaut : la pureté. Maintenir son corps chaste et son cœur pur ; observer un pacte éternel avec ses yeux, détourner sa vue d'une beauté qui éblouit ; refuser son cœur à un amour qui nous prévient ; ne permettre pas à son cœur un désir, à son esprit une pensée. Vertus humaines , ombres de vertus , honorées si souvent de l'apothéose , produisez vos héros , étalez leurs exploits : m'offrirez-vous jamais une victoire complète sur la volupté? Si l'on trouve dans l'histoire deux ou trois traits qui semblent me contredire : « Prenez garde, disait saint Augustin, que ces héros, prétendus vainqueurs du plaisir, n'aient moins vaincu la volupté que triomphé d'une passion pour une autre. » Ainsi s'immortalisa ce jeune conquérant * , qui, par sa retenue et sa modération, encore plus que par sa valeur, gagna les Espagnes à la république romaine.

Un troisième avantage qu'a l'Evangile sur toutes les sectes, c'est la dernière leçon que son Auteur donna au inonde, et par laquelle il termina et sa mission et sa vie. Cloué sur une croix, de laquelle les Juifs le défient de descendre, il pardonne et il conjure son père de pardonner à ceux qui lui arrachent la vie. Il pratique donc jusqu'à la fin ce qu'il avait si souvent et si énergiquement prêché aux autres. Ce seul trait nous présente tout notre modèle; le païen même l'y a reconnu. Un empereur romain , qui ne fut ni ennemi ni protecteur du Christianisme, s'entretenant avec un de ses favo-

1 Scipion l'Africain.

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ris : « D'où vient, lui disait-il, qu'on persécute les Chrétiens avec tant d'acharnement? D'où vient que tous les jours on cherche à m'arracher quelque nouvel édit contre eux? C'est, répondit le favori, qu'ils adorent un homme qui a été crucifié. Eh bien! continuait le prince, en cela ils ne méritent que de la compassion. Mais plutôt que de renoncer cet homme crucifié, répliquait le courtisan, ils cèdent leurs biens, ils endurent les coups, ils se laissent charger de chaînes , ils partent pour l'exil , ils donnent leur tète. Ce sont des fous, ajoutait l'empereur. Mais en mourant, reprenait le favori, ils remercient leur juge, ils embrassent nos licteurs, ils pardonnent leur mort. Ils pardonnent leur mort! Ah! je me rétracte, concluait Marc-Aurèle, leur loi est sainte, leur morale sûre et leur religion divine. » Ce sage païen avait raison : l'homme ne s'avisa jamais d'enseigner, encore moins de pratiquer rien de pareil.

Un autre ancien l qui fraya le chemin du trône aux maîtres du monde, et qui est encore moins fameux par mille exploits militaires que par la plus constante prospérité, ne voulut être connu de la postérité que pour avoir été celui qui avait fait le plus de bien à ses amis, et le plus de mal à ses ennemis. Voilà le sentiment naturel, voilà tout l'homme. Pour étouffer la nature, pour détruire l'homme, il fallait un Sauveur, son commandement, son exemple et sa grâce. Mais ne cite-t-on pas l'exemple, ne fait-on pas l'éloge de quelques grands hommes, qui, dans le sein du paganisme, ont été doux, modérés, et même ont pardonné? Ne vous laissez pas faire illusion par la faible lueur de quelques fausses vertus qui, loin d'obscurcir, augmentent au contraire l'éclat immortel que la véritable vertu répand sur la religion. Jules-César n'eut pas plutôt vu la noblesse romaine, en prenant la fuite, lui céder et la victoire et l'empire, qu'il fit cesser le carnage que ses vétérans faisaient des fuvards. Il pardonne à tous ceux qui, sur le champ de bataille, avaient les armes contre lui. Il fut doux, parce qu'il fut ambitieux,* il se montra modéré, pour qu'on le laissât monter tranquillement sur le trône: prodige de politique, qui ne procura pas seulement au vainqueur de Pharsale l'empire de l'univers, mais qui lui valut encore les louanges immortelles que lui donna à ce sujet le premier des orateurs. Pardonner par charité, par religion, le seul Chrétien le fait, le seul Chrétien le peut, parce que sa seule loi l'ordonne. Non, il n'est qu'elle qui, sur son modèle adorable, ait pu former les Etienne , les Nicéphore et les Gualbert.

* Sylla.

Ne nous bornons pas à un point particulier, considérons d'un coup d'oeil toute la morale. Quelle idée en avait le monde avant Jésus-Christ? Dans quel pitoyable état gémissait la terre à la naissance du Messie! La superbe Rome, maîtresse alors de l'univers, portait Terreur parmi les nations en même temps que la terreur de ses armes. Autant de victoires quelle remportait, autant de conquêtes pour l'Enfer; et pendant que les dieux du Capitole étaient adorés de presque tout le monde, presque tout le monde était plongé dans une ignorance profonde et dans un oubli total de la Divinité, de la vertu, des châtimens et des récompenses éternelles. S'iJ se trouve hors de la Judée une poignée d'hommes qui ne portent pas l'ignorance et la corruption aussi loin que les autres, qu'étaient-ils dans le fond ces prétendus sages, que saint Paul nous assure avoir été remplis de toutes sortes d'iniquités ? Ce n'était donc plus simplement sur la surface de la terre, c'était dans l'esprit surtout et dans le cœur de l'homme que les plus profondes ténèbres étaient répandues. Mais, en se levant, quel océan de lumière ne répand pas sur cette terre corrompue et dans ces hommes pervers le divin Soleil de justice !

Ce qui a perdu dans tous les temps, ce qui perdra toujours le monde , c'est l'attachement aux richesses , le désir de la gloire , l'inclination au plaisir. Saint Jean le dit en termes formels, et l'expérience nous le fait voir tous les jours. Or, le Dieu Sauveur, commençant par pratiquer ce qu'il enseignera dans la suite, combat dès sa naissance la gloire, les plaisirs et les richesses; il choisit une étable pour son palais, pour son trône une crèche; il n'a pas où reposer sa tête. Il passe toute sa vie dans la peine, dans l'indigence, et il meurt par le plus douloureux et le plus ignominieux des supplices. Il n'est point de circonstance dans une vie adorable, qui ne mérite et qui ne fixe toute l'attention du Chrétien. Parcourez donc exactement, étudiez constamment tout ce que les Evangélistes nous ont transmis des paroles et des actions de Jésus- Christ ; tout y étale, tout y prouve son amour immense pour vous. Partout vous reconnaissez la tendresse du Sauveur, vous distinguez la voix du chef, et vous trouvez les traits de votre modèle. Nourrissez-vous donc constamment de cette étude; c'est la plus avantageuse, c'est la seule nécessaire. On a moins sujet d'admirer que de plaindre ce bel esprit qui consacre toute sa vie à l'étude des sciences profanes. Par toutes ses lectures qu'a-t-il appris? Pour l'ordinaire, qu'il ne sait rien. Mais quand la sagesse du choix et ia constance de l'application lui auraient bien procuré quelques

connaissances stériles et spéculatives , la vieillesse diminue beaucoup et la mort lui enlève entièrement sa science. Celui qui connaît Jésus-Christ acquiert la vie éternelle.

Parmi toutes les leçons que vous donne un maître adorable , étudiez surtout celle qu'il a mis plus de temps à nous inculquer. Enfermez-vous avec lui dans une vile et obscure demeure où il a passé trente années; que vous y prêche-t-il ? que vous commandet-il? Ce qui est le plus ignoré, ou du moins le plus oublié; ce qui coûte le plus à la nature; ce qu'il y a peut-être de plus rare parmi les âmes fidèles: à fuir l'éclat, à se fixer, à se complaire dans la retraite, à vivre inconnu , à être dépendant. Voilà ce qui nous était le plus difficile, le plus avantageux et le plus nécessaire; et voilà pourquoi il consacre tant de temps à nous l'apprendre, à nous le persuader. Non, jamais vous ne connaîtrez mieux le divin Maître qu'en l'écoutant dans son école de Nazareth.

Pour vous faciliter, pour vous assurer cette salutaire connaissance, enfermez- vous quelquefois dans l'intérieur de votre appartement, et demandez-la-lui au pied de sa croix. Allez lui réitérer cette demande au pied du trône de son amour, l'adorable Eucharistie; et préférez ces églises désertes où, la plus grande partie de la journée, Jésus - Christ reste sans adorateurs visibles. Si vous n'êtes pas en état de puiser la connaissance de Jésus-Christ immédiatement dans ses sources, tels que sont les quatre Evangélistes, les Epîtres de saint Paul et de saint Jean , recevez-la par les canaux qui communiquent à ces sources pures; lisez ces pieux auteurs, dont les ouvrages soumis à l'Eglise sont pleins de l'onction du Saint-Esprit. Pour vous nourrir plus abondamment et vous fortifier, le pain de la parole de Dieu vous est offert en plus d'une manière. Ne vous contentez pas simplement de lire cette sainte parole, faites-vous encore une obligation et un plaisir de l'entendre ; mais ne vous trompez pas ici , faites choix des ministres évangéliques ; les plus célèbres ne sont pas toujours les meilleurs pour vous. Vous n'apprendrez rien, rien absolument, tant que vous n'entendrez que les sons vides et flatteurs d'une éloquence humaine qui se prêche elle-même. De qui apprendrez-vous la sublime science de la religion ? d'un Apôtre qui ne sait prêcher que Jésus, et Jésus crucifié. Suivez celui-ci , et laissez la multitude aveugle courir après les autres.

Enfin , pour abréger le détail des moyens qui nous conduiront à la connaissance de Jésus-Christ, il en est un qui doit accompagner tous les autres, et qui, au défaut des autres, seul vous suffira

c'est la bonne volonté. Pour acquérir les sciences humaines, il faut des maîtres, des leçons, des talens, du temps, de l'application; et avec tout cela, souvent n'en prend-on qu'une connaissance superficielle. Ici il sufffit de vouloir, mais de vouloir sincèrement. Quand on a le Saint-Esprit pour maître, les connaissances sont promptes, les progrès rapides, les découvertes sublimes et la science parfaite. Or, c'est aux âmes simples, aux cœurs droits, que l'Esprit de Dieu aime surtout à se communiquer. Quelle différence de ce qu'il enseigne et de tout ce qu'on peut apprendre d'ailleurs ! Oh! que Paul et Saul sont différens l'un de l'autre! Un docteur et un ignorant, un roi et un esclave ne diffèrent pas tant. Said ne sait rien, il ignore la religion; il prend pour zèle sa fureur à persécuter les Chrétiens; il se met à la tête de ceux qui lapident Etienne; il ne respire que sang et que carnage; il ignore tout, parce qu'il ne connaît pas Jésus qu'il persécute. Paul s'élève audessus du troisième ciel; il comprend des mystères impénétrables à tous les mortels ; de persécuteur des Chrétiens il devient un vase d'élection , le flambeau de la foi, l'apôtre de toute la gentilité; il ne respire que zèle, il veut être anathème pour ses frères; il est embrasé delà divine charité; il défie la faim, la soif, la tribulation, les tortures, les tyrans, la mort, l'enfer, d'arracher de son cœur l'amour de Jésus-Christ. Il se plaît dans les souffrances; il se glorifie dans 1 humiliation; mourir est pour lui un gain; en un mot, il ne vit plus qu'en Jésus-Christ, il ne vit plus que pour Jésus- Christ. Qu'est-ce qui a formé cet homme nouveau? qui a produit tous ces miracles? La connaissance qu'il a acquise: Jésus-Christ s'est fait connaître à lui. Oui, le changement de Saul, et dans cette conversion , combien d'autres conversions ! tout cela a été opéré par ces paroles adorables : Je suis Jéuis que tu persécutes.

Avec une intention droite, un désir sincère de vous instruire, vous apprendrez Jésus avec cette seule réponse de l'Apôtre : Seigneur , me voici soumis à toutes vos volontés , daignez seulement me les manifester. En connaissant, en fixant constamment l'auteur et le consommateur de votre foi, vous vous convaincrez de la surabondance des satisfactions qui vous méritent, et de l'infaillibilité des promesses qui vous assurent une récompense éternelle; et dans cette conviction intime, vous sentirez le courage en vous succéder à la lâcheté, la ferveur à la défiance, la confiance à la crainte. En approchant de Jésus-Christ, vous serez éclairé : la lumière rassure, et l'assurance bannit toute inquiétude. A mesure que vous persévérerez à retracer en vous le modèle adorable que

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le Père céleste nous propose à tous clans la personne de son Fils, vous sentirez croître vos espérances; et votre confiance ayant de plus en plus augmenté pendant votre vie, je ne puis vous exprimer, vous ne sauriez vous-mêmes vous imaginer, l'abondance de paix et l'étendue des espérances qui feront votre partage à l'heure de la mort. On voulut savoir quels étaient les sentimens d'une sainte fille dans ee moment critique ; comme on la vit prête à expirer, on lui demanda si elle n'avait point de sujet d'inquiétude, et si en particulier elle ne craignait rien : « Eh! que voulez-vous que je craigne? répondit-elle, la sérénité sur le front et la joie dans le cœur. Que voulez-vous que je puisse appréhender? Je meurs, et, en mourant , je passe dans les bras de celui que j'ai le plus aimé. Je vais subir mon jugement, mais j'ai pour Juge celui que j'ai uniquement aimé. N'ai-je pas sujet de concilier une crainte filiale avec une confiance intime? N'est-ce pas avec ce double sentiment que je dois me présenter à un Epoux adorable, qui seul a possédé mon cœur?» Thérèse était donc tranquille; et elle avait raison. Où est-ce que l'ame, la plus grande dans le corps le plus faible , puisa tant de force 'et de courage ? dans la connaissance qu'elle avait de Jésus-Christ.

Mais où est-ce qu'elle étudia et qu'elle connut ce grand objet? dans les sources que je vous ai indiquées, spécialement dans l'usage, et surtout dans le fréquent usage de l'adorable Eucharistie. C'est là l'abrégé des merveilles que le Sauveur a opérées pour nous ; c'est là, dit l'Ange de l'école, le plus grand miracle par où il ait manifesté sa puissance et sa miséricorde. L'Eucharistie est le sacrement de son amour: c'est donc dans ce sacrement que le céleste Epoux accorde à ses chastes épouses ses communications les plus intimes et les plus abondantes. Ailleurs il accorde des grâces, ici il se donne lui-même. Je ne m'étends pas ici sur les avantages que vous trouverez dans la communion, je traiterai ce point en particulier dans la suite de mon ouvrage. Après vous avoir dit que c'est surtout en vous nourrissant de la sacrée Eucharistie, et en apportant à la sainte Table toute la pureté et toute la ferveur due à la chair de Jésus-Christ, que vous connaîtrez ce divin Sauveur, je me contente de vous présenter une réflexion qu'il est impossible de graver trop avant dans votre cœur. Ou il n'y a rien de vrai dans la religion , ou il est certain que Jésus-Christ réside corporellement dans le sacrement de nos autels ; et par un raisonnement ultérieur et aussi infaillible, ou il n'y a rien de vrai dans l'univers, ou il est sûr que si celui que vous recevrez substantiellement sous les

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espèces sacramentelles est pour vous, tous les hommes et tous les démons ne peuvent rien contre vous, et que, s'il vous pardonne, vous n'avez plus rien à craindre, ni sur la terre, ni dans l'Enfer, ni pour le temps, ni dans l'éternité. Quel avantage! quel attrait ! Allez donc, en vous éprouvant avec un nouveau soin , et en concevant toujours de nouvelles espérances, allez assidûment à cette source intarissable de vie, de force et de lumière. Une ame pure , morte à elle-même , qui serait d'ailleurs sans science et sans génie, connaîtra mieux Jésus-Christ à la sainte Table, qu'il ne sera connu d'un docteur, que sa science enfle et que l'amour-propre domine. Ce savant ne le connaît qu'en spéculation, il ne le connaît que pour les autres. (L'abbé Roissard, Consolation du Chrétien.)

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