‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostolique (volume 2)Chapitre 13 sur 34 · PLAN ET OBJET DU PREMIER DISCOURS SUR LA MISÉRICORDE DE DIEU · texte numérisé non relu

PLAN ET OBJET DU PREMIER DISCOURS SUR LA MISÉRICORDE DE DIEU

EXORDE

Dicite fillœ Sion : Ecce Rex tuus venit tibi mansueîus.

Dites à la fille de Sion : Voici que votre Roi vient à vous plein de douceur.

(Matth., xxi, 5.)

Nous vous avons tenu, il n'y a pas long-temps, mes chers frères, un langage bien différent K Nous avons fait briller sur vos têtes ce glaive redoutable qui blesse et rien ne lémousse, qui frappe et rien ne l'arrête; nous vous avons montré le Dieu qui dit dans sa fureur: La vengeance est à moi 2. Nous vous avons montré que nul ne peut mesurer la puissance de sa colère 5, que le péché de Juda est écrit avec un burin de fer, et que l'espérance du pécheur périra avec lui. Et voici qu'aujourd'hui , pour entrer dans l'esprit de notre Evangile, d'autres pensées nous occupent : nous venons vous prêcher le Roi pacifique, ce Roi plein de douceur, qui n'ose pas même casser le roseau à demi brisé ; ce Roi, ou plutôt ce Père plus jaloux d'avoir des enfants que des sujets, de toucher par sa bonté, que d'effrayer par sa justice ; enfin ce maître tendre et généreux , sous l'empire duquel la première loi est l'amour , et le premier hommage la confiance.

Mais viens-je donc ici me contredire, Chrétiens, et renverser d'une main ce que j'ai établi de l'autre ? Non , sans doute; si je parais ici vous montrer un autre Dieu, c'est que je m'adresse aujourd'hui à

1 Ce Sermon fut prêche" le dimanche des Rameaux, l'orateur avait parlé le dimanche de la Passion sur la justice divine.

2 xxxii, 35. — 3 Ps. txxxix, 11.

des personnes bien différentes. Nous avons annoncé le Dieu terrible aux péclieurs endurcis, et nous allons offrir le Dieu de toute consolation à ceux qui pèchent par désespoir, aux consciences timides faussement alarmées : nous avons effrayé ces aines tristement courageuses qui se réjouissent quand elles ont fait le mal , et nous allons dire aux pusillanimes de se fortifier : enfin , nous avons parlé aux pénitensde Samarie, et aujourdhui nous nous adressons à la fille trop craintive de Sion : DicitefiliœSion. O Dieu ! c'est ainsi que peu d hommes connaissent votre justice; toujours enhardis parla présomption, ou glacés par la défiance, sans cesse partagés entre les attentats de la révolte ou les perplexités du découragement, lâches s'ils ne sont téméraires, ils ne vous laissent que la triste alternative , ou de punir des audacieux qui se servent de votre bonté contre vous-même, ou de prodiguer en vain votre tendresse à des cœurs abattus que vous ne pouvez point rassurer à force de bienfaits.

C'est contre ces derniers, ou plutôt c'est en faveur des âmes injustement découragées, que je viens élever ma voix. Soins consolans de notre ministère! il est donc vrai que nous parlerons aujourd hui le langage de la dilection , il est donc vrai que nous chanterons, avec le Prophète l, les divines miséricordes, et que nous déploierons ici les richesses du cœur immense qui nous aima jusqu'à la fin. Hélas! serions-nous donc toujouis forcés de tonner dans les chaires chrétiennes, ne pourrions-nous jamais nous reposer sur des objets plus doux ? Mes frères, serions-nous donc toujours vos juges et jamais vos amis; toujours les ministres des vengeances du ciel, et jamais les organes de sa clémence? Ah! s'il est un art dans l'éloquence chrétienne, c'est sans doute celui de consoler et d'attendrir: c'est la le vrai génie de la persuasion. Tel qui voit sans pâlir les éclats de la foudre se rend, pour l'ordinaire, aux douces émotions d'un ministère consolateur; et le même qui résistait à l'effrayant tableaude nos menaces cède sans peine aux effusionsde notre charité, et court baigné de larmes se précipiter dans nos bras.

Hâtons-nous donc, mes frères , de célébrer la sainte espérance en exposant la certitude de ses motifs et de confondre la fausse crainte en découvrant la vanité de ses prétextes. Tout nous invite à espérer en la miséricorde de Dieu: rien ne peut, dans une ame chrétienne, autoriser le découragement et la défiance: deux ré-

1 Ps., LXXXVIII, 1.

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flexions qui vont faire tout le sujet de ce discours. Ave, Maria. (M. de Boulogne, Sur la Miséricorde de Dieu. )

Tout nous invite à espérer en la miséricorde de Dieu.

Vous me prévenez, sans doute, Chrétiens, et il est inutile de vous dire ici que ce n'est point aux téméraires et aux impies que s'adresse ce discours. Je viens encourager les timides et non enhardir les audacieux : en prêchant la miséricorde, je la présente comme un soutien de votre pénitence, et non comme un asile dans vos désordres; comme la consolation de votre repentir, et non comme le garant de votre impunité. Loin donc ces libertins présomptueux qui s'applaudissent dans leur sécurité, et qui, au lieu de demander grâce, ont l'audace de l'exiger. Pourraient-ils ignorer que le Dieu d'Israël n'est bon que pour ceux qui le craignent, qui pleurent amèrement après l'avoir perdu , et qui pleurent encore après l'avoir trouvé ; qu'à eux seuls , il est permis d'espérer le pardon , et qu'il n'est rien en Dieu qui ne soit propre à ranimer leur confiance, soit qu'ils le considèrent avec les yeux de la raison , soit qu'ils en jugent d'après les touchantes idées que nous en donne l'Evangile?

Et d'abord que nous dit la raison? que plus Dieu est compatissant, plus il est adorable; que le bien souverain ne cherche qu'à se communiquer et à se répandre; que toutes ses opérations vont aboutir et se confondre dans l'amour ; que sa colère n'est que son amour qui menace; ses châtimens, son amour qui éprouve; sa providence, son amour qui veille; sa sainte jalousie, son amour qui s'irrite: qu'il n'est juste que par emprunt, ditTertullien ; que tout ce qu'il a de bienfaisant vient de lui, et tout ce qu'il a de rigoureux «lui vient de nous: ce qui fait dire encore àlsaïe que la justice n'est -en Dieu qu'un ouvrage étranger à lui-même : Peregrinum opus ab •eo; que c'est pour signaler sa gloire autant que sa bonté, qu'il prodigue envers nous ses bienfaits et ses grâces, suivant cette belle parole : C'est pour moi que j'oublie les crimes et que j'efface les iniquités: Deleo iniquit at es pr opter me; qu'ainsi nos fausses craintes l'outragent autant que nos rébellions, et que, s'il est indigné contre l'impie qui méconnaît son existence , il a droit d'être irrité contre le pécheur pusillanime qui se méfie de sa bonté.

Telles sont, mes frères, les premières notions que nous donnent de Dieu nos lumières naturelles. Elles n'ont jamais varié sur le grand attribut de la miséricorde : c'est la foi de tous les peuples et le dogme du genre humain. La raison a pu s'égarer au point de

contester à Dieu sa prescience, sa liberté et même sa puissance; elle n'osa jamais lui disputer son infinie bonté. La première idée qui naît en nous à la vue del'Etre-Suprême, c'est celle de sa miséricorde: c'est la seule de ses perfections qui soit à notre portée, la seule que nous concevions clairement. Bon Dieu ! c'est le premier mot que l'enfant bégaie, c'est le premier cri de sa raison. Demandez-lui s'il n'est pas vrai que Dieu nous aime, qu'il nous aime jusqu'à l'infini; et nous-mêmes, Chrétiens, ne l'éprouvons-nous pas chaque jour? A qui sommes-nous d'abord tentés d'avoir recours dans nos souffrances? vers quel consolateur notre ame affligée aime-t-elle à se tourner? quel nom prononçons-nous alors avec plus d'émotion? quel est alors notre meilleur ami, le plus cher confident de nos peines? Une seule larme versée dans le sein de Dieu ne nous soulage-t-elle pas mille fois davantage que toutes les froides consolations des hommes? O mon Dieu ! ô mon père! que de choses vous dites à mon cœur dans ces momens de peine et de chagrin où le monde me désespère par le vide de ses ressources ! que vous m êtes précieux dans cette triste solitude où me jette alors le néant de tout ce qui m'environne! Ah! celui qui peut tout pour adoucir mes peines n'est pas sans doute moins puissant pour effacer mon crime; et pourquoi l'asile des affligés ne serait-il pas l'asile des pécheurs pénitens? pourquoi serait-il plus touché de me voir malheureux qu'infidèle, plus propice à mes vœux quand je pleure mon infortune que quand je pleure mon péché? Non, mon Dieu, et, dès que j'ai tourné un seul regard vers vous, puis-je dire avec le Prophète, je sens renaître en moi le calme et l'espérance, parce qu'alors je vois mon juge dans mon consolateur, le vengeur de mes fautes dans le soutien de ma faiblesse , l'arbitre de mon sort dans l'ami de mon cœur: Memor fui Dei , et delectatus sum l. (Le

MEME

La raison toute seule nous porte à espérer l'infinie miséricorde, bien mieux qu'elle ne

la prouve.

Dieu est bon : voilà sans doute ce que nous disent nos lumières naturelles ; mais comment , mais jusqu'à quel point ; mais de quelle manière peut on se le rendre propice? C'est ici qu'elles s'arrêtent. Aussi , Chrétiens , avant que l'Evangile nous eût fait luire son flambeau, quel spectacle m'offre le monde ! Une crainte rampante

* Ps., LXUtlj .

2io NOUVELLE BlBLlOTHEQUB

a glacé tous les coeurs; que d'esclaves . qui se prosternent! que de barbares expiations ! que d'autels gémissant sous le poids des hécatombes ! Tout tremble. Disons-le hautement: il nous fallait le Dieu de l'Evangile pour calmer nos frayeurs et dissiper nos défiances : lui seul est le Dieu des pécheurs. Quel Dieu, mes frères ! et qui me donnera d'ouvrir à vos yeux son cœur adorable; de me perdre avec vous dans cet océan sans rives et sans fond, dans ses immenses dimensions, dans la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de cet abîme qui surpasse toute connaissance? Parlez donc à ma place, sacrés organes delà Divinité; peintres sublimes que dirigea l'éternelle sagesse, prêtez-moi vos traits brûlans et vos images ravissantes; et vous, Esprit vivifiant, souffle immortel de Dieu même, fondez la glace de mon cœur, et que mes paroles, toutes de feu comme celles d'Elie, portent dans l'ame de mes auditeurs la douce paix de la confiance avec la flamme du sentiment.

Eh! qui peut ne pas la sentir, cette divine flamme, à la vue d'un Dieu qui donne à son amour des traits aussi touchans, des caractères aussi aimables? Les soins empressés de l'amour: il nous garde comme la prunelle de son œil; il nous visite dès l'aurore; il est avec nous, soit que nous passions les mers, soit que nous ayons à craindre le feu ou la tempête; il connaît toutes ses brebis, il les appelle chacune par leur nom, il marche toujours devant elles: Ante easvadit1. Les doux reproches de l'amour: que pouvais-je faire de plus à ma vigne2 ? Jérusalem , combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfans, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes 5! Jai nourri des enfans, je les ai élevés au comble de la gloire, et ils m'ont méprisé 4; j'étends mes bras tous les jours vers un peuple contredisant et rebelle5. La constance de l'amour : je suis à la porte de votre cœur et je frappe6. Il ne se rebute pas, il frappe; vous faites la sourde oreille : n'importe; il frappe toujours malgré vos résistances. Que les hommes s'offensent d'un refus il ne connaît pas ce faux point d'honneur; vos rigueurs pourront l'affliger: elles ne l'arrêteront pas; plus vous vous obstinez plus il persistera; et il vous fera souvent douter, à force d'importunités, s'il ne serait pas plus doux de lui ouvrir que de lui résister. Les larmes de l'amour : il pourrait lancer la foudre, le tonnerre n'attend qu'un seul de ses regards pour servir ses vengean-

* Jean, x, 4. — * Is., v, 4. — 3 Matth., xxin, 37. — 4 Is., i, 2. — 5 Ibid., lxv, 2. — 6 Apoc , m, 20.

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ces; et il s'attendrit sur notre sort, et il déplore la perte du pécheur, ainsi que celle de Jérusalem , et il laisse couler ses pleurs : dussions-nous les regarder comme les preuves de sa faiblesse ou le désespoir de sa toute-puissance : Flevit super illam 4. Les prévenances de l'amour : voyez comme il reçoit cet enfant coupable que la nécessité , bien plus que le remords , traîne vers la maison paternelle. L'attendre : ah! c'est trop peu pour son cœur impatient; il faut voler à sa rencontre, il faut lui épargner la honte du retour. Loin de ce tendre père ces calculs d'une dignité qui craindrait de se compromettre. Ce fils ingrat n'a pas encore ouvert la bouche, et son père l'a entendu ; il n'a pas encore manifesté son repentir, et il est absous ; il devrait être aux pieds de l'auteur de ses jours, et il est déjà dans ses bras. Les artifices de l'amour: que ne fera-t-il point pour conquérir nos cœurs! Il prendra tous les langages, il empruntera toutes les formes; insensibles, il nous attendrit ; rebelles, il nous épouvante; timides, il nous encourage : il oublie nos injures pour ne se plaindre que de nos malheurs ; il ne nous parle de nos crimes que sous le nom de nos misères. Faut-il s'accommoder à nos penchans, descendre même jusqu'à nos faiblesses, il se montrera parmi nous comme l'un de nous, pauvre, infirme, faible, souffrant; semblable à ce pasteur ingénieux qui se couvre de la toison de ses brebis pour les attirer plus sûrement à lui. Le désintéressement de l'amour : il s'oublie lui-même, il ne cherche que nous: il a bien moins à cœur ce que nous lui devons que ce que nous nous devons à nous-mêmes. Goûtez et voyez , nous dit-il 2 , combien le Seigneur est doux; pourquoi vous rebuter? Essayez au moins mon fardeau avant que de vous plaindre. Vous me auiltez , ingrats ! et pour qui ? Pour le monde ! Servez-le , j'y consens , s'il peut jamais vous rendre heureux : oubliez ma grandeur, oubliez ma puissance; fuyez-moi si mon joug n'est pas doux et léger; mais si sans moi la joie n'est qu'une erreur, le bonheur qu'un mensonge, mon fils, donnez-moi votre cœur. Les transports de l'amour : enfin , il l'a trouvée, cette brebis chérie ; qu'il lui en a coûté de peine! enfin il l'a trouvée! O moment! ô bonheur! qui pourra le dépeindre? Ce n'est plus de la joie, c'est une ivresse. Parens , voisins, amis , accourez; venez tous pour le congratuler ; son cœur, trop plein de sa félicité, cherche partout des compagnons qui la partagent : Congratulamini mihi 3. Enfin l'excès, l'héroïsme de l'amour: les doux noms de défenseur, d'ami, d'époux, de

1 Luc, xix, 41. — J Fs. xxxin, 8. — 3 Luc, xr, 6.

père même, n'expriment point assez tout ce que sent son cœur. Craignant toujours de ne pas rassurer entièrement, il veut encore se montrer à nous rempli de la tendresse dune mère... Une mère ! O vous qui portez ce nom vénérable, dites-nous ce que c'est que le cœur d'une mère; vous seules pouvez le définir. Expliquez-nous, s'il est possible, quels furent vos ravissemens lorsque l'enfant de vos douleurs vous sourit pour la première fois. Avec quelles extases vous contempliez ses traits purs et ses grâces naïves! avec quels transports vous reçûtes ses premières caresses! avec quelles palpitations vous le pressiez sur votre sein! Racontez-nous encore comme vous vous plaisiez à bégayer avec lui, comme vous condescendiez jusqu'à ses moindres amusemens, comme vous saviez faire de ses jeux enfantins vos plus chères délices. Dites-nous de quels yeux le voyez-vous maintenant croître, s'embellir chaque jour, et retracer d'une manière plus sensible vos traits et votre image; comment vous partagez et ses succès et ses disgrâces; comment enfin tous vos désirs et toutes vos passions vont s'absorber et se confondre dans ce cher et unique objet. Ah! le cœur d'une mère, c'est le chef-d'œuvre , c'est le miracle de la nature : eh bien ! tel est le cœur de Dieu. En est-ce assez? Non, Chrétiens; quand même une mère oublierait son enfant } moi, je ne vous oublierai jamais *. Pécheurs , qui ne voyez entre les mains de Dieu que le glaive et la foudre, serez-vous donc enfin satisfaits? Que désirez -vous davantage? Comment auriez-vous donc voulu que Dieu s'expliquât? Que pouvait-il faire de plus pour calmer vos alarmes? Trouvez, s'il est possible, des images plus douces , des expressions plus tendres ; et s'il vous eût été permis de faire Dieu à votre gré , auriezvous pu le rendre et plus touchant et plus aimable ? (Le même.)

Bonté de Dieu.

C'est un père, c'est une mère, c'est une nourrice. « Une mère « peut-elle oublier son enfant qu'elle a porté dans son sein ? Et « quand elle l'oublierait, je ne vous oublierai pas1,» dit le Seigneur. « Le Seigneur ton Dieu t'a porté sur ses bras comme un petit « enfant 2. Comme un aigle qui porte ses petits, qui étend ses ailes « sur eux, qui vole sur eux, et les provoque à voler. » Ainsi Dieu ne détourne point ses regards de dessus son nid, « et le garde « comme la prunelle de son œil 3. Il nous porte à ses mamelles

i Is., xlix, 15. — » Ifcid., i, 51. — 3 Deut., xxxn, 10, 11.

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« pour nous allaiter, il nous met sur ses genoux; »~et, non content de nous nourrir, il joint à la nourritureles tendresses et les caresses : « Comme une mère caresse son enfant qui suce son lait, « ainsi je vous consolerai *, » dit le Seigneur.

Plus que tout cela: c'est un amant passionné, c'est un tendre époux. « Voici ce que dit le Seigneur à Jérusalem, à lame fidèle: « Quand tu es venue au monde, tu étais dans l'impureté » de ton père Adam, dont tu avais hérité la corruption et le péché. « On ne « t'avait point coupé le nombril, tu n'avais point été lavée d'eau, « ni salée de sel, ni enveloppée dans des langes. Personne n'avait « eu compassion de toi , ni ne t'avait regardée d'un œil de pitié. « Exposée et jetée à terre comme un avorton par un extrême mé- « pris dès le jour de ta naissance , tu n'étais que pour ta perte , « et personne n'avait soin de toi 2. » Voilà quelle est par elle-même la nature humaine, conçue en iniquité et dans le péché. « Alors, « dit le Seigneur , je t'ai vue en passant pauvre et délaissée , et « pendant que, souillée encore de ton sang, » et toute pleine d'impureté de ta naissance, tu n'avais rien qui ne fit horreur, et que tu étais livrée inévitablement à la mort, « je t'ai dit : Je veux que «. tu vives. Vis, malheureuse ame, c'est moi qui te le dis ; vis, « tout horrible que tu es dans l'impureté de ton sang , » dans l'ordure de ton péché. C'est ainsi que Dieu parle à l'ame qu'il lave par le baptême.

Mais ce n'est pas là qu'il borne ses soins : « Tu croissais, dit le « Seigneur; ta raison se formait peu à peu, et tu devenais ca- « pable des ornemens qu'on donne à de jeunes filles 5, » des vertus dont il faut parer les âmes dès leur jeunesse. Tu commençais à pouvoir porter des fruits ; « et tu étais parvenue à l'âge qui donne des amans. » Mais de peur que tu n'en prisses qui fussent indignes de toi, je me suis présenté moi-même à tes désirs. « J'ai passé, et « je t'ai vue en cet âge ; » et quoique tu fusses nue et pleine de confusion, sans raison, sans règle par toi-même et dans tes premiers désirs, je t'ai épousée, je t'ai appelée dans ma couche et à des embrassemens qui purifient l'ame ; j'ai contracté avec toi un mariage éternel. « J'ai fait une alliance avec toi; j'ai juré par « ma vérité que je ne t'abandonnerais pas , et tu< es devenue « mienne; je t'ai lavée d'une eau sainte. » Dès les premiers jours de ta naissance, où je t'avais ordonné de vivre, tu avais déjà été purgée par l'eau du baptême ; mais il a fallu te laver encore des

1 Is., lxvi, 12, 13. — a Ezech., xvi, 2, 5, 4, 5, 6. — 3 Ezcch., xvi, 7, 8, 9, 10.

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mauvais désirs que la racine impure de ta convoitise poussait sans cesse. L'impureté du sang dont tu étais née était encore sur toi : je l'ai ôtée par de saintes instructions, et j'ai mis sur toi toute la sainteté de ton baptême; « et je t'ai ointe d'une huile sainte,» par l'abondance de mes grâces ; « je t'ai donné des habits de diverses « couleurs ; je t'ai ornée de toutes les vertus, et je t'ai chaussée « avec soin des plus belles peaux; je t'ai environnée d'habits de « fin lin qui sont les justices des saints, et je t'ai revêtue des « choses les plus fines * ; » je t'ai ôtée par ma grâce tes désirs grossiers et charnels.

Mon amour a été plus loin , et ne voulant pas seulement que tu fusses nette et pure , mais encore riche et opulente : « Je t'ai don- « né les grands ornemens , des bracelets dans tes bras , un riche « collier autour de ton cou, des cercles d'or et des pierreries pen- « dantes à tes oreilles , et une couronne sur ta tête. Tu reluisais « toute d'or et d'argent, et tout était riche et magnifique dans tes « habits. Je te nourrissais de ce qu'il y a de meilleur et de plus « exquis. » Toutes les douceurs étaient servies sur ta table. Par ces ornemens, par ces soins, « ta beauté avait reçu un si grand éclat « que tout le monde en était ravi. Je t'ai élevée jusque dans le «trône. Tout l'univers ne parlait que de ta beaulé, de cette » beauté que moi seul je t'avais donnée, dit le Seigneur Dieu 2, » qui suis le beau et le bon par excellence, et Fauteur de toute beauté et de tout bien dans mes créatures.

Regarde, ame chrétienne, quel amant, quel époux t'a été donné : il t'a trouvée étant laide; il t'a faite belle ; il n'a cessé de t'embellir de plus en plus; il a prodigué sur toi tous ses dons, toutes ses richesses; il t'a placée dans son trône; il t'a faite reine; ses anges t'ont admirée comme l'épouse du Roi des rois, comme reçue dans sa couche, unie à son éternelle félicité. Comblée de sa gloire et de ses délices, qu'avais-tu à désirer, ame chrétienne, pour connaître toutes les bontés et tout l'amour de cet époux bienfaisant ? (Bossu et, Elévations ï)

La vie de Jésus-Christ nous prêche la miséricorde.

0 vous , qui regardez votre Dieu comme un maître inflexible , dont l'implacable sévérité exige ce qu'il n'a pas donné, et moissonne ce qu'il n'a pas semé, quels auraient été vos sentimens si

1 Apoc, xix, 8. — * * Ezech., xvi, 11, 12, 13, 14.

vous l'eussiez vu dans l'étable de Bethléem, sous la forme la plus douce et la plus aimable, sous les traits d'un enfant pauvre , qui intéresse par ses pleurs, ses charmes et sa faiblesse; si vous eussiez percé l'auguste obscurité de sa vie privée, pour l'admirer dans un humble atelier aux pieds de Marie et de Joseph; si vous l'eussiez suivi dans les fonctions laborieuses de son ministère, dans ses courses pénibles , tout couvert de sueur, épuisé de fatigues , allant de ville en ville pour évangéliser les pauvres, et y porter la concorde et la paix; si vous aviez contemplé de vos propres yeux ce charitable Samaritain, devenu l'ami de tous les affligés, l'appui de tous les faibles, ne faisant usage de sa puissance que pour guérir les infirmes, apaiser les flots et calmer la tempête; si vous aviez vu ce bon pasteur, dont la bouche distillait le lait et le miel, dont l'onction pénétrante s'insinuait si bien dans les cœurs; ce père aimable, simple dans ses manières comme dans ses vertus, entouré d'une foule de jeunes enfans qu'il bénit et qu'il embrasse, indulgent pour les plus grands pécheurs, jusqu'à rendre sa sainteté suspecte, ne dédaignant pas de visiter les publicains, et de se prêter même à la gaîté de leurs repas, agréant les parfums de la femme pécheresse, ne craignant pas de paraître enfreindre la loi du sabbat , dès qu'il s'agit de se montrer compatissant et charitable; si vous aviez été du nombre de ses disciples à qui il répétait sans cesse: Mes petits enfans, aimez-vous les uns les autres *; petit troupeau, ne craignez rien -, je vous aime comme mon Père m'a aimé 5! Chrétiens, répondez-moi : vous eût-il inspiré la crainte et la défiance? auriez-vous pu douter de sa miséricorde? Ah! un charme irrésistible vous eût entraîné malgré vous. Avec quel empressement l'auriez-vous abordé! avec quel zèle lui auriez-vous dit: Maître , je vous suivrai partout où vous irez 4! avec quels transports vous seriez-vous écrié : Jésus, fils de David, ayez pitié de moi J ! avec quelle confiance auriez-vous touché le bord de sa robe! comme ses regards tendres auraient ranimé votre espérance ! comme ses paroles divines auraient porté dans votre ame le calme et la consolation ! comme vous auriez passé rapidement du remords au repentir, du repentir aux larmes, des larmes à la joie, de la joie à l'amour ! Hommes de peu de foi, pourquoi douter encore? Ce même Dieu, qui, bien loin de vous alarmer, aurait été votre unique asile, ce médecin consolateur, qui aurait mis sur toutes vos

1 Joan, xiii, 33, 34.— 2kLuc, xu, 32. — 3 Joan , xv, 9. — 5 Matin-, vin, 9. — * Luc, xvin, 38.

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blessures un baume consolateur, vous tend encore les bras; du haut des cieux qu'il habite, il vous dit encore aujourd'hui : Venez à moi , et je vous soulagerai J ; maison d'Israël , pourquoi mourriezvous 2? Il a toujours les mêmes entrailles; il est toujours vivant, afin d'intercéder pour vous 5; il est tout aussi bon , tout aussi père dans la splendeur des saints que dans les humiliations de sa vie mortelle; et si du sein de l'immortalité, si du centre de sa puissance, il pouvait jamais oublier combien nous lui fûmes chers, ses plaies le lui rappelleraient bientôt , et crieraient miséricorde plus haut que nos péchés ne crieraient vengeance.

Hélas! qu'ai-je donc dit? qu'ai-je parlé de gloire, de majesté et de puissance? et pourquoi donc placer Jésus si loin de nous? Ne fait-il pas encore ses délices d'habiter parmi les enfants des hommes 4? Tournez vos regards vers l'autel : le voilà, cet Agneau de Dieu , plus simple et plus touchant encore qu'il n'était durant le cours de sa mission; voilà ce Jésus , le médiateur de la nouvelle alliance, voilà ce sang de l'aspersion qui parle plus favorablement que celui d'Abel 5. Approchez sans effroi; je ne vous conduis point à la tempête et à l'obscurité; plus de montagnes inaccessibles; plus d'éclairs, plus de foudres qui retentissent au loin; ce Jésus ne vous demande ici que l'amour; et l'amour, dit saint Jean, chasse la crainte 6. Ecoutez en silence; que dit à votre cœur tout l'appareil de ce sanctuaire , ces voiles mystérieux qui couvrent le Saint des saints, ce propitiatoire qui s'ouvre au gré de vos désirs cette table sacrée d'où personne n'est exclu, et où le père de famille vous force même de vous asseoir? Mes frères, pourquoi seriez-vous donc défians et timides: Quid timidi estis ~ ? Vous êtes dans ce temple comme investis de la miséricorde ; tout vous annonce le pardon , tout vous inspire la confiance. Ici c'est une eau salutaire qui met en fuite vos ennemis ; là une eau plus salutaire encore , qui vous régénère et vous sanctifie. Ici c'est un baume précieux pour vous fortifier et guérir vos blessures; là des tribunaux favorables où votre juge devient lui-même votre avocat; à côté ces portes saintes qui , comme celles du ciel , s'ouvrent sans distinction de places et de rangs; sur vos têtes, une voûte sacrée qui ne semble placée entre vous et le ciel que pour en repousser la foudre; partout des autels, des prêtres, des oblations; le sang de Jésus-Christ qui coule à grands flots, qui ruisselle et qui vous

*Matth., *i, S8.— * Ezech., xxvni, 51.— ' Heb., vu, 24. — 4 Prov., tiii, 31.— s Hebr., xir, 24, — 6 Joan., iv, 18. — 7 Matth., vin, 26.

inonde. O mes frères! encore une fois, pourquoi donc ètes-vous timides? tâwd timidi estis? (M. de Boulogne.)

Rien ne peut autoriser dans une ame chrétienne le découragement ou la défiance.

Dieu est infiniment juste : mon crime est trop grand pour en obtenir le pardon ; il faut , pour me sauver, un miracle de la grâce : telles sont, Chrétiens, les raisons spécieuses dont la fausse crainte se sert pour nous décourager, et dont la réfutation va servir de nouvel aiguillon à notre confiance et de nouveau triomphe à la miséricorde de Dieu.

Dieu est infiniment juste! Oui, sans doute, mes frères, venez l'apprendre de Job. Si l'on compare l'homme à Dieu , dit-il , il sera toujours trouvé coupable; quand la vertu habiterait en moi, je prierais encore mon juge de me pardonner; quand mes mains seraient aussi brillantes que le soleil, votre lumière, Seigneur, les ferait paraître impures *. Ah! il n'ignorait donc pas que Dieu est infiniment juste ; mais que conclut-il de tout ce qu'il vient de nous apprendre? que quand même il serait écrasé sous la main du Tout- Puissant, il espérerait toujours en lui: Etlamsi occident me , in ipso sperabo -.

Dieu est infiniment juste! Oui sans doute; entendez encore le Prophète : Si vous observez mes iniquités , qui pourra , ô mon Dieu, se soutenir devant vous? J'ai craint à la vue de vos jugemens; ils sont pour moi un abîme impénétrable 3. Ah! il n'ignorait donc pas que Dieu est infiniment juste! cependant qui eut jamais plus de confiance? Avec quel attendrissement lève-t-il les yeux vers la montagne d'où lui vient son secours! avec quelle magnificence ne chante-t-il pas la multitude des divines miséricordes, et dans quels transports ne fait-il pas retentir ces paroles si tendres, ô mon Dieu! ô ma miséricorde : Deus meus! misericordia nie a 4 !

Dieu est infiniment juste! Et voilà pourquoi vous devez craindre, mais non pas désespérer; et voilà pourquoi je vous exhorte à vous humilier sous sa main puissante, et non à méconnaître sa main miséricordieuse et paternelle; et voilà ce qui doit vous rendre actifs et vigilans, et non lâches et pusillanimes. Redoublez donc vos jeûnes, vos prières et vos aumônes; que vos soupirs n'en soient

» Job, iv, 17; ix, 15, 50. — 2 lbid., xtn, 15. — 3 Ps. cxxix, 3 ; cxmn, 12; xxxy, 7. — * lbid., cxx, 17; lviii, 18.

2l8 NOUVELLE BIBLIOTHEQUE

que plus ardens et vos larmes plus abondantes ; mais ne vous méfiez pas; espérez même d'autant plus que vous crai<givpz davantage, puisque la crainte est un don de Dieu, le commencement de la sagesse , et qu'elle devient ainsi et le gage de votre pardon et le motif de votre espérance.

Dieu est infiniment juste: mais , Chrétiens, s'il est juste, il est aussi Sauveur : Justus et sahator l. Nouveau Melchisédech, s'il est roi de justice , il est aussi roi de paix. D'où vient donc , mes frères, cette tristesse qui va jusqu'à la mort? Voudriez-vous donc nous dire que vous ne sauriez accorder l'excès de sa miséricorde avec sa sainteté et sa justice? Yaine sollicitude! inquiétude superbe! Laissez à Dieu le soin de concilier ces deux attributs, travaillez à fléchir, et non à expliquer sa justice. C'est à lui à soutenir ses droits , c'est à vous à implorer ses grâces. Insensés ! supposez-vous condamnés à la mort, et prêts d'aller périr dans un affreux supplice. Le prince, touché de votre sort, consent à vous absoudre, et révoque la sentence : que feriez-vous alors? et quel nom devrait-on vous donner, si, au lieu de bénir votre libérateur et d'arroser ses pieds des larmes de la joie et de la reconnaissance, vous osiez discuter froidement s'il a pu ou dû vous faire grâce?

Mais mon crime est trop grand pour en obtenir le pardon ! Ah ! sans doute il est trop grand , et il l'est mille fois plus que vous ne sauriez le dépeindre. Il a osé attaquer l'Eternel jusque sur son trône, il a contristé l'Esprit-Saint , il a crucifié de nouveau le Roi de gloire. Sans doute, il est trop grand, il a coûté le sang d'un Dieu , il le profane , il le rend chaque jour inutile ; sans doute il est trop grand, et si Dieu n'eût regardé la face de son Christ, ce péché eût resté éternellement sur vos têtes. Mais puisque le ciel est désarmé, mais puisque Dieu s'est fait péché pour nous, nous opposerons sans cesse le sang d'un Dieu à la grandeur de nos forfaits, les mérites d'un Dieu à 1 indignité de l'homme, les souffrances d'un Dieu à la faiblesse de nos expiations; et nous dirons toujours anathème à l'insensé qui croira que Dieu n'a pas été aussi fort pour nous sauver que nous le sommes pour nous perdre.

Votre crime est trop grand pour en obtenir le pardon ! Ah! mes frères, vous dites encore plus vrai que vous ne pensez. Il est d'autant plus grand que vous ne le connaissez pas, d'autant plus grand qu'il est la source de tous les autres, d'autant plus grand qu'il vous ferme l'entrée du cœur de Dieu , et qu'il tarit la source de ses

1 Zach., ix, 9.

grâces. Ce crime, ne l'oubliez jamais, c'est la défiance. Oui, sans doute, s'il est un crime irrémissible, c'est celui-là. Ce ne fut pas après son fratricide que Caïn pouvait dire : Mon crime est trop grand, mais quand il eut désespéré de la bonté de Dieu. Eh quoi ! mes frères, seriez-vous donc plus coupables que Dieu n'est bon ? seriez vous donc plus misérables que Dieu n'est riche ? La foi ne vous dit-elle pas que la grâce abonde là où le péché avait abondé ; que Dieu compte bien moins vos crimes que vos efforts pour retourner à lui; que plus vos péchés sont grands, plus ils ajoutent au triomphe de sa miséricorde ; qu'il faut alors vous écrier avec le Prophète: Pour la gloire de votre nom, ô Dieu, soyez propice à mon péché, car il est énorme : Multum est enim * ?

D'ailleurs, mes frères, voudriez-vous donc être plus justes et plus sévères que Dieu même? Ne serait-ce point ici un raffinement d'amour-propre? ou bien voudriez-vous nous apprendre que vous êtes indignes des grâces du ciel, et que Dieu, pour vous sauver, doit faire en quelque sorte violence à sa justice? Ah! nous l'avouons avec vous; mais nous savons en même temps, avec le Sage, que la miséricorde de Dieu est aussi grande que son essence 2. Nous savons , avec Isaïe, que la terre s'usera comme un vêtement, que les montagnes s'écrouleront, et que sa miséricorde sera toujours la même 3. Nous savons, avec Michée, que, si nous retournons sincèrement à lui, il jettera nos crimes dans la profondeur de la mer 4. Nous savons, avec Joël, que sa bonté est au dessus de notre malice, prœstabilis super malitia "\ Nous savons enfin, avec Jésus- Christ, que celui qui croit en lui, fût-il mort, vivra et ne mourra jamais, non morietur in œternumQ.

Et quel est donc , mes frères , ce crime si énorme qui vous épouvante ? L'homicide? mais il fut pardonné à David; l'idolâtrie? elle fut pardonnée à Mariasses; l'injuste détention du bien d'autrui? ce crime fut remis à Achab ; la persécution des Prophètes? mais saint Paul devint un vase d'élection; l'adultère? mais la femme de l'Evangile fut renvoyée absoute; les concussions et les rapines? mais Zachée reçut dans sa maison sa grâce et son salut; le parjure? mais saint Pierre l'effaça par ses larmes; le scandale d'une vie licencieuse? mais la Samaritaine, mais Madeleine, trouvèrent dans Jésus-Christ un médecin et un père. ( Le même. )

1 Ts.xxiv, 11. — «Ecclcs., 11,53. —* If., lv, 10. — *Mich., vu, 19. — s Joël, ii, 13. — « Ibid., xi, 26.

La miséricorde de Dieu se manifeste même dans ses menaces aux pécheurs.

On pourrait en douter, si lui-même n'avait manifesté en vingt endroits la sainte profusion de sa miséricorde. La conversion d'un pécheur qui fait pénitence est une fête pour le ciel et pour les anges répandus sur la terre. Prends courage, ame pénitente; considère attentivement en quel lieu l'on se réjouit de ta conversion. Eh! qu'a voulu nous faire entendre le Sauveur par ses paraholes de la drachme retrouvée, de la brebis égarée ramenée au bercail? Pour une brebis qui s'égare, le berger n'a-t-il pas son troupeau qui lui reste, et qui lui doit être plus cher qu'une seule brebis? Non : celle-là lui fait oublier toutes les autres ; c'est après celle-là qu'il court; et, quand il l'a trouvée, il la charge sur ses épaules, sans plus songer à la fatigue qu'elle lui a déjà coûtée. Et cet enfant prodigue que l'excès de sa misère a ramené enfin sous le toit paternel, quel empressement de la part de ce miséricordieux père à lui ouvrir sa maison! avec quelle bonté il l'accueille! Il tue le veau gras, et célèbre un banquet de réjouissance. Eh! pourquoi non ? il a retrouvé le fils qu'il avait perdu , et ce fils qu'il a gagné de la sorte lui est devenu plus cher encore. Quel est le père dont il s'agit ici? Eh! quel père sait l'être comme Dieu? Vous êtes son fils, tout prodigue que vous êtes; votre nudité n'empêche pas qu'il ne vous reçoive. Il lui suffira que vous soyez revenu à lui , et votre retour lui donnera plus de joie que toute la fidélité des autres, pourvu toutefois que votre repentir soit sincère, que la comparaison du dénûment où vous vous êtes plongé, avec l'abondance des biens de sa maison, vous fasse goûter vivement le bonheur d'y être rentré; que vous fassiez un éternel divorce avec les impures jouissances qui vous entraînèrent loin de lui ; qu'en allant vous jeter aux pieds de ce Père si justement courroucé , vous lui disiez : J 'ai péché , mon Père , et je ne mérite plus d'être appelé votre fils *. On se soulage du poids de ses péchés en les confessant, autant qu'on l'aggrave en refusant de les reconnaître. On témoigne en les reconnaissant que l'on veut satisfaire à Dieu ; en les dissimulant, qu'on y persévère. (Tertullien, De la Pénitence.)

1 Luc, xv, °Ji.

DES PREDICATEURS. 221

Mais il faut , pour se convertir, un miracle de la grâce !

Mes frères, cela peut être. Eh! pour qui donc sont les miracles de la grâce , s'ils ne sont pas pour les paralytiques de trente ans? Seront-ils donc pour les parfaits et pour les justes? Les miracles de la grâce ne coûtent rien à Dieu, dès qu'ils ont pour objet notre salut. Il ne fait presque point de miracles pour sa gloire : ils sont tous pour les intérêts de nos âmes. Mais ce miracle, il Faut au moins le mériter par sa confiance. Croyez-vous que je puisse vous guérir? disait Jésus-Christ j aux aveugles qui se présentaient à lui. — -Nous le croyons, répondirent-ils. — Eh bien ! qu'il vous soit fait selon votre foi. Et ils furent guéris. Mais ce miracle deviendrait inutile, il serait même impossible, si vous n'avez une foi entière. Dieu, tout puissant qu'il est, ne pourra même vous sauver, si vous n'espérez pas en lui ; votre défiance lui lie les mains , et c'est elle qui borne le pouvoir du Saint d'Israël 2.

Il faut un miracle de la grâce! Ah! mes frères, votre état est donc bien douteux, votre salut bien incertain , votre conversion bien difficile; et, puisqu'il faut que vous l'avouiez, il est donc bien à craindre que la mesure ne soit comblée, que vous n'ayez passé ce terme épouvantable où finit la clémence ? Et je n'hésite point à m'écrier ici : Malheur à celui qui attend son salut d'un miracle de la grâce ! Mais je dirai toujours : Heureux celui qui met son espérance dans le Seigneur 3 ! Je vous inviterai toujours à espérer contre toute espérance , et à vous écrier avec le Prophète : Dieu des puissances, Dieu des miracles, convertisseznous 4 !

Ah ! mes frères, ne nous dites donc point : Il n'y a plus d'espérance. Eh quoi! le bras du Seigneur s'est-il donc raccourci pour vous sauver, et son oreille serait-elle appesantie pour ne pas vous entendre •>? N'aurait-il donc qu'une seule bénédiction à donner? n'a-t-il pas appelé des ouvriers à la onzième heure ? et pourquoi vous souffre-t-il encore sur la terre ? pourquoi vous permet-il de venir encore dans ce temple ? pourquoi cet autel toujours fumant du sang de la victime ? Serait-il donc possible que toutes ces condescendances ne fussent qu'un vain jeu de sa part, ou qu'un ménagement cruel pour mieux vous perdre ? Se plairait il à vous

1 Matth., ix, 28. — 2 Is., xxxi, 1. — ' Psal. xxxiii, 5. — * Ibid., lxxix, 20. —

8 Is., MX, l.

abuser, et à vous offrir à chaque instant des moyens illusoires? Semblable à un ami perfide, ne vous tendrait-il les bras que pour vous trahir plus sûrement? Ah! s'il était vrai que ce Dieu n'eût plus sur vous aucun dessein de paix et de miséricorde, il n'aurait qu'à retirer sa main , et vous seriez perdus.

Il n'y a plus d'espérance! Mes frères, tel fut autrefois le langage des Israélites, quand le prophète Jérémie les invitait de la part de Dieu à faire pénitence. Nous sommes désespérés , lui dirent-ils: Desperavimus ; et ils en conclurent qu'il fallait que chacun d'eux vécût au gré de ses désirs, et suivît les penchans de son cœur : Et unusquisque pravitatem cordis sui mail faciemus 1. Prenez-y garde, Chrétiens; ne serait-ce point ici par hasard la conséquence favorite que vous voudriez tirer ? Est-ce donc l'espérance qui vous manque, ou l'ascendant de vos passions qui vous entraîne? Ne voudriez-vous pas dire qu'il est trop difficile de briser vos chaînes, trop pénible de renoncer à des plaisirs si doux? Ne confondriez-vous pas le désespoir de votre salut avec la peine de quitter le monde, avec la crainte de sacrifier vos goûts les plus chéris? Êtes-vous sans espoir, ou bien sans force et sans courage? Sondez bien votre cœur : quelle est donc l'idée fatale qui vous désespère? Serait-ce le regret d'avoir perdu Dieu, ou la crainte de le retrouver? Croyez-vous sincèrement que tout chemin vers lui vous soit fermé, ou ne tremblez-vous pas que la voie ne soit trop étroite ? Pleurez-vous le mal que vous avez fait, ou celui que vous avez mérité? Non , ce n'est pas la justice de Dieu qui vous alarme, mais la pénitence qui vous coûte. Si le repentir n'avait aucune suite, j'en appelle à votre témoignage, diriez- vous : Il n'y a plus d'espérance ?

Il n'y a plus d'espérance! Non, Chrétiens, vous ne le croyez pas* un cri puissant s'élève en ce moment au fond de vos cœurs, et condamne bien plus éloquemment que toutes nos raisons ce sentiment funeste. Je suppose, mes frères, que l'Enfer s'ouvrît en ce moment sous vos pieds, et que les flammes dévorantes vinssent chercher dans cet auditoire les coupables qui désespèrent de la bonté de Dieu. Je le demande ici : quels seraient alors vos sentimens ? quelle impression ferait sur vous un si grand danger? Iriezvous en furieux , vous précipiter dans l'abîme ? Ah ! il me semble vous voir courir dans ce sanctuaire , vous prosterner aux pieds de cet autel, embrasser tendrement cette croix adorable, investir tous

» Jerem.,xvm, 12.

DBS PRÉDICATEURS. 2^3

nos tribunaux; je vous entends appeler à grands cris sur vos têtes le sang de Jésus-Christ, implorer avec larmes ses anciennes miséricordes, et lui dire : O mon père, par vos opprobres, par votre croix, grâce! grâce; voudriez-vous perdre l'enfant de vos douleurs , le prix de vos souffrances? mon père , mon père : Pater mi, pater mi M Eh quoi ! Chrétiens , pourquoi donc ne pas faire maintenant ce que vous feriez alors ? pourquoi votre confiance sera-telle moins vive, parce que le danger est plus loin de vous? Par quelle inconséquence faut-il que vos vaines terreurs augmentent, à mesure que vous avez plus de temps pour vous sauver ? et puisque vous vous sentiriez alors plus forts que toutes les puissances de l'Enfer, pourquoi donc êtes-vous maintenant moins forts que vous-mêmes ?

Il n'y a plus d'espérance ! Mais que fais-je ici , mes frères ? peutêtre voulez-vous que je porte encore plus loin les divines miséricordes ; peut-être exigez-vous que je promette le lendemain au pécheur impénitent; peut-être demandez-vous à être couronnés sans avoir combattu; peut-être voulez-vous que je vous garantisse que Dieu ne viendra point vous surprendre pendant la nuit; peutêtre attendez-vous que je vous dise que votre conversion est l'ouvrage d'un moment, ou que la grâce guérira toute seule vos plaies invétérées. Ah! Chrétiens auditeurs, si tels étaient vos sentimens , nous vous livrerions sans ménagement à votre désespoir, et nous dirions, et nous répéterions sans cesse, et nous nous écrierions mille fois plus haut que vous : Non, non, il n'y a plus d'espérance.

Mais pourquoi donc est-il besoin de discussions, quand nous pouvons, par des faits éviclens, célébrer la bonté divine, et confondre à jamais vos vaines objections ? Depuis long-temps la voix de nos iniquités s'est élevée jusqu'aux cieux. Le débordement est si grand que Dieu semble nous demander, comme autrefois par son Prophète Jérémie : Quel est donc parmi vous celui qui peut encore mériter ma clémence? Super quo propitius tibi esse polero^? Oui, dit le Prophète, le Seigneur a regardé du haut des cieux, pour voir s'il y aurait encore quelqu'un sur la terre qui eût le don d'intelligence, et qui recherchât son Dieu : Dominas de cœlo prospexit r» ; et il y a vu la vertu, depuis long-temps errante et fugitive, chercher vainement parmi un déluge de crimes quelque heureux asile où elle pût, comme la colombe de l'arche , se repo-

1 Matih., xxvi, 39. — a Jerem., v, 7. — 'Ps. un, 2.

ser en paix; et il y a vu les hommes endormis dans une pesante léthargie, tous devenus inutiles à la patrie et à leurs frères, pas un seul qui fasse le bien ; et il y a vu un oubli général de Dieu et de ses lois, de l'éternité et de ses suites , les scandales devenus si communs dans la société , tous les crimes justifiés par leurs succès, toutes les injustices consacrées par leur grandeur, l'intérêt dessécher et avilir toutes les âmes, la fortune devenir le seul et unique Dieu , le luxe corrompre tout à la fois et le riche qui l'étalé, et le pauvre qui le désire ; la religion même n'être plus pour les uns qu'une politique, pour les autres qu'un jeu, presque pour tous qu'une habitude. Le Seigneur a regardé du haut des cieux : Dominas de cœlo prospexit ; et il a vu dans cette reine orgueilleuse des cités ce peuple brillant et frivole, plus jaloux de ses modes que de ses principes , qui croit avoir des mœurs parce qu'il a des agrémens , et qui supplée à l'indigence de ses vertus par le faste de ses paroles; ce peuple qui aspire à la réputation de franchise, et qui met toute l'humanité en étiquette, tous les devoirs en cérémonies, toute la morale en problème; ce peuple doux et barbare, toujours riche pour les spectacles et avare pour les malheureux; ce peuple poli et licencieux, pour qui l'homme d'honneur n'est pas l'homme de bien, et chez qui la jeunesse montre une perversité précoce, et se joue de bonne heure avec tous les vices ; ce peuple charmant et abominable, dont les excès ne sont que desraffinemens monstrueux qui n'ont plus de nom dans la morale.

Le Seigneur a regardé du haut des cieux : Dominus de cœlo prospexit; et il a vu cette Babylone, cette princesse des provinces en devenir la corruptrice, et leur faire acheter par la perte de toutes leurs vertus la connaissance de quelques arts frivoles; il l'a vue communiquer encore plus loin sa contagion et sa perversité, enivrer tous les peuples de la terre du vin de sa prostitution , offrir à l'univers entier toutes les règles de l'iniquité , toutes les lois de la licence, et se glorifier de devenir ainsi le scandale et l'opprobre

de toutes les nations Il l'a vu î et il n'a pas lancé sa foudre ,

et l'Ange exterminateur n'a pas tiré le glaive , et le ciel n'est point devenu d'airain, et nos campagnes n'ont point été frappées de stérilité, et nous jouissons encore de la rosée du ciel et de la graisse de la terre, et l'abîme ne s'est point ouvert pour nous engloutir, et il se contente de nous dire : Vous avez fait tout cela et

je me suis tu 1 ! et dix justes qui se trouvent peut-être dans cette

1 Ps. XLIX, 21.

ville criminelle le désarment entièrement et obtiennent grâce pour les coupables ! Ah ! mes frères , pourquoi perdrions-nous donc le temps à discourir? Ne toucbons-nous pas comme au doigt toutes les richesses de la patience et de longanimité du Seigneur? et l'excès de ses divines miséricordes n'est-il donc pas aussi évident, que l'excès de nos crimes est sensible et palpable? (M. de Boulogne.)

Péroraison.

Grand Dieu ! je ne cesserai donc jamais de publier l'immensité de vos miséricordes, et je m'applique ici les paroles de saint Paul : Malheur à moi , si je n'annonçais pas l'Evangile : Vœ mihi, si non evangelizavero M Et qu'est-ce donc, ô mon Dieu, qu'annoncer l'Evangile? n'est-ce pas prêcher l'année d'indulgence , le temps favorable, le jour du salut? n'est-ce pas consoler ceux qui pleurent , guérir ceux qui ont le cœur brisé ? n'est-ce pas annoncer au monde la paix que vous lui avez laissée? Oui, mes frères, la paix; non ce repos léthargique qui retardait notre course, non ce sommeil de la conscience qui n'est pas loin de la mort ; mais ce calme précieux que l'on goûte dans les larmes d'un repentir sincère; mais cette joie du Seigneur, fruit consolant de la conversion; mais cette douce paix des enfans de Dieu qui ne se soutient que par l'amour et ne vit que par l'espérance. Ainsi, soit-il. (Le

MEME

Autre péroraison.

Mon Créateur, voici que j'ai beaucoup demandé, moi qui mérite si peu. Je l'avoue, bien loin d'être digne des biens que je demande, j'ai mérité une foule de supplices et de supplices épouvantables. Mais ce qui ramine ma confiance, c'est de voir les publicains, les femmes pécheresses , les voleurs, qui , un instant échappés de la puissance de l'ennemi, sont reçus dans le sein du bon Pasteur. En effet, mon Dieu, créateur de toutes choses, quoique vous soyez admirable dans routes vos œuvres, c'est dans l'ineffable étendue de vos miséricordes que vous vous montrez plus admirable encore. Aussi avez-vous dit vous-même par la bouche d'un de vos Prophètes : « Les miséricordes de Dieu sont au dessus de

1 I Cor., ix, 10.

tous ses autres ouvrages. » Et partant de voire peuple en général, dans des termes applicables à chacun de nous en particulier, vous avez dit encore : « Ma miséricorde ne s'éloignera jamais de dessus sa tête. » Car, Seigneur, vous ne méprisez personne, vous ne rebutez personne, vous ne haïssez personne, sinon le malheureux qui serait lui-même assez insensé pour vous haïr. Non seulement vous ne nous frappez pas dans votre colère, ô mon Dieu, ô mon appui, ô l'espoir de mon salut; mais vous comblez même encore celui qui vous a otfensé de tous les biens qu'il vous demande.

Malheureux que je suis, je vous ai offensé ; j'ai fait le mal en votre présence , j'ai provoqué votre colère , j'ai mérité votre haine, j'ai péché, et vous l'avez souffert: je vous ai abandonné, et vous me supportez encore. Si je me repens , vous me pardonnez ; si je reviens à vous, vous me recevez; que dis-je? Vous m'attendez si je diffère ; vous me rappelez quand je m'égare; vous m'invitez quand je résiste ; vous m'excitez quand je perds courage; vous m'embrassez quand je retourne à vous; vous me redressez quand je me trompe; vous me consolez quand je m'afflige; vous me relevez quand je tombe ; vous me guérissez après ma chute ; vous me donnez quand je demande ; vous vous offrez à moi quand je vous cherche; vous m'ouvrez quand je frappe à votre porte. O mon Seigneur, ô le Dieu de mon salut, je ne sais plus quoi vous opposer, j'ignore quoi vous répondre. Je n'ai plus d'excuse ; aucune retraite ne peut me dérober à vous. Vous m'avez fait connaître la bonne voie, vous m'avez appris à y marcher, vous m'avez menacé de l'Enfer si je m'en écarte, et vous m'avez promis la gloire du Paradis si je la suis. Maintenant , Père des miséricordes et de toute consolation, pénétrez-moi tout entier de votre crainte, afin que j'évite les châtimens dont vous m'avez menacé , et daignez me remplir de la joie de votre présence, afin qu'en vous aimant je puisse participer aux biens que vous me promettez. Vous êtes ma force, ô mon Dieu, mon appui, mon refuge et mon libérateur. Suggérez-moi vous-même ce que je dois penser de vous , apprenez moi comment je dois vous invoquer, et par quelles œuvres je vous apaiserai.

Je connais, oui, je connais un moyen de vous rendre propice, et un sacrifice que vous ne dédaignerez pas : un esprit contrit ; voilà le sacrifice qui vous est agréable ; et vous daignez accepter un cœur repentant et humilié. O mon Dieu! ô mon aide! enrichissez-moi de ce double don; donnez-moi ces deux grands pro-

DES PREDICATBURS. 21J

tecteurs contre l'ennemi, accordez-moi ce refuge contre les ravages des vices. O bon Sauveur! ouvrez-moi cet asile contre l'erreur des passions. Faites, Seigneur, que je ne sois pas du nombre de ceux qui croient quand le danger est loin , et qui se retirent au temps de la tentation. Ombragez ma tête au moment du combat soyez mon espoir aux jours de mon affliction, et mon salut aux momens de la tribulation. (Saint Anselme, Méditations.)

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