‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostolique (volume 2)Chapitre 15 sur 34 · PLAN ET OBJET DU TROISIEME DISCOURS SUR LA MISÉRICORDE DE DIEU · texte numérisé non relu

PLAN ET OBJET DU TROISIEME DISCOURS SUR LA MISÉRICORDE DE DIEU

EXORDE

Jésus dixit : Confide , fili.

Jésus dit : Mon fils, ayez confiance. (Maith., ch. ix.)

Il n'appartient qu'à l'Être infiniment puissant et bon d'exiger l'hommage d'une pleine et entière confiance en lui; sentiment si juste et dont il est si jaloux qu'il l'a gravé lui-même dans nos cœurs, puisque, à l'aspect d'un grand danger dans les alarmes imprévues, un mouvement naturel et indélibéré nous fait lever les yeux vers lui et implorer son secours. A la voix de la nature, la religion unit la sienne pour nous inspirer une vive confiance en l'Auteur de notre être, une confiance sans bornes qui embrasse tous nos intérêts, ceux du temps et de l'éternité.

Et pour ne parler que de ces derniers , qui sont les plus chers à l'homme éclairé des lumières de la foi , attendre de Dieu le bonheur céleste et les moyens nécessaires pour y parvenir; espérer qu'il nous accordera le pardon de nos crimes , quelque énormes qu'ils puissent être, si nous revenons à lui de tout notre cœur ; qu'il nous soutiendra dans les voies de la justice , quelle que soit notre faiblesse, si nous voulons sincèrement y marcher; qu'il nous tendra la main dans tous les périls de notre course mortelle, et que les secours de sa grâce , secondant nos efforts , nous introduiront dans le séjour de sa gloire : voilà cette espérance chrétienne , qui est le fondement de toute piété et un des premiers devoirs de tout fidèle.

Cependant, qu'elle est rare dans le Christianisme cette vertu divine qui tient un rang si distingué parmi toutes les vertus, et qui

ne le cède qu'à la charité ! Combien de Chrétiens en qui la confiance en Dieu, dans l'ordre de leur salut éternel, ou est entièrement éteinte ou ne jette qu'une lueur faible et mourante! Que de doutes! que de défiances, que d'injustes alarmes, qui la détruisent ou l'affaiblissent dans leur cœur ! Les uns, effrayés du nombre et de l'énormité de leurs péchés , n'envisagent le Dieu qu'ils ont offensé que comme un juge sévère et inexorable, qui leur a fermé le sein de sa miséricorde , et n'a plus pour eux que des anathèmes et des vengeances. Les autres, affligés, troublés de leurs infidélités journalières dans son service, ne portent plus son joug qu'avec peine, le regardent comme un maître dur et sévère, qui s'intéresse peu à leur sort , et se plaît à les punir dans toute la rigueur de sa justice. De Là qu'arrive- t-il ? d'un côté, comme il est impossible de revenir de ses égaremens sans la douce espérance d'en obtenir le pardon ceux-là , par un secret désespoir, rendent inutiles tous les bons désirs que la grâce met dans leur cœur, et ne se convertissent point ; de l'autre, comme tout état violent ne saurait être durable, ceux-ci, dévorés de tristesse et rongés de scrupules, à force de se rendre la vertu pénible et odieuse, n'ont plus le courage de la pratiquer et ne persévèrent point. C'est-à-dire que le défaut de confiance en Dieu dans un grand nombre de Chrétiens fait que les uns restent toujours pécheurs , les autres cessent enfin d'être justes.

Il importe donc de ranimer cette salutaire confiance, et dans le cœur des pécheurs qui veulent se convertir, et dans le cœur des justes qui veulent persévérer; c'est tout mon dessein et le sujet de votre attention. Ave , Maria, (L'abbé Richard , Sur la confiance en Dieu.)

Le défaut de confiance en Dieu, dans un grand nombre de Chrétiens, fait qu'ils restent

pécheurs.

C'est une grande et sublime pensée de saint Augustin que la miséricorde de Dieu se tient à la porte de l'Enfer, et que, parmi tous les pécheurs que leurs désordres entraînent vers ce lieu d'horreur et de désespoir, elle n'y laisse tomber aucun de ceux qui ont recours à elle : Ante fores gehennœ stat misericordia , et neminem eorum qui ad eam confugiunt sùiit in carcerem mitti. Mais combien de pécheurs n'ont point recours à la miséricorde de Dieu parce qu'ils ne la connaissent pas! Pécheurs, connaissez donc mieux le Dieu que nous adorons et que vous avez offensé ; connaissez sa

disposition sincère et constante à vous accorder votre pardon , le garant sacré et solennel qu'il vous a donné de votre pardon, la tendresse et la générosité qu'il fera éclater dans votre pardon; douces idées dont le développement vous découvrira les trésors et les charmes de la miséricorde divine , et fera succéder à vos frayeurs outrées cette sainte confiance , aussi nécessaire à votre retour dans les voies du salut qu'elle est conforme à l'esprit de la religion.

Non, le Dieu que vous avez offensé n'est point tel qu'une crainte excessive le peint à vos yeux, un Dieu cruel qui ne s'apaise point, qui ne se gagne point f qui ne pardonne point, et qui prenne plaisir à se repaître des maux de ses créatures. Vous détruisez son être , vous lui ôtez sa qualité de Dieu , en lui ôtant celle de Père. N'est-il pas, dit saint Paul, la source primitive de toute paternité et de toute bonté ? Ex quo omnis patemitas P Qui connaît mieux que lui le fond de son cœur, et quelle peinture nous en fait-il dans les livres saints? Ne nous dit-il pas que la miséricorde et la clémence en forment les principaux traits? qu'il a compassion de tous , parce qu'il peut tout, et que la tendresse d'unemèrepour son enfant n'égale point celle qu'il a pour l'homme, sa créature et son image? De là sa disposition continuelle à nous pardonner nos égaremens, dès qu'un humble repentir nous amène à ses pieds. Oui, à tout repentir sincère, grâce, grâce assurée de la part du Dieu bon. Ce décret adorable fut toujours dans son cœur, et il nous l'a manifesté dans mille endroits des divines Ecritures; et, si de simples promesses ne suffisent pas pour calmer nos défiances, il y ajoute les sermens les plus solennels.

Je sais que les mêmes livres saints où Dieu nous fait des promesses si consolantes et se montre à nous sous des traits si aimables nous offrent aussi une image effrayante de la sévérité de ses jugemens et de ses vengeances ; mais à travers ces menaces et ce redoutable appareil dechâtimens qu'il étale aux yeux des pécheurs, ne voyez-vous pas la répugnance de son cœur à les punir, et sa disposition constante à leur pardonner? La haine avertit-elle un ennemi qu'elle veut perdre? Comme l'éclair qui sort d'un sombre nuage, ses coups partent du sein de la dissimulation et du silence. Qui ne croirait que le Seigneur irrité eût résolu la ruine de Ninive , lorsqu'il envoya un prophète annoncer à ses habitans sa destruction prochaine? Ils s'humilient à ses pieds, et il leur pardonne. Ainsi les menaces du Tout-Puissant sont le langage de la clémence et de l'amour; elles ne sont faites que pour réveiller

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les pécheurs de leur assoupissement; c'est sa miséricorde qui parle, afin que l'on s'empresse de désarmer sa justice, et, lorsqu'il paraît le plus courroucé contre les transgresseurs de sa loi, leur grâce est encore dans son cœur, toujours prêt à se laisser toucher par leur repentir.

Hélas! dites-vous, est-il encore quelque grâce pour un pécheur tel que moi? A peine ai-je connu mon Dieu que j'ai vécu en guerre avec lui. Je n'ai avancé en âge que pour croître en malice; j'ai violé toutes ses lois, jai donné un lihre cours à toutes mes passions. Ma vie tout entière est un affreux enchaînement de crimes. Je ne puis en soutenir le spectacle sans tomber dans de mortelles frayeurs. Non , le Dieu que j'ai tant offensé ne peut plus me regarder que d'un œil de courroux. Tout en lui s'élève contre moi et me condamne , jusqu'à sa bonté que mes dédains et mes insultes doivent avoir changée en fureur.

Ah ! Chrétiens , dans cet affreux chaos de crimes où vous êtes comme ensevelis, ne voyez-vous pas luire un rayon d'espérance qui doit dissiper vos alarmes? C'est que, plus vos crimes sont énormes, plus le Seigneur est disposé à vous les pardonner, si votre cœur en gémit; pourquoi? parce qu'il fait tout pour sa gloire, nous dit-il lui-même, et que la gloire dont il se montre le plus jaloux dans les livres saints est de signaler, en pardonnant, cette bonté infinie qui est le fond de son être, et qui l'élève si fort au dessus des hommes; de sorte que l'état le plus haut et le plus divin où il puisse être par rapport à sa créature, la plus digne de ses vengeances est de lui pardonner : Exaltabitur parcens vobis * .

Les hommes savent peu pardonner, parce qu'ils sont faibles et méchans. Leur méchanceté se repaît avec un plaisir cruel des maux d'autrui. Leur faiblesse les met dans l'impuissance de réprimer ce mouvement aveugle que la raison condamne, et vous êtes perdu si vous avez encore leur disgrâce, et qu'ils puissent vous en faire ressentir les effets. Nous admirons ce petit nombre d'ames sublimes qui se sont illustrées par des traits extraordinaires de clémence; nous les regardons comme les plus belles images de la Divinité, parce que la Divinité est un fonds inépuisable de bonté, est la bonté même. Ce Dieu, dont la majesté infinie fait trembler les colonnes des cieux, veut être appelé le Dieu riche en miséricorde envers tous ceux qui l'invoquent. C'est pour la faire

1 Is., xxx, 18.

paraître avec plus d'éclat et de magnificence qu'il s'est plu dans tous les siècles à l'exercer envers les plus grands coupables. Manassès, Augustin, Thaïs et tant d'autres, monumens éternels de la miséricorde divine, vous crient que nul n'est exclu de son sein, et que les cœurs où le péché a régné avec le plus d'empire sont ceux où il aime à faire éclater le pouvoir de sa grâce et à répandre les richesses de sa bonté. La multitude même de vos crimes doit donc être la mesure de votre confiance. Si vous aviez moins offensé le Seigneur, il serait moins honoré du pardon qu'il vous prépare; mais , parce que vous n'avez point mis de bornes à vos excès et à vos attentats, vous en êtes plus propres à glorifier la plus adorable de ses perfections : c'est donc sur vous par préférence que sa miséricorde répandra ses faveurs, parce que c'est par vous que, se manifestant dans toute son étendue, elle lui procurerala gloire la plus chère à son cœur et la plus digne de lui : E x ait abitur par cens vains. Ainsi un pécheur qui dit à Dieu : Me voici à vos pieds, Seigneur, tout couvert de vos bienfaits et de mes crimes. L'oubli de tant d'ingratitude et d'outrages ne peut être que l'effet d'une grande miséricorde : je viens , sur les traces de ces heureux coupables qui la célébreront à jamais dans les cieux, implorer un pardon qu'il est de votre gloire de m'accorder. Le pardon des grands criminels est la gloire des grands rois; le pardon du plus grand des pécheurs sera le triomphe du Dieu bon. Votre miséricorde éclatera davantage en faisant grâce à un coupable digne de tous les supplices, que votre puissance ne se signalerait en appesantissant son bras sur une feuille que le vent emporte. Si vous étiez comme les hommes dont l'orgueilleuse faiblesse irritée des moindres injures ne respire plus que la vengeance, il ne me resterait d'autre partage qu'un affreux désespoir : mais, plusvous êtes grand et puissant, plus vous êtes miséricordieux. C'est sous les attraits ineffables de la bonté suprême que mon cœur vous adore , et rien n'en peut arracher la confiance qu'elle m'inspire : tous les châtimens du ciel seraient suspendus sur ma tête, tous les gouffres de l'Enfer seraient ouverts sous mes pas, que j'espérerais encore en elle : Etiamsi occiderit me, in ipso sperabo.

Un pécheur, dis-je, quia de tels sentimensdeDieu, et lui adresse une telle prière, lui rend l'hommage le plus juste et le plus glorieux qu'il puisse recevoir de sa créature; et sa confiance est un gage assuré de son pardon, puisqu'il est écrit que nul de ceux qui ont espéré en Dieu rr'a été confondu et trompé dans son attente : Nul lus speravit in Domino, et confusus est; au lieu qu'une défiance

DES PBEDICATEURS. o^y

injurieuse de sa bonté tarit la source de ses grâces, et nous laisse abandonnés à nous-mêmes avec nos misères et nos crimes.

A la disposition continuelle où est le Seigneur de vous pardonner, ajoutez, mes frères, le garant sacré et solennel qu'il vous a donné de votre pardon, et, pénétrés de reconnaissance, tombez aux pieds de sa miséricorde qui vous a mis entre les mains un titre respectable à sa justice même , et dont elle ne peut contester la valeur. Sa justice ! hélas ! dites-vous encore, c'est cette justice dont les droits sont si étendus, si inviolables, dont les éclats foudroyans jettent la terreur dans les âmes les plus justes, dont les arrêts sévères et irrévocables précipitent tous les jours dans les flammes tant de malheureux moins coupables que moi : c'est cette justice souveraine et infinie , ce sont les éclairs de sa fureur et le bruit de son tonnerre qui m'épouvantent et me consternent. Comme il faut qu'elle soit satisfaite, et qu'il n'y a point dépêché pardonné s'il n'est expié, comment défendre mon cœur du désespoir, n'ayant point à lui présenter la satisfaction qu'elle exige?

Mais quand vous lui présenteriez des années entières passées dans les pleurs, les gémissemens, les austérités, les expiations de la plus rigoureuse pénitence , que lui offririez-vous qui, mis dans la balance avec un seul péché , ne fût infiniment au dessous des châtimens qu'il mérite? Ah! pour trouver une satisfaction proportionnée à vos crimes, sortez de vous-mêmes ; élevez-vous jusqu'à Jésus-Christ, fixez vos regards sur ce Dieu mourant pour le salut des hommes. C'est pour vous, pour expier vos crimes, pour obtenir votre grâce qu'il s'est immolé sur la croix. Ce Fils unique égal à son Père, l'image de sa splendeur et l'objet de sa tendresse, vous appartient avec toutes ses satisfactions et tous ses mérites. Riche de Dieu même, osez tout espérer, dit saint Bernard : si vos dettes envers la justice divine sont immenses, vous avez un trésor plus que suffisant pour les payer. S'il lui faut une victime, vous lui en offrirez une d'une valeur, d'une dignité infinie. Qu'elle mette votre pardon à si haut prix qu'elle voudra, vous avez de quoi la satisfaire, les mérites et les expiations d'un Homme-Dieu, ses larmes et ses plaies, ses souffrances et son sang. La foudre de cette justice irritée fût-elle sur votre tête, voilà ce que vous pouvez opposer à tous ses co*ps, voilà cette rédemption surabondante qui remplit toute l'étendue de ses droits; et, par là, cette justice elle-même vous devient favorable : de sorte que vous avez plus à espérer de Dieu parce qu'il est juste que vous n'en auriez à espérer s'il ne

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l'était pas. Quelle confiance plus solide que celle qui est appuyée tout à la fois sur la justice et la miséricorde! (Le même.)

L'ardeur de la miséricorde de Dieu pour nous ne se ralentit jamais.

Pour en exprimer l'énergie, son Ecriture emprunte des comparaisons tirées des choses humaines; et, après nous avoir mis sous les yeux plusieurs exemples d'amour, de providence et de conduite, elle no veut pas que nous nous y arrêtions; mais elle nous commande d'élever nos espiits à quelque chose de plus élevé et de plus sublime. Par exemple, un Prophète voulant relever le courage de quelques personnes qui gémissaient sur leurs infortunes, et disaient en se lamentant: Le Seigneur ma abandonné; il ne s'est plus souvenu d Israël [, leur répond : Une mère peut- elle oublier son petit enfant, et ri avoir point de compassion pour le fruit de ses entrailles 2 ? Gela n'est pas possible. Ni le Seigneur non plus ne saurait oublier l'homme qu'il a fait. La tendresse maternelle est sans doute la plus vive de toutes les affections humaines; eh bien ! pour enchérir encore sur sa similitude : Quand une mère oublieraitson enfant, moi, dit le Seigneur, je ne vous oublierai pas 5. Ce n'estdoncpas seulement une mère tendre, ni un père toujours ému de compassion pour ses enfans;il est plus encore: son amour surpasse celui des pères et mères pour leurs enl'ans, et il y a entre l'un et l'autre plus de distance encore qu'il n'y en a entre la lumière et les ténèbres, entre la bonté et la malice. C'est lui encore qui l'atteste : Quel est ï homme parmi vous qui donne une pierre à son enfant lorsqu'il lui demande du pain, ou qui lui donne un serpent lorsqu'il lui demande un poisson ? Que si vous, tout médians que vous êtes vous savez bien donner de bonnes choses a vos enfans, a plus forte raison votre Père qui est dans les deux fera -t-il du bien a ceux qui lui en feront la demande'*. Quelque expression qu'emploient les Prophètes, quelque rapprochement qu'invente l'imagination pour vous peindre cet amour, allez encore au delà. Ailleurs son Ecriture ne se renferme pas dans les termes de ces comparaisons humaines; elle franchit les bornes de la nature, pour aller chercher partout des objets de comparaison. Tout cœur vivement épris a besoin de témoigner son amour à celui qui en est l'objet : c'est ce que fait notre Dieu, jaloux qu'il est de nous faire connaître sa tendresse , et l'incomparable excès de sa charité pour

* Is., xlix, 14. — 2 Ibid., 15. — s ibid. — * Matth., rx, 6.

nous. Autant, nous dit-il par la bouche de son prophète David l, que le ciel est élevé au dessus de la terre , autant sa miséricorde est affermie sur ceux qui le craignent; autant que le levant est éloigné du couchant , autant il a éloigné de nous nos péchés. Ce n'est pas tout : elle descend aux images les plus familières , les plus basses en apparence, pour exprimer l'ardeur de cet amour. Après avoir dit qu'il aime comme un père et plus qu'un père, comme une mère et plus qu'une mère, comme un époux et plus qu'un époux dans la première ferveur de son amour, Dieu luimême emploie cette image simple, mais frappante. Jonas , dans sa fuite, s'abandonnait à l'agitation de ses pensées, ne sachant comment expliquer la conduite de Dieu, qui avait changé l'arrêt porté contre Ninive; il se laissait aller à une tristesse tout humaine. Dieu, qui, pour le garantir de la chaleur du soleil, avait commandé à la terre de produire un lierre dont le feuillage vînt tout à coup ombrager sa tête, et lui donner un agréable rafraîchissement, rendit bientôt ce secours inutile en desséchant la racine du lierre, ce qui avait jeté le Prophète dans une incertitude encore plus embarrassante. Que lui répond le Seigneur? Si tu f affliges pour cette plante , quoique tu naies point travaillé ni pour la produire ni pour la nourrir, trouves- tu étrange que je pardonne à la grande cité de ISinive, ou il y a plus de six vingt mille pe7'soiuies^elc,,^? Pourquoi ces paroles : Quoique tu n aies point travadlé ni pour la produire ni pour la nourrir? C'est-à-dire qu'il a pour les hommes le même amour que les cultivateurs pour celles de leurs plantes qui leur ont coûté le plus de soins. Si donc tu défends avec tant de zèle un ouvrage qui ne t'appartient pas, n'estil pas bien plus juste que je m'occupedemon propre ouvrage ? S'a dressant à ceux-là qui se plaignaient, dans la pensée que Dieu les avait abandonnés , il leur répond : Interrogez -moi sur les choses futures, et donnez-moi , si vous osez, des règles de conduite touchant mes enfans et les ouvrages de mes mains 3j comme s'il disait : Est-il besoin d'avertir un père qu'il ait soin de son enfant, ou de remontrer à un ouvrier qu'il ne laisse point périr son ouvrage? Si l'intérêt de l'art ou le sentiment de la nature garantissent assez l'affection que l'un et l'autre portent à ce qui les touche, ne doiton pas s'en reposer sur Dieu pour le soin de conserver et de défendre ses enfans ou son ouvrage? (Saint ChrysostÔme.)

* Ps. cil, 12. — 3 Jon., iv, 2. — ' Js., lxv, 1 1.

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Dieu par sa miséricorde guérit tous nos maux.

Que serais-je, ô mon Dieu! si vous ne m'aviez secouru? Combien mes maux seraient-ils désespérés, si vous ne m'aviez guéri ? Dans quelle bassesse languirais-je, si vous ne m'aviez relevé? La plaie profonde que j'avais reçue mettait ma vie au hasard, et cette plaie vive avait besoin d'un médecin tout-puissant. Mais il n'y a point de mal incurable pour ce médecin céleste; il n'abandonne personne comme désespérant de le guérir. Tout ce que vous avez à faire, c'est de désirer sincèrement de guérir, c'est de ne point fuir ses mains, c'est de vous abandonner à sa conduite. Eh ! quand vous ne souhaiteriez pas de guérir, c'en est assez que vous soyez malade pour attirer sa généreuse commisération. Lorsque vous le fuyez, il vous rappelle, et vous entraîne. Il accomplit ainsi à la lettre cette parole de son Prophète : Sa miséricorde me préviendra. Méditez cette parole. Si vous aviez à offrir au Seigneur quelque bien, comme le tenant de votre propre fonds, ce ne serait Doint dans ce cas sa miséricorde qui vous aurait prévenu. Mais , vous demande son Apôtre , avez-vous quelque bien qui ne vous ait été donné? Que si vous l'avez reçu, pourquoi vous en glorifier comme si vous ne l'aviez pas reçu * ?

Aussi le même Prophète, considérant tous les biens que nous avons reçus de Dieu dans l'ordre de la nature ou de la grâce; comprenant, dis-je, que tous ces biens ne nous viennent que de la pure bonté divine, finit en s'écriant : Fous êtes mon Dieu, vous êtes ma miséricorde. Se voyant comblé des dons de Dieu , il ne trouve point d'autre nom à lui donner que celui de sa miséricorde. O nom qui ne permet à personne de se désespérer ! Vous êtes mon Dieu , vous êtes ma miséricorde. Si vous appeliez Dieu votre médecin , je comprendrais qu'il vous guérît; si vous le nommiez votre refuge, je reconnaîtrais que vous vous êtes retiré vers lui comme à votre asile ; si vous l'appeliez votre force , je me représenterais qu'il vous soutient de sa main toute-puissante. Mais quand vous dites : Vous êtes mon Dieu , vous êtes ma miséricorde, c'est dire, en un mot : Tout ce que je suis me vient de votre miséricorde. Dirai-je que j'ai mérité vos grâces , parce que je vous ai invoqué? Mais qu'ai-je fait pour mériter d'être? qu'ai-je fait pour être, afin que je pusse vous invoquer? Si j'avait fait quelque bien

1 1 Cor., iv, 7.

pour mériter d'être, j'aurais donc été même avant que d'être? Que si je n'étais point avant que d'être, je n'ai donc rien fait pour mériter d'être. Quoi ! c'est vous qui avez fait que je fusse , et ce ne serait pas vous qui auriez fait que je fusse bon? vous m'avez donné l'être, et tin autre m'aurait donné la bonté? Si cela était, si vous m'aviez donné l'être, et un autre la bonté, celui qui m'aurait donné la bonté serait préférable à celui qui ne m'aurait donné que l'être. Mais puisqu'il n'y a personne qui soit meilleur ou plus puissant , ou plus riche en miséricorde que vous, comme c'est de vous que j'ai reçu l'être, c'est de vous aussi que j'ai reçu la bonté. Vous êtes mon Dieu, vous êtes ma miséricorde. (Saint Augustin, Sur le psaume

mu.)

Le défaut de confiance en Dieu dans un grand nombre de Chrétiens fait qu'ils cessent

d'être justes.

Vous, qui craignez le Seigneur, espérez en lui, dit l'Esprit-Saint. Loin de vous ces craintes excessives , ces doutes affligeans, ces tristes défiances, source d'une infinité de maux, et l'un des pièges les plus dangereux que le démon tend aux âmes qui marchent dans les sentiers de la justice. C'est contre l'espérance , qui doit y être leur compagne fidèle et leur continuel appui, que l'ennemi du salut emploie tout ce qu'il a de malice, dit saint Bernard : Contra spem nostram quidquid habet malitiœ exerit inimicus. Ainsi, à moins de vouloir seconder vous-mêmes les artifices de l'esprit tentateur et concourir avec lui à votre perte, plus il s'efforce de vous abattre par la défiance, plus vous devez vous élancer vers Dieu par une vive confiance en lui. Or, voici trois considérations qui peuvent ranimer et affermir ce sentiment précieux dans votre cœur : l'indispensable nécessité de la confiance en Dieu , les solides fondemens de la confiance en Dieu, les inestimables avantages de la confiance en Dieu.

JNécessité indispensable de la confiance en Dieu; car, s'il est écrit qu'il est impossible de plaire à Dieu sans la foi, et qu'on est sous l'empire de la mort quand on n'est pas animé de la charité, il est écrit aussi : Malheur à ceux qui ne se confient point en Dieu et ont perdu l'espérance! Sur l'espérance comme sur la foi et la charité porte tout l'édifice de la piété chrétienne. Ces trois vertus , dit le grand Apôtre, demeurent à présent dans la société des fidèles; elles y demeureront jusqu'à la fin des siècles. Elles sont essentielles à l'Eglise et à chacun cle ses enfans. Nul n'a jamais pu, nul ne

pourra jamais arriver sans elles au royaume des cieux : Nunc autan manentfideS) spes, charitas.

De là tout ce qui porte une atteinte mortelle à l'une de ces trois vertus divines , l'ame et l'essence de la religion , est un péché qui détruit en nous le fondement du salut et nous jette hors des voies de Dieu; et, comme nous repoussons avec horreur tout ce qui blesserait au dedans de nous-mêmes ou la foi ou la charité, nous devons nous armer de la même fidélité et du même courage contre tout ce qui pourrait y faire languir et mourir l'espérance. Ainsi donc, Chrétiens timides à l'excès, quand, au lieu d'attendre avec confiance le bonheur que Dieu promet à ceux qui le servent et les moyens nécessaires pour y parvenir, vous vous livrez à des défiances et à des frayeurs injustes, savez-vous ce qui doit le plus vous effrayer ? Ce sont ces péchés contre l'espérance que vous ne vous reprochez pas : péchés plus odieux au Seigneur et plus capables que tant d'autres , dont vous vous occupez sans cesse, d'attirer sur vous ses anathèmes , parce qu'ils attaquent et outragent à la fois toutes ses perfections. Ignorez-vous que ce furent les défiances des Israélites dans le désert qui l'irritèrent le plus contre eux? Le feu de sa colère, dit l'Ecriture , s'alluma contre les enfans de Jacob , parce qu'ils ne crurent point à ses promesses et n'espérèrent point son secours. Il dissimula , il toléra dans eux beaucoup d'autres crimes ; mais il ne put supporter leurs défiances continuelles , et il en tira une éclatante vengeance : Ignis accensus est in Jacob , et ira Dei ascendit in Israël, quia non crediderunt in Deo, nec speraverunt in salut ari ejus.

Ainsi la confiance en Dieu , à la considérer en elle-même , est un de nos devoirs les plus indispensables. Elle l'est encore, si nous la considérons par rapport aux autres obligations du Christianisme, puisque nous ne pouvons les remplir ou que nous les remplissons mal sans elle : de sorte que le défaut de confiance est un des plus grands obstacles à. l'accomplissement des devoirs du salut et aux fruits que nous devons en recueillir.

Obstacle à l'efficacité de la prière. Une prière inquiète qui doute , qui hésite , qui s'attend , pour ainsi dire, à n'être pas exaucée , ne l'est certainement pas. La confiance est une des qualités les plus essentielles de la prière chrétienne , et celle qui nous est le plus recommandée dans l'Evangile; elle est même la mesure des grâces que nous obtenons, et Dieu ne nous donne, dit saint Cyprien , qu'autant que nous espérons recevoir. Mais un fonds secret d'incrédulité et de défiance est , si l'on y réfléchit , le défaut le plus

commun des prières qu'on lui adresse et la cause la plus ordinaire de leur stérilité dont on se plaint.

Obstacle à la vertu des sacremens. Voulez-vous vous réconcilier avec Dieu , voulez-vous vous unir à lui dans le mystère de son amour, la confiance doit vous accompagner et au saint tribunal et à )a table sacrée. Portez-y toutes les autres dispositions sans celle-là, vous ne ressentirez les précieux effets ni de l'un ni de 1 autre; ou plutôt le défaut de confiance fermera votre ame aux autres seulimens qui doivent la préparer à recevoir ou la grâce de la justification ou l'Auteur même de toutes les grâces.

Obstacle à l'amour de Dieu : car quel contre-coup doit porter a cet amour, qui tire sa force de la persuasion que Dieu nous aime, la fausse idée qu'il n'a pour nous que de la sévérité et des chàtimens ! L'amour de Dieu dans nos cœurs est étroitement lié avec l'espérance, dit saint Augustin ; il s'affaiblit, il languit, il périt avec elle. Il n'aura jamais toute la vivacité et toute l'ardeur quil doit avoir pour remplir l'étendue du précepte, s'il n'est soutenu par la tendresse de la confiance : Nec amor sine spe.

Obstacle aux progrès dans les voies de la piété. Combien de justes s'y traînent dans la faiblesse d'une éternelle enfance! Sans cesse occupés ou de leurs infidélités passées dont ils craignent de n'avoir pas obtenu le pardon , ou de leurs fautes journalières dont le démon grossit à leurs yeux l'énormité ou le nombre, ils n'agissent qu'avec une langueur qui les rend incapables de toute démarche généreuse dans le chemin de la vertu. A tout moment ils s'arrêtent pour en découvrir les écueils ; ils se forment des fantômes qu'ils prennent pour des monstres ; ils excitent les tentations à force de les craindre; ils les augmentent à force de les combattre. Toujours dans le trouble et l'agitation , leur cœur désolé ne goûte en faisant le bien ni douceur ni repos. Les devoirs même les plus consolans de la religion ne font qu'ajouter à leurs inquiétudes et à leurs tourmens. De là ce découragement si voisin du désespoir, cette tristesse profonde que TEsprit-Saint appelle une plaie universelle, dont la malignité s'étend sur toutes les puissances de Vame, et va jusqu'à ruiner la santé du corps. Est-il une situation plus accablante, un enfer plus insupportable? dit saint Bernard.

N'en est-il pas même qui, dans la nuit que forme autour d'eux cette foule d'images noires et de pensées sombres où ils sont plongés, attaqués par l'ennemi du salut qui redouble alors ses efforts, sans guide et sans appui, tombent et trouvent dans leurs chutes de nouveaux sujets de chagrins et de larmes; ou qui, ne pouvant sup-

porter à la fois toute l'austérité de la vertu et toute l'amertume du vice, secouent enfin le joug du Seigneur pour aller se perdre dans les voies du monde et des passions?

Voilà l'abîme où vont se précipiter ceux qui, au service de Dieu, vivçnt dans une défiance et des alarmes continuelles ; en sorte que de tous les artifices que le tentateur peut employer pour faire périr les justes , il n'en est point de plus funeste que de leur ravir la confiance en Dieu. Ayez donc pitié de votre ame; bannissez en cet esprit de trouble , d'inquiétude et de tristesse qui a causé la mort de plusieurs, dit le Sage; environnez-la de tous les motifs de confiance que nous offre la religion. Votre devoir continuel est non seulement d'y entretenir cette sainte confiance et de la défendre contre les attaques de l'esprit de ténèbres , mais encore de travailler à lui donner de nouveaux accroissemens, à la rendre toujours plus vive et plus ferme, jusqu'à ce qu'elle remplisse toute l'étendue de votre cœur : Habe fiduciam in Domino ex toto corde tuo.

Et cette confiance que je vous prêche n'est- elle pas appuyée sur les plus solides fondemens, une puissance et une bonté sans bornes, des promesses solennelles et inviolables, les mérites infinis de Jésus-Christ? quels sujets d'inquiétude et de crainte ne s'évanouiraient pas devant de si pressans motifs d'espérer ?

Et d'abord ce sentiment de confiance ne doit-il pas s'emparer de notre ame et la remplir tout entière, lorsque, élevant nos regards vers le Dieu que nous adorons, nous découvrons les deux perfections si propres à l'inspirer, qui forment, pour ainsi dire, le fonds de son être, sa puissance et sa bonté : sa puissance, qui tient ce vaste univers dans sa main et à laquelle rien ne résiste , tout obéit dans le ciel, sur la terre et dans les Enfers ? Quels que soient les obstacles qui s'opposent à votre salut, s'il veut vous sauver , ne le pourra-t-il pas ? Il tourne et manie les esprits et les cœurs avec le même empire que la molle argile est façonnée sous la main du potier; il éclaire, touche, délivre, guérit, purifie, fait succéder le calme à la tempête, la rosée du ciel aux aridités et aux sécheresses, la paix et la joie aux plus cruelles agitations, et n'a besoin pour opérer en nous ces heureux changemens que de le vouloir. Si nous ne pouvons rien sans lui, avec lui nous pouvons tout : il n'est point de passion si fougueuse que nous ne puissions dompter, point de tentation si forte que nous ne puissions vaincre, point de vertu si sublime, de sainteté si éminente où nous ne puissions nous élever et nous maintenir. O ame pusillanime, relevez

donc votre courage abattu ! vous avez pour défenseur et pour appui, non pas un homme faible, mais le Dieu fort, aussi souverain dans l'ordre de notre sanctification que dans le gouvernement du monde; il peut tout : à ce titre, vous lui devez l'hommage de votre confiance.

Et au milieu de cette puissance, de cette majesté infinie, voyez cette bonté sans bornes qui en fait le plus tendre des pères, dit Tertullien, et dont toutes les bontés d'ici-bas ne sont que de légères participations et de faibles ombres ; cet amour incompréhensible, dont les mystères augustes de notre foi nous peignent avec des traits si touchans , si énergiques , les ineffables merveilles. Vous êtes l'objet de la tendresse de votre Dieu, et vous pourriez croire qu'il veut vous laisser périr? Ah! s'il est si bon , si miséricordieux envers les pécheurs, que doit-il être à l'égard des justes? s'il relève ceux qui sont tombés en courant dans les routes du crime , ne s'empressera-t-il pas de soutenir ceux qui chancellent dans la voie de ses commandemens? et, s'il ne veut pas la mort de l'impie qui le brave et l'outrage, avec quelle ardeur doit-il désirer le salut d'une ame qui s'efforce de le servir et de lui plaire! Mettez donc en lui tout votre espoir en faisant monter jusqu'à son trône l'encens de vos prières et de vos vœux : il les exaucera et vous conduira luimême à travers tous les écueils semés sous vos pas jusqu'au port de l'immortalité glorieuse. Il le peut, il le veut, et il l'a promis.

Vous vous reposeriez de vos plus chers intérêts sur un honnête homme qui aurait engagé sa parole et son honneur à vous servir, à vous faire du bien, et qui en aurait le pouvoir : eh! avec quelle assurance devez-vous donc compter sur les promesses de Dieu, qui est la vérité même, aussi éloigné du mensonge que du néant, et qui ne promet rien qu'il n'exécute avec plus de magnificence qu'il ne l'a promis! Or, il a promis, il a juré par lui-même de tendre une main secourable à ceux qui l'invoqueront, de ne pas abandonner ceux qui espéreront en lui. Heureux l'homme, s'écrie Tertullien, à qui Dieu fait de telles promesses ! mais trop coupable cet homme de peu de foi, s'il ne s'appuie point sur les promesses et les sermens de son Dieu! Quand le Très-Haut daigne s'engager ainsi envers sa créature, n'est-ce pas pour elle une obligation de compter sans hésiter sur l'effet de sa parole ?

Mais quel objet se présente à nous et vient affermir à jamais dans nos cœurs le doux sentiment de la confiance ? c'est Jésus- Christ, mes frères; c'est toujours à Jésus-Christ qu'il faut revenir dans la religion, et ce que je disais aux pécheurs, je dois aussi le dire

aux justes : Fixez vos regards sur Jésus-Christ; quelles impressions cette vue produira-t-elle en vous? Pour moi, elle me rassure et me console. C'est dans la vertu infinie des mérites de mon Sauveur que je mets mon espoir, et j'ose en attendre tout, la grâce dans cette vie, et la gloire dans l'autre. La grâce! ah ! Seigneur, il vous en a plus coûté pour me la mériter qu'il ne vous en coûtera pour me l'accorder. Après avoir fait pour nous de si grandes choses, croirai-je que vous ne voudrez pas en faire de moindres pour achever votre ouvrage et sauver des âmes qui vous sont si chères? Non , je ne le croirai pas ; je n'outragerai pas à ce point votre sagesse et votre amour. Grand Apôtre, vous criez à tous les fidèles que Dieu leur a donné son Fils, et avec lui le gage assuré de toutes les grâces sans lesquelles ce don ineffable serait inutile. Je les implore en offrant à l'Eternel un prix qui les égale, qui les surpasse; en lui offrant des vœux appuyés encore par la médiation de ce Fils adorable, toujours vivant pour intercéder en notre faveur, et toujours exaucé à cause du respect qui lui est dû. Comment ne les attendrais-jepas avec la plus ferme assurance? Quomodo nonetiam cum illo omnia nobis donavit?

La gloire : je sais que mes œuvres n'ont en elles-mêmes aucune proportion avec ce poids immense de gloire que Dieu réserve à ses élus; mais Jésus-Christ supplée à mon indigence, à mon indignité; il est lui-même notre justice et notre sanctification : Factus est nobis a Deo justifia et sanctificatio. Dès que la charité m'unit à lui, ses mérites sont à moi, ses mérites sont mon bien et mon trésor ; je me les approprie, j'en couvre ma misère et mon néant, et je les présente à Dieu comme le titre le plus sacré que je puisse avoir à ses récompenses. Riche de tant de mérites amassés sans interruption depuis la crèche jusqu'à la croix, je conserverai toujours dans mon cœur la douce espérance du bonheur dont ils sont le prix : Reposita est hœc spes in sinu rneo.

Pénétrez-vous, mes frères, de ces grands motifs de confiance en Dieu, et le démon du trouble et du découragement fuira à jamais loin de vous. Quel pourrait être encore le sujet de vos inquiétudes? vos infidélités passées? Vous ignorez, dites-vous, si elles vous ont été remises, si vous êtes sorti du tribunal de la pénitence avec la robe éclatante de la justice et le sceau céleste de l'amitié de Dieu. Mais atiendez-vous qu'un Ange vienne vous en assurer de sa part, ou qu'il vous,jrévèle lui-même un secret qu'il a caché aux plus grands saints? alors encore votre esprit flotterait dans l'incertitude et le doute sur la réalité ou la nature de cette révélation;

il ignorerait qui en serait l'auteur, le Dieu de vérité ou le père du mensonge. Toujours quelque obscurité répandue sur l'état de notre conscience nous en dérobera la vue claire et distincte; et, quelques efforts que nous ayons faits pour la purifier de ses souillures et nous mettre bien avec Dieu, nous n'aurons jamais sujet d'être entièrement contens de nous , et de nous rassurer sur toutes les circonstances de noire retour vers lui. L'unique parti à prendre est de nous jeter avec toutes nos inquiétudes dans le sein de sa miséricorde : et la confiance en Dieu sur un point si important au salut, loin de nous laisser exposés à une méprise funeste, est, comme vous verrez, le seul moyen de nous en garantir et de mettre en sûreté nos destinées éternelles.

Peut-être que, tranquilles sur le passé, vous trouvez une source d'alarmes dans le présent, dans vos chutes journalières , dans tant d'imperfections et de défauts qui se mêlent au bien que vous faites, dans cette misère profonde et universelle où vous êtes à l'égard de Dieu; et vous vous croyez trop indignes des regards de sa bonté pour qu'il daigne les fixer sur vous. Mais est-ce en nous-mêmes qu'il faut chercher les raisons d'espérer? l'espérance chrétienne n'a-l-elle pas un plus solide fondement dans les perfections et les promesses de Dieu, les mérites et la médiation de Jésus-Christ? Le sentiment de notre indignité ne doit donc pas affaiblir notre confiance: il doit même l'affermir et l'augmenter, puisqu'il en relève le prix, qu'il en assure davantage le succès. Plus nous nous trouvons misérables aux yeux du Seigneur,plusil est disposé à faire éclater sur nous ses miséricordes, si l'aveu de notre misère est accompagné dune vive confiance en lui, parce qu'alors notre confiance lui plaît et l'honore d'autant plus qu'exempte d'orgueil et des moindres illusions de l'amour-propre, et ne s'appuyant que sur une bonté , une charité infinie, elle est l'expression de la plus haute idée des attributs de Dieu les plus chers à son cœur, et l'hommage le plus délicat, le plus pur et le plus digne de lui qu'il puisse recevoir de sa créature.

Est-ce enfin le petit nombre des élus qui vous effraie et vous consterne? mais il vous est ordonné d'espérer que vous serez de ce nombre , et il ne vous est jamais permis de vous entretenir dans la pensée et la croyance formelle que vous êtes du nombre des réprouvés; pourquoi? Parce que Dieu nous fait une obligation rigoureuse et indispensable d'espérer en lui; et dans l'ordre du salut, qu'est-ce qu'espérer en Dieu ? c'est espérer le royaume de Dieu, la possession éternelle de Dieu, le bonheur des élus de Dieu. Au

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devoir essentiel de l'espérance ajoutez les raisons particulières que vous avez d'espérer , et tout votre effroi ne se changera-t-il pas en consolations et en actions de grâces? Comparez votre état avec celui de la plus grande partie des malheureux mortels : un déluge d'iniquités couvre la terre, et ses habitans moissonnés par la mort tombent de toute part dans les Enfers. Les plus vastes contrées de l'univers sont ensevelies dans les ténèbres de l'infidélité, du schisme et de l'hérésie; celles que la vraie religion éclaire de son flambeau céleste voient une foule d'hommes profanes fermer les yeux à sa lumière , pour se livrer sans inquiétude à toute la corruption de leur cœur, se précipiter aveuglément dans tous les excès, immoler leur ame aux autels de la fortune, de l'ambition , de la volupté, de la vengeance, et, foulant aux pieds toutes les lois divines, braver en quelque sorte l'Eternel jusque sur son trône. Témoins de ces attentats de l'impiété, plusieurs, il est vrai, ne les imitent pas, et restent attachés à la foi de leurs pères: mais combien, parmi eux, qui la déshonorent par leurs mœurs, esclaves des maximes et des usages du siècle, livrés à l'empire des sens et des passions, portant sans cesse dans une conscience criminelle l'arrêt de leur mort, et terminant leurs triste carrière comme ils l'ont fournie dans l'état affreux du péché! Combien d'autres , sans se rendre coupables des mêmes crimes , vivent dans l'oubli de Dieu et l'indifférence pour le ciel , ne connaissent presque aucune pratique de la piété chrétienne, se laissent entraîner au torrent des occupations, des bienséances, des affaires, des plaisirs, et, contens des dehors d'une probité mondaine, n'ont point les vertus que l'Evangile prescrit et que Jésus-Christ canonise! Yoilà le parti des réprouvés et le portrait de la multitude. Que reste-t-il, qu'un petit nombre de vrais Israélites qui n'ont point fléchi le genou devant Baal, et qui, loin des routes battues, vivant pour ainsi dire à l'écart, opèrent leur salut avec crainte et tremblement, cherchent Dieu dans toute la sincérité de leur cœur, s'efforcent d'observer sa loi, de croître dans son amour, de mériter ses récompenses ? C'est sans doute à ce petit nombre dont vous avez le bonheur d'être que le ciel est réservé. Espérez donc que Dieu achèvera dans vous son ouvrage, qu'il vous sanctifiera, qu'il vous sauvera, qu'il vous couronnera avec ses élus , et vous trouverez dans cette espérance même un sûr garant de votre élection; vous en serez convaincus par ce qui me reste à vous dire des inestimables avantages de la confiance en Dieu.

Premier avantage. Ne voyez-vous pas d'abord marcher à sa suite

la paix et la joie? quelle tranquillité, quel calme , quel contentement , lorsque , exempt d'inquiétude sur l'affaire la plus importante qu'on puisse avoir en ce monde, on s'en occupe, on y travaille sans cesse avec le doux espoir qu'elle réussira! Pour une ame chrétienne, il n'est point de situation plus affreuse que de vivre dans des perplexités continuelles sur l'état de sa conscience et les intérêts de son éternité : autant ces perplexités, ces alarmes sont capables de jeter dans la tristesse et l'abattement , autant la confiance en Dieu, qui en tarit la source, apporte avec elle de satisfaction et de bonheur. Quelle onction divine répandent alors dans lame du juste la prière, la retraite , les lectures saintes, toutes les œuvres de la piété! A-t-il fait quelques chutes , il s'en humilie et s'en afflige, mais sans trouble, sansdecouragement.il porte au tribunal de la miséricorde une douleur sincère, mais tranquille, parce qu'elle est soutenue et adoucie par l'espoir du pardon. Approche-t-il du plus auguste de nos mystères, le respect ne nuit pas dans son cœur à l'amour , parce que la crainte y est tempérée par la confiance: après s'être abîmé dans son néant aux pieds de Jésus-Christ, il s'unit à lui avec transport, et se perd délicieusement clans le sein de la Divinité. En un mot, tout le bonheur que la piété promet aux justes , c'est la confiance en Dieu qui les met à portée de le goûter ; sans elle, il leur échappe et s'évanouit. Et remarquez, avec saint Bernard, que l'homme ne peut vivre ici-bas sans consolation, et que, s'il ne trouvait ni douceur ni repos dans la pratique de la vertu, il ne pourrait en remplir long-temps les austères devoirs. Ainsi cette paix du cœur, cette joie pure et solide, le premier fruit de la confiance, est, d'une part, nécessaire au juste: de l'autre, elle est agréable à Dieu, qui nous la recommande en cent endroits des livres saints, et veut qu'elle soit le partage de ses serviteurs , comme elle fait la gloire de leur maître.

Second avantage de la confiance en Dieu , la force et le courage dans son service. L'effet naturel de l'espérance est de nous soutenir, de nous animer, de nous encourager , au lieu que la crainte seule nous trouble , nous affaiblit, nous met en danger de périr. Le prince des Apôtres ne commença à s'enfoncer dans les eaux de la mer que lorsque , effrayé par la violence de la tempête , il commença à trembler et à manquer de confiance. Justes de la terre, que cette vertu s'affermisse de plus en plus dans votre cœur : de quoi ne vous rendra-t-elle pas capables ? Ceux qui espèrent dans le Seigneur, dit le Prophète , se dépouilleront de leur faiblesse , pour se revêtir d'une vigueur et d'une force qui les rendra supérieurs à

toutes les attaques du monde et de l'Enfer, et les fera marcher à grands pas dans le chemin du ciel. La haute idée et le profond sentiment qu'ils ont de la honte du Dieu qu'ils adorent, la hrillante perspective de la félicité suprême qu'il leur réserve, l'assurance consolante de sa protection et de ses secours, leur inspireront une ardeur et une constance qui ne s'effraiera de rien , qui triomphera de tout. Ils ne cesseront de s'enrichir de nouveaux mérites ; et , semblables à des aigles qui ont pris leur essor, ils s'envoleront au delà des nues, ils s'élèveront par la pratique des plus sublimes vertus jusqu'au comble de la perfection : Qui sperant in Domino, mutabunt jortitudinem, assument pennas ut aquilœ.

Troisième avantage qui renferme et couronne tous les autres: c'est que tous les dons du ciel, tous les secours du salut, toutes les richesses de la grâce sont accordées à une humble et vive confiance; que Jésus-Christ lui a fait les plus magnifiques promesses et l'a comblée des plus insignes faveurs; que les monumens sacrés nous offrent durant une longue suite de siècles une foule d'exemples qui nous la font voir exaucée et secourue , et pas un seul où elle ait été trahie et abandonnée; qu'il est même de la foi qu'elle ne le sera jamais, et qu'elle est un titre assuré à l'immortalité glorieuse, puisque Dieu nous déclare que ceux qui le craignent et espèrent en sa miséricorde ne seront point confondus et trompés dans leur attente ; qu'il les voit avec intérêt et avec complaisance; qu'il les assistera, les sauvera, les glorifiera , parce qu'ils ont espéré en lui.

Consolans oracles! Ainsi donc le juste qui espère en Dieu est inébranlable comme la montagne de Sion, et le sujet de sa confiance, c'est sa confiance même. Il a pleuré, expié ses anciens égaremens ; mais c'est la confiance avec laquelle il jette ses inquiétudes dans le sein de la bonté divine qui lui en assure le pardon : Spes non confundit. Il implore le secours d'en haut pour se soutenir et avancer dans les sentiers de la justice, et c'est la confiance qui anime sa prière, qui lui en garantit le succès : Crédite quia accipietis, et eçenient vobis. Il multiplie ses bonnes œuvres pour rendre son élection certaine; mais sa confiance est une des marques les plus assurées de sa prédestination : s'il la conserve jusqu'à la fin de sa course, il est impossible qu'il périsse; il sera infailliblement admis au nombre des élus : Salvos facit sperantes in se; spe salvi facti sumus. (L'abbé Richard.)

DES PREDICATEURS. 271

Péroraison.

O sainte confiance! ô espérance chrétienne , qui , précédée de la foi et suivie de la charité, nous conduisez comme par la main jusqu'à la céleste patrie! vertu toute-puissante sur le cœur de Dieu, à qui vous arrachez, s'il est permis de parler ainsi, ses foudres pour les éteindre et ses grâces pour nous en enrichir, et dont toutes les perfections semblent intéressées à céder à l'espèce de violence que vous lui faites; non moins puissante sur le cœur de l'homme, dont vous assurez le repos , dont vous enflammez les désirs, et que vous élevez sur les ailes de la grâce jusqu'au comble de la sainteté; aimable et bienfaisante vertu, qui peut contempler vos divines prérogatives , et ne pas désirer de vivre et de mourir dans vos bras ?

Seigneur, Dieu des vertus et particulièrement de l'espérance, Deus speij ranimez-la dans nos cœurs, et que rien ne puisse l'y éteindre ou l'affaiblir. Donnez-lui les caractères qu'elle doit avoir pour fixer sur nous la tendresse de vos regards, et pour devenir, dans les plus tristes événemens de cette vie, notre ressource et notre consolation. Qu'elle soit humble, agissante, ferme et inébranlable. Qu'avec les autres vertus qui forment son cortège, elle nous suive jusqu'au tombeau; et, quand votre main tranchera le fil de nos jours, qu'elle vous consacre nos derniers soupirs. C'est ainsi qu'après avoir été la compagne assidue de notre pèlerinage sur la terre, elle nous ouvrira les portes de l'éternité bienheureuse. Ainsi soit-il. (Le même.)

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