‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostolique (volume 2)Chapitre 20 sur 34 · PS. LIV · texte numérisé non relu

PS. LIV

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poursuit le saint docteur, de goûter les fruits de la prière, de se sanctifier par les œuvres de la pénitence, d'être attentif aux mystères du redoutable sacrifice, de participer en esprit et en vérité à la grâce des sacremens, de répandre son ame devant Dieu par l'humilité de la confession, de s'unir spirituellement à Jésus-Christ par la communion, en un mot de travailler à ce grand ouvrage de la réformation de nos mœurs , et de se préparer à la mort, si l'on ne prend soin de se retirer quelquefois comme Moïse sur la montagne ; ou, selon le précepte de 1 Evangile, si l'on ne rentre souvent dans l'intérieur de son ame; et là, les portes des sens fermées, clauso ostio , sans autre témoin que le Père céleste , si l'on ne traite avec lui et avec soi-même de tout cela? Il faut donc pour tout cela s'éloigner du monde, et, à l'exemple des Israélites, qui n'ont été pour nous qu'une figure de ce que nous devions pratiquer, il faut sortir de l'Egypte pour aller sacrifier au Seigneur dans le désert. Parlons plus simplement : il faut, sans quitter le monde, éviter la dissipation du monde, parce qu'il n'y a personne de nous qui, par proportion, ne doive dire aussi bien que Jésus-Christ: Quia in his quœ patris mei sunt, oportet me esse *, Comme Chrétien, il faut que je m'applique par dessus tout au service de mon Dieu et à l'importante affaire de mon salut.

Yoilà la maxime dont tous les sages, je dis les sages chrétiens, sont convenus, et dont notre expérience propre a dû nous convaincre. Or, à cela encore une fois, la prudence humaine, qui est celle des enfans du siècle, croit avoir droit d'alléguer pour obstacles les soins temporels ; prétendant qu'il est impossible d'accorder les devoirs du monde avec cet esprit de recueillement et de séparation du monde que le soin du salut exige; et c'est ici que j'ai besoin, non pas de l'attention de vos esprits, que ce sujet par lui-même soutient assez, mais de toute la ferveur de votre foi, dont dépend tout l'effet que je m'en promets.

Car, pour commencer à détruire une erreur aussi pernicieuse et néanmoins aussi commune et aussi répandue que celle-là, je demande, et c'est la première raison : le soin de l'inutile et du superflu peut- il jamais excuser la négligence du nécessaire? l'application à ce qui n'est que l'accessoire peut-elle servir de prétexte à l'oubli du principal , et l'empressement pour les moyens peut-il justifier l'abandon de la fin? Voilà cependant l'abus grossier et visible où nous tombons autant de fois que nous nous opposons

Luc, 2.

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à nous-mêmes les soins du monde pour autoriser nos dissipations, qui sont extrêmes par rapport au salut. Car, reconnaissons-le de bonne foi, puisque c'est un principe incontestable, Dieu ne nous a pas appelés (je parle au commun des hommes et à ceux de mes auditeurs dont la vie se réduit à une condition particulière), Dieu ne nous a pas appelés au gouvernement des royaumes et des empires; il a eu d'autres desseins sur nous. Mais quand nous serions chargés de toutes les affaires d'un état, et que nous aurions à répondre de tout ce qu'il peut y avoir de plus important et de plus grand dans ce ministère, ayant la foi, nous sommes trop éclairés pour ignorer que ces soins d'un état, comparés au salut éternel, sont choses accidentelles, choses indifférentes , choses vaines, et même choses de néant. Les réduisant, comme je fais, à cette comparaison, je ne crois point en dire trop. Et nous ne pouvons au contraire disconvenir que le salut est proprement cette substance des biens que nous attendons, ainsi que parle saint Paul : Sperandarum substantiel rerum~\ que c'est ce seul point où, selon la pensée du Sage, consiste tout l'homme : Hoc est enim omnis homo 3; que c'est cette chose unique pour laquelle David croyait aussi devoir s'intéresser uniquement , quand il disait à Dieu : Erue a framea, Deus, animant meam, et de manu canis unicani meam 4. Nous savons, dis-je, que tout ce qui s'appelle affaires du monde et, si vous voulez même, affaires d'état, quelque idée que nous nous en formions, ne sont tout au plus que des moyens pour arriver à la fin où Dieu nous destine, et que le salut est cette fin qui doiteouronner tout le reste, mais hors de laquelle tout le reste, sans en excepter l'homme même, n'est traité parle Saint-Esprit que de vanitéet de vanité universelle: Verumtamen unwersa vanitas, omnis homo vwens. N'est-il donc pas bien étrange que de cette vanité nous osions nous faire une raison pour nous maintenir dans le plus essentiel de tous les désordres, et que nous prétendions nous prévaloir de cette vanité, c'est-à-dire des affaires du monde, pour justifier nos tiédeurs, nos froideurs, nos langueurs, disons mieux, nos assoupissemens, nos relâchemens , nos insensibilités et nos endurcissemens à l'égard du salut?

Ah! Chrétiens, le bon sens même condamne cette conduite, et c'est ce que le Fils de Dieu fit si bien entendre à Marthe, par ces courtes paroles, mais si touchantes : Martha, Martha, sollicita es, et turbaris erga plurima 5. Vous vous empressez, lui dit-il, Marthe, et vous vous troublez de beaucoup de soins. Mais dans ces pré-

1 Hebr., 14. — ' Ercles., 12. — 5 Ps. xxi. — * Ps. xxxvm. — * Luc, 40.

tendus soins et dans le service que vous pensez me rendre, il y a de la confusion et de l'erreur. Pour une seule chose nécessaire, vous vous en figurez plusieurs; en cela consiste votre erreur. Et pour ces plusieurs superflues vous abandonnez la seule nécessaire: c'est ce qui vous jette dans la confusion et dans le trouble. Au lieu de vous appliquer à moi, vous vous embarrassez pour moi. Je suis ici pour vous faire goûter le don du ciel , et vous vous inquiétez inutilement pour me préparer des viandes périssables et matérielles. A force de vouloir être officieuse, vous m'oubliez, et vous vous oubliez vous-même. Aiusi vous renversez l'ordre, et vous perdez, sans y penser, le mérite et le fruit de votre action par le dérèglement et par l'imprudence de votre distraction. C'est la paraphrase que les Pères font de ce passage : Sollicita es, et turbaris erga plurima. Sur quoi saint Augustin fait une réflexion bien judicieuse, et bien capable de nous édifier. Car, prenez garde, dit ce saint docteur: lorsque Jésus-Christ faisait ce reproche à Marthe, à quoi Marthe était-elle occupée? à l'action la plus sainte en apparence , à un devoir d'hospitalité, que la charité et la religion semblaient consacrer également, puisqu'il était immédiatement rendu à la personne d'un Dieu. Que peut-on dire de plus? Cependant tout cela ne put la sauver du blâme d'une dissipation extérieure, dont elle parut coupable au Sauveur du monde, ni empêcher que ce divin Sauveur ne la condamnât. Que sera-ce donc, mes frères, reprend saint Augustin, que sera-ce de vous, dont les occupations n'ont rien communément que de profane et de mondain? Pensezvous que les fonctions d'une charge, que les inquiétudes d'un procès, que les mouvemensM'une^ntrigue, que vos divertissemens ou vos chagrins, que mille autres sujets soient en votre faveur de plus solides raisons devant Dieu que le zèle de cette servante de Jésus- Christ ? et puisque la ferveur même de sa piété ne fut pas pour elle une excuse légitime, pouvez-vous croire que Dieu recevra les vôtres, fondées sur votre ambition ou sur votre cupidité?

Or, c'est ici que l'aveuglement des hommes , si j'ose parler de la sorte, me paraît monstrueux : pourquoi? ( ne perdez pas cette pensée; elle est de saint Ambroise , et digne de lui ) parce que , si nous suivions seulement la première impression que la foi nous donne, dans la concurrence de l'un et de l'autre, la difficulté ne devrait pas être pour nous de conserver même au milieu du monde ce recueillement et cette application d'esprit nécessaires pour vaquer au salut; mais notre grande peine, supposé l'idée que nous avons du salut, serait, au milieu des ferveurs que nous inspirerait

le Christianisme, et qui ne s'éteindraient jamais, de faire quelque attention à certains devoirs extérieurs où nous engage le monde. Cependant qu'arrive-t-il ? tout le contraire. Car au lieu que rattachement au salut devrait nous mettre souvent en danger de manquer à ces devoirs extérieurs du monde, par un effet bien opposé, ce sont ces devoirs extérieurs du monde qui nous détournent des exercices du salut ; et au lieu que, dans la conjoncture dune incompatibilité véritable entre ces devoirs extérieurs du monde et le soin du salut, nous devrions dire à Dieu : Seigneur, ne me faites pas un crime de telles et telles négligences par rapport à ce que je devais aux hommes ; j'étais trop occupé de vous pour penser à eux; nous sommes réduits à la nécessité honteuse de confesser notre misère , en disant : Seigneur, pardonnez-moi le malheur, ou plutôt le crime où j'ai vécu; j'étais trop occupé du monde et de ses affaires pour penser à vous ; et à force de traiter avec les hommes, j'ai perdu le souvenir de ce que je vous devais et de ce que je me devais à moi-même. D'où vient cela ? demande saint Ambroise : d'un manque de foi, et d'un raisonnement pratique, mais déplorable, sur lequel nous faisons rouler, si nous n'y prenons garde, touie notre vie. Je le repète : parce qu'au lieu de poser pour fondement, je chercherai le royaume de Dieu, et puis je satisferai, s'il m'est possible, aux obligations que m'impose le monde, nous renversons la proposition , et nous disons : Je satisferai aux obligations que m'impose le monde, ?ux bienséances, aux lois, aux coutumes que me prescrit le monde; j'entretiendrai les commerces que j'ai dans le monde, je ferai la figure et le personnage d'un homme du monde, et puis je chercherai, s'il se peut, le royaume de Dieu. Il est vrai qu'on ne le dit pas si grossièrement, parce que notre raison même en serait choquée; mais il y a un langage d'action qui le dit pour nous : car que signifient, d'une part, cette assiduité , cette activité, cette chaleur et cette âprelé avec laquelle nous entrons dans tout ce qui est des intérêts du monde; et, de l'autre, la pesanteur, le dégoût et la lâcheté que nous faisons paraître quand il est question de travailler pour le salut? Que veut dire cela, sinon ce que je viens de marquer, savoir, que nous péchons dans le principe, et que l'affaire du salut ne tient rien moins dans notre estime que le rang qu'elle y doit tenir ?

Mais venons au détail, et passons à la seconde raison. Je parle à un homme du siècle, et, le prenant pour juge dans sa propre cause, je lui montre combien il est déraisonnable de prétendre justifier son éloignementde Dieu et sa négligence dans l'affaire du

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salut par la vie extérieure et dissipée qu'il se plaint d'être obligé de mener dans le monde; car voici le raisonnement que je lui fais : Vous dites , Chrétiens, que les soins du monde vous accablent, et que c'est ce qui vous empêche de ménager ces momens précieux de considération et de retraite que demande le salut. Et moi je vous réponds que ce que vous apportez pour excuse est d'abord ce qui vous condamne ; pourquoi ? parce qu'il n'y a point de soins temporels, pour pressans et pour légitimes que vous les conceviez, dont Dieu ne vous défende de vous laisser accabler, et parce qu'il est certain que cet accablement que vous alléguez est justement le premier de tous les désordres. Or, d'excuser un désordre par un autre désordre, est-ce bien se justifier auprès de Dieu ? En effet, s'il n'était question que de parler ici en philosophe, et d'établir cette vérité sur les principes de la morale, je vous dirais que l'un des caractères le moins soutenable, même selon le monde, est de paraître ou d'être accablé des soins du monde, puisqu'il ne peut avoir pour cause que l'un ou l'autre de ces deux faibles, ou de s'embarrasser de peu , ou de se charger de trop; que de s'embarrasser de peu , c'est petitesse d'esprit ; et que de se charger de trop, c'est indiscrétion et folie. Voilà ce que j'aurais à vous remontrer. Mais parce que vous attendez de moi quelque chose de plus touchant, et que mon ministère doit m'élever au dessus de la morale des païens, en consultant les oracles des Pères de 1 Eglise, écoutez, Chrétiens, les belles maximes que saint Bernard donnait làdessus à un souverain pontife.

C'était un pape, autrefois son disciple et son religieux, mais qui, tiré du cloître et de la solitude, avait été cboisi pour remplir le siège de saint Pierre. Par une malheureuse fatalité, ce changement de condition semblait lui avoir changé l'esprit et le cœur. Car il s'était d'abord jeté si avant dans les occupations qui accompagnent cette dignité suprême qu'il semblait avoir renoncé à l'exercice de la méditation des choses de Dieu et à l'étude de soimême. Et parce que saint Bernard, qui le remarquait et qui s'en affligeait, avait toujours conservé pour lui un zèle affectueux , que sa prudence savait fort bien accorder avec le respect dû à un souverain pontife, voici en quels termes il lui en témoignait son ressentiment. Comprenez le , mes chers auditeurs, et que chacun à proportion s'en fasse une règle pour la conduite de sa vie. Ah! saint Père, lui disait-il, souffrez ma liberté, puisque c'est pour vous-même que Dieu me l'inspire. Vous travaillez beaucoup, je le sais; mais s'il m'est permis de vous donner l'avis salutaire que

Jéthro donna à Moïse , vous vous épuisez dans un travail aussi stérile et aussi vain qu'il vous paraît spécieux et important : Sed si licet alterum me tibi exhibere Jethro , stulto labore cousit meris. Et quelle sagesse, continuait-il , est celle-là, de vivre éternellement dans le tumulte et le bruit des affaires, d'être continuellement assiégé d'hommes intéressés , d'hommes dissimulés, d'hommes passionnés; de passer les jours et les années à négocier, à délibérer, à décider des intérêts d'autrui , a recevoir des plaintes, à donner des ordres, à tenir des audiences et des conseils, sans examiner devant Dieu si l'on s'acquitte de tout cela selon la droiture et l'exactitude de sa loi? Je conviens que vous êtes le premier à déplorer cet abus; mais en vain le déplorez-vous, si vous ne vous mettez en peine de le corriger : Scio te hoc ipsum deplorarc, sed frustra, nisi et emendare studueris. J'avoue que cet abus, tout abus qu'il est, fatigue même votre patience; mais à Dieu ne plaise que j'approuve en ceci votre patience. Car il est quelquefois bien plus louable d'être moins patient : Interdum enim, et impatietitem esse laudabdius est : et c'est une illusion de penser qu'en se livrant aveuglément au monde, et oubliant le soin de son ame, on ait le mérite delà patience, qui est l'œuvre parfaite de l'homme juste.

Quel est donc, me direz-vous , le remède à ce mal? le voici. C'est, poursuivait saint Bernard, que vous fassiez, s'il est besoin, les derniers efforts pour vous affranchir de cette servitude. C'est que , dans la place où Dieu vous a mis, au lieu d'être esclave des affaires , par une supériorité de vertu , vous vous en rendiez le maître. C'est qu'avant de vous répandre au dehors par cette multitude de soins, vous vous recueilliez au dedans de vous-même par la considération de ce que vous êtes et de la fin pour laquelle vous l'êtes. C'est que, pour agir sûrement et parfaitement, vous cessiez quelquefois d'agir. C'est que vous vous partagiez, pour ainsi dire, entre le Dieu que vous servez et les hommes que vous gouvernez, entre le commerce du monde et la retraite, entre la prière et l'action. C'est que vous preniez dans celle-là des forces pour celle-ci. C'est qu'à l'exemple de ces animaux mystérieux dont a parlé le Prophète , vous ayez des ailes pour vous élever dans le ciel , aussi bien que des pieds pour vous soutenir et pour marcher sur la terre. C'est que vous comptiez votre salut parmi les occupations, et les occupations pressantes de votre état. C'est que vous commenciez par vous-même à être charitable et bienfaisant. Si vous voulez être tout à tous comme saint Paul , à la bonne heure; je loue vo-

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tre zèle : mais, pour être un zèle de Dieu , il doit être plein et entier; or, comment le sera-t-il, si vous-même en êles exclu? Quomodo autem plenus , te cxcluso? N'êtes-vous pas du nombre des hommes? il est donc juste que votre charité pour tous les hommes s'étende également sur vous; ou plutôt il est juste que, naissant dans vous , elle vous sanctifie par préférence à tous les autres hommes. Car pourquoi seriez-vous le seul qui ne jouiriez pas de vous-même? Cur solus fraudai is munere tui? et pourquoi demeurer! ez-vo us à sec , tandis qu'on vient à vous de tous côtés comme à la source publique? Il faut, concluait-il, saint Père, il faut une fois modérer cet empressement qui vous est un obstacle à tant de biens ; et, au milieu de cette cour qui vous environne, il faut vous édifier une solitude qui soit comme le sanctuaire de votre ame , où i vous teniez avec Dieu des conseils secrets, et où rentrant chaque jour, même au plus fort des agitations du inonde, vous conserviez une paix solide. Voilà comment parlait ce saint , et comment il parlait à un pape, c'est-à-dire à un homme dont les soins devaient être infinis, et qui pouvait dire aussi bien que l'Apôtre: Instantia mea quotidiana , sollicitudo omnium Ecclesiarum 1. Cependant saint Bernard ne voulait pas qu'il lui fût permis d'être accablé d'affaires; il lui faisait un reproche de cet accablement, et il exigeait de lui, comme une obligation indispensable, que, parmi cette foule d'affaires, il eût toujours l'esprit assez libre et dégagé pour penser à son salut éternel. Croirons-nous, Chrétiens, que les soins qui nous occupent soient des prétextes plus légitimes pour nous divertir de la pensée du nôtre?

Mais , dites-vous , il était bien aisé à un solitaire comme saint Bernard de tenir ce langage; et on aurait pu lui répondre qu'étant, par sa profession , séparé du monde , il ne lui appartenait pas de condamner ceux que la Providence avait engagés dans les emplois du monde. Vous vous trompez, mes chers auditeurs : il lui appartenait de les condamner, et cette censure lui convenait admirablement. C'était un solitaire, il est vrai; mais un solitaire qui avait lui-même au dehors plus d'occupations que la plupart de nous n'en aurons jamais. Il était consulté de toute la terre; il se trouvait chargé d'une infinité de négociations importantes ; il pacifiait les états , il apaisait les schismes de l'Eglise, il entrait dans les conciles, il portait des paroles aux rois, il instruisait les évêques, il gouvernait un ordre entier, il était le prédicateur et l'oracle de son

1 ICor., 11.

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temps. Que faisons-nous qui soit comparable à tout cela? Or, c'est ce qui nous doit confondre, de voir que ce grand homme, appliqué à tant de choses, vécut néanmoins dans une profonde paix, et que nous, faisant si peu, nous sommes sans cesse dans le trouble; que sa solitude intérieure le suivit partout , et que l'embarras du monde ne nous quitte jamais; qu'il fut toujours en état de s'élever à Dieu , et que, lorsqu'il faut approcher de Dieu , nous nous trouvons sans cesse hors de nous-mêmes, n'accomplissant qu'avec un esprit distrait et dissipé les plus saints devoirs du Christianisme : voilà , dis-je , ce qui fait notre condamnation.

Mais enfin tel est l'assujétissement de ma condition , qui malgré moi-même me détourne de Dieu et m'ôte l'attention à mon salut car voilà le dernier retranchement de l'esprit lâche et libertin des hommes du siècle; à quoi je réponds deux choses. Premièrement, que, cela même présupposé, vous raisonnez mal: car, quand je conviendrais avec vous de ce que vous dites , ce serait toujours être insensé de ne pas faire du salut le plus essentiel de vos soins. Je ne le puis dans la multitude des distractions que ma condition m'attire. Eh bien , faudrait-il conclure, je renoncerai donc plutôt à cette condition ; car qui m'oblige d'y demeurer, si elle est aussi opposée à mon capital intérêt que je la conçois? 11 est nécessaire que je sois Chrétien ; mais il n'est point nécessaire que je sois dans un tel emploi : d'autres le rempliront pour moi; mais personne ne travaillera pour moi à sauver mon ame. Cet emploi me tiendra lieu d'un établissement selon le monde; mais il serait en même temps ma ruine selon Dieu ; et puisque l'expérience m'a appris qu'il est, par rapport à moi, d'une dissipation incompatible avec le Christianisme que je professe, je ne dois pas même hésiter à suivre un autre parti. Voilà la conséquence qu'il faudrait tirer, si votre condition était telle que vous vous la figurez. Mais je dis quelque chose de plus; et, pour vous détromper de l'erreur où vous êtes, je soutiens qu'il n'est point de condition dont les soins ne puissent s'accorder avec ce recueillement d'esprit, et même cet exercice de retraite nécessaire pour marcher dans la voie du ciel, et la preuve en est évidente. Autrement, dit saint Chrysostôme, Dieu aurait manqué de sagesse ou de bonté: de sagesse, si, établissant cette condition , il ne l'avait pas pourvue d'un moyen sans lequel il est impossible qu'elle soit ni sainte ni réglée; de bonté, si, l'en ayant pourvue , il y avait appelé des hommes incapables par leur faiblesse d'user de ce moyen. Or, l'un et l'autre lui est injurieux, puisqu'il est vrai que Dieu étant, comme il l'est , l'auteur de toutes les con-

dirions, il n'y en a aucune qu'il ait réprouvée de la sorte, et qu'au contraire il est de la foi que plus une condition semble avoir d'obstacles qui lui rendent le salut difficile, plus elle a de secours pour les surmonter.

En effet, ajoute saint Chrysostôme, n'est-il pas admirable de voir que les conditions du monde les plus exposées à cet accablement prétendu de soins sont celles où Dieu, ce semble, a pris plaisir de faire paraître des hommes plus occupés de leur salut et plus attaché à son culte? David était roi, et un roi guerrier: quel exemple n'avons-nous pas dans sa personne ! Négligeait-il de vaquer à Dieu pour penser à son état, et négligeait-il son état pour ne vaquer qu'à Dieu ? il conciliait l'un et l'autre parfaitement. Dans le fort des affaires publiques, il trouvait des momens pour se retirer et pour prier sept fois le jour : Septiesin die laudem dixi tibi l j et au milieu de la nuit, il sortait de sa couche royale pour méditer la loi du Seigneur: Media nocte surgebam ad confitendum tibi P Cependant il s'acquittait dignement des devoirs de roi; il soutenait des guerres , il mettait des armées sur pied , il rendait la justice à son peuple , il prenait connaissance de tout; et jamais la Judée ne fut sous un règne plus heureux ni plus parfait que le sien. Sans chercher des exemples étrangers , jamais monarque eutil de plus grandes entreprises à conduire que l'incomparable saint Louis, et néanmoins jamais homme fut -il plus appliqué et plus fidèle aux exercices de la religion ?Pour avoir été, comme nous le savons, le conquérant de son siècle, l'arbitre de tous les différends des princes , et le prince lui-même en toutes manières le plus chargé du fardeau de la royauté , en était-il moins homme d'oraison, moins recueilli , moins fervent, moins adonné aux choses de Dieu ? Après cela oserons-nous nous plaindre de notre condition et en alléguer les soins pour justifier nos dissipations criminelles au regard du salut?

Mais dites-moi, reprend encore saint Chrysostôme, ces soins que vous faites tant valoir vous empêchent-ils de ménrger des temps de retraite, quand on vous les ordonne pour votre santé, quand il y va de votre intérêt, quand il faut satisfaire une passion , quand il s'agit même de vos divertissemens? Vous trouvez-vous alors accablés de vos emplois et de vos charges? et, quelque pressans qu'en soient les devoirs, nesavez-vous pas bien vous réserver certaines heures privilégiées? Est-il possible que vous puissiez, pour

1 Ps. cxviii. — 8 Ib:d.

tout le reste, vous séparer du monde quand il vous plaît, et qu'il n'y ait que le salut pour quoi vous ne le puissiez pas? Cela me paraît sans réplique. Que si quelqu'un voulait remonter jusqu'à la source de ce désordre; en deux mots, Chrétiens, le même saint Chrysostôme nous la découvre par cette excellente remarque. C'est qu'il faut bien distinguer, mes frères, poursuit ce saint docteur, deux sortes de soins dans nos conditions: les uns que Dieu y a attachés, et les autres que nous y ajoutons nous-mêmes; les uns qui en sont les suites naturelles, et les autres qui en font le trouble et l'embarras; les uns auxquels la Providence nous engage, et les autres où nous nous ingérons. Si nous n'étions occupés que des premiers , Dieu les ayant réglés par sa sagesse , ils ne déconcerteraient point l'ordre de notre vie, et nous laisseraient la liberté de quitter de temps en temps le commerce des hommes pour aller en secret traiter avec Dieu; mais les seconds étant sans règle^ et parconséquent infinis, il n'est pas étrange que nous y puissions à peine suffire. Des premiers soins, notre condition, pour ainsi parler, est responsable , parce qu'ils lui sont propres; mais elle ne l'est point des seconds, parce qu'ils sont de nous. Quand donc il arrive que ces soins excessifs et superflus nous font oublier Dieu, nous sommes injustes de nous en prendre à notre état, puisqu'en effet ces soins sont nos soins et non point ceux de notre état, et qu'a'ors la parole de saint Augustin se vérifie pleinement en nous: Etista hominum , non rerum , peccata dicenda s uni. (Le même. )

Tous les engagemens du monde ne justifieront pas devant Dieu un pécheur de n'avoir pas fui absolument le monde.

Le monde est contagieux, et nous sommes faibles: il faut donc absolument fuir le commerce du monde et y renoncer pour jamais, dès que nous voyons qu'il nous pervertit et que nous sentons les premières atteintes de sa corruption. Voilà, Chrétiens, la grande règle de conduite que l'esprit de Dieu a de tout temps prescrite aux hommes pécheurs, c'est-à-dire à ceux qui sentent particulièrement leur faiblesse, et qui en font au milieu du monde de plus fréquentes épreuves. Ainsi nous l'a fait entendre saint Grégoire, pape dans ces belles paroles, dont l'expérience ne justifie que trop la vérité: De mundano pulvere necesse est etiam reli glosa coda sordescere; c est une triste fatalité, mes frères, disait il , que les cœurs même les plus religieux et les plus purs soient immanquablement souillés delà poussière, ou plutôt de l'iniquité et de la

malignité des conversations du siècle. A combien plus forte raison les cœurs vains, les cœurs fragiles, doivent-ils craindre d'en être non seulement souillés, mais tout-à-fait corrompus?

D'employer là-dessus de longues preuves, et dem'engager dans une longue énumération des dangers du monde, ce serait un discours inutile, et perdre le temps à vous dire ce que vous savez aussi bien que moi, et ce que vous dites vous-mêmes encore plus souvent et plus hautement que moi. Car ne sont-ce pas les plus mondains que nous voyons les plus éloquens à déclamer contre le monde, et à ne pas seulement parler de tant de périls où il expose leur innocence et par conséquent leur salut, mais aies exagérer, faussement persuadés que plus le monde est dangereux, plus ils sont excusables de donner malheureusement dans ses pièges et de s'y laisser surprendre ? De là ce langage si ordinaire qu'il faudrait être de la natsure des Anges pour se maintenir dans le monde et pour se sauver de sa contagion ; qu'il faudrait être sans yeux pour ne rien voir, et sans oreilles pour ne rien entendre; qu'il faudrait n'avoir ni un cœur sensible aux passions humaines ni un corps susceptible des impressions delà chair; que tout est danger, ou que tout porte avec soi son danger. Et le moyen, en effet, dit-on, de résister aux charmes de tant d'objets qui nous frappent sans cesse la vue; d'avoir sans cesse devant nous tant d'exemples qui nous entraînent, et de n'en pas suivre l'attrait ; de vivre sans cesse parmi des gens qui n'ont dans l'esprit que telles et telles maximes, qui ne débitent dans les entretiens que telles et telles maximes, qui, dans la pratique, n'agissent que selon telles et telles maximes, et de ne pas penser comme eux , de ne pas parler comme eux , de ne pas agir comme eux? J'en conviens , mon cher auditeur, cela n'est pas naturellement possible. Mais vous en demeurez là, et je vais plus loin. Car ce danger supposé et reconnu par vous-même, je me sers de votre propre témoignage pour vous convaincre, de quoi? je l'ai dit, et je le répète : que vous devez donc vous éloigner du feu pour n'être pas atteint de la flamme; c'est-à-dire que vous devez donc vous éloigner du monde, et, par une fuite sage et chrétienne, vous mettre à couvert de ses traits empoisonnés.

Ainsi Dieu lui-même le concluait-il lorsqu'il défendait si expressément à son peuple de se mêler parmi les nations étrangères, et de faire jamais aucune alliance avec ces idolâtres. Parce que c'étaient des infidèles, et que les Israélites n'étaient déjà que trop portés d'eux-mêmes à la superstition , le Dieu d'Israël prévoyait que tant que ce peuple aveugle et grossier serait en société de vie

avec les étrangers, il ne manquerait pas de prendre leurs sentimens et d'embrasser le même culte; et voilà pourquoi il leur était si formellement ordonné, et sous de si grièves peines , de s'en tenir séparés. Ainsi le même Seigneur se comporta-t-il à l'égard de Loth, quand il le voulut garantir de l'incendie de Sodome. Il lui envoya un Ange pour le faire sortir de cette ville criminelle, et pour le conduire sur la montagne. Prenez garde, s il vous plaît: Dieu pouvait, au milieu même des nations les plus infidèles, conserver la foi dans le cœur des Juifs, et les affermir dans la vraie religion; Dieu pouvait, dans l'embrasement de Sodome , rendre Loth inaccessible aux atteintes du feu , et en amortir toute l'activité par rapport à lui; Dieu, dis-je, pouvait l'un et l'autre : mais pour l'un, il eut fallu un miracle dans l'ordre de la grâce; et pour l'autre, un miracle dans l'ordre de la nature. Je veux dire que pour préserver le peuple de Dieu des superstitions de l'idolâtrie parmi des idolâtres, il eût fallu un secours de la grâce tout extraordinaire, qui eût été un miracle ou une espèce de miracle dans Tordre surnaturel, et que, pour détourner les flammes de Loth, ou pour empêcher qu'il n'en fut consumé, quoique de toutes parts il s'en trouvât investi, il eût pareillement et incontestablement fallu un autre miracle et un des plus grands miracles dans l'ordre naturel. Or, Dieu ne fait point ainsi des miracles sans nécessité; et comme il y avait une voie plus commune, qui était l'éloignement et la fuite, pour mettre Loth et les Juifs à couvert du danger et des malheurs dont ils étaient menacés , c'est pour cela que Dieu voulait qu'ils eussent recours à ce moyen plus conforme aux lois de sa Providence.

Mais reprenons ; et pour en revenir à nous-mêmes, la conséquence qu'il y a donc à tirer de la corruption du monde et de la connaissance que nous avons des dangers inévitables où nous engage le commerce du monde , c'est celle que j'ai marquée : de renoncer au monde, d'abandonner le monde, de ne le laisser point approcher de nous, et de ne nous point approcher de lui, afin qu'il ne puisse nous communiquer son poison. Voilà le préservatif nécessaire dont nous devons user. Je dis nécessaire; car, tandis que nous avons ce moyen et que nous le négligeons, de compter que Dieu y supplée par un autre hors des voies ordinaires de sa sagesse, de nous promettre qu'il nous favorisera d'une protection particulière et toute-puissante , c'est faire] fond sur un miracle, et c'est se rendre indigne d'un miracle; que de l'attendre, lorsque, sans ce miracle, nous avons une ressource plus commune et qu'il ne tient qu'à nous d'éprouver. Dieu veut bien vous aider

dans le divorce que vous avez à faire avec le monde : il veut bien pour cela vous prévenir, vous seconder, vous fortifier; mais du reste, après avoir là-dessus satisfait à tout ce que lui dictent sa providence et sa miséricorde, il vous confie, pour ainsi parler, vous-même à vous-même; il vous charge de votre propresalut, et il vous dit comme l'Ange dit à Loth, lorsqu'il l'eut mené jusqu'au pied de la montagne qui lui devait servir d'asile : Salva animant tuam*. Sauvez-vous maintenant , et retirez-vous. Vous voyez le péril : voici par où vous pourrez échapper; prenez cette route qui vous est ouverte, il n'y en a point d'autre pour vous. (Le même.)

Ce monde est plein de pièges.

« Mais il est des principes de l'air et des puissances du monde 2 » qui travaillent à nous arracher en quelque sorte de cette forteresse de l'âme, qui s'opposent à nos pas quand nous marchons dans le droit chemin, et qui, lorsque nous voulons nous élever, cherchent à nous renverser et à nous rejeter sur la terre. Nous devons d'autant plus diriger notre ame vers les sublimes régions, et tendre avec plus d'ardeur là où le Verbe de Dieu nous conduit.

Lorsqu'ils t'offrent les biens du monde pour enchaîner ton ame, « relève-toi avec plus de force , et tourne tes pas vers Jésus-Christ 5. » Ils présentent à tes désirs l'or, l'argent, le bien de ton prochain , afin que pour les acquérir tu refuses le festin de celui qui t'a invité aux noces du Verbe. Mais garde-toi de refuser cette fête; revêts la robe nuptiale et rends-toi au festin, « de peur que le riche qui « t'avait invité, et que tu refuses pour t'occuper des intérêts de ce « monde n'en invite d'autres à ta place , et ne t'exclue de sa maice son 4. » Les puissances du monde te présentent aussi les honneurs pour élever ta vanité comme celle d'Adam; et alors, en voulant égaler Dieu en puissance, tu mépriserais ses préceptes et tu perdrais ce que tu possédais déjà : « car, à celui même qui n'a pas, a ce qu'il a lui sera ôté 5. » Combien de fois dans la prière, dans l'acte qui nous permet d'approcher le plus près de Dieu, ne se présentent pas à nous les choses les plus obscènes ou les plus criminelles pour nous détourner de notre ferveur! Combien de fois l'ennemi ne cherche -t- il pas à s'insinuer dans notre cœur pour nous éloigner d'une volonté sainte ou de pieuses résolutions! com-

* Gènes., 19. — ? Eph.,vvi, 12. — 5 Matth., xiv, 31. - * Ibid., m, 13. — * Ibid., xin, 12.

DES PRÉDICATEURS. 33o,

bien de fois n'enflamme- t-il pas en nous les ardeurs de la chair! combien de fois ne présente-t-il pas à nos yeux des objets capables de tenter les chastes affections du juste, pour frapper d'un trait imprévu de l'amour profane son cœur sans défiance! combien de fois ne fait- il pas entrer dans notre esprit des paroles iniques et des pensées impies cachées au fond du cœur * de ces paroles dont la suprême loi a dit : « Prends garde qu'il ne s'élève du fond de ton « cœur des paroles impies *, » et que le Seigneur ne puisse te dire: « Pourquoi de mauvaises pensées s'agitent-elles dans ton cœur 2?» Prends garde au milieu de l'abondance; l'or, l'argent, les riches moissons, les honneurs s'accumulent autour de toi,* garde-toi de dire : « C'est ma force qui m'a donné tous ces biens, et d'oublier « le Seigneur ton Dieu s. »

Et ce sont là les choses qui retiennent sans cesse l'ame qui cherche à s'élever : « Courageux soldat du Christ 4, » sache rejeter tout ce qui est au dessous de toi, mépriser tout ce qui est de la terre, et marcher avec force vers le ciel et l'éternité. Elève ton aine pour que l'appât qui couvre le piège ne la tente pas. Les voluptés du siècle sont aussi une espèce de nourriture, et malheureusement elles sont la nourriture du mal, la nourriture des tentations. En courant après la volupté, nous courons au devant des filets ; car l'œil de la courtisane est un piège pour l'homme qui la regarde : donc cet œil doit être évité ; et les paroles aussi de la courtisane sont comme l'appât qui recouvre le piège; elles paraissent douces d'abord à la bouche, mais bientôt elles la déchirent « par l'amertume d'une conscience coupable 5. v La richesse mal acquise est également un piège, car elle séduit. Toutes les voies de cette vie sont pleines de pièges* aussi le juste s'écrie : « Dans « ce chemin où je marchais, ils m'ont tendu des pièges* ils les ont « cachés sous le chemin même 6. » Suis donc cette autre voie qui dit elle-même : « Je suis la voie, la vérité et la vie 7* » et tu pourras dire alors : « Dieu a converti mon ame, il m'a conduit dans les sen- « tiers de la justiee pour la gloire de son nom 8. »

Que tout ce qui est du siècle meure donc pour nous * et « qu'elle « meure aussi cette fausse sagesse de la chair qui est ennemie de « Dieu °. » Soumettons notre ame à Jésus -Christ seul, et alors nous pourrons dire avec le Iloi-Prophète : « Mon ame n'est-elle pas « soumise à Dieu? Elle n'est plus sujette ni du siècle ni du monde 1<?.»

1 Dcut., xv, 9. — a Matth., ix, 4. — - 3 Dcut., vur, 17. — * II Tim., ir, & — s pr ^ v, 4. — G Ts. km, 4. — 7 Jorm, xiv, G. — 8 Ps. xxir, 3. — 9 Rom., vin, 7. — *o ps. lxi, 19.

3^0 NOUVELLE BIBLIOTHEQUB

L'homme avide ou avare ne peut en dire autant ; cette parole n'appartient qu'à l'homme juste et continent. L'avare dit : « Mon ame , « tu es riche en biens, tu es pourvue pour long-temps, repose- « toi, mange, bois, fais bonne chère *J - Et l'avare parle ainsi parce que son ame est soumise aux plaisirs de la chair, tandis que i'amevdu juste ne se sert du corps que comme d'un instrument destiné à un magnifique concert, et qu'elle sait, ainsi qu'un artiste habile, faire obéir à toutes ses volontés. Elle dirige ses modulations d'accord avec ses pensées; elle lui fait exprimer la voix des vertus qu'elle préfère; tantôt l'accent de la chasteté, tantôt celui de la tempérance, le chant de la sobriété, le bonheur de l'intégrité, la virginité suave, la gravité du veuvage. Quelquefois cependant l'artiste s'attendrit aux sons qu'il produit lui-même; que le chant donc soit pur pour que l'impression qu'il produit soit également pure; car celui qui voit se laisse toucher par ce qu'il voit, et celui qui écoute par ce qu'il écoute : aussi l'Ecriture dit : « Que ton œil ne « regarde que le bien 2 ; » et plus loin elle dit encore : « Ne t'ap- « proche pas trop souvent de l'étrangère; que tes yeux ne s'arrê- « tent point sur la jeune fille; que tes oreilles n'écoutent point la « courtisane.» (Saint Ambroise, Que la mort est un bien.)

Même sujet.

Reconnaissez, dit Salomon, que vous marchez au milieu des pièges et que vous courez sur le bord des précipices S. Quel sens profond dans ces paroles! Gravons-les dans notre cœur, qu'elles ne sortent jamais de notre mémoire, et nous ne serons point si prompts à pécher. Reconnaissez; c'est-à-dire le piège est couvert; il échappe à vos yeux; la mort qu'ilrecèle ne se montrepas; allez donc à la découverte; marchez avec précaution. Le péché se présente artificieusement déguisé sous l'amorce des plaisirs ; voilà un gain à faire ; mais le péché et la mort sont cachés par dessous. Reconnaissez , regardez à deux fois, et quand vous avez fait la reconnaissance, retournez en arrière. On vous conseille telle chose, on vous flatte, on vous fait offre de services, on vous promet de l'avancement; n'importe, creusez plus avant, examinez bien s'il n'y a pas quelque piège caché.

S il n'y avait qu'un ou deux pièges à craindre , on pourrait se tenir sur ses gardes; mais vous marchez , dit Salomon, au milieu

1 Luc, xii, 19. — $ Prov., v, 8. — 5 Eccli., ix, 20.

des pièges. Non pas à coté, mais au milieu. Partout des pièges, partout des précipices. Vous allez à la place publique; c'est pour y rencontrer votre ennemi, et son aspect seul vous fait monter le feu au visage. Vous entendez louer votre ami; vous voilà jaloux; un pauvre se présente , vous le regardez avec dédain; un riche , avec envie. L'injustice vous aigrit, soit qu'on la commette, soit qu'on la souffre. Vous ne voyez pas une belle femme sans vous

laisser prendre Détachez-vous de la terre, les pièges y sont semés

partout; prenez votre essor vers le ciel ; l'oiseau qui s'élève dans les airs ne craint point les filets. Lorsque du sommet dune montagne vous abaissez vos regards sur la plaine, tous les objets vous y paraissent bien petits ; et l'homme de la plus grande taille n'est plus à vos yeux que l'insecte qui rampe sur la terre.... Méditez le précepte de l'Apôtre, qui nous dit : Recherchez ce qui est dans le Ciel1 . Quoi ! le ciel, le ciel où brillent les astres? Non. Le ciel qu'habitent les Anges et les Archanges, les Chérubins et les Séraphins? Pas encore : Celui-là, ajoute-t-il, ou est Jésus- Christ assis à la droite de Dieu. Faisons réflexion que , comme l'oiseau pris dans un filet ne tire plus parti de ses ailes qu'il agite vainement , ainsi la raison que nous avons reçue en partage ne serait plus pour nous qu'un présent stérile, si nous nous laissions prendre clans les filets de nos passions; que celui qui en est l'esclave a beau secouer ses chaînes, il les resserre au lieu de les rompre. A quoi nous sertelle cette raison , si ce n'est à nous faire éviter le mal ? Mais hélas ! les animaux nous donneraient ici des leçons. Il est bien rare qu'ils se laissent prendre deux fois au même piège ; leur expérience les rend défians. Nous, dupes mille fois, nous sommes toujours victimes. Cet homme qui s'était déjà enflammé si souvent à l'aspect de la beauté, pour en recevoir des impressions qui l'ont rendu malheureux, n'en est pas devenu plus sage, et ses blessures ne sont pas encore fermées qu'il court s'exposer à de nouvelles, pour faire encore la triste expérience qu'un plaisir d'un moment engendre de longs et cruels repentirs. Ah! s'il s'était dit souvent à luimême le mot du Sage, il n'aurait pas à gémir sur les maux qui l'accablent. (Saint Giirysostôme 2.)

Mépris des choses de ce monde.

L'ennemi du salut ne cesse de nous attaquer de toute manière ;

1 Col. m, 2. — * Hom. xv. Ad pop. Antioch.

il nous combat, comme vous savez, par nos propres désirs , et emprunte de nous-mêmes les traits dont il nous perce. Parce que le Seigneur a enchaîné une grande partie de sa puissance par des lois qu'il ne saurait franchir, et qu'il ne permet point à sa fureur d'anéantir d'un seul coup le genre humain tout entier, cet esprit envieux s'aide adroitement de notre faiblesse pour remporter sur nous la victoire. Semblable à ces malfaiteurs qui se sont fait une profession de brigandage et de s'enrichir du bien d'autrui lorsqu'ils n'espèrent point réussir à force ouverte, ils y suppléent par l'adresse, se plaçant en embuscade dans le fond dune vallée ou d'un ravin , dans l'épaisseur d'un bois , d'où ils se jettent à limproviste sur le voyageur sans défiance; ainsi le vieil ennemi de nos âmes, pour nous dérober ses attaques, s'enfonce dans les ombres des voluptés mondaines, et delà nous fait tomber dans les pièges qu'il a semés sous nos pas.

Voulons-nous donc parcourir sûrement le chemin de cette vie, sauver également nos âmes et nos corps des blessures qui en flétrissent la beauté, pour les présenter purs à Jésus-Christ, et recevoir de ses mains les palmes de la victoire, nous devons porter sur tout ce qui nous environne un œil attentif, regarder comme suspect tout cecpi nous semble agréable, et passer rapidement sans nous y arrêter. Que même l'or brille à nos yeux, David nous répond : Si vous avez des richesses en abondance , ri y attachez pas votre cœur 1. Que la terre étale ses magnificences et ses délices : Notre cité est dans le ciel ,• cest de là que nous attendons le Seigneur Jésus 2. Que l'on nous appelle à des festins , à des danses, à des concerts: Vanité des vanités, nous dit le Sage, et tout ri est que vanité. Que la beauté nous tente par de perfides attraits : Fuyez devant la femme, comme on fait a V aspect du serpent. On vous ouvre la porte des dignités et des honneurs ; à leur suite on vous fait voir de nombreuses escortes de satellites ou de flatteurs, un trône brillant , des nations entières courbant la tête sous vos lois ; pensez que tout cela n'est qu'une herbe d'un moment ; que toute la gloire de l'homme n'est que la fleur des champs ; l'herbe s'est séchée , et la fleur est tombée. L'ennemi cache ses pièges sous ces aoparences qui nous séduisent; et combien il est à craindre que, nous laissant prendre à ces perfides amorces , nous ne soyons, bon gré, malgré, enlacés dans ses filets et entraînés dans le repaire du brigand!

- Ps. ixiï,H. — *Pfcil.,iu, 20.

DES PRÉDICATEURS. 3/j3

Il est donc important de n'avancer qu'avec défiance , de marcher sans nous détourner un seul instunt, pour arriver sûrement au terme de notre voie.

Et ne m'accusez pas d'inventer des expressions nouvelles parce que j'appelle la vie présente une voie. . . La vie présente n'est-elle pas en effet un longue route continue , distinguée par les difierens âges comme par autant de haltes où les voyageurs s'arrêtent? On y entre au sortir du sein maternel; on en sort parle tombeau, où il faut descendre, les uns plus tôt, les autres plus tard; les uns la parcourent tout entière , les autres sont arrêtés dès les commencemens , et ne vont pas même jusqu'aux premières stations de la vie. On est libre de choisir parmi les chemins divers qui conduisent à une ville; mais le chemin de la vie, du moment où nous y sommes engagés, nous ne sommes plus libres de ralentir notre marche; il nous saisit, il nous entraîne vers le terme que le Seigneur a fixé pour chacun de nous. On a beau faire, il faut, de toute nécessité, arriver à ce terme. Vainement on voudrait retourner en arrière , la chose est impossible. On se réjouit à mesure que l'on avance; on se félicite de la progression de ses années , comme d'une augmentation de biens; c'est un bonheur d'arriver de l'enfance à l'âge mûr, de celui-ci à la vieillesse; et l'on ne réfléchit pas que chaque jour que l'on a vécu est autant de moins dans la vie ; on ne sent pas que la vie se dépense à tout moment ; on ne la mesure que par le temps qui s'est écoulé; on ne songe pas combien peu l'on doit compter sur la durée de l'espace qui reste encore à parcourir; moins encore s'occupe-t-on de se tenir prêt pour le signal du départ.

Une autre considération digne de tout notre intérêt, c'est le choix du bagage à nous faire pour le voyage. Quels sont les objets les moins embarrassans à transporter , ceux qui nous sont les plus propres et les plus utiles, ceux que nous retrouverons avec le plus d'avantage dans l'autre vie ? on ne s'en occupe pas: mais on se charge de fardeaux pesans qui nous retiennent à la terre, de fardeaux étrangers, puisque nous ne les avons point apportés avec nous en naissant; inutiles, et qui ne passeront point avec nous par la voie étroite.

On néglige de s'approvisionner de ce qui nous servirait au besoin ; et l'on s'approvisionne de ce qu'il faudrait dédaigner

On n'en a jamais assez. Pour se le procurer, on s'agite, on se consume de peines et de fatigues, comme ferait un homme qui vou drait remplir des tonneaux qui fuient. Insensé! vous amasseriez

des tonnes d'or, vous restera-t-il cet or éternellement ? Vous auriez beau les lier de toutes parts : cet or vous e'chappe dès cette vie pour passer à des mains plus puissantes; ou du moins, à l'heure de votre mort, il vous abandonne sans vous accompagner au delà de ce terme, et ne vous laisse que le stérile regret des sollicitudes et des crimes qu'il vous a coûtés. Ces vastes domaines, ces magnifiques habitations, ces animaux de toute espèce que l'on comptait par troupeaux , toute cette puissance qui vous fit un nom parmi les hommes, vous êtes obligé de céder tout cela à d'autres ; et vous, d'aller vous enfermer sous quelques pieds de terre. Souvent même, avant ce fatal dénouaient, cet homme a vu ces prospérités passer à des étrangers , peut-être à des ennemis. Que de vastes héritages, que de palais, que de villes et de nations n'avonsnous pas vus changer de maîtres du vivant de ceux qui les possédaient! Que de révolutions ont porté des esclaves sur le trône, et fait descendre à leur place ceux qui leur commandaient jusque là!

Qu'y a-t-il donc qui soit véritablement à nous ? Notre ame , principe de la vie dont nous jouissons, substance spirituelle, intelligente, liée à un corps qui ne lui a été donné que pour en être le véhicule pour les besoins de la vie, établie pour soumettre à son commandement les choses de la terre, faire servir la créature d'exercice à sa vertu, imiter autant qu'il est en elle la souveraine intelligence, et, par l'ordre de ses actions, retracer la belle harmonie qui règne dans le ciel. C'est elle qui, au moment de sa sortie du corps, va paraître devant le tribunal de Dieu, qui l'avait envoyée, pour lui rendre compte de ses œuvres et en recevoir la récompense qu'elle a méritée. La vertu seule devient le bien propre et naturel de l'homme qui l'a pratiquée; seule, elle l'accompagne dans cette vie laborieuse; seule elle forme son escorte dans son passage à l'éternité, et l'introduit dans la compagnie des Anges pour l'associer à leur immortelle gloire. Mais les richesses, les dignités, les plaisirs, comme nous ne les avions pas apportés avec nous en naissant dans la vie, nous ne les emportons pas avec nous en mourant; et chacun de nous doit se dire comme le juste d'autrefois: Je suis sorti nu du sein de ma mèrey et je m'en retournerai de même l.

Le véritable intérêt de l'homme est donc de réserver tous ses soins pour l'ame, de travailler à la maintenir dans sa pureté. Et

♦ » Job., xi, 21.

que la chair ait à souffrir la faim ou la soif, le froid ou le chaud, la maladie ou quelque chose de cette nature, il ne s'en affectera que médiocrement, répétant avec saint Paul dans toutes ses traverses : Encore que , dans nous , l'homme extérieur se détruise, cependant T homme intérieur se renouvelle de jour en jour '. Que sa vie soit en danger , il ne s'en effraiera pas ; mais il dira avec confiance : Nous savons que si cette maison terrestre oit nous habitons comme dans une tente , vient à se dissoudre , Dieu nous donnera dans le ciel une autre maison, une maison qui ne sera point faite par la main des hommes , et qui demeurera éternellement. Que si l'on veut ménager le corps , comme étant l'instrument dont lame a besoin pour vivre sur la terre, on ne lui accordera qu'autant qu'il lui faut pour se conserver et pouvoir rendre à lame le service qu'elle exige , mais sans lui permettre aucun excès. Si on le voit s'abandonner à des désirs immodérés, on l'arrêtera par ce mot de saint Paul : Nous n'avons rien appointé dans le monde; il est évident que nous n'en pouvons aussi rien remporter. Pourvu que nous ayons de quoi nous nourrir et nous couvrir, nous devons être contens 2. Autrement, appesantis, entraînés avec lui vers la terre par la force de ses résistances, nous aurons beau gémir , nous lamenter , au jour terrible où le Seigneur nous demandera quels fruits nous aurons rapportés de l'administration qui nous avait été confiée sur la terre, nous aurons beau accuser les trompeuses délices dont la séduction nous aura dérobé le temps du salut , rélégués dans les ténèbres extérieures, nous serons condamnés à de stériles regrets ; car, dit David : Qui confessera , ô mon Dieu ! votre nom dans les Enfers 3 ? (Saint Basile, Homélie sur le mépris des choses de ce monde.)

Péroraison.

Quoi qu'il en soit, j'en viens toujours à ma proposition, et c'est par où je finis : fuyons le monde, sortons de cette Babylone, Egreflimini de Babylone 4 : retirons-nous , autant qu'il est possible, de cette terre maudite, où régnent le trouble et la confusion : Fugite ,'c medio Babylonis \ Nous y sommes chacun intéressés, puisqu'il y va de notre ame pour chacun de nous. Ne la livrons pas à un ennemi si dangereux. Il ne cherche qu'à la perdre : tirons-la, et, s'il le faut, arrachons-la par violence de ses mains. Quelque effort

1 II Cor., iv, 6. — « I Tim., vi, 7. — * Ps. vi, 6. — * ïs., xlviii. — « Jerera., 51.

qu'il y ait à faire, quelque victoire et quelque sacrifice qu'il en coûte, nous serons bien payés de nos peines si nous pouvons nous assurer un si riche tre'sor : Et salvet unusqw'sque animant suamS. Vous surtout , femmes mondaines (car il est certain, et nous le vovons, que ce sont communément les personnes du sexe qui s'entêtent davantage du monde, et qui y demeurent attachées avec plus d'obstination); vous, dis-je, femmes du siècle, ayez devant Dieu et devant le monde même le mérite d'avoir quitté le inonde avant qu'il vous ait quittées. L'accès favorable que vous y avez, l'encens que vous y recevez, l'empire que vous semblez y exercer, tout cela n'a qu'un temps, et un temps bien court. Ce temps est suivi d'un autre où le monde s'éloigne, où il n'a plus que de l'indifférence pour ce qu'il idolâtrait; ei même que du mépris, lorsqu'il voit que malgré toute son indifférence on s'opiniâtre à le rechercher. Faites par devoir ce qu'il faudra bientôt faire par nécessité. Et vous au moins , que le cours des années a en effet réduites dans cette nécessité qui vous est si dure , n'en ayez pas la peine sans en recueillir le fruit. D'involontaire qu'elle est par elle-même, changez-la par une sainte résolution dans un moyen salutaire de retourner à Dieu , et de vous remettre dans la voie du salut. Tout contribuera à seconder ce dessein , tout le favorisera. Dieu par sa grâce vous y aidera , et le monde y ajoutera son suffrage. Car si vous avez à craindre les railleries du monde, ce n'est plus désormais quand vous vivrez séparées de lui , mais au contraire quand vous voudrez toujours entretenir les mêmes liaisons avec lui. Autrefois il eût demandé pourquoi l'on ne vous voyait point ici ni là; mais peut-être commence-t-il maintenant à demander pourquoi l'on vous y trouve, et ce qui vous y attire: heureuses que votre Dieu soit encore disposé à vous recevoir; quoique vous n'ayez que les restes , et , si j'ose le dire , que le rebut du monde à lui offrir. Ce n'est pas, toutefois, Chrétiens, pour ne rien exagérer, qu'il n'y ait un certain monde dont la société peut être innocente et avec qui vous pouvez converser. Dieu s'est réservé partout des serviteurs; et au milieu des eaux qui inondèrent toute la terre, il y avait une arche qui renfermait une famille sainte et une assemblée de justes. Ainsi jusque dans le siècle il y a un monde fidèle, un monde réglé, un monde, si je puis m'exprimer de la sorte, qui n'est point monde. Dès que vous vous en tiendrez là , et que du reste vous y garderez toute la modération nécessaire , c'est-à-dire

1 Jercm., 51,

que vous ne passerez point les bornes d'une biense'ance raisonnable, d'une amitié honnête, et, si vous voulez, d'une réjouissance modeste et chrétienne, j'y consentirai. Encore vous dirais-je alors que vous devez veiller sur vous-mêmes, que vous devez vous défier de vous-mêmes, que vous devez bien mesurer les temps que vous y donnez, que vous devez bien examiner les impressions que vous en rapportez, et que, pour ne vous y pas tromper, vous ne devez jamais oublier l'importante pratique que je vous ai d'abord proposée, d'avoir vos heures de recueillement et d'une solitude entière, où vous vous demandiez compte à vous-mêmes de vousmêmes , et où vous vous prépariez à le rendre à Dieu , et à recevoir de lui la récompense éternelle, que je vous souhaite, etc. (Bourdaloue.)

34^ KOBVBLLB BIBLIOTHÈQUE

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