PLAN ET OBJET DU QUATRIEME DISCOURS SUR LE MONDE
i:\orde.
Vox clamantis in deserto : Parate viam Domini , rectas facile semitas ejus.
On entendra la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers. (Luc, 3.)
Quoiqu'il eût été prévenu des faveurs les plus signalées, quoiqu'une grâce spéciale, séparant Jean-Baptiste d'une foule coupable, en eût fait, dès le sein maternel, au lieu d'un enfant de colère, un enfant de bénédiction, cependant ces prérogatives ne le rassurent point contre les dangers du inonde, et il s'enfonce dans les déserts pour y chercher un asile qui le défende de ses prestiges et de sa corruption. C'est loin du monde , c'est dans lhorreur d'une solitude profonde que , seul avec son Dieu, il repasse en silence les vérités éternelles, gémit, sur la folie des enfans du siècle et déplore la honte de leurs débordemens. Bien que ce grand et illustre solitaire donne aux hommes de tous les états d'importantes leçons, que les publicains apprennent de lui à suivre les lois de la justice, les guerriers à respecter les droits de l'humanité, les rois eux-mêmes à trembler sur leur trône , ne lui demandons pas pour nous-mêmes de nouveaux enseignemens, et que le son de cette voix qui retentit dans le désert nous suffise aujourd'hui pour toute instruction : Vox clamantis in deserto.
Trop souvent le monde nous éblouit par ses vanités et son faste; la voix de Jean-Baptiste , qui préfère son désert aux honneurs et aux dignités , cette voix dit à notre raison ce qu'elle doit penser de l'éclat du monde et de son appareil: Vox clamantis in deserto. Trop souvent le monde corrompt notre ame, la dégrade et la perd sans retour; la voix de Jean-Baptiste qui s'exerce dans le désert à une rigoureuse pénitence, cette voix dit à notre foi quels sentimens mérite un ennemi qui nous prépare de si cruels malheurs.
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En deux mots , un homme sage doit mépriser le monde: premier point.
Un Chrétien doit le haïr: second point. Implorons, etc. (M. Borderies, Sur le Monde.)
k Un homme sage doit mépriser le monde.
A n'envisager que les apparences trompeuses dont le monde sait se parer, à ne considérer que l'éclat bruyant de ses fêtes, l'appareil imposant de son faste et de ses dignités, et les dehors enfin si séduisans de ses bienséances et de sa politesse, on serait tenté d'envier le bonheur des mondains ou de leur supposer une grandeur réelle et des vertus solides. Mais l'homme sage, qu'une défiance attentive met en garde contre le préjugé, découvre bientôt que toute cette vaine ostentation n'est qu'un voile sous lequel le monde cache sa misère et sa honte, et qu'on n'y trouve en effet que fausse joie, fausse grandeur, fausse vertu.
Il semble que c'est une entreprise trop hardie que de vouloir contester au monde le don de faire des heureux. Le monde depuis long-temps réclame pour lui seul ce désirable privilège, et se plaît à publier que ce n'est que sur ses traces qu'on peut rencontrer la joie et les plaisirs. Il abandonne sans peine à la religion la gloire de former des hommes graves et réfléchis , et de leur inspirer ses goûts sérieux et ses vertus austères; mais il veut que l'on apprenne de lui seul le rare secret d'être content et de couler dans les plaisirs des jours fortunés et paisibles. Mais il suffit de considérer ce monde de près , d'observer avec soin les heureux qu'il proclame pour reconnaître combien ses prétentions sont mensongères et combien fausses les joies qu'il aime tant à célébrer. Sont-ce, en effet, des plaisirs purs, ces plaisirs que le monde présente à ses amis? la conscience ne les trouble-t-elle jamais par ses reproches]' le remords ne déchire-t-il jamais le cœur de cet homme dont le visage est si riant? Des plaisirs purs! il n'en est plus depuis que la corruption empoisonne pour nous les joies les plus innocentes. Des plaisirs purs! l'enfance elle-même ne les connaît pas, et une science prématurée du mal flétrit les jeux du premier âge. Des plaisirs purs! le monde lui-même n'ose les promettre avec la mollesse de ses entretiens , les honteuses équivoques de ses bons mots, l'immodestie de ses ajustemens, l'effronterie de ses regards. Sontre des plaisirs qui ne soient jamais troublés par la crainte? L'heuceux du siècle, il est vrai, peut quelquefois, à force d'excès, réduire
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au silence ce juge invisible qui condamnait ses désordres, et se délivrer enfin des cris d'une conscience importune; mais il est une crainte qui le tourmente incessamment sans lui permettre de repos, c'est la crainte de voir bientôt ses plus flatteuses jouissances s'évanouir et ne lui laisser qu'un souvenir plein de douleur : l'image de leur fragilité l'assiège sans relâche. Dieu a gravé en caractères ineffaçables sur toutes les créatures qui l'environnent cet effrayant arrêt : la figure de ce monde passe: Prœterit figura hujus miuidù Vainement lemondain essaie de trouver dans l'agitation des plaisirs, dans le tumulte de ses assemblées et dans le fracas de ses fêtes une distraction à cette désolante pensée: elle s'attache à lui sans qu'il puisse s'en délivrer; il a beau détourner ses regards, elle vient malgré lui frapper incessamment sa vue; il la retrouve dans les palais qu'il habite et dont les ruines attestent la caducité; il la lit sur le front des indignes objets d'une affection criminelle, qu'il voudrait en vain garantir des ravages du temps; il l'entend retentir au dedans de lui-même quand les restes souffrans d'un corps usé par la volupté l'avertissent que ce monde, comme un fantôme qu'on veut inutilement retenir, va bientôt disparaître et lui échapper sans retour: Prœterit figura hujus miuidi. Ainsi, en multipliant ses plaisirs il ne fait que multiplier les preuves de sa misère; et souvent, comme le roi sacrilège de Babylone , c'est au milieu des joies de la dissolution, c'est tandis qu'on porte peut-être envie à son bonheur , à sa pompe et à sa magnificence , qu'il sent ses genoux trembler et son cœur défaillir à la vue de la main qui trace pour lui, sous ses yeux, son irrévocable sentence: Prœterit figura hujus rnundi. Et si les enfans du siècle prétendent s'étourdir sur ces pensées salutaires, ou trouver même dans la rapidité de la vie et dans l'instabilité de ses plaisirs un motif de plus pour se livrer à leurs joies insensées avec fureur, comment appellerons-nous véritablement heureux des hommes qui, pour l'être, ont besoin de s'oublier eux-mêmes, des hommes dont la félicité honteuse cherche les ténèbres et redoute le grand jour , des hommes dont le bonheur disparaît sitôt que la raison vient à reprendre ses droits, des hommes enfin dontla démence s'accuse elle-même, puisqu'ils appellent leur bonheur le délire et l'ivresse du plaisir? Aussi, observezles, lorsqu'enfm rendus à des pensées plus calmes, ils essaient de se délasser du tumulte de leur vie si agitée et si peu satisfaite. Avec quel effroi ils retombent sur eux-mêmes ; quel vide effrayant , quel profond ennui, et quelquefois même quelle amère tristesse, quelle horreur pour la vie! Et à qui ces prétendus heureux n'ont-ils pas
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raconté leurs amertumes et leurs déplaisirs? qui n'a point été le confident de ces aveux si honteux pour le inonde et si encourageans pour la vertu? qui ne les a point entendus gémir sur la vanité de leurs jouissances, sur le cruel mécompte dont fut toujours payé leur fol espoir, et détromper ainsi, par la confession ingénue de leur lassitude et de leurs dégoûts, ceux qu'auraient pu séduire leur bonheur apparent et leurs joies apprêtées ? Mais quand nous n'aurions pas entendu leurs plaintes, l'Esprit-Saint a voulu nous conserver lui-même dans les livres sacrés une preuve invincible de la fausseté des joies mondaines et de leur impuissance à donner le bonheur. Entendez un roi, maître d'un puissant empire, environné de gloire et de richesses, qui jamais ne rencontra pour ses volontés un obstacle, pour ses désirs jamais un refus; entendez-le déposer contre les joies du siècle par une irrécusable et solennelle accusation. « J'avais permis à mes yeux, dit Salomon, de s'ouvrir « aux plus doux objets, j'avais permis à mon cœur de se livrer sans «mesure aux voluptés et aux délices, croyant que mon partage « était de jouir ainsi du fruit de mes travaux; mais j'ai reconnu qu'il « n'y avait que vanité et affliction d'esprit dans toutes ces choses, <« et que rien n'est stable sous le soleil, ni capable par conséquent « de contenter le cœur de l'homme: Vidi in omnibus vanitate m et « afjlictionem animi. » N'allons pas plus loin; car aussi bien ne saurions-nous trouver un homme ni plus heureux suivant le siècle , ni plus renommé par la sagesse de ses leçons ; mais puisque les mondains eux-mêmes s'accordent à nous révéler la misère de leur condition, ne nous obstinons pas malgré leur désaveu à leur porter envie, et n'appelons plus de véritables joies des joies hypocrites qui, sous des apparences riantes, recèlent le remords, l'inquiétude et le dégoût.
Mais le monde n'est pas moins coupable d'une révoltante imposture lorsqu'il essaie de nous éblouir par son éclat et ses grandeurs ; éclat mensonger, fausses grandeurs qui peuvent bien en imposer à l'homme qu'aveugle l'orgueil ou que l'ambition entraîne, mais non à celui qui, sans s'arrêter à une brillante surface, pénètre plus avant et observe de près la petitesse réelle de ces hommes si grands aux yeux du vulgaire, et surtout à leurs propres yeux; car je ne demande point ici à la religion ce que je dois penser de la véritable grandeur; elle m'apprendrait que celui-là est véritablement grand, qui, uniquement occupé de ses années éternelles, méprise un monde périssable, gémit sur la longueur de son pèlerinage , et appelle par ses désirs l'instant qui doit briser
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ses fers et le rendre à la patrie. Elle m'apprendrait que le titre de grand convient à l'homme cjni, connaissant la dignité de son ame, s'occupe à l'embellir de toutes les vertus, châtie sans relâche son corps comme un esclave rebelle, et trouve à souffrir avec Jésus l'humiliation et les mépris son honneur le plus cher et sa plus douce joie. Un tel tableau delà grandeur condamnerait sans retour la grandeur dont se pare le monde. Son orgueil, son ambition et sa mollesse ne peuvent s'accommoder de ces nobles et saintes rigueurs. Mais quoique la raison ne puisse s'élever si haut; quoique, affaiblie depuis la chute de notre premier père, on voie sa sagesse elle-même s'abaisser quelquefois à une indigne condescendance et s'accorder aux folles maximes du siècle, consultons-la cependant, et apprenons d'elle, toute dégradée qu'elle est, où l'homme doit placer la solide grandeur. Au témoignage de la raison, la véritable grandeur est celle que donne la vertu, les services ou les talens; toute autre grandeur est chancelante, a besoin d'appuis étrangers , et dépend des caprices du hasard ; celle-là se soutient par elle-même, conserve toujours son éclat , et résiste aux épreuves de la mauvaise fortune comme aux séductions de la prospérité. Quelque imparfaites que doivent paraître à des Chrétiens instruits à l'école d'un Dieu humilié ces idées de la vraie grandeur que nous fournit la raison , est-ce d'après ces principes cependant qu'en juge le monde? est-ce pour les vertus, les services et les talens qu'il réserve son admiration et ses hommages ? Les talens , il leur applaudit quelquefois, mais plus souvent il leur porte envie; les services , il en sent un moment le prix, et bientôt il se hâte de les oublier; les vertus, il leur prodigue par vanité de stériles louanges, et par indifférence il les laisse languir dans l'obscurité et la détresse. Quelle est donc enfin cette grandeur que le monde vante , à laquelle il prodigue son encens , et qu'il présente comme une amorce à des hommes imprudens et crédules ? C'est une grandeur (enfans du siècle, laissez-nous publier dans la liberté de notre ministère ce que le monde révèle si souvent lui-même dans la bonne foi de sa lassitude, de ses mécomptes et de ses dépits), c'est une grandeur qui n'a d'autres titres aux hommages du vulgaire que la magnificence de ses palais, le luxe de ses tables, l'abondance de son or. Voilà les objets de l'estime et des applaudissemens du monde. Ce n'est pas le grand, c'est son or que le monde admire, c'est devant son or qu'il se courbe, c'est à son or qu'il offre une servile adulation. C'est une grandeur qui tient si peu à celui qui la possède qu'un caprice de la fortune peut l'en dépouil-
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1er comme d'un vêtement, et le laisser seul avec sa bassesse et sa misère. Ah ! je comprends maintenant pourquoi l'Esprit-Saint appelle insensés ceux qui s'obstinent à poursuivre ces vaines chimères. Je comprends pourquoi le Prophète compare la gloire et les grandeurs du siècle à la fleur des champs que le même jour voit naître et se flétrir. Mais je comprends surtout avec saint Ambroise pourquoi Joseph vit dans un songe sa grandeur future, pourquoi ce fut un songe qui fit connaître à Esther son élévation et à Gédéon sa victoire ; enfin , pourquoi ce fut dans un songe que Dieu fit voir à Daniel les royaumes les plus florissans et les pluspuissans empires. Ah! dit le saint docteur, c'est que tout cet éclat et tout cet appareil ne sont qu'un songe et qu'une ombre de la grandeur, et non pas une grandeur réelle : Somnium est, non veritas. C'est que ces hommes, dont la grandeur repose sur leurs richesses, peuvent s'éveiller à tout instant, surpris d'avoir laissé la grandeur s'échapper de leurs mains avec leurs trésors : Dormierunt somnum suum et nihil invenerunt omnes <viri dwitiarum in manibus suis. C'est que ce fantôme de gloire , Dieu peut d'un souffle le dissiper, comme le réveil dissipe les vaines illusions de la nuit : Velut somnium siu*gentium, Domine, imaginem ipsorum ad nihihnn rédiges. C'est qu'enfin, comme dans la vision du Prophète, la pierre détachée de la montagne peut renverser et réduire en poudre le colosse le plus baut de la puissance et de l'orgueil. Abscissus est lapis de monte sine manibus et percussit statuam. (Le même.)
Tout est sans consistance et sans réalité dans le monde.
Qu'est-ce que toutes les choses de la terre ? Un peu de cendre, une poussière que le vent disperse, une fumée, une ombre vaine, une feuille, dit Job, que le moindre souffle agite, un bruit d'un moment , un songe qui n'a ni consistance ni réalité. O homme ! combien tu n'es que néant! Il parle de grandeurs! Eh! dites-moi, que vous semble être ce qu'il y a de plus grand dans le monde ? D'être consul ? En quoi celui qui ne l'est pas est-il inférieur à celui qui l'est? Dans peu de jours il n'y aura entre l'un et l'autre aucune différence. Vous aurez été consul : combien de temps ? Quelques heures, c'est-à-dire que vous aurez fait un rêve d'un moment. — D'autres peuvent le rêver aussi; oui , mais en songe seulement; moi en réalité. — Qu'importe : ne rêve-t-on pas le jour aussi bien que la nuit, et souvent plus encore? Ce rêve dont vous fûtes agréablement bercé durant votre sommeil, il
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s'est évanoui aux premiers rayons du jour; la trace en est perdue, on ne s'en occupe même pus. Il en est de même de ces rêves biiliansj dont l'ambition se repaît durant le jour : la nuit du tombeau vient les anéantir, et durant toute votre mort vous ne penserez guère à ce que vous étiez pendant la vie. Vous fûtes consul, et moi aussi; vous l'étiez, moi j'ai cru l'être; vous de fait, moi en songe. Cette différence, dites-vous, est tout. Elle n'est rien quand vous avez cessé de l'être , et tout devient alors égal entre vous et moi. Il n'y aurait donc de différence que par le plaisir de s'entendre dire qu'on l'est. Eh bien ! je vous appellerai consul; et ce mot à peine sorti de ma bouche, il n'en restera plus de trace. Ainsi de la chose elle-même. Quand j'aurai dit : Cet homme a été consul ; il l'a été deux , trois et quatre fois, si vous voulez; il l'a été, il ne lest plus. Où sont aujourd'hui ceux qui l'ont été jusqu'à dix ? Cherchez-les dans leurs tombeaux. (Saint Chrysostôme *.)
Tout nous prêche la vanité du monde.
Tout ce que nous vous disons vous paraît une fable inventée à plaisir; on s'en rit , on s'en moque. Personne n'y pense pour se pénétrer d'une salutaire frayeur, pour verser des larmes de componction , pour se frapper la poitrine. Un fleuve de feu roule ses ondes vengeresses, et l'on se joue sur ses bords, on s'endort au sein de la mollesse, on pèche sans remords et sans crainte de l'avenir. On ne veut pas réfléchir avec quelle vitesse le présent nous échappe et va se précipiter dans ce gouffre d'où rien ne sort. Nous sommes sourds à cette voix de la mort qui vient de toutes parts retentir à nos oreilles avec l'éclat de la trompette du dernier jugement. Autour de nous que de trépas imprévus ? Changemens, vicissitudes éternelles et tant de leçons ne nous touchent pas. Les infirmités nous avertissent de notre fin prochaine, et nous n'y pensons pas. Les élémens eux-mêmes ne sont pas plus épargnés que nos corps. Ce monde tout entier est un champ de carnage où la mort fait ses ravages et se choisit des victimes dans tous les rangs. La fragilité de la vie se fait sentir à nous à chaque pas , et se manifeste à nos yeux dans tout ce qui nous environne; elle s'imprime sur toutes les scènes de la nature. Rien de constant : les saisons viennent et fuient; les fleurs qui brillent
1 Hom, ix, in Epist, ad Hebr.
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le matin, le soir se sont évanouies. Ainsi des dignités, ainsi des rois qui sont aujourd'hui, et demain ne seront plus. Les riches s'en vont avec leurs superhes édifices. Le soleil, par ses fréquentes éclipses, nous annonce qu'un jour viendra où il sera anéanti. Cette maison que vous construisez, cet arhre que vos mains ont planté, ils suhsisteront quand vous ne serez plus. Il semble que l'on ne doive jamais mourir, et la vie tout entière se passe dans la mollesse et dans la dissipation, comme si elle ne devait finir jamais. Ce monde n'est qu'une scène de théâtre, où nous venons jouer notre rôle, acteurs d'un moment, qui disparaissons aussitôt que la toile s'abaisse. Rien de durable dans l'univers. Le seul bien qui nous soit propre, le seul qui ne meurt p<!S, c'est notre amej et c'est là le seul dont on ne s'occupe point.
Ecoutez un sage monarque qui avait fait une expérience personnelle de toutes les jouissances de la vie présente. « J'ai bâti « des palais, j'ai planté des jardins, des vignes et des vergers, « creusé des réservoirs, amassé de riches trésors; j'ai rassemblé « les chanteurs et les musiciennes, j'ai eu en ma possession de « nombreux troupeaux. » Jamais roi n'a mené une vie plus délicieuse, n'a brillé de plus de gloire; jamais personne ne l'a égalé en sagesse et ne l'a surpassé en puissance; jamais on ne fut plus que lui au comble de ses vœux. Eh bien ! lout cela ne lui a servi à rien. Que dit-il à la suite de cette pompeuse description? Vanité des vanités , et tout est vanité. Il semble manquer d'expression pour bien rendre sa pensée et nous faire sentir tout le néant des choses humaines. Puisqu'il en est ainsi, portons nos cœurs là où il n'y a plus de vanité, mais où la vérité règne, où tout est fixe, permanent, immortel , où rien ne vieillit, rien ne change, mais où tout est en paix et dans une éternelle jeunesse. ( Le même * . )
Les joies du monde sont trompeuses et passagères.
Que tous ceux qui ont mis leur espérance en vous se réjouissent , s'écrie le Prophète, ils seront éternellement remplis de joie, et vous habiterez en eux 2. Leur joie ne sera jamais troublée. Il n'en est pas ainsi des joies du monde ; elles s'écoulent avec la rapidité des eaux qui passent à mesure qu'on les considère. Mais la joie qui a Dieu
1 Hom. xv, in Epist. ad Thn. — s Ps. v, 12.
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pour principe est bien autrement fixe et durable; elle tient au cœur par de protondes racines; elle suffit à tous les besoins de l'ame, elle est à l'abri des vicissitudes humaines. Loin de l'abattre, les coups de l'adversité ne font que l'accroître et la fortifier. Les Apôtres , battus de verges , font éclater leur joie. Paul , écrasé par la persécution, tressaille d'allégresse. Il était à la veille de mourir, et il appelait des compagnons avec qui il pût partager sa joie. « Quand je devrais répandre mon sang sur la victime et le sacrifice de votre foi, je m'en réjouirais en moi-même, et je m'en conjouirais avec vous tous, et vous devriez aussi vous en réjouir et vous en conjouir avec moi *. » Oui , Dieu habite avec ceux que pénètre une semblable joie, ainsi que David aimait à le publier. Et tel était aussi le sens des paroles du Sauveur, quand il disait à ses disciples : Je vous -verrai 'de nouveau , et votre cœur se réjouira, et personne ne vous ravii'a votre joie 2.
Le Psalmiste poursuit : Et tous ceux qui aiment votre saint nom se glorifieront en vous. A ceux-là seuls il appartient de se glorifier et de se réjouir. Qui se glorifie dans les choses de la terre , qui se complaît en soi-même, n'est qu'un insensé qui s'abandonne à l'erreur d'un songe. Car, dites-moi, est-il dans ce monde quelque objet, un seul , qui puisse se glorifier d'une manière réelle et solide ? La force du corps? Mais dépend il de nous de l'avoir, et pour combien de temps ? et encore combien la jouissance n'en est-elle pas préjudiciable par son abus ? Portons le même jugement de tous les autres avantages terrestres, la beauté, la richesse, la puissance, les plaisirs des sens. Mais se glorifier en Dieu, se réjouir dans l'amour qu'on lui porte, voilà la vraie décoration de l'homme, supérieure au plus brillant diadème, celle qui ne nous quitte pas au sein même de la plus dure captivité. Celle-là ne craint point les ravages ni du temps , ni des maladies, ni des révolutions , ni de la mort elle-même: Parce que vous répandrez votre bénédiction sur le juste. Il est vrai que son partage le plus ordinaire ici-bas , ce sont les contradictions et les insultes de la part des hommes ennemis de la vertu, et les cœurs pusillanimes se laissent aller au découragement. Le Prophète, pour les relever et les soutenir: Vo us répandrez, dit-il, voire bénédiction sur le juste. Quel tort peuvent faire le mépris des hommes et l'injustice du monde tout entier à celui que le dominateur des Anges honore de son suffrage et dont il garantit la félicité? Que serait-ce en échange d'un tel bien que
1 rhil., u, 17. — 2 Joan., xvi, 2£.
les éloges de tous les habitans du monde ? Il n'y a donc qu'un seul objet digne de tous nos vœux et de tous nos efforts; c'est de mériter cette bénédiction qui nous élève au dessus de tous les événemens humains , nous rend supérieurs à tous les maux de la vie. Voyez Job au comble de la misère : son cœur est heureux , et comment? Il était béni du Seigneur. (Le MEME 1.)
Relâchement des mœurs du monde.
L'Apôtre nous avertit qu'il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine, et ou, ayant une extrême démangeaison d entendre ce qui les /latte, ils se choisiront à eux-mêmes une multitude de fausses doctrines qui les instruiront selon leurs désirs déréglés ; alors ils fermeront V oreille a la vérité et V ouvriront a des jables. Nous voici arrivés à ces jours déplorables ; et la prédiction de l'Apôtre s'accomplit à la lettre. Où sont aujourd'hui les Chrétiens pour qui l'Ecriture ne soit un poids insupportable? Où sont les fidèles observateurs des divins commandemens? Nous comptons, comme parle saint Paul , des nobles, des puissans selon la chair, des savans, des docteurs de la loi. Cherchez dans les diverses conditions, dans tous les âges, jeunes ou vieux, riches ou pauvres, solitaires ou personnes engagées dans le monde, n'importe, cherchez qui vous prouvera que l'on puisse mener une vie chrétienne, en se livrant aux plaisirs de la danse, de la musique de la déclamation et du théâtre, de la table et des festins, ou que l'on puisse sans crime absoudre ceux qui s'y livrent. Que l'on cite un vrai Chrétien qui les approuve. Dans quel Prophète, dans quel Evangéliste, dans quel écrit des saints Apôtres en trouverez-vous l'apologie? Si la vie chrétienne peut s'allier avec de semblables divertissemens, il ne faut plus croire aux Prophètes, aux Apôtres, aux Evangélistes ; et c'est vainement que la loi de Dieu les condamne. Mais s'il est incontestable que les paroles de l'Ancien et du Nouveau Testament sont les oracles de Dieu même , tout Chrétien devient donc coupable en se les permettant. Prétextera-t-on cause d'ignorance ? Mais nos divines Ecritures sont connues de l'Orient à l'Occident; elles se sont répandues avec les Eglises jusqu'aux extrémités de la terre : on les lit dans tous les lieux du monde. Est-il donc un Chrétien qui puisse ignorer la défense? et cependant où sont les Chrétiens qui s'y soumettent? Chacun s'égare
* Exp.f in ps.v
dans sa propre voie, comme parle le Prophète; on foule sous les pieds chacun des préceptes; l'on s'abuse soi-même; on vit sans Dieu , on l'outrage par le mépris que l'on fait de sa loi. Ce langage vous semble dur, mes frères. Ce n'est pas moi qui l'invente; il est du grand Théologien, de saint Jean. Quiconque , dit-il, ne demeure pas avec Jésus- Christ , niais s1 en éloigne , ji est point avec Dieu, Imaginez-vous de plus déplorable calamité? Mépriser Dieu, qui nous parle par ses Prophètes et ses Apôtres, est-il rien de plus monstrueux? Tous les anathèmes que Dieu lui-même a prononcés par son Prophète viennent se ramasser dans l'ame du coupable. Malheur ', a-t-il dit, à ceux qui sont cause que mon nom est blasphémé parmi les gentils ! Je vous en conjure, mes frères, ne laissons pas se perdre les jours qui nous sont donnés pour la pénitence. Prêtons l'oreille à la voix du Psalmiste, qui nous exhorte, qui nous crie : Prévenons l arrivée du Seigneur; courons au devant de lui. Dès aujourd'hui, sans attendre au lendemain ; dès ce moment, courons avant qu'il arrive, semblable à l'Epoux, qui vient inopinément. Courons, les saints Cantiques à la bouche, et non pas en faisant retentir les chants consacrés au démon. Avec nos sacrés Cantiques, toutes les lumières célestes, la pensée du jugement, la paix de l'ame, la paix du ciel, la compagnie des Anges et de Dieu lui-même. Avec ces chants profanes, ténèbres pour l'esprit, passions honteuses et criminelles; avec eux, deuil pour les Anges, fêtes pour les démons. Avec quelle artificieuse et meurtrière adresse l'ennemi de vos âmes vous abuse et vous fait prendre le change ! Aujourd'hui les saints Cantiques du Seigneur , demain les chants profanes que le démon a dictés; aujourd'hui vous renoncez à Satan, demain vous êtes à sa suite; aujourd'hui pour Jésus-Christ, demain contre lui; aujourd'hui Chrétiens, bientôt livrés aux folies, aux impiétés du paganisme, apostats et ennemis de Dieu! Ne vous y trompez pas, mes frères; il est impossible de servir deux maîtres à la fois : d'appartenir à Dieu et à Mammone, en allant danser avec les démons. Créés à l'image de Dieu, gardons-nous de déshonorer cette auguste ressemblance. Nous sommes les soldats de Jésus-Christ : c'est pour qu'on nous retrouve continuellement sous ses bannières. Vous vous unissez aujourd'hui aux concerts des Anges, n'allez pas vous mêler aux chœurs des démons. Aujourd'hui rassemblés pour entendre nos saintes instructions, comme les fidèles serviteurs de Jésus-Christ, ne devenez pas demain rebelles à nos voix et les ennemis de Jésus-Christ. Laissez aux idolâtres les œuvres de l'idolâtrie. Revêtus que vous êtes de la pert, v. 26
sonne même de Jésus-Christ , «aux termes de L'Apôtre , dans le bain sacré du baptême, vous voudriez servir l'antechrist! Sourds à la voix de l'Apôtre qui vous crie de prier, et de prier sans relâche; aveugles à la lumière qui vous vient du ciel, vous oubliez que si les plaisirs du monde sont doux à leurs commencemens, les suites en sont amères comme l'absinthe , aiguës comme la pointe de l'épée à deux tranchans. Réfléchissez donc, ô mon frère, que l'homme n'est que vanité, que ses jours passent en un moment, caduques et fragiles comnie la fleur des champs, et que tout ce qui vous entoure aura bientôt fini pour vous. Pourquoi tant de futiles agitations? Un seul accès de fièvre, et voilà toute l'ivresse de ces fêtes , de ces divertissemens , abattue avec vous. En moins d'une heure, vous allez être arraché à vos compagnons de plaisir. D'un soir au matin cette fleur de jeunesse et de santé va se flétrir j ces pieds, si agiles à courir vers le mal, se verront enchaînés; ces mains s'engourdiront; ces yeux se couvriront de ténèbres; cette langue sera tout à coup muette , et votre voix ne bégaiera que des sons en désordre; vous gémirez alors, vous verserez des pleurs, mais en vain. Tout s'anéantira jusqu'à votre pensée : et personne pour vous prêter une main tutélaire. Dieu châtie vos mépris et vos outrages. Seul, abandonné, vous n'aurez à l'entour de ce lit de souffrance que les démons que vous avez servis; et à leur tête, l'exécuteur impitoyable de l'ordre qui lui est donné; l'Ange de la mort qui vient, graduant son approche, et fixant les yeux sur sa victime, attendre le signal de la vengeance pour frapper le dernier coup, et traîner cette ame vouée au châtiment dans l'affreux séjour qui lui fut préparé , là où elle va moissonner ce qu'elle a semé ; là où se recueillent, et avec abondance, les pleurs, les angoisses, lesgrincemens de dents, le désespoir et l'éternel anathème. Malheureux! vous vous consumez en de stériles mouvemens : mais là plus de joyeux banquets ; plus de concerts ni de danses ; là , supplices et pleurs sans fin. Malheur , nous dit Jésus-Christ, malheur à vous qui riez maintenant , parce que là vous pleurerez, et vous vous lamenterez, [ Saint Ephrem. )
Un Chrétien doit haïr le monde.
Faudra-t-il, Chrétiens, commencer par vous demander grâce pour le sujet que nous entreprenons de traiter aujourd'hui devant vous? et cette parole qui doit vous juger se fera-t-elle précéder avant tout par sa propre justification? Non, Chiétiens, nous ne
ferons pas cet outrage à votre foi ni à la dignité du ministère évangélique; car si vous observez seulement d'un œil impartial quel est ce monde que nous prétendons attaquer en ce jour, voyez surtout si vous ne reconnaissez point dans nos accusations celles que votre dépit et vos mécomptes vous arrachent contre lui mille fois, et notre zèle n'aura pas besoin d'apologie.
Quel est donc, Chrétiens, quel est ce monde auquel les ministres de la sainte parole ont reçu l'ordre de déclarer la guerre, et que l'Evangile vous commande de poursuivre vous-mêmes par une haine irréconciliable? Où découvrirons-nous cet ennemi dont ii nous faut dévoiler les artifices et prévenir les complots? Ne peuton l'atteindre que dans les palais des grands, au sein de l'opulence et dans l'éclat des dignités , ou bien faut-il songer à le chercher aussi sous le chaume du laboureur, dans l'atelier de l'artisan et jusque sous les haillons de l'indigence? Oui, Chrétiens, toutes les conditions peuvent offrir la rencontre de ce funeste ennemi, car partout où se trouve l'attachement aux biens sensibles, le mépris des lois du Seigneur, l'oubli des espérances immortelles, les passions avec leur avilissement, l'incrédulité avec son audace, là se trouve aussi ce monde auquel le Fils de Dieu déclare que ses disciples ne sauraient appartenir, ce monde pour lequel, prêt à mourir, il refusa de prier, ce inonde enfin , l'éternel objet de ses malédictions et de ses anathèmes. Sans doute, c'est surtout dans une fausse gloire, dans les trésors et dans les honneurs que le démon prépare pour les Chrétiens ses pièges les plus surs et ses plus dangereuses amorces; et malheur à nous si, par de lâches ménagemens, nous venions endormir les puissans et les riches dans une funeste sécurité, et les affermir contre la juste terreur que doit leur imprimer l'Evangile avec ses maximes d'humilité , d'abnégation et de crucifiement. Mais les classes les plus vulgaires ont aussi un monde quelles doivent à leur tour redouter, puisqu'elles ne sont étrangères ni à la cupidité de l'avarice, ni à l'insolence de l'orgueil, ni à la fureur du plaisir; que dis-je? d'indignes excès peuvent dégrader une condition obscure, et les plus brillantes vertus rehausser l'éclat du diadème ! Les cabanes de la pauvreté peuvent donner asile à de hardis infracteurs des lois de Jésus-Christ, et les demeures somptueuses de la richesse cacher de fidèles disciples de l'Evangile; les humbles vêtemens de la médiocrité ou de l'indigence peuvent servir de voile à la plus honteuse corruption , et les éclatantes livrées du siècle receler des cœurs pleins d'innocence et brûlant pour leur Dieu du plus ardent
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amour. Donc, Chrétiens, dans quelque état que la Providence nous ait fait naître, au faîte des honneurs, comme dans les derniers rangs d'une vie commune , au milieu de l'opulence comme dans les rigueurs de la détresse , la religion nous fait à tous de la fuite et de la haine du monde une indispensable loi.
Aimer, il est vrai, tous les hommes, faire à tous du bien , plaindre ceux qui s'égarent , les soulager dans l'infortune, leur apprendre par ses bienfaits à chérir cette religion qu'ils ont délaissée et qui sans cesse leur tend les bras , tel est l'esprit de l'Evangile ; il ne donna jamais d'autres conseils à ses enfans. Mais fuir un monde corrupteur, mais fermer l'oreille à ses enchantemens , mais résister au torrent de ses coutumes, mais condamner sans ménagement ses désordres, telle est la haine pour le monde que la religion nous ordonne de vous prêcher : eh ! comment pourrait-elle ne pas vous commander de haïr le monde, quand le monde est l'ennemi du Chrétien , et l'ennemi de Jésus-Christ lui-même ?
Le monde est l'ennemi du Chrétien : ennemi cruel, ennemi perfide , ennemi irréconciliable.
Ennemi cruel ; vous regardez comme votre ennemi celui qui par sa malice vient troubler la paix de votre maison et semer dans le sein de votre famille les craintes, les soupçons et les défiances. Une fois que le monde vous aura surpris dans ses filets, votre cœur, ainsi qu'un royaume désolé par les factions et les révoltes, sentira s'élever une guerre intestine qui le tourmentera par les plus cruelles agitations. Touché de la beauté de la vertu , et déchiré par le regret de lui être infidèle, ramené quelquefois dans le sentier du devoir par la voix de la grâce, et bientôt entraîné de nouveau dans le chemin du crime par la tyrannie des passions; honteux d'un esclavage qui vous avilit, et ne pouvant vous résoudre à briser d'indignes liens, au lieu de cette paix que le monde vous avait promise, jamais vous ne trouverez au fond de votre ame que troubles et que remords. Vous regardez comme votre ennemi celui qui, par d'indignes artifices, vous enleva l'attachement d'un cœur qui vous était plus cher que votre propre vie. Le monde, en vous engageant sous ses lois , vous ravit l'amitié de votre Dieu , le meilleur, le plus sûr, le plus fidèle de tous les amis. Au lieu de son amour vous n'avez plus à attendre que sa colère; au lieu de ses grâces , que ses vengeances; au lieu de ses inspirations saintes, que ce silence redoutable, avant- coureur de votre endurcissement. Vous regardez comme votre ennemi celui qui, par un procès injuste, vous a dépouillés de l'héritage de vos aïeux; ah! Chrétiens, le monde vous
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arrache, non un héritage périssable, mais vos espérances éternelles; non des hiens amassés par le travail de vos ancêtres, mais un royaume acheté par le sang même de Jésus-Christ! Encore si c'était à votre ame que s'arrêtât sa haine , vous vous consoleriez peut-être d'ohtenir à ce prix de honteuses satisfactions ; mais votre corps lui-même est l'objet de sa fureur : le monde énerve votre corps par la volupté , il le ruine par l'intempérance , il le consume par les veilles qu'il vous force de donner à ses plaisirs.
Le monde est un ennemi perfide ; il semble ne demander d'abord au Chrétien que de pardonnables faiblesses, mais bientôt il le conduit aux plus déplorables excès. Il veut d'abord qu'on soit discret dans la mortification, et bientôt que l'on vive au sein de la mollesse ; qu'on tolère ceux qui s'égarent , et bientôt qu'on partage leurs égaremens; qu'on sache dans ses vêtemens s'accommoder aux usages reçus , et bientôt qu'on foule aux pieds les plus saintes lois de la pudeur ; qu'on ne ferme pas son cœur à un attachement honnête, et bientôt qu'on se déshonore par des passions scandaleuses. Ennemi perfide, après avoir fait de pompeuses promesses, il s'inquiète peu de les accomplir, et, pourvu qu'il vous ait enveloppé dans ses pièges, il lui importe peu de vous voir dans les soucis et l'amertume. Partisan du monde qui avez vieilli dans la pratique de ses lois et de ses coutumes, n'espérez de lui, sur le déclin des ans , ni consolation ni support ; si vous ne savez pas dissimuler avec soin les misères d'un corps qui se dissout et taire le récit de vos infirmités , votre présence bientôt lui devient importune , et ses dégoûts et ses rebuts vous disent assez que, comme un esclave désormais inutile, il est temps pour vous d'aller dévorer à l'écart vos ennuis et le regret d'avoir sacrifié pour un ingrat vos plus belles années. Amateur du monde que la fortune vient tout à coup accabler de revers , n'allez pas le troubler en lui racontant vos malheurs, il donnera d'abord par ostentation quelques larmes à l'histoire de vos infortunes, mais il se hâtera bientôt de les oublier au milieu de ses plaisirs , et se dérobera désormais par la fuite à vos plaintes éternelles sur les rigueurs du sort. Esclave du monde, que la maladie a étendu sur le lit de la douleur, ne l'appelez point pour être le témoin et le consolateur de vos souffrances. Vainement chercheriez-vous à l'attendrir, vainement lui diriez -vous, comme Job autrefois : Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi , vous au moins , mes amis , car la main du Seigneur m'a frappé. Le monde accourait avec joie quand vous l'appeliez à vos fêtes; mais il fuit les
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maisons des larmes et du deuil, et vous devenez son ennemi quand vous devenez malheureux.
Le monde est pour le Chrétien un ennemi irréconciliable; rien ne peut le fléchir, ni la candeur et l'innocence de la jeunesse: c'est contre elle qu'il prépare ses plus cruelles armes ; ni les soucis importans de l'âge mur : il arrache sans pitié un père aux intérêts de sa famille, une mère aux soins domestiques et à l'éducation de ses enfants; et la dégradation des noms les plus illustres et la ruine des maisons les plus opulentes sont les jeux les plus ordinaires de sa malignité; ni le déclin des ans et le front vénérable de la vieillesse: le monde triomphe insolemment de l'avilissement des vieillards, qu'il traîne encore enchaînés à son char; et ce contraste révoltant entre la gravité de leur visage et la licence de leurs discours, entre leurs cheveux blancs et leur corruption effrontée, devient pour le monde un trophée de plus qui atteste son déplorable pouvoir. Et n'espérez point faire un pacte avec lui , ni pouvoir acheter la paix au prix de quelques sacrifices ; n'espérez pas calmer sa haine en consentant à céder sur quelques points, et vous promettant sur les autres une généreuse résistance. Un malheureux qui, pressé par sa misère, arrache au voyageur sa fortune, lui laisse du moins les vêtemens et la vie. L'ennemi le plus forcené, s'il voit couler le sang de son ennemi , sent sa fureur s'amortir, et oublie toute sa haine. Mais le monde, c'est peu pour lui d'enlever à votre ame les dons les plus précieux , s'il ne l'avilit par un entier dépouillement. C'est peu pour lui de blesser votre ame; la mort de cette ame infortunée, sa mort éternelle, voilà ce que le monde demande, voilà ce qu'il faut pour assouvir la rage de cet implacable ennemi. N'accusez donc plus notre rigueur, vous qui voudriez nous rendre complices de votre perte et nous arracher des décisions qui pussent calmer vos remords , quand vous commencez à prêter une oreille imprudente à la voix trompeuse du monde et à porter un pas encore mal assuré dans la route de la perdition. Ne vous plaignez plus de nous , si nous ne voulons approuver ni vos romans , ni vos danses voluptueuses, ni vos chansons efféminées, ni le crime enfin , si souvent excusé , de vos immodestes atours. En vous interdisant ces lâches condescendances aux criminels usages du monde, que vous voudriez vainement justifier, nous prévenons des faiblesses plus criminelles encore , et peut-être, quoi qu'en puisse dire votre inexpérience présomptueuse , et peut-être les plus déplorables égaremens. (M. Bouderies.)
Maximes du monde : quel csl leur fondement.
Le monde établit des maximes : elles ont toutes leur fondement sur nos inclinations corrompues ; mais le monde leur donne une certaine autorité, ou plutôt leur attribue une tyrannie contre laquelle les Chrétiens n'ont pas le courage de s'élever : ce sont comme des jugemens arrêtés et qui passent en force de choses jugées. Il en est ainsi sur les vengeances, sur la fortune , etc.
Jésus-Christ veut condamner ces maximes, et la manière de les condamner est nouvelle et inouïe: il se laisse juger par le monde; et, par l'iniquité de ce jugement, il infirme toutes ses sentences.
De là il se voit que le monde n'a pas le principe de droiture; et c'est pourquoi ses jugemens, i° sont pleins de bizarreries, 2° n'ont point de stabilité ni de consistance. Mais vous direz que c'est le peuple emporté : voyons ce que le monde juge dans les formes; écoutons le jugement des pontifes et le jugement de Pilate, ceux qu'on appelle les honnêtes gens. Pilate condamne un innocent, afin d'être ami de César : il s'est trompé; sa disgrâce sera marquée dans l'histoire, et il y aura une tour qui deviendra fameuse par son exil. Voilà pourtant les honnêtes gens, ceux qui ont de grandes vues pour la cour et pour la fortune; ils ont mal jugé du Fils de Dieu , et leur ambition les a corrompus pour leur faire tremper leurs mains dans le sang du Juste.
Mais les prêtres et les pontifes ont encore un objet plus haut: ils songent à sauver l'état et l'autorité de la nation : Et non tota gens pereat; « et que toute la nation ne périsse pas:» sur cela, ils sacrifient Jésus-Christ à une chimère d'intérêt public. Mais ce sang qu'ils ont répandu est sur eux et sur leurs enfans , selon leur parole: il les poursuit, il les accable, comme Jésus-Christ le leur avait annoncé: Ut veniat super vos omnis sanguls justus , qui ejfusus est super terrain 1 : « afin que tout le sang innocent qui a été ré- « pandu sur la terre retombe sur vous. » Ils mettent le comble au crime et à la vengeance parle dernier trait de leur jugement. Ainsi en jugeant Jésus-Christ, tout le monde s'est trompé. Il s'est laissé juger, et l'extravagance de ce jugement criminel et insensé a fait paraître que le monde ne sait pas juger. Jésus s'est mis au dessus de tous les jugemens humains, regardé comme un homme, non encore comme Fils de Dieu; et c'est ce qui lui donne une autorité suprême au dessus de tous les jugemens du monde.
1 Matth., xxu, 35.
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Il ne juge pas avec une apparence d'autorité; il le fera un jour de cette sorte, lorsqu'il descendra dans la nue; il juge en se laissant condamner, et il remporte la victoire pendant qu'on le juge, ainsi qu'il est écrit au psaume cinquantième : Ut vliicas cum judicaris : « afin que vous demeuriez victorieux lorsqu'on jugera de « votre conduite. » C'est ce qui autorise son Evangile, c'est ce qui met la perfection à son innocence, à sa sainteté, à sa justice. Platon (ne vous étonnez pas si je cite ce philosophe en cette chaire; le passage que j'ai à vous rapporter a été tant de fois cité par les Chrétiens qu'il a cessé d'être profane en passant si souvent par des mains saintes); Platon dit que le comble de la malice, c'est de la couvrir si artificieusement qu'elle paraisse être juste. Ainsi la perfection de la sainteté, c'est d'être juste, sans se soucier de le paraître, sans ménager la faveur des hommes, et, au contraire, en reprenant tellement les vices qu'on se fasse maltraiter et crucifier comme un criminel : fondemens cachés de la vérité future jetés dans les ténèbres du paganisme. C'est ce qui autorise Jésus-Christ, qu'il ne dit rien pour ménager la faveur des hommes. Les Pharisiens le flattent; il n'en foudroie pas moins leur orgueil, et ne relâche pas, pour leurs flatteries, sa juste et nécessaire sévérité; ils le fatiguent, ils l'importunent, ils le persécutent , sa douceur ne s'en aigrit pas. « Race infidèle et maudite, amenez ici votre fils.» Ils le crucifient; il prie pour eux, et sa vérité subsiste au dessus de tant de bizarres jugemens des hommes.
Aussi paraît-il en juge; il brave la majesté des faisceaux romains par l'invincible fermeté de son silence; le titre de sa royauté est écrit au haut de sa croix, parce qu'il règne sur tout le monde par ce bois infâme, et que ce qui est folie aux gentils devient la sagesse de Dieu pour les fidèles; pendant que le monde le condamne, il ne laisse pas d'avoir ses enfans qui le reconnaissent; la sagesse est justifiée par ses enfans. Mais il choisit un autre peuple; il étend ses bras dans la croix, « et il attire tout à lui : » Omnia trakam ad melpsum. « Il mesure le monde, ditLactance, et il appelle un nom- « bre infini de nations qui viendront se reposer sous ses ailes : » ainsi il juge les Juifs et se choisit un autre peuple.
« Il est prêché aux uns, dit saint Hilaire, et d'autres le recon- « naissent ; il naît pour ceux-ci, et il est aimé de ceux-là; les siens « le rejettent, et des étrangers le reçoivent; ceux de sa propre mai- « son le persécutent, ses ennemis accueillent avec tendresse ; les « adoptifs demandent l'héritage, ceux de sa famille le méprisent; « les enfans répudient le testament, les serviteurs le reconnaissent.
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« Ainsi le royaume des cieux souffre violence, et ceux qui la font « l'emportent , parce que la gloire due à Israël à cause de ses « pères, annonce'e par les Prophètes, offerte par Je'sus -Christ , est « saisie et enlevée par la foi des nations : » Aliis Christus prœdicatui'y et ab aliis agnoscitur ; aliis nascitur, et ab aliis diligitur; sui cuin rvspuunt, alieni suscipiunt ; proprii insectantur, complectuntur ini/nici; hœreditatem adoptio expetit , familiarejicit ; testamentum filii répudiant, servi recognoscunt, Itaque viin regnum cœlorum pâtit ur, inferentesque diripiunt ; quia gloria Israël a patribus débita , a Prophetis nuntiata, a Christo oblata, Jide gentium occupatur et japitur. Ainsi, pendant que le peuple juif le juge et le condamne, il se choisit un peuple qui se soumet à ses lois et qui consent au jugement souverain qu'il prononce du haut de sa croix, non seulement contre les Juifs, mais encore contre le monde : Nunc judicium est mundL (Bossuet, Pour le samedi de la semaine de la Passioji.)
Engagement que nous avons pris dans le baptême, d'exécuter le monde en nousmêmes.
Vous vous êtes engagés à cette exécution par le saint baptême : In morte ipsius baptizati sumus 1 : « Nous sommes baptisés en sa « mort ; » en sa mort, en sa croix, en ses douleurs, en ses infamies et en ses opprobres. Il a répandu pour nous sur le monde toute l'horreur de son supplice, toute l'ignominie de sa croix , tous ses travaux, toutes les pointes de ses épines , toute l'amertume de son fiel : Mihi mundus crucifijcus est, et ego mundo 2 : « Le monde est « mort et crucifié pour moi, comme je suis mort et crucifié pour le « monde. » Il faut donc exécuter le monde en nous-mêmes, et le crucifier pour l'amour de Jésus. Jésus a déshonoré le monde, il l'a crucifié.
Mais nous aimons mieux crucifier Jésus-Christ lui-même, et participer au crime des Juifs contre lui que de suivre l'exemple du Fils de Dieu. Pourquoi Font-ils crucifié , sinon parce qu'il se disait le Fils de Dieu, sans contenter leur ambition, sans les faire dominer sur toute la terre, comme ils se le promettaient de leur Messie ? N'est-ce pas un tel Sauveur que nous désirons qui nous sauve de la pauvreté, de la sujétion et de la douleur, etc.? et parce qu'il ne le fait pas, et qu'il ose avec cela se dire notre Sauveur, nous nous révoltons contre lui.
4 Rom., vi, 3. — * Galat., vr, 14.
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D'où est née cette troupe de libertins que nous voyons s'élever si hautement, au milieu du Christianisme, contre les vérités du Christianisme? Ce n'est pas qu'ils soient irrités de ce qu'on leur propose à croire des mystères incroyables , ils n'ont jamais pris la peine de les examiner sérieusement ; que Dieu engendre dans l'éternité, que le Fils soit égal au Père, que les profondeurs du Verbe fait chair soient telles que vous voudrez, ce n'est pas ce qui les tourmente; ils sont prêts à croire ce qu'il vous plaira, pourvu qu'on ne les presse pas sur ce qui leur plaît; à la bonne heure, que les secrets de la prédestination soient impénétrables, que Dieu, en un mot, soit et fasse tout ce qu'il lui plaira dans le ciel, pourvu qu'il les laisse sur la terre contenter leurs passions à leur aise. Mais Jésus-Christ est venu pour leur faire haïr le monde; c'est ce qui leur est insupportable, c'est ce qui fait la révolte, c'est ce qui fait qu'ils le crucifient. Prenez donc parti, Chrétiens, ou condamnez Jésus-Christ, ou condamnez aujourd'hui le monde : Si Baalest Deus, sequimini ilhtm * : * Si Baal est Dieu, suivez-le. »
Mais, ô Dieu! nous n'osons plus parler de la sorte; on parlait en ces termes quand la révérence de la religion était encore assez gravée dans les cœurs pour n'oser prendre parti contre Dieu quand on sera en nécessité de se déclarer. Mais maintenant, mes frères, si nous pressons la plupart de nos auditeurs de se déclarer entre Jésus-Christ et le monde , Jésus perdra sa cause ; le monde sera hautement suivi, tant le Christianisme est aboli, tant le baptême est oublié. Je ne vous laisse donc point d'option : non, non, la cause est jugée ; il n'y a rien à délibérer :Non juclicium est mundi. Il faut condamner le monde : voici les jours salutaires où vous approcherez de la sainte Table; c'est là qu'il faut condamner le monde, «de «peur, comme dit l'Apôtre, que vous ne soyez damnés avec le « monde : » Ut non cum hoc mundo damnemur^ : mais ne le condamnez pas à demi comme vous avez fait jusqu'à présent. Vous ne voulez pas aimer, vous voulez plaire; vous ne voulez pas être asservis, vous voulez asservir les autres, et faire perdre à ceux que Jésus a affranchis par son sang une liberté qui a coûté un si grand prjx : Laper ata est le$, et npn pevvenit usque ad finem jiidlciitm 5 : « Jves lois sont foulées aux pieds, et l'on ne rend jamais justice.. »
Non, non, le monde doit perdre sa cause en tout et partout; car jamais il n'en fut de plus déplorée. Ne me demandez donc pas jusqu'où vous devez éloigner de vous les vaines superflui^és : quand
1 III Reg., xviii, c21. — * I Cor., xi, 32. — s Habac, i, A.
vous demandez ces bornes, ce n'est pas que vous vouliez aller jusqu'où il le faut nécessairement; mais c'est que vous craignez d'en faire trop. Crnignez-vous d'en faire trop quand vous aimez trop pour vos parens, trop pour le prince, trop pour la patrie, parce qu'il y a quelque image de Dieu ? vous ne mettez point de bornes à l'égard de tous ces objets; à plus forte raison n'en devez-vous point mettre pour Dieu même : ceux qui veulent vous donner des bornes ne connaissent point l'Evangile; on vous trompe, on vous abuse. La vie chrétienne doit être une continuelle circoncision :ne me demandez pas ce qu'il faut faire, commencez à retrancher quelque vanité, et le premier retranchement vous éclairera pour les autres , etc. Aimez, voilà votre règle; ayez la croix de Jésus dans votre cœur, elle fera une perpétuelle circoncision ; tant qu'enfin vous soyez réduits à lapure simplicité du Christianisme. Oh! que le monde, direz-vous, serait hideux si on le dépouillait ainsi de toutes ses vanités et de tout l'éclat qui l'environne; c'est ce qu'objectaient les païens : « Que les temps seraient heureux, disaient-ils, et que le Christ aurait apporté au monde une grande félicité, si l'on pouvait y jouir de tous ses plaisirs dans une parfaite assurance!» Si esset securitas magna migarum, felicia essent tempora, et magnam fellcitatem rébus humanis Christus attulisset. ( Le
MEME
Péroraison.
Ce monde, mes frères , ce monde est donc votre ennemi et l'ennemi de votre divin Maître; et cependant, par un inconcevable aveuglement, vous l'aimez encore, ce monde, vous ne vous plaisez qu'au milieu de ce monde, vous ne travaillez, vous ne vivez, vous ne respirez que pour ce monde. Ah! Chrétiens , où est donc votre foi , où est le soin de votre salut, où est votre amour pour Jésus-Christ ? C'est Dieu lui-même, dites-vous, qui vous condamne à vivre au milieu du monde, et vous ne pourriez l'abandonner sans trahir l'ordre de la Providence; mais vous devez du moins suivre le conseil de l'Apôtre, user du monde comme n'en usant pas ; vous rappeler que la figure du monde passe , et ses plaisirs avec lui, et surtout vous y montrer étrangers à son langage séducteur, à ses maximes perverses, à ses modes corruptrices. Chefs de famille, restez au milieu du monde, mais pour y condamner, par la gravité de votre conduite, sa déplorable légèreté ; par votre respect pour la religion, son impiété audacieuse; et pour perpétuer
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cette tradition de foi et de bonnes mœurs que vos pères vous ont transmise comme leur meilleur héritage. Femmes chrétiennes, restez au milieu du monde ; mais pour opposer à la frivolité et au dégoût de votre sexe pour ses devoirs votre application et votre vigilance; à son oisiveté, votre vie laborieuse et votre amour pour la retraite à sa fureur pour les plaisirs. Et vous, jeunesse chrétienne, demeurez aussi, puisqu'enfin il faut y consentir, demeurez au milieu du monde, mais pour confondre la lâcheté de son respect humain par votre courage à professer votre foi ; son indifférence pour la religion, par votre piété fervente; son immodestie et ses coupables vanités, par votre retenue et votre aimable pudeur; ou plutôt, demeurez au milieu du monde pour ramener à Dieu tous les cœurs , pour les réconcilier tous à la religion par ce charme ineffable dont la vertu embellit le front de la jeunesse, et que tous les artifices du monde ne sauront jamais imiter. Ainsi , même en vivant au milieu du monde, vous honorerez votre foi, et vous trouverez dans les dangers qui vous environnent de nouveaux titres aux récompenses éternelles. Ainsi soit-il. (M. Borde-