PLAN ET OBJET DU SECOND DISCOURS SUR LE MARIAGE
EXORDïJ.
Vocatus est Jésus et discipuîi ejus ad nuptias. Jésus fut convié aux noces avec ses disciples. (Joan., il, 2.)
Jésus-Christ , 'mes frères, le plus sobre et le plus mortifié de tous les hommes, invité à des noces, et ne dédaignant pas de s'y trouver : quel mystère! et que signifie cette circonstance de l'Evangile ? On peut dire , avec saint Jérôme , que le divin Sauveur voulut assister à ces noces, pour empêcher les désordres qui arrivent souvent dans ces sortes d'assemblées, et pour arrêter, par un exemple de tempérance, les excès, les débauches et les scandales qui s'y commettent pour l'ordinaire. On peut ajouter, avec saint Ambroise, qu'il voulut assister aux noces de Cana, auxquelles on l'avait invité, afin de nous apprendre par là qu'il se trouve dans tous les mariages où l'on consulte sa divine volonté, et que dès lors ce sont des mariages saints et heureux, puisqu'un Dieu les honore de sa présence et les comble de ses bénédictions et de ses grâces. Mais, au contraire, si on n'y appelle pas Jésus-Christ, si on y entre sans son conseil, on peut dire, en vérité, qu'il n'y a plus rien dans le mariage que de profane , ni rien qui le relève. On n'y trouve qu'affliction, que croix, que malédiction, que désespoir, qu'enfer. Il s'agit donc de prévenir tous ces malheurs, en vous approchant de ce sacrement avec des dispositions toutes chrétiennes, et c'est ce que je prétends vous apprendre dans cette instruction. Mais ce n'est pas assez d'en approcher dignement; il faut y vivre saintement, en remplissant avec fidélité tous les devoirs de conscience et toutes les obligations indispensables qu'il vous impose. Ce point de morale regarde toute sorte de personnes, celles qui sont libres et celles qui ne le sont pas. Etes-vous libre,
et voulez-vous embrasser l'état du mariage ? cet état demande de vous de très saintes dispositions : vous le verrez dans mon premier point. Ètes-vous déjà engagé dans le mariage? cet état vous impose des obligations essentielles que vous devez remplir : vous le verrez dans mon second point. (Le P. Brydaine , Sur le Mariage.)
Le mariage demande de saintes dispositions.
Le mariage est saint, de quelque coté qu'on le considère; et saint Paul même ajoute qu'il est honorable en toutes choses: Ho~ îwrabile connubium in omnibus 1. Il est saint et honorable par rapport à son Auteur. Il a été institué de Dieu dans le Paradis terrestre, consacré de Dieu dans la loi de Moïse, mis et élevé au rang des sacremens, par l'Homme-Dieu, dans la loi de grâce. Le mariage est saint par rapport à son modèle. Il nous représente celui de Jésus-Christ avec la nature humaine ; celui de Jésus-Christ avec l'Eglise, au jour de sa passion; celui de Jésus-Christ avec l'ame juste au jour de la mission et de la descente de son Saint-Esprit. Le mariage est saint et honorable par rapport à sa matière. Dans les autres sacremens, ce sont des matières inanimées et insensibles: la matière du baptême, c'est l'eau; la matière de l'eucharistie, c'est le pain et le vin. Mais dans le sacrement du mariage, ce sont des créatures animées et raisonnables qui servent de matière à Jésus- Christ, je veux dire les corps de l'homme et de la femme qui s'engagent mutuellement, et que saint Paul appelle les temples de l'Esprit-Saint. Le mariage est saint par rapport à sa fin. Il a été institué de Dieu, pour former une société sainte entre l'homme et la femme , que la mort seule serait capable de diviser. Il a été institué, non pour autoriser le libertinage, mais pour l'empêcher; non pour allumer la concupiscence , mais pour en arrêter les désordres ; non pour mettre des libertins au monde, mais pour donner des enfans à l'Eglise et des élus au ciel. Enfin le mariage est saint et honorable par rapport à ses effets. Le premier de ces effets est une augmentation de la grâce sanctifiante et des habitudes surnaturelles qui sont déjà dans une ame bien disposée : le second est une infusion de certaines grâces actuelles propres à la vie que les personnes mariées doivent mener pour se sanctifier dans leur état. En effet, ces sortes de grâces donnent à un homme et à une femme un esprit d'union et de concorde pour s'aimer, un esprit de patience et de douceur pour souffrir tranquillement leurs défauts 'et
1 Hebr., xm, 4.
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leur mauvaise humeur, un esprit de chasteté pour demeurer dans les bornes de leurs devoirs, un esprit de sollicitude et de prévoyance pour veiller aux besoins de leur famille, un esprit de religion et de piété pour se sanctifier tous deux dans leur état et élever leurs enfans dans l'amour et dans la crainte de Dieu.
De toutes ces circonstances ne devons-nous pas conclure, avec saint Paul , que le mariage est un sacrement grand, honorable , saint, infiniment respectable? Y avez-vous jamais bien pensé? Hélas! vous l'aviez regardé jusqu'ici comme une affaire purement temporelle, comme une chose indifférente et toute profane, à la» quelle ni Dieu ni la religion n'ont point de part Instruisez-vous donc aujourd'hui du contraire. Mais si ce sacrement est si vénérable, si saint, quelles dispositions n'exige-t-il pas de vous pour vous y sanctifier! sans doute des dispositions toutes saintes et toutes chrétiennes. Première disposition : il faut y être appelé de Dieu. Seconde disposition : il ne faut s'y engager que dans de bonnes vues et de saintes intentions. Troisième disposition : il faut le recevoir en état de grâce.
C'est une vérité incontestable que Dieu, qui veut sauver tous les hommes, veut les conduire au salut éternel par des moyens différens. Il veut y conduire celui-ci par le sacerdoce, et celui-là par la religion. Il veut sauver les uns dans le célibat, et les autres dans le mariage. Il est encore sûr que Dieu attache à chaque état les grâces nécessaires pour s'y sanctifier, grâces qu'on ne trouve pas dans un autre état que Dieu ne nous a point marqué : de telle sorte qu'une personne que Dieu appelle au mariage y trouve des grâces propres pour son salut; et que , s'il prend un autre parti où Dieu ne l'appelle pas, il n'aura plus les mêmes grâces, et son salut sera en très grand danger. Mais si on a besoin, dans chaque état de la vie, de la vocation de Dieu pour faire son salut, c'est surtout dans le mariage , dont les liens sont indissolubles et les dangers presque infinis. Car enfin , de quoi s'agit-il , dit saint Ambroise, quand il est question de se marier? il s'agit de perdre sa première liberté et de se lier pour toute sa vie ; il s'agit de demeurer, de converser, de se plaire éternellement avec une personne qui nous était auparavant ou inconnue ou indifférente. Car vous vous engagez, dit ce Père, et vous ne savez à qui; vous ne connaissez jamais l'esprit, le naturel, les qualités du sujet avec qui vous faites une alliance si étroite-, qu'après la parole donnée, et lorsqu'il n'est plus temps de la reprendre. Si une femme est emportée, orgueilleuse, fainéante, coquette , on ne connaît ses vices
qu'après l'avoir épousée; il en est de môme d'un homme. Le mariage une fois reconnu valide, c'est pour toujours. L'engagement est perpétuel, c'est la foi qui nous l'enseigne : en sorte que si la personne que vous avez épousée vous agrée, et qu'elle soit selon votre cœur, c'est un bien pour vous; mais si ce mari ne plaît pas à cette femme, si cette femme ne revient pas à ce mari , ils n'en sont pas moins, liés ensemble, et quel supplice qu'une semblable union ! Ce n'est pas parmi eux que plaintes, que reproches, que murmures, que querelles, que jalousies, que contradictions éternelles, qui ne finissent quelquefois que par le divorce ou par la mort. De là qu'arrive-t-il? on cherche à se dédommager au dehors, on tourne ailleurs ses inclinations; et à quelles infidélités, à quels désordres ne se laisse-t-on pas entraîner? On ne s'embarrasse plus du soin dune famille: on néglige absolument le salut de son dômestique; on a peine à pourvoir à la nourriture et à l'éducation de ses enfans, qui deviennent vicieux et libertins; on manque enfin à ses devoirs les plus essentiels. Cependant les années s'écoulent, on demeure dans cet état jusqu'à la mort; et comme disait saint Bernard, on ne fait que passer d'un enfer à un autre enfer; d'un enfer de péché et de crime, à un enfer de peines et de châtimens ; de l'enfer du mariage, au véritable enfer des démons. Ce sont là des extrémités , me dites-vous , il est vrai ; mais extrémités tant qu'il vous plaira, rien n'est plus commun dans l'état du mariage; et n'est-ce pas cela même qui \ous en doit mieux faire connaître la pesanteur, et vous faire sentir en même temps la nécessité qu'il y a de recourir à Dieu avant de s'y engager? Car dès que vous y serez par son ordre ou son conseil, sa grâce adoucira infailliblement toutes vos peines, et sa Providence ne vous manquera jamais dans vos besoins. Mais si, au contraire, vous vous y jetez de vous-même et en aveugle, sans l'avoir auparavant consulté et sans savoir s'il vous y appelle, dès lors il vous refusera ses grâces spéciales avec justice, dit saint Cyprien, et vous laissera porter tout le poids de vos fers. Abandon terrible > je l'avoue, mais qui toutefois n'a rien que de juste et de raisonnable. Pères et mères, si un enfant s'est marié contre votre consentement ou sans vous en avoir demandé avis, ne vous moquezvous pas de son malheur? ne dites-vous pas ; Il s'est marié sans ma participation; qu'il fasse comme il voudra, je ne me mêle plus de lui. S'il m'avait rendu le respect qu'il me doit, s'il avait épousé la personne que je lui avais destinée, il serait heureux. Ce dénaturé m'a méprisé, il m'a désobéi : je l'abandonne, je le déshérite; et autant j'aurais eu d'affection et de tendresse, autant j'ai d'indif-
férence'et de haine pour lui. Oh ! si les hommes en agissent ainsi, croyons-nous, mes frères, que Dieu soit moins jaloux de son honneur, moins sensible à l'injure qu'on lui fait de ne pas le consulter dans une affaire aussi importante, moins disposé enfin à se venger de nos outrages, et à nous déshériter, je veux dire, à nous ôter ses grâces? Il est donc pour vous de la dernière conséquence de savoir si Dieu vous y appelle à l'état du mariage; car, encore un coup, si Dieu vous y apppelle,vous trouverez infailliblement dans cet état des grâces propres pour votre salut ; et si vous y entrez, au contraire, sans vocation, vous risquez de vous damner et de vous perdre sans ressource. Que devez-vous donc faire, si vous voulez sérieusement vour sauver? vous devez, avant de vous marier, consulter la volonté du Seigneur; vous devez lui faire souvent cette prière, avec le Prophète-Roi : Notant fac mihi viam in qua ambulem *,• Seigneur, manisfestez-moi vos volontés, et faîtesmoi connaître quelle est la route que je dois prendre pour aller à vous. Et pour la mieux connaître encore, ajoutez à ces prières ferventes , des jeûnes, des mortifications, des aumônes, des neuvaines, des communions, et d'autres bonnes œuvres, telles que votre piété vous les suggérera; renoncez à vos passions, examinez-vous vous-même sur les inclinations que Dieu vous a données , sur les talens que vous avez reçus du ciel. Etes-vous capable de former une sainte société, d'élever des enfans dans la crainte de Dieu, en un mot, de supporter toutes les charges du mariage ? Quand vous aurez ainsi consulté Dieu, et que vous vous serez interrogé vous-même sans légèreté oet sans préoccupation , interrogez encore un directeur sage et éclairé , qui connaisse parfaitement votre intérieur ; interrogez votre père et votre mère , pourvu qu'ils ne se laissent point gouverner par la passion : étant certain que Dieu vous appelle au mariage (si c'est par le conseil de votre directeur et de vos parens) , qu'il s'explique le plus souvent par leur bouche, et qu'en faisant leur volonté vous faites la sienne. Quand vous aurez pris toutes ces sages précautions, et que vous aurez reconnu par quelque endroit que Dieu vous veut clans le mariage, demandez-lui qu'il vous montre celle qu'il vous a destinée , puisque, au rapport de Salomon , il n'appartient proprement qu'au Seigneur de donner une femme sage et vertueuse; et pour ne pas vous y tromper, faites-en un choix tout particulier. Et voilà en quoi consiste la quatrième disposition que le mariage demande de vous.
1 Ps. CXLII, 8.
Pères et mères , n'engagez jamais vos enfans dans le mariage sans que vous sachiez s'ils y sont portes. Labanet Bathuel s'aperçurent bien que le ciel avait destiné Rébecca, leur fille, à Isaac ; cependant ne dirent-ils pas qu'il fallait la faire venir pour savoir d'elle si c'était sa volonté ? Vocemus puellam et quœramus ipsius voluntatem [. Mais aussi, mes chers enfans, ne vous engagez jamais dans le mariage sans la participation de vos parens. Rébeccaj sans s'arrêter aux propositions du serviteur d'Abraham, ne courut-elle pas avec précipitation vers son père ? et ne vous montret-elle pas par là, ô filles, que vous devez vous rapporter du choix d'un mari à ceux qui vous ont mises au monde?
La différence d'humeur, l'inégalité de condition, la disproportion d'âge, sont autant de funestes causes du malheur de la plu part des mariages. Abraham défendit à son serviteur d'amener à son fils Isaac une épouse qui fût de la race de Chanaan, afin de nous apprendre, dit saint Ambroise, que le vice des parens passe, par une funeste succession, dans les descendans; que la fille mal instruite qui se moque de ses parens , n'aura jamais la soumission qu'elle doit avoir pour son époux ,• et réciproquement , qu'un mari qui a mené une vie libertine n'aura jamais l'amitié et la complaisance qu'il est obligé d'avoir pour sa femme. Il faut donc prendre garde à la personne avec qui l'on veut s'établir. Que doit-on demander en elle? Premièrement, qu'elle soit, autant qu'il se peut, de même âge et de même condition ; car si une personne pauvre se marie avec une personne riche, ou une personne avancée dans l'âge, avec une qui ne l'est point, il n'y aura certainement, dans ces sortes de mariages, que jalousies et que mépris. (Le même.)
Sainteté du mariage.
Qu'est-ce que la beauté du corps ? Pour le bien juger, allez la voir sous la tombe ? Qu'y verrez-vous ? rien qu'un peu de fange et de poussière. N'attendez pas même que la mort l'ait anéantie. Considérez-la sous les rides de la vieillesse, dans les ravages d'une maladie ; qu'est-ce que tout ce corps? Rien qu'un peu de boue; c'est pourtant ce peu de boue que les savantes mains du Créateur ont organisé dans les formes que vous avez raison d'admirer. C'est de cette vile et misérable matière qu'il a composé ce brillant tissu qui fait la beauté , non pas sans doute pour allumer dans votre cœur d'im-
1 Gen. xxn, 57.
pudiques flammes, mais pour faire reconnaître sa sagesse. Ne faites donc pas à son Auteur l'outrage do dénaturer l'œuvre de sa sagesse, en la faisant servir à une coupable passion. Accordez votre estime à l'ouvrage, réservez vos hommages à l'ouvrier; et que vos pensées s'arrêtent loin de tout ce qui pourrait porter le désordre dans vos sens. L'œuvre vous plaît; donc celui qui l'a faite mérite votre reconnaissance , non vos insultes et vos mépris par les injurieuses préférences données à la créature sur le Créateur. Recevez ce qu'il a fait, ne le profanez pas. Quiconque serait assez téméraire pour couvrir d'ordure l'image du prince serait puni par le dernier supplice; déshonorer l'ouvrage du Tout-Puissant par de criminelles intentions, est-ce donc un moindre délit? Que sera-ce si celui qui s'en rend coupable se trouve engagé dans le lien du mariage? Vous vous rejetez sur la violence du tempérament. N'avez-vous pas votre épouse? Dieu vous l'a donnée pour satisfaire aux besoins de la nature, non pour aller au delà. Tout ce qui sort de ce cercle abrutit et dégrade le mariage. Usez de son bienfait, n'en abusez pas. En consacrant par une loi expresse l'union conjugale, Dieu a voulu vous soustraire à la tyrannie de vos sens. Ingrat! vous méconnaissez le dessein de votre bienfaiteur ; vous violez la chasteté conjugale, en allant au delà de ce qui vous est permis; vous avilissez votre plus beau titre de gloire. Vous êtes sourd à la voix de l'Apôtre, qui vous crie tant en général qu'en particulier : Évitez toute fornication^. Que dis-je, l'Apôtre? c'est Jésus-Christ lui-même dont vous méconnaissez la voix. Qu'avez-vous besoin d'aller vous informer de cette beauté étrangère ? Que cette femme soit d'un visage agréable, que vous importe ? Elle n'est pas la vôtre. A quoi bon vous jouer au milieu des écueils, et risquer de tomber dans le précipice? Sachez maîtriser vos regards; fermezvous les yeux , mettez devant un mur de séparation qu'ils ne puissent franchir. Armez-vous de l'oracle du souverain Législateur, qui menace les regards impudiques de la même condamnation que le crime de l'adultère lui-même. Vous me pariez de plaisir. Eh ! qu'est-ce qu'un plaisir qui engendre le remords, les alarmes et les angoisses continuelles ? un plaisir qui se termine par un châtiment sans fin? Ne valait-il pas bien mieux lutter quelques momens contre la violence d'une dangereuse impression , pour retrouver bientôt après le calme heureux de sa conscience, que de satisfaire à une ivresse passagère, pour en être puni par un supplice immor-
* I Cor., vi, 18.
DE* PRÉDICATEURS. £y
tel ? O mes enfans ! ne vous comporte/ plus de la sorte ; car c'est un bien fâcheux bruit que celui qui se répand à votre sujet. Je sais à qui s'appliquent ces paroles; mais ce n'est pas à tous qu'elles s'adressent. Qui se sent blessé peut y trouver un remède à sa blessure. Je lui dirai donc à celui-là : Pourquoi violez-vous la fidélité conjugale? Pourquoi introduire le déshonneur dans un lit étranger? Pourquoi déshonorez-vous celle qui était devenue votre propre chair? Pourquoi faire si peu de compte de votre réputation à vous-même? (Saint Chrysostome 1.)
Sainteté du mariage , ses peines, ses devoirs.
Le mariage a été institué dès l'origine du genre humain , avant sa corruption, et dans la parfaite innocence du Paradis terrestre. Il nous représente l'union sacrée du Fils de Dieu avec l'Eglise son épouse. Jésus-Christ a voulu le sanctifier par sa présence aux noces de Cana . où il fit son premier miracle. 11 a voulu répandre par ce sacrement une bénédiction abondante sur la source de notre naissance , afin que ceux qui s'unissent dans cet état ne songent qu'à avoir des enfans , et moins à en avoir qu'à en donner à Dieu, qui ressemblent à leur Père céleste. Le lien du mariage rend les deux personnes inséparables , et la mort seule peut rompre ce lien. L'Esprit de Dieu l'a réglé ainsi pour le bien des hommes, afin de réprimer l'inconstance et la confusion qui troubleraient l'ordre des familles et la stabilité nécessaire pour l'éducation des enfans. Ce joug perpétuel est difficile à supporter pour la plupart des hommes , légers , inquiets , et remplis de défauts. Chacune des deux personnes a ses imperfections ; les naturels sont opposés; les humeurs sont souvent presque incompatibles; à la longue la complaisance s'use; on se lasse les uns des autres dans cette nécessité d'être presque toujours ensemble, et d'agir en toutes choses de concert. Il faut une grande grâce et une grande fidélité à la grâce reçue, pour porter patiemment ce joug. Quiconque l'acceptera par l'espérance de s'y contenter grossièrement y sera bientôt mécompte; il sera malheureux, et rendra sa compagne malheureuse. C'est un état de tribulation et d'assujétissement très pénible, auquel il faut se préparer en esprit de pénitence , quand on s'y croit appelé de Dieu. La grâce du sacrement adoucit ce joug et donne la force de le porter sans impatience. C'est par cette grâce
1 Exp. in Ps , xliii.
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que les deux personnes se supportent et s'entr'aident avec amour.
Vous, époux, aimez votre épouse comme Jésus-Christ a aimé son Eglise, qu'il a lavée de son sang et qui est l'objet de ses complaisances. Chérissez votre épouse comme un autre vous-même, puisque par le mariage les deux personnes n'en font plus qu'une. Epargnez-la, ménagez-la , conduisez-la avec douceur et tendresse par persuasion , vous souvenant de l'infirmité de son sexe suivant l'instruction de l'Apôtre. Communiquez-lui vos affaires avec confiance, puisque les vôtres deviennent les siennes dans cette intime société. Accoutumez-la à l'application, au travail domestique , au détail du ménage, afin qu'elle soit en état d'élever des enfans avec autorité et prudence dans la crainte de Dieu.
Et vous, épouse, aimez et honorez votre époux comme l'Eglise aime et honore Jésus-Christ son époux. Regardez Jésus-Christ même en lui. Obéissez-lui selon Dieu comme à votre chef, comme à celui qui vous représente Dieu sur la terre. Tâchez de mériter sa confiance par votre douceur, par votre complaisance, par votre modestie, par votre soin pour le soulager. Soyez-vous in violablement fidèles l'un à l'autre. Ne vous contentez-pas de fuir avec horreur tout ce qui ressentirait l'infidélité, mais évitez avec précaution jusqu'aux plus légers ombrages qui pourraient altérer la confiance dans cette sainte union. Montrez-vous l'un à l'autre une simplicité et une modestie qui vous ôtent réciproquement toute défiance. Que votre état vous force à tenir plus facilement la chair soumise à l'esprit et non à lui permettre* une dangereuse licence.
Puisque les enfans sont les fruits de la bénédiction du mariage, je prie Dieu qu'il vous en donne qui soient des saints , et qui servent un jour à vous consoler dans votre vieillesse. (Fénelon, Du Mariage»)
Précautions qu'il faut apporter au mariage.
Que vous vouliez acheter une maison, un esclave, Vous ne vous en rapportez point à la parole du vendeur; vous prenez des informations près de ceux à qui ils ont appartenu ; vous en examinez scrupuleusement les qualités et les défauts. Un mariage à contracter ne vaut-il pas que l'on y apporte autant et plus encore de précautions? Cette maison, si elle ne vous convient plus, vous pouvez la revendre; cet esclave, si vous venez à lui connaître des défauts \ vous avez le droit de le rendre ; mais cette femme, dont
DES PRKDICVTEURS. 4t9
vous aurez fait votre épouse, il faut la garder. Avant donc de vons unir à elle, consultez et les lois civiles, et surtout les lois de la religion ; car c'est d'après les dernières, et non d'après les autres, que vous serez jugé au dernier des jours. Pour contrevenir à cellesci , vous n'avez à encourir d'autre risque que de perdre de l'argent; infidèle à la loi de la religion, vous hasardez votre salut éternel, vous vous exposez aux plus terribles châtimens. Quelle exactitude vous mettez à ne pas vous compromettre aux yeux de la loi civile, à assurer tous les intérêts humains en cas d'événemens ! Tout est prévu, calculé, disposé à l'avance; et; au pis-aller, si vous êtes trompé, vous en êtes quitte pour de l'argent de moins. Votre ame vaut-elle donc moins que votre argent ? Vous voulez vous marier! Auparavant allez trouver l'oracle ; consultez le code que Paul nous a laissé sur la législation du mariage, sur les qualités de l'épouse. S'il vous dit que, dans le cas où vous reconnaîtriez dans celle que vous vous destinez quelque vice notable, il vous sera permis de la répudier, à la bonne heure, épousez. Autrement, s'il vous ordonne de la garder dans tout autre cas que celui de l'adultère , résignez-vous à supporter tout ce dont vous menace sa méchante humeur. Si le joug vous paraît au dessus de vos forces , appliquez-vous donc à bien choisir pour épouse une femme dont les principes et les habitudes vous garantissent les mœurs et le caractère : sans quoi vous vous placez dans l'alternative inévitable, ou de subir un supplice de tous les jours, ou de vous rendre coupable d'adultère en voulant vous affranchir. Avec cette précaution, vous éviterez l'un et l'autre de ces deux inconvéniens ; vous vous attacherez une femme digne de toute votre affection. Vous l'aimerez; comment? De la même manière que saint Paul le prescrit : Comme Jésus- Christ a aimé son Église l : jusqu'à vous sacrifier, jusqu'à mourir, s'il le faut, pour elle. Jésus- Christ est bien mort pour cette Eglise à laquelle il n'a pas dédaigné de s'unir, toute corrompue qu'elle s'était offerte à ses regards: Pour elle, nous dit l'Apôtre, il s est livré a la mort, afin de la sanctifier en la purifiant par rcau ou elle est lavée , et par la parole de vie. Voilà le modèle que vous devez vous proposer dans l'union conjugale. Votre femme a des défauts; ce n'est point une raison de la répudier. Vous avez un membre malade; vous ne le coupez point pour cela, du moins tant que vous avez l'espoir de le guérir. Votre femme fait partie de vous-même; car il a été dit:
1 Fph , v, 2G cl suiv.
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Tous deux ne seront (jaune seule chair. Vous devez l'aimer comme vous-même. C'est le précepte de l'Apôtre.
Qui aime sa jemme, nous dit-il, s aime soi-même ; or, personne ne hait son corps, il le nourrit, il le flatte.... Saint Paul fait concourir en faveur de ce devoir la loi divine et la loi naturelle : la première en lui donnant pour sanction la conduite de Jésus-Christ envers son Eglise; la seconde en l'appuyant sur le sentiment naturel qui nous porte à nous aimer nous-mêmes. Et il en conclut que le mariage est un grand mystère. Comment ? De même que Jésus-Christ a quitté la droite de Dieu, son père, pour venir sur la terre s'unir à son Eglise, dont il a fait son épouse, et ne faire avec elle qu'une même chair, ainsi répoux quittera- 1 -il son père et sa mère pour s attacher à son épouse. Et voilà que cette vierge jusque là sévèrement renfermée dans la maison qui l'a vue naître, se lie d'elle-même à cet homme qu'elle voit pour la première fois, et s'attache à lui comme à sa propre suhstance ; voilà que cet homme, de son côté , s'unit à cette femme, à cette étrangère, pour la préférer aussitôt à ses amis, à sa propre famille- voilà que ce père lui-même , à qui vous n'enlèveriez pas impunément la plus légère parcelle de son bien , en abandonne une portion considérable à cet étranger qu'à peine il connaît, et se laisse enlever sans regret , même avec plaisir, et sa fille et son trésor. Saint Paul a donc raison d'appeler un grand mystère un engagement tel que celui-là, qui prévaut sur toutes les autres affections les plus profondément enracinées dans le cœur, et dont le principe remonte jusqu'à Dieu lui-même; mystère, en effet, des plus surprenans , par le caractère auguste qui lui appartient , de retracer l'alliance de Jésus-Christ avec son Eglise. La conséquence qu'il en tire, c'est qu'il ne doit pas être contracté légèrement et par intérêt. Non , le mariage n'est pas un marché; c'est l'union de toute la vie. Rien de plus commun que d'entendre dire : Tel a fait un mariage qui l'a enrichi tout à coup. Il n'avait pris femme que pour avoir de l'argent. Quel langage! une femme pour de l'argent !... Malheur à celui qui n'épouse que pour de l'argent! Combien d'hommes riches, mariés à des femmes opulentes, ont perdu leur repos en augmentant leur fortune! Combien de pauvres, mariés à des tilles pauvres, coulent des jours tranquilles et heureux ! Ce n'est donc pas la richesse qu'il faut considérer dans le mariage ; c'est la vertu, c'est l'honnêteté, c'est l'économie. Avec ces qualités' une femme, même pauvre, vous rendra heureux. La pauvreté la paiera moins que la richesse. Si elle ne les a pojnt, vous eût-
DES PRÉDICATEURS. 5l
elle apporté la plus riche dot, plus de paix, plus de bonheur; c'est une tempête qui ravage et dissipe tout en un moment.
Vous ne prenez point une femme pour amener avec elle dans votre maison les querelles, une guerre domestique, des dissensions éternelles, qui vous rendent à tous deux la vie insupportable. Non, sans doute, mais pour trouver en elle un appui, des consolations qui vous aident à supporter vos peines, une amie qui charme vos ennuis par la douceur de ses entretiens.
C'est là l'intention du mariage. Dieu, qui la institué, vous propose encore un motif plus sérieux. Saint Paul j'indique par ce mot: Pour éviter toute impureté l. Il ne dit pas : Pour se garantir d'éviter la pauvreté, pour augmenter sa richesse. Non; mais pour éviter l'impureté, pour modérer les feux de la concupiscence, pour vivre dans la tempérance , pour plaire à Dieu ; se contentant d'une seule femme. Tout le reste ne doit passer qu'après. La beauté sans la vertu ne captivera pas long-temps votre cœur; elle vous a passionné un moment; les défauts percent et la passion s'évanouit. Les amitiés solides sont celles dont la vertu est le lien; celles-là, le temps ne fait que les accroître. Flamme innocente autant que vive elle écarte, elle consume tout ce qui sort du cercle des plaisirs légitimes ; la pensée même des voluptés coupables ne vient point flétrir l'ame des époux vertueux; et, toujours en garde sur la chasteté conjugale, ils méritent que les bénédictions du ciel se répandent sur leurs personnes et sur leur maison.
C'était ainsi que les saints patriarches se mariaient. Dans le choix de leurs épouses , ils recherchaient la noblesse des sentimens, non la richesse de la dot. Je n'en citerai qu'un seul témoignage. Abraham, déjà avancé en âge, appela le plus ancien de ses domestiques, qui avait l'intendance sur toute sa maison, pour lui dire : Jurez-moi par le Seigneur, Dieu du ciel et de la terre, que vous ne prendrez aucune des filles des Chananéens , p armi lesquelles f habite, pour la faire épouser a mon fils, mais que vous irez au pays oie sont mes parens , afin d'y prendre une femme pour mon fils Isaac 2. Voyez avec quelles précautions il agit : il ne s'adresse point, comme on fait aujourd'hui , à des intrigantes toujours empressées de faire valoir leurs services; mais au plus ancien de ses serviteurs, formé par lui-même; il veut une femme choisie, non pour sa beauté ou sa richesse, mais vertueuse , que l'on ira chercher dans un pays si éloigné. Vous n'entendez point Eliézer répondre
1 I Cor., vu, 2. — 2 Gen., xxiv, 2 cl suiv.
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à son maître: Pourquoi si loin? Il en est tout près de nous, dont on vante la noblesse, l'illustration, l'opulence et les agrément! A quoi bon un voyage si hasardeux, dans- un pays où je ne connais personne, où je ne saurais pas même à qui m'adresser? La seule observation qu'il se permette est celle-ci: Dans le cas ohlajemme ne voudrait pas venir en ce pays-ci avec moi, voulez-vous que je remène votre fils au pays doit vous êtes sorti? Non, répond Abraham, le Seigneur , Dieu du ciel et de la terre , qui m'a fait sortir de la maison de mon père et du pays de ma naissance, qui m1 a parlé et qui nia juré en me disant : Je donnerai cette terre de Chanaan d votre race, enverra lui-même son Ange devant vous , afin que vous preniez une femme pour mon fis. . .
Eliézer exécute l'ordre qu'il a reçu. S'abandonnant à la conduite du Seigneur, il ne dit point : Celle que je verrai portée sur un char, environnée d'un nombreux domestique, belle, jeune, brillante , sera l'épouse d'Isaac ; non , ce sera celle à qui je dirai : Baissez, je vous en prie, votre cruche, afin que je boive. Quoi ! chercher une femme dans un si vil office! Mais ce vil office ne nuit point à la vertu, et ces femmes si délicates qui habitent sous des toits somptueux , à quoi sont-elles bonnes ? Mais celle-ci, où est la preuve de ses éminentes qualités ? Dans le témoignage de l'hospitalité que j'en attends. Par cela seul, il sera bien avéré qu'elle ne regardera comme au dessous d'elle aucun des devoirs domestiques; qu'elle apportera dans la maison de son époux les mêmes mœurs qui s'y trouvent établies; qu'il y aura donc entre eux deux la plus parfaite intelligence, et que les mêmes bénédictions du ciel qui appellent Abraham à tant de prospérités viendront se répandre sur son fils ... Le vœu du fidèle domestique s'accomplit. A peine avaitil adressé sa prière au Seigneur qu'il vit paraître une jeune fille très agréable , dit l'historien sacré , vierge parfaitement belle et inconnue a tout homme. Pourquoi cette description ? Pour relever le mérite de sa chasteté. Ainsi pour faire ressortir mieux la continence de Joseph, l'Ecriture remarquera qu'il était parfaitement beau. Ce n'est point sur la beauté qu'il faut faire retomber le reproche de l'incontinence , pas plus que faire à la laideur un mérite d'être sage. Des femmes distinguées par leur beauté ne l'ont pas été moins par leur chasteté; d'autres, disgraciées de la nature, se sont rendues célèbres par le scandale de leurs mœurs. QueRébecca belle et chaste fût inconnue a tout homme, ce n'était pas faute d'occasions, ni de liberté, puisqu'elle était souvent obligée de se rendre à cette fontaine, seule, ^ans aucune suite. Gardée par sa
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modestie, elle était ce que saint Paul veut que soit toute vierge, sainte de corps et d'esprit. (Saint GihiysostÔme *.)
Le mariage n'est point un mal.
Saint Paul nous a laissé des lois sur le mariage : il ne le regarde donc point comme criminel et comme chose dont on doive rougir. Si Jésus-Christ a honoré le mariage, si c'est à l'occasion d'un mariage qu'il a fait le premier de ses miracles , le disciple de Jésus-Christ pouvait -il craindre d'étahlir une législation à cet égard ?
Le mariage n'est point un mal: ce qui est mal, c'est l'adultère, c'est la fornication ; et le mariage en est le préservatif.
Gardons-nous donc hien de déshonorer le mariage, par des pompes qu'il faut laisser aux enfans du démon : appelons aux noces Jésus- Christ, comme firent les époux de Cana en Galilée, en hannissant le démon, les joies profanes, les chansons efféminées, les danses immodestes, les paroles et les divertissemens contraires à la hienséance , les brillantes dissipations, le ris dissolus, une pompe et une vanité peu dignes d'un Chrétien; en un mot tout ce dont rougit la pudeur; en n'y admettant que les fidèles serviteurs de Jésus -Christ. C'est le moyen que Jésus-Christ vienne avec sa mère et ses frères.
Je sais bien que l'on va m'accuser d'un excessive rigidité. Mais je ne cherche point à vous flatter; c'est votre salut que je veux, non vos applaudissemens et vos louanges.
Vous vous rejetez sur la mode. La mode ne fait rien là où il y a péché. Du moment où elle est criminelle, elle aurait beau venir de loin, il faut la bannir. Ce qui est bien, quand il ne serait pas de mode, voilà ce à quoi il faut s'en tenir.
Mais est-il bien vrai que ce soit là une coutume qui remonte à des temps antiques? L'Ecriture nous parle des mariages d'Isaac et de Rébecca, de Jacob avec Rachel. Elle ne nous dit rien qui justifie de semblables coutumes. Nous voyons bien comment ces saintes femmes furent amenées dans la maison de leurs époux, qu'il y eut un repas un peu plus splendide que de coutume ; on n'y voit nulle trace d'instrumens de musique , de danses engagées par la débauche , rien de ce qui signale nos mariages d'aujourd'hui. Qu'est-ce aujourd'hui que ces sortes de fêtes? Autant d'orgies où le culte d'une Vénus est consacré par des hymnes et par
. xxx iv, in E*pist. ad Cor.
des danses lubriques , où l'impiété le dispute à la licence, où l'adultère, la violation du nœud conjugal et de criminelles intrigues sont hautement préconisées ; et après que l'on s'est abruti par tous les excès de l'intempérance , on accompagne à sa nouvelle demeure l'épouse marchant en public au milieu des plus dégoûtantes plaisanteries. Pouvez-vous, dites-moi, vous attendre à trouver un grand fond de chasteté dans celle qui , dès le premier jour qu'elle fut à vous, fut amenée à semblable école, et qui , grâce à votre discrète vigilance sur ses mœurs, n'a eu sous les yeux , n'a entendu retentir à ses oreilles que des objets dont votre esclave, s'il lui reste quelque pudeur, s'éloignerait avec horreur? Elle n'était donc restée si long-temps sous l'œil d'un père attentif à lui conserver le trésor de son innocence; une mère vertueuse, vigilante, ne l'avait donc environnée de tant de sévères précautions, veillant sur elle nuit et jour, travaillant à former son langage et son éducation , pour écarter d'elle tout ce qui pouvait blesser la modestie, la tenant à l'écart, la dérobant à tous les yeux, même à ceux de ses proches; tant de soins si empressés, si assidus, n'avaient donc été prodigués que pour un pareil résultat! Vous venez, vous, détruire en un moment tant de sacrifices. Cette pompe insultante lui a appris tout ce qu'elle ignorait ; cette ame, jusque là vertueuse, s'est ouverte aux leçons du vice : et que de désordres vous allez en voir éclore ! A quel autre que vous pourrez-vous vous en prendre de votre propre déshonneur, des jalousies dont votre cœur sera empoisonné, des stérilités, des veuvages, des morts précipitées, par qui le ciel châtira ces coupables déréglemens? Vous invitez les démons à vos fêtes nuptiales: par vos chansons lascives et vos paroles obscènes, vous allumez des passions criminelles dans les cœurs de ceux qui leur ressemblent; vous appelez dans votre maison des hommes et des femmes dont les mœurs et le langage effronté ne conviennent qu'au théâtre. Que pouvez-vous attendre de bon de tout cet appareil d'impudicité? De quoi vous sert d'introduire après le ministre de la religion, pour recevoir de ses mains la bénédiction nuptiale ?
Voulez-vous honorer votre mariage par une magnificence vraiment utile? appelez-y les pauvres. Des pauvres à vos noces! vous écriez-vous en rougissant; que dirait-on de moi si on les voyait? Mais vous ne rougissez pas d'y faire intervenir des démons; et vous avez peur que l'on y rencontre Jésus-Christ dans la personne de ses pauvres ! Vous ne regrettez pas la dépense où vous jettent ces pompes mondaines ; et vous regretteriez celle que vous cou-
terait leur présence! La première sera à jamais perdue pour vous; l'autre vous profiterait au centuple.
« Jamais personne! ne l'a fait. » Commencez, ayez la noble ambition d'introduire une aussi louable coutume , vous aurez du moins la gloire de donner l'exemple. Dieu vous en récompensera par les bénédictions qu'il versera et sur votre famille et sur vos personnes. Quand il menace dans son Ecriture les pécheurs: Vos en fans, dit-il, seront orphelins, eî -vos femmes deviendront veuves. Au contraire, il promet toutes sortes de biens et une vieillesse heureuse à ceux qui obéissent à ses Commandemens.
Cette vierge timide, qui s'apprête à devenir épouse , la voilà transportée tout à coup , de sa paisible et pudique retraite, sur un théâtre de dissolution, dans un monde nouveau de plaisir et de dissipations, de chants et de propos licencieux, de fête ou plutôt d'orgie, à qui elle fut jusque là étrangère. Pour la première fois, elle vient prendre leçon d'immodestie, d'intempérance, mêlée à des hommes, à des femmes sans nulle retenue : quelle impression ce qu'elle voit, ce qu'elle entend, ne doit-il pas faire sur un cœur sans expérience! Elle apprend, à leur exemple, à leurs discours, à se faire remarquer par les recherches de la parure, à provoquer des regards étrangers, à se faire des conquêtes nouvelles, avant même celle de son mari. Bientôt elle voudra que tous les jours d'après ressemblent à celui-là; et la voilà, comme la plupart des personnes de son sexe, devenue prodigue, dépensière libre dans ses propos et dans ses actions, livrée à tous les désordres dont nous avons aujourd'hui à gémir pour l'état du mariage !
Vous m'alléguez la coutume. Si la chose est mal , on ne doit point la faire une fois : si elle est bien, il la doit faire toujours. Je vous demande si vous regardez l'impureté comme un mal. Nul doute, m'allez-vous dire, et, bien que ce soit là un crime journalier, ce n'en est pas moins un crime. Si donc la débauche peut être permise à un jour de noces, que ïa vie tout entière se passe en débauches ; si elle est toujours condamnable, pourquoi se la permettre à un jour de noces ?
File a beau être chaste: si elle est belle, on s'en apercevra bien, et les criminels désirs qu'elle aura fait naître deviennent son ouvrage. Si elle est sans agrémens, c'est elle qui peut s'enflammer, et le jour même de son mariage aura été recueil de sa vertu. A la suite dune journée passée tout entière dans ses coupables dissipations, la débauche se poursuit jusque bien, avant dans la nuit. La
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licence s'est accrue avec les ténèbres. L'impureté , enhardie par ses premiers succès, échauffée par le vin, marche effrontément à la lueur des flambeaux allumés pour éclairer son triomphe. Que fait, dites-moi, dans un mariage chrétien , cette troupe confuse d'hommes et de femmes accourus pêle-mêle, et ces instrumens d'une musique lascive, et ces coupes où l'on savoure toutes les sortes d'ivresses, et ces chansons où la volupté sans pudeur s'exhale avec tout ce qu'elle a de corrupteur, et ces dangereuses familiarités où les deux sexes, s'abandonnant à de mutuels épanchemens, se prodiguent les plus tendres noms; ces danses enfin où la jeune épouse, vierge encore hier, se produit à tous les regards, mêlée, confondue avec des jeunes gens qui ont dépouillé toute honte? Voulezvous après cela une école plus éloquente d'adultère et de prostitution? Mais que devient au milieu de tant de désordres la sainteté du mariage * ? (Le même.)
Devoirs de la femme mariée.
Je désire que vous sachiez que Jésus-Christ est le chef de tout homme, que l'homme est le chef de la femme 2. L'ennemi de la consubstantialité du Verbe s'arme de ces paroles pour avancer que le Fils est inférieur au Père. Le trait retombe sur lui-même. Car si l'homme est le chef de la femme ,et que le chef et le corps soient de même substance, Dieu étant le chef de Jésus-Christ, la substance du Fils est donc la même que celle du Père. Je ne conteste pas , dit-il, l'identité de substance; je dis seulement que le Fils reçoit les ordres du Père. Oui, en tant qu'homme, mais comme Dieu égal à Dieu son père. Si l'Apôtre eût voulu parler d'une dépendance absolue, dans l'exemple qu'il allègue il n'aurait point parlé de la femme comme soumise à son mari, mais de l'esclave assujéti à la volonté de son maître. Ne confondez point la soumission avec l'esclavage. La femme obéit , mais reste libre; elle est égale en honneur. Jésus-Christ aussi obéit à Dieu son père; mais comme Fils de Dieu lui-même. Jésus-Christ pousse l'obéissance jusqu'à mourir, et mourir par le supplice delà croix. C'est là le miracle dudévoûment : le Père n'est pas moins digne de nos hommages , pour avoir engendré un tel Fils, obéissant librement, non par contrainte et par nécessité, au décret consenti par lui-même. Du reste, n'abusez pas de la comparaison de l'Apôtre, en la poussant trop loin,
1 Hom., xu, in ad Cor. — 2 I Cor, xi, 3.
La femme est soumise à son mari ; et c'est une punition qu elle subit pour s'être rendue coupable dans le commencement. Car, remarquez-le bien, au moment de sa naissance, la femme ne fut point condamnée à la sujétion ; quand il l'eut formée , en la présentant à son mari, Dieu ne parla point de domination ; vous n'entendez rien sortir de la boucbe d'Adam qui le suppose: police maintenant F os dénies os et la chair de ma chair , a-t-il dit; et c'est tout. Ce n'est qu'après qu'elle eut abusé de ses droits, en entraînant par sa séduction celui à qui elle avait été donnée comme soutien, qu il lui fut dit : Vos désirs seront désormais tournés vers votre mari. . . Saint Paul explique sa pensée dans son Epître aux Epbésiens, par ces paroles: Parce que le mari est le chef de la femme , comme Jésus-Christ est le chef de l'Eglise, aussi est-il le Sauveur et le défenseur de son corps1, toujours avec les restrictions que demandent les rapproebemens que nous établissons entre Dieu et les bommes ....
A l'homme appartient le commandement, à la femme l'obéissance. Intervertir cet ordre naturel sanctionné par la loi divine, c'est attenter à l'honneur de tous deux. Envahir un bien qui n'est pas à soi, ce n'est pas s'enrichir, mais s'appauvrir. . . La femme qui se révolte contre le commandement s'avilit elle-même; car la gloire de la femme est dans son obéissance. U homme lia point été tiré de la femme, mais la femme de l homme 2. Or, si c'est un titre de gloire de descendre de telle personne, à plus forte raison de lui ressembler. Toutefois, ajoute l'Apôtre, ni U homme ji est point sans la femme , ni la femme sans V homme dans le Seigneur, Par ces paroles, il empêche que l'homme ne s'enorgueillisse du privilège qui lui fut donné, et la femme de s'humilier du devoir de l'obéissance , en les rappelant àla commune dépendance où ils sont l'un de l'autre. .. Que, pour excuser ses propres manquemens, aucun des deux ne se prévale de l'infidélité de l'autre, comme font les enfans qui, au précepte d honorer leur père et leur mère , opposent cet autre précepte: Et vous aussi pères, ri irritez point vos enfans, ou comme les serviteurs qui, aussitôt que nous leur prêchons le devoir de l'obéissance, nous objectent les commandemens non moins précis qui concernent leurs maîtres, songeons, non pas à ce que doivent faire les autres, mais à ce que nous devons faire nous. Les fautes d'autrui ne justifient pas les nôtres. Femmes, si c'est dans la vue de Dieu que vous êtes soumises à vos
1 Eph., v, 3. — * I Cor., xi, 8.
maris, ne m'objectez pas ce que ceux-ci devraient faire, et qu'ils ne font pas ; ne vous occupez que de ce qui vous est imposé par le Législateur. Ce que Dieu veut de vous, c'est que vous obéissiez à sa loi, quelques contradictions que vous ayez à subir; c'est par là que vous lui témoignez une parfaite obéissance. Aimer qui vous aime n'est pas un grand sacrifice; prodiguer ses soins à celui dont on n'est pas aimé , c'est là l'effort de vertu auquel Dieu promet ses récompenses.
Les époux se doivent une déférence mutuelle. Voyez nos saints patriarches! chacun d'eux n'était appliqué qu'à faire son devoir, sans s'embarrasser si l'autre le faisait. Abraham prend Loth avec lui : Sara ne s'y oppose point. Il oblige sa femme d'entreprendre un long et pénible voyage, sans qu'elle lui résiste. Nulle question de sa part. Sara est stérile. Abraham, de son côté, n'en murmure point : s'il s'en afflige, il s'en plaint à Dieu seul. Vous m'arrêtez, en me disant : Poursuivez votre histoire. Quand Abraham eut introduit Agar dans sa couche, Sara s'en accommoda-t-elle ? Non , sans doute, et elle avait raison. Les hauteurs de l'esclave ne pouvaient plaire à la légitime épouse. Sara s'en plaignit donc, et Abraham , à son tour, sacrifie Agar par déférence pour sa femme. Apprenez donc, femmes chrétiennes, de cet exemple même , que vous ne devez pas attendre que vos maris aient de la vertu pour en avoir vous-mêmes. Qu'y aurait-il à cela de si merveilleux? Que les maris aussi n'attendent pas que leurs femmes soient vertueuses pour le devenir. Chacun doit commencer par donner l'exemple. S'il nous est commandé de tendre la joue à l'étranger qui nous a frappé, combien plus la femme n'est-elle pas tenue de supporter les déréglemens de son époux!
Vous m'allez dire à votre tour que vous avez une femme altière, emportée, insociable. Oubliez-vous qu'elle est faible de sa nature? N'oubliez pas surtout que vous êtes homme. Le jour où elle s'est donnée à vous , elle vous a reconnu son chef, le maître de la maison , ayant droit de gouverner celle dont la faiblesse se reposait sur votre direction. Que votre tutelle ne soit donc pas une oppression. Honorez votre propre commandement, et n'avilissez pas votre autorité en la surchargeant. Rappelez-vous l'instant où vous la reçûtes des mains de celui qui lui donna le jour. Son père vint la remettre dans vos mains comme un dépôt confié à votre fidélité, à votre honneur : elle passa des bras d'une mère , des siens , dans les vôtres : plus pour elle d'autre maison que la vôtre. Vous devîntes tout pour elle. C'est elle qui, après Dieu, vous a donné vos
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enfans et avec eux le nom de père; ne soyez donc pas son tyran. Cette terre que le laboureur cultive à grand soin , elle a beau se couvrir de ronces et d'herbages parasites, ne répondre à la culture que par une malheureuse fécondité , son maître ne l'abandonne point pour cela; au contraire, il redouble de soins et de travail. Quelque disgrâce qu'il vous arrive à son sujet, ne l'aggravez point par vos emportemens. Vous auriez tout perdu, que le plus cruel malheur pour vous serait encore de ne pouvoir vivre en paix avec elle. On raconte d'un ancien philosophe , qui avait une méchante femme, sur la demande qui lui fut faite, pourquoi il la gardait : C'est , répondit-il, pour m'exercer à la patience. Vous vous récriez d'admiration sur ce mot : moi, je gémis de voir que les gentils soient plus philosophes que nous , qui sommes tenus d'imiter les Anges, ou plutôt Dieu lui-même par sa douceur. Avant tout, le conseil que j'ai à donner , vu la faiblesse de notre nature , c'est de choisir une femme vertueuse. On ne s'embarque point sans s'être auparavant assuré quels compagnons de voyage on aura. Le bonheur domestique est un bien préférable à tout le reste. (Le même. *)
Les femmes doivent être soumises à leurs maris.
L'Apôtre, après avoir parlé de Jésus-Christ, s'adresse aux femmes chrétiennes et leur dit : « Vous êtes ses filles quand vous faites le « bien, et alors vous ne craignez aucun trouble. » Par ces paroles, il invite les femmes chrétiennes à imiter les saints , et surtout Sara, en leur conseillant d'être soumises à leurs maris comme Sara était soumise à Abraham. Il leur fait entendre que, par leurs bonnes œuvres, devenues les filles de ce saint patriarche, elles ont aussi pour mère Sara; et que du reste elles n'éprouvent point ce saisissement qui est un effet de la frayeur, et qui à son tour la reproduit dans lame avec ce tumulte et ce désordre dont elle est ordinairement accompagnée dans l'ame des mondains, mais que la charité chasse bien loin du cœur des fidèles, selon le témoignage de l'apôtre Jean 2, parce que ce trouble n'a pas Dieu pour auteur, et que même Dieu nous a défendu de nous y livrer quand il nous a dit : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps , mais bien celui qui, « après avoir tué le corps , peut précipiter le corps et l'aine dans « les Enfers. » (Didyme d'Alexandrie, E narrât, sur ÏEpitre canon.)
1 Hem. xxvi, in I ad Cor. — 2 I Joan., iv, 18.
Indissolubilité du mariage.
Les pharisiens viennent demander à Jésus-Christ : Est-il permis à un homme de quitter sa femme pour quelque cause que ce soit? * Jésus-Christ avait déjà répondu à cette question. Ses ennemis, pour le tenter, la reproduisent encore ici. La prévention ne se tient jamais pour battue; et , bien que cent fois on l'ait repoussée dans ses derniers retranchemens, elle revient toujours à la charge. Comment les pharisiens s'y prennent-ils cette foisPUs ne disent point à Jésus-Christ :Vous avez prononcé déjà qu'il n'est permis jamais de répudier sa femme. Mais, affectant de paraître avoir oublié la décision du Sauveur, ils réitèrent leur demande, dans l'intention de le mettre, soit en contradiction avec lui-même s'il venait à faire une réponse contraire, soit en opposition avec la loi de Moïse s'il persistait dans la première.
Jésus-Christ ne répond point cette fois : Hypocrites , pourquoi me tentez-vous? Alliant une extrême douceur à la souveraine autorité du législateur, et pour nous apprendre à nous-mêmes à tout souffrir de la malignité de ceux qui nous interrogent : iV'rtvez-vous point lu, leur dit-il, que celui qui a créé ï homme créa au commencement un homme et une femme, et quil est dit : Pour cette liaison, r homme abandonnera son père et sa mère, et il demeurera attaché ci sa femme, et ils ne seront tous deux qu'une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux , mais une seule chair. Que V homme donc ne sépare point ce que Dieu» a joint.
Voyez quelle profonde sagesse ! A la question : Si le divorce est permis, Jésus-Christ, pour ménager la susceptibilité de ses ennemis , ne commence pas par répondre qu'il ne soit aucun cas où il le soit. Il allègue l'Ecriture, s'appuyant de son autorité pour montrer que sa doctrine était celle de Dieu même, et que dans ce qu'il allait prononcer sur l'indissolubilité du mariage , il n'y avait rien de contraire à ce qui avait été établi par Moïse. Remontant, non pas seulement à la création de l'homme et de la femme , mais à l'autorité du souverain Législateur et à l'oracle prononcé par luimême, il ne dit point: Dieu n'a fait qu'un seul homme et une seule femme ; mais : Dieu a voulu qu'un homme n'épousât qu'une seule femme. S'il eût voulu qu'un homme eût plusieurs femmes, après avoir fait l'homme, iLne se fût pas contenté de lui faire une seule
1 Malth. xix, 5 et suiv.
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femme; il on aurait créé plusieurs. Ainsi, par la création de l'homme, et par la loi qui lui fut donnée, Dieu a témoigné clairement qu'il ne lui est permis de n'avoir qu'une seule femme, et jamais de rompre l'union conjugale : Celui qui a créé V homme créa au commencement un homme et une femme; c'est-à-dire que, sortis l'un et l'autre d'un même principe, ils se sont unis pour ne faire qu'un même corps; car ils ne seront tous deux qu une même chair.
Et pour donner à ce principe une sanction qui le consacre à perpétuité : Que l'homme donc ne sépare point ce que Dieu a joint. Le mariage est donc indissoluble ; le divorce toujours donc illégitime.
On allègue l'autorité de Moïse : j'allègue , moi , le maître de Moïse, un Législateur bien plus ancien que lui : Dieu même, qui, au commencement, à l'origine des choses, a créé un homme et une femme. La loi que j'établis n'est donc pas nouvelle; elle fut telle rigoureusement dès la naissance du monde; car Dieu n'a point donné simplement à l'homme une épouse; il a ordonné que l'homme abandonnerait son père et sa mère, non pour s'approcher seulement de sa femme, mais pour lui demeurer inséparablement uni , en ne faisant plus tous deux quune même chair.
Ce n'est qu'après avoir découvert dans la première et la plus ancienne de toutes les législations, dans la nature, dans le texte même de l'oracle et dans l'autorité du Législateur, le principe de l'indissolubilité du mariage , que Jésus-Christ le confirme par sa propre décision : En conséquence, l'époux et V épouse ne sont plus deux, mais une seule et même chair.
Comme l'on ne pourrait sans crime diviser un même corps , de même il n'est point permis, sans une criminelle contravention , de séparer le mari d'avec sa femme : Que l'homme ne sépare point ce que Dieu a uni : ce n'est donc point Jésus-Christ seul qui a promulgué la loi : c'est Dieu. Le divorce attente donc tout à la fois et à la nature et à la majesté de Dieu ; à la nature, parce qu'il mutile une même chair; à la majesté de Dieu, parce que Dieu ayant commandé l'indissolubilité du mariage, le divorce l'anéantit.
Comment et pourquoi Moïse semble-t-il l'avoir abrogée par la permission donnée aux Juifs de répudier leur femme? Moïse ne l'avait point fait sans l'autorisation de Dieu.
S'il la fait, répond Jésus-Christ, ce n'est qu a cause de la dureté de leur cœur. Dieu alors voulut bien y consentir, et Moïse le permet par son ordre. Mais une simple concession faite à la dureté de cœur d'un peuple tout charnel ne saurait prévaloir contre le prin-
cipe lui-même établi auparavant ; car il rien était pas ainsi au commencement, à L'époque même de l'institution du mariage. (Le même1.)
Double fin du mariage;.
Le mariage a été institué pour deux fins : pour que les époux vécussent dans la chasteté, et qu'ils eussent des en fans. De ces deux motifs, le premier, dans la doctrine de saint Paul, passe avant l'autre. Depuis que la concupiscence a prévalu, il a fallu avoir recours au mariage, et retrancher la pluralité des femmes, se contentant d'en avoir une : Pour éviter la fornication, dit l'Apôtre, que chaque homme vive avec sa femme , et chaque femme avec son mari1. Ce n'est pas, à proprement parler, le mariage qui donne des enfans, c'est la parole du Dieu qui a dit : Croissez, multipliez, et remplissez la terre, La preuve, c'est que beaucoup de personnes se marient sans avoir d'enfans. Il est donc évident que la chasteté est le premier motif du mariage, aujourd'hui surtout que l'universalité de la terre est remplie d'habitans... La fin du mariage n'est donc pas d'ouvrir une carrière plus libre à la licence, mais d'en être le frein. Si dans le mariage vous vous abandonnez à l'impudicité, non seulement vous en abusez, mais vous vous perdez.
Les lois étrangères ordonnent des peines graves contre la femme qui s'est rendue coupable d'adultère, et n'en prononcent point contre le mari infidèle. Je vous citerai, moi, la loi de Dieu, qui condamne également l'un et l'autre. Saint Paul ne dit pas seulement : Que chaque femme vive avec son mari; il ajoute : Que le mari rende à sa femme ce qu il lui doit. Est-il là question de devoirs purement extérieurs ? Non. Le devoir dont il parle, c'est celui de la continence et de la chasteté : il est réciproque. Il n'y a point pour l'homme de privilège ni de dispense; également coupable , il est également puni. Quoi ! votre femme aura quitté, pour s'unir à vous, et son père et sa mère, et toute sa maison ; et ce serait pour être la victime de vos brutalités, pour avoir sous les yeux le triomphe insolent d'une rivale , pour être en proie à des querelles sans fin! Elle s'est donnée à vous à la condition d'être votre compagne, non votre esclave; libre et honorée. La loi ne vous permet pas d'aliéner sa dot ; *et tout ce qui vaut pour elle bien mieux que toute sa dot, son époux , son cœur et sa personne, il vous serait permis de le lui dérober ! Vous êtes à elle ; votre chas-
1 Hom., lxiii, in Matth. — - I Cor., vu, 2.
DES PREDICATEURS. 63
teté , votre pudeur est un bien qui lui appartient, et que vous ne pouvez aliéner. Si vous manquez au devoir de la chasteté , vous en rendrez un compte sévère à Dieu, qui a institué le mariage, et ne vous a confié votre femme qu'à titre de dépôt. Qui mépjise ces saintes règles , nous dit l'Apôtre, méprise, non pas un homme, mais Dieu qui a répandu sur vous son Esprit-Saint '.
L'époux infidèle ne se rend pas moins coupable d'adultère quand il pèche avec quelque femme que ce soit, que la femme elle-même quand elle se livre à un autre : l'Ecriture le déclare en vingt endroits. Or, ce crime fut de tout temps une source féconde de calamités. Par lui , combien de familles renversées, d'inimitiés publiques ou secrètes! Par lui tous les liens sont rompus; plus de charité, plus d'égards réciproques; tous les charmes d'une épouse disparaissent aux yeux de l'époux qui s'est épris d'un amour étranger. Objet d'opprobre pour lui-même et pour tout ce qui l'environne , il ne peut soutenir les regards ni d'un beau-père, ni de ses amis, pas même de ses domestiques; sa propre maison lui devient insupportable; elle ne lui offre que l'aspect jd'un cachot horrible, poursuivi qu'il est par l'image de l'objet impur qui le possède. Appréciez sa situation parcelle du malheureux dont le cœur s'est ouvert aux funestes impressions de la jalousie contre une épouse dont il soupçonne la fidélité; tout l'aigrit, tout le désespère; il voit partout du poison ; tout est complot, assassinat, sa maison n'est plus pour lui qu'un enfer, d'où il s'éloigne avec horreur. Il ne sait plus goûter ni les douceurs du sommeil, ni le calme des nuits, ni les entretiens de ses amis, pas même la lumière du soleil; ses rayons lui sont à charge; et ces tourmens affreux il les éprouve, non pas seulement après qu'ils'est convaincu du dérèglement de son épouse; c'en est assez qu'il la suspecte. Et voilà le supplice auquel vous condamnez votre épouse, quand elle a droit de soupçonner que votre cœur s'est éloigné d'elle pour se donner à une autre... Vous aurez beau vous renfermer dans l'ombre, et vous bien cacher aux yeux de votre épouse, jamais vous n'échapperez à cet œil qui ne dort pas : Les ténèbres in environnent ; les murailles me couvrent ; personne ne me voit-, que répond le Sage ? Les yeux du Seigneur, plus lumineux que les rayons du soleil, percent la pjojondeur des abîmes, et pénètrent jusque dans les lieux les plus cachés. (Le même.)
i Thcss ., iv, 8. — 2 Eccli., xxur, 2G.
Éloge de la femme craignant Dieu , et péroraison.
La richesse de ses véternens annonce son opulence : Byssus et purpura indûment um ejus. Son époux tient une place distinguée parmi les juges de la terre: Nobllis in port is vir ejus. Et cependant quelles occupations lui donne l'Esprit-Saint? Ses mains industrieuses ne sont employées qu'à des ouvrages utiles, et ses doigts ne dédaignent pas de manier le fuseau : Manum suarn misit ad fbrtia, et digiti ejus apprehenderunt fusiun. La laine et le lin ne sont pas toujours l'unique objet de son application : on la voit quelquefois, pleine de force et de courage , s'occuper même des travaux pénibles de la campagne; la culture des champs et des vignes, cette source légitime des véritables richesses , n'est point un objet étranger à ses soins et à ses connaissances : Consideravit agrum et émit eum, et de fructu manuum suarum plantavit vineam. Loin de cette femme forte la mollesse et la fainéantise. Le soleil n'a pas encore éclairé l'horizon, et déjà elle s'est arrachée d'entre les bras du sommeil : De nocte surrexit. Déjà elle a distribué à sa famille la nourriture dont elle a besoin. Ses domestiques partagent avec ses enfans les soins de sa tendresse. Pleine de vigilance, elle éclaire avec soin leur conduite : Consideravit semitas domus suœ. Pleine de bonté et de justice, elle pourvoit à tous leurs besoins. Pleine de tendresse pour tous les malheureux, on la voit tendre à l'indigent une main secourable et libérale. C'est ainsi que toute sa vie se passe dans des actions louables et utiles; c'est ainsi qu'elle se dispose à voir approcher sans frayeur la dernière heure de sa vie; sa tranquillité, sa gaîté môme, fruit de l'innocence de ses mœurs, ne l'abandonneront point dans ce moment redoutable : Ridebit in die novissimo. Avec quelle confiance son époux ne se repose- t-il pas sur elle! quels éloges ne mêle-t-il pas à ceux que lui donnent ses enfans ! Que d'autres personnes de son sexe se vantent d'avoir apporté à leur mari une dot plus riche; les vertus de cette femme forte sont un trésor infiniment plus précieux : Multœ fîlîœ congregaverunt divitias, tu supergressa es universas. La beauté n'est qu'un avantage faible et fragile; les grâces de la figure ne servent souvent qu'à déguiser une ame faible ou vicieuse : Fallax gratia et vana est pulcJiritudo. La femme véritablement digne de nos éloges est celle qui peut faire véritablement le bonheur d'un époux : celle qui est véritablement appelée à l'état saint du mariage, c'est celle qui joint à la crainte du Seigneur ces talens solides , ces vertus essentielles : Mirfier timens Deum ipsa laudabitur.
DES PRÉDICATEURS. 6.f»
Voilà, mes frères, Vidée que l'Ecriture nous donne d'une femme accomplie. Ai-je donc dessein d'éloigner du mariage toutes celles qui ne réunissent pas toutes ces excellentes qualités ? Ai-je même intention de vous faire entendre que les personnes de l'un et de l'autre sexe, qui trouvent en elles des défauts incompatibles avec les devoirs de cet état, doivent s'en exclure pour jamais? Non, mes frères , mon dessein n'est pas de leur ôter cette ressource que la religion a préparée à leur faiblesse. Je sais que s'il faut une vocation et une grâce particulière de Dieu pour se sanctifier dans le mariage, il ne faut pas une grâce moins puissante pour vivre dans la continence et dans la virginité. Je sais que cette grâce n'est, selon Jésus-Christ même, le partage que d'un petit nombre de Chrétiens; et les personnes dont l'humeur et le caractère semblent peu propres pour le mariage ne sont pas pour cela assurées d'être de ce nombre choisi et privilégié. A Dieu ne plaise que leurs défauts et leurs imperfections mêmes leur donnent la présomption de se mettre dans la classe des forts et des parfaits! Quel parti prendront-elles donc, et quelle conséquence doiventelles tirer de ce discours ? Le parti que la prudence chrétienne doit leur faire prendre, c'est, mes frères , de s'humilier profondément de leurs défauts; c'est de demander à Dieu, avec de vives instances, qu'il les rende propres à l'un ou ,à l'autre état; qu'il amortisse en elles le feu des passions ; qu'il dompte cette loi des membres qui combat contre la loi de l'esprit , et qui semble leur rendre le mariage nécessaire ; ou qu'il leur donne cet esprit de douceur, de docilité , de soumission , sans lequel le mariage même ne peut que leur être pernicieux ; c'est enfin de modérer l'impétuosité de leurs désirs, de suspendre des engagemens toujours téméraires , lorsqu'ils sont si précipités , de ne se présenter aux autels qu'après avoir au moins commencé à obtenir ces grâces sans lesquelles ils ne pourraient remplir les obligations qu'ils y contracteraient. Que le Seigneur les leur accorde avec abondance! que les mariages soient pour tous ceux qui s'y engagent la source d'un bonheur solide pour cette vie et d'un bonheur éternel dans l'autre! C'est ce que je vous souhaite, mes frères. Au nom du Père , etc. (L'abbé Géry, Sur le Mariage.)