PLAN ET OBJET DU SECOND DISCOURS SUR LA MÉDISANCE
EXORDE
Ipse auîem Jésus non credebat semetipsum eis. Mais Jésus ne se fiait point à eux. (Joan> n , 24.)
C'étaient ces mêmes pharisiens qui venaient de décrier dans l'esprit du peuple la conduite de Jésus-Christ, et d'envenimer l'innocence et la sainteté de ses paroles, qui font semblant de croire en lui et de se ranger parmi ses disciples. Et tel est , mes frères, le caractère du détracteur, de cacher sous les dehors de l'estime et les douceurs de l'amitié, le fiel et l'amertume de la médisance.
Or, quoique ce soit ici le seul vice que nulle circonstance ne saurait jamais excuser, c'est celui qu'on est le plus ingénieux à se déguiser à soi-même, et à qui le monde et la piété font aujourd'hui plus de grâce. Ce n'est pas que le caractère du médisant ne soit odieux devant les hommes comme il est abominable aux yeux de Dieu, selon l'expression de l'Esprit-Saint ; mais on ne comprend dans ce nombre que certains médisans d'une malignité plus noire et plus grossière, qui médisent sans art et sans ménagement, et qui, avec assez de malice pour censurer, n'ont pas assez de cet esprit qu'il faut pour plaire: or, les médisans de ce caractère sont plus rares, et si l'on n'avait à parler qu'à eux, il suffirait d'exposer ici ce que la médisance a d'indigne de la raison et de la religion, et en inspirer de 1 horreur à ceux qui s'en reconnaissent coupables.
Mais il est une autre sorte de médisans qui condamnent ce vice, et qui se le permettent; qui déchirent sans égard leurs frères , et qui s'applaudissent encore de leur modération et de leur réserve, qui portent le trait jusqu'au cœur : mais, parce qu'il est plus brillant et plus affilé , ne voient pas la plaie qu'il a faite. Or, ce genre de médisans est répandu partout, le monde en est plein , les asiles saints n'en sont pas exempts: ce vice lie les assemblées des pé-
cheurs; il entre souvent dans la société même des justes : et Ton peut dire ici que tous se sont écartés du droit sentier, et qu'il n'en est pas un seul qui ait conservé sa langue pure et ses lèvres innocentes.
Il importe donc, mes frères, de développer aujourd'hui l'illusion des prétextes dont on se sert tous les jours dans le monde pour justifier ce vice, et de l'attaquer dans les circonstances où vous le croyez le plus innocent : car de vous le dépeindre en général avec tout ce qu'il a de bas , de cruel, d'irréparable, vous ne vous reconnaîtriez point à des traits si odieux; et, loin de vous en inspirer l'horreur, je vous aiderais à vous persuader à vous-mêmes que vous n'en êtes pas coupables.
Or, quels sont les prétextes qui adoucissent, ou qui justifient à vos yeux le vice de la médisance ? C'est premièrement la légèreté des défauts que vous censurez : on se persuade que, comme ce n'est pas une affaire d'en être coupable, il n'y a pas aussi grand mal d'en être censeur. C'est en second lieu la notoriété publique, qui ayant déjà instruit ceux qui nous écoutent de ce qu'il y a de répréhensible dans notre frère, fait que sa réputation ne perd rien par nos discours. Enfin , le zèle de la vérité et la gloire de Dieu, qui ne nous permet pas de nous taire sur les déréglemens qui le déshonorent. Or, opposons à ces trois prétextes trois vérités incontestables. Au prétexte de la légèreté des défauts ; que plus les défauts que vous censurez sont légers , plus la médisance est injuste : première vérité. Au prétexte de la notoriété publique; que plus les défauts de nos frères sont connus, plus la médisance qui les censure est cruelle: seconde vérité. Au prétexte du zèle; que la même charité qui nous fait haïr saintement les pécheurs, nous fait couvrir la multitude de leurs fautes: dernière vérité. Implorons, etc. Ave^ Maria. (Massillon. Sur la médisance.)
Plus les défauts que nous censurons sont légers, plus la médisance est injuste.
La langue, dit un Apôtre, est un feu dévorant; un monde et un assemblage d'iniquité; un mal inquiet, une source pleine d'un venin mortel: Lingua ignis est; unwersitas iniquitatis ; inquietum Tnahun; plena veneno mortifero 4. Voilà ce que j'appliquerais à la langue du médisant, si j'avais entrepris de vous donner une idée juste et naturelle de toute l'énormité de ce vice : je vous aurais dit
! Jac, m, 6, 8.
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que la langue du détracteur est un feu dévorant, qui flétrit tout ce qu'il touche; qui exerce sa fureur sur le bon grain, comme sur la paille; sur le profane , comme sur le sacré; qui ne laisse partout où il a passé que la ruine et la désolation; qui creuse jusque dans les entrailles delà terre, et va s'attacher aux choses les plus cachées; qui change en de viles cendres ce qui nous avait paru, il n'y a qu'un moment, si précieux et si brillant; qui , dans le temps même qu'il paraît couvert et presque éteint, agit avec plus de violence et de danger que jamais ; qui noircit ce qu'il ne peut consumer, et qui sait plaire et briller quelquefois avant que de nuire : Lingua ignis est. Je vous aurais dit que la médisance est un assemblage d'iniquité ; un orgueil secret, qui nous découvre la paille dans l'œil de notre frère, et nous cache la poutre qui est dans le nôtre; une envie basse, qui, blessée des talens ou de la prospérité d'autrui , en fait ie sujet de sa censure, et s'étudie à obscurcir l'éclat de tout ce qui l'efface ; une haine déguisée , qui répand sur ses paroles l'amertume cachée dans le cœur; une duplicité indigné , qui loue en face et déchire en secret ; une légèreté honteuse, qui ne sait pas se vaincre et se retenir sur un mot, et qui sacrifie souvent sa fortune et son repos, à l'imprudence d'une censure qui sait plaire; une barbarie de sang-froid, qui va percer votre frère absent; un scandale, où vous êtes un sujet de chute et de péché à ceux qui vous écoutent ; une injustice , où vous ravissez à votre frère ce qu'il a de plus cher : Lingua unwersitas iniquitatis. Je vous aurais dit que la médisance est un mal inquiet, qui trouble la société; qui jette la dissension dans les cours et dans les villes; qui désunit les amitiés les plus étroites; qui est la source des haines et des vengeances ; qui remplit tous les lieux où elle entre, de désordre et de confusion; partout ennemie de la paix, de la douceur, delà politesse chrétienne: Lingua inquietum malum. Enfin, j'aurais ajouté que c'est une source pleine d'un venin mortel; que tout ce qui en part est infecté, et infecte tout ce qui l'environne; que ses louanges mêmes sont empoisonnées, ses applaudissemens malins, son silence criminel; que ses gestes, ses mouvemens, ses regards, que tout a son poison, et le répand à sa manière : Lingua plena veneno mortifère*.
Voilà ce que j'aurais dû vous développer plus au long dans tout ce discours, si je ne m'étais proposé que de vous peindre toute l'horreur du vice que je vais combattre; mais, je l'ai déjà dit, ce sont là de ces invectives publiques que personne ne prend pour soi. Plus nous représentons le vice odieux , moins on s'y reconnaît
soi-même: et, quoiqu'on convienne du principe, on n'en fait aucun usage pour ses mœurs, parce qu'on trouve toujours dans ces peintures générales des traits qui ne nous ressemblent pas. Je veux donc me borner ici à vous faire sentir toute l'injustice de ce qui vous paraît le plus innocent dans la médisance, et, de peur que vous ne vous méconnaissiez à ce que nous en dirons, ne l'attaquer que dans les prétextes dont vous vous servez tous les jours pour la justifier.
Or, le premier prétexte , qui autorise dans le monde presque toutes les médisances, et qui fait que nos entretiens ne sont plus que des censures éternelles de nos frères , c'est la légèreté prétendue des vices que nous censurons. On ne voudrait pas perdre un homme de réputation , et ruiner sa fortune , en le déshonorant dans le monde; flétrir sa femme sur le fond de sa conduite, et en venir à des points essentiels ; cela serait trop noir et trop grossier : mais sur mille défauts qui conduisent nos jugemens à les croire coupables de tout le reste; mais de jeter dans l'esprit de ceux qui nous écoutent mille soupçons qui laissent entrevoir ce qu'on n'oserait dire; mais défaire des remarques satiriques qui découvrent du mystère où personne n'en voyait auparavant; mais de donner du ridicule, par des interprétations empoisonnées, à des manières qui, jusque là, n'avaient pas réveillé l'attention; mais de laisser tout entendre sur certains points, en protestant qu'on n'y entend pas finesse soi-même : c'est de quoi le monde fait peu de scrupule; et quoique le? motifs, les circonstances, les suites de ces discours soient très criminels, la gaîté en excuse la malignité auprès de ceux qui nous écoutent, et nous en cache le crime à nous-mêmes.
Je dis premièrement les motifs. Je sais que c'est par l'innocence de l'intention surtout qu'on se justifie; que vous nous dites tous les jours que votre dessein n'est pas de flétrir la réputation de votre frère , mais de vous réjouir innocemment sur des défauts qui ne le déshonorent pas dans le monde. Vous réjouir de ses défauts , mon cher auditeur ! Mais quelle est cette joie cruelle qui porte la tristesse et 1 amertume dans le cœur de votre frère? mais nu est l'innocence d'un plaisir, lequel prend sa source dans des vices qui devraient vous inspirer de la compassion et de la douleur? Mais si Jésus-Christ nous défend dans l'Evangile d'amuser l'ennui des conversations par des paroles oiseuses , vous sera-t-il plus permis de l'égayer par des dérisions et des censures ? mais si la loi maudit celui qui découvre la honte de ses proches , serez-
vous plus à couvert de la malédiction , vous qui ajoutez à cette découverte la raillerie et l'insulte? mais si celui qui appelle son frère d'un terme de mépris est digne, selon Jésus-Christ, d'une punition éternelle, celui qui le rend le mépris et le jouet d'une assemblée profane évitera-t-il le même supplice? Vous réjouir de ses défauts ! Mais la charité se réjouit-elle du mal ? mais est-ce là se réjouir dans le Seigneur, comme l'ordonne l'Apôtre? mais si vous aimez votre frère comme vous-même, pouvez-vous vous réjouir de ce qui l'afflige? Ah! 1 Eglise avait horreur autrefois des spectacles des gladiateurs, et ne croyait pas que des fidèles élevés dans la douceur et dans la bénignité de Jésus-Christ pussent innocemment repaître leurs yeux du sang et de la mort de ces infortunés esclaves, et se faire un délassement innocent d'un plaisir si inhumain. Mais vous renouvelez vous-même des spectacles plus odieux pour égayer votre ennui : vous amenez sur la scène , non plus des scélérats destinés à la mort , mais des membres de Jésus- Christ, vos frères; et là vous réjouissez les spectateurs des plaies que vous faitfes à leur personne, consacrée par le baptême!
Faut-il donc qu'il en coûte à votre frère pour vous réjouir? ne sauriez-vous trouver de joie dans vos entretiens s'il ne fournit, pour ainsi dire, son propre sang à vos plaisirs injustes? Edifiezvous les uns les autres , dit saint Paul , par des paroles de paix et de charité; racontez les merveilles de Dieu sur les justes, l'histoire de ses miséricordes sur les pécheurs; rappelez les vertus de ceux qui nous ont précédés avec le signe de la foi ; faites-vous un saint délassement du récit des pieux exemples de vos frères avec qui vous vivez; parlez avec une joie religieuse des victoires de la foi, de l'agrandissement du règne de Jésus-Christ, de l'établissement de la vérité, de l'extinction des erreurs, des grâces que Jésus-Christ fait à son Eglise, en lui suscitant des pasteurs fidèles, des docteurs éclairés, des princes religieux; animez-vous à la vertu par la vue du peu de solidité du monde, du vide de ses plaisirs, et de la misère des pécheurs qui se livrent à leurs passions déréglées. Est-ce que ces grands objets ne sont pas dignes de la joie des Chrétiens? C'est ainsi pourtant que les premiers fidèles se réjouissaient dans le Seigneur, et faisaient de la douceur de leurs entretiens une des plus saintes consolations de leurs calamités temporelles. C'est notre cœur, mes frères, qui décide de nos plaisirs : un cœur corrompu ne trouve de joie que dans tout ce qui lui rappelle l'image de ses vices; les joies innocentes ne conviennent qu'à la vertu.
En effet, vous excusez la malignité de vos censures sur l'innocence de vos intentions. Mais approfondissons le secret de votre cœur : d'où vient que vos censures portent toujours sur cette personne, et que vous ne vous délassez jamais plus agréablement et avec plus desprit que lorsque vous rappelez ses défauts ? Ne serait-ce point une jalousie secrète? ses talens, sa fortune, sa faveur, son poste, sa réputation, ne vous blesseraient-ils pas encore plus que ses défauts? le trouveriez-vous si digne de censure, s'il avait moins de qualités qui le mettent au dessus de vous ? seriezvous si aise de faire remarquer ses endroits faibles , si tout le inonde ne lui en trouvait pas de fort avantageux ? Saùl aurait-il redit si souvent avec tant de complaisance que David n'était que le fils dlsaï, s'il ne l'eût regardé comme un concurrent plus digne que lui de l'empire? D'où vient que les défauts de tout autre vous trouvent plus indulgent, qu'ailleurs vous excusez tout, et qu'ici tout s'envenime dans votre bouche? Allez à la source; n'y a-t-il pas quelque racine secrète d'amertume dans votre cœur, et pouvez-vous justifier, par l'innocence de vos intentions, des discours qui partent d'un principe si corrompu? Vous nous assurez que ce n'est ni haine, ni jalousie contre votre frère; je le veux : mais n'y aurait-il pas peut-être dans vos satires des motifs encore plus bas et plus honteux? N'affectez-vous pas de censurer votre frère devant un grand qui ne l'aime pas ? Ne voulez-vous pas faire votre cour, et vous rendre agréable, en rendant votre frère un sujet de risée ou de mépris ? Ne sacrifiez-vous pas sa réputation à votre fortune, et ne cherchez-vous pas à plaire, en donnant du ridicule à un homme qui ne plaît pas ? Les cours sont si remplies de ces satires d'adulation et de bas intérêt! Les grands sont à plaindre dès qu'ils se livrent à des aversions injustes : on a bientôt trouvé des vices dans la vertu même qui leur déplaît.
Mais enfin, vous ne vous sentez point coupable, dites-vous, de tous ces lâches motifs; et s'il vous arrive quelquefois de médire de vos frères, c'est en vous pure indiscrétion, et légèreté de langue. Mais est-ce donc par là que vous vous croyez plus innocent? La légèreté et l'indiscrétion , ce vice si indigne de la gravité du Chrétien , si éloigné du sérieux et de la solidité de la foi, si souvent condamné dans les livres saints , peut-il justifier un autre vice ? Eh! qu'importe à votre frère que vous déchirez, que ce soit en vous indiscrétion ou malice ? un dard décoché imprudemment tait-il une plaie moins dangereuse et moins profonde que celui qu'on a tiré à dessein ? le coup mortel que vous portez à votre
frère est-il plus léger, parce que c'est l'imprudence et la légèreté qui l'ont lancé? et que fait l'innocence de l'intention où l'action est un crime? Mais d'ailleurs n'en est-ce pas un d'être capable d'indiscrétion sur la réputation de vos frères? Y a-t-il rien qui demande plus de circonspection et de prudence? tous les devoirs du Christianisme ne sont-ils pas renfermés dans celui de la charité ? n'est ce pas là, pour ainsi dire, toute la religion; et n'être pas capable d'attention sur un point aussi essentiel, n'est-ce pas regarder comme un jeu tout le reste? Ah! c'est ici où il faut mettre une garde de circonspection sur sa langue, peser toutes ses paroles, les lier dans son cœur, comme dit le Sage, et les laisser mûrir dans sa bouche1. Vous échappe-t-il jamais de ces discours indiscrets contre vous-même? manquez-vous quelquefois d'attention sur ce qui intéresse votre honneur et votre gloire? Quels soins infatigables! quelles mesures! quelle industrie! dans quel détail vous voit-on descendre pour la ménager et l'accroître! S'il vous arrive de vous blâmer, c'est toujours avec des circonstances qui font votre éloge : vous ne censurez en vous que des défauts qui vous font honneur, et, en avouant vos vices , vous ne voulez que raconter vos verlus; l'amour de vous même ramène tout à vous. Aimez votre frère comme vous vous aimez, et tout vous ramènera à lui, et vous serez incapable d'indiscrétion sur ses intérêts , et vous n'aurez plus besoin de nos instructions sur ce que vous devez à sa réputation et à sa gloire.
Mais si ces médisances, que vous appelez légères, sont criminelles dans leurs motifs, elles ne le sont pas moins dans leurs circonstances.
Je pourrais d'abord vous faire remarquer que le monde familiarisé avec le crime, et qui, à force de voir les vices les plus crians devenus les vices de la multitude, n'en est presque plus touché, appelle légères les médisances qui roulent sur les faiblesses les plus criminelles et les plus honteuses ; les soupçons d'infidélité dans le lien sacré du mariage ne sont plus un décri formel et une flétrissure essentielle : ce sont des discours de dérision et de plaisanterie; accuser un courtisan de perfidie et de mauvaise foi, ce n'est plus attaquer son honneur : c'est donner du ridicule aux protestations de sincérité dont il nous amuse ; rendre suspecte d'hypocrisie la piété la plus sincère , ce n'est pas outrager Dieu
* Eccl., xxvm, 28, 29.
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dans ses saints : c'est un langage de dérision que l'usage a rendu commun ; en un mot, hors les crimes que l'autorité publique punit, et qui nous attirent ou la disgrâce du maître, ou la perte des biens et de la fortune, tout le reste paraît léger, et devient le sujet ordinaire des entretiens et des censures publiques.
Mais ne poussons pas plus loin cette réilexion. Je veux que les défauts que vous publiez de votre frère soient légers : plus ils sont
ers, plus vous êtes injuste de les relever; plus il mérite que vous usiez d'indulgence à son égard , plus il faut supposer en vous une malignité d'attention à qui rien n'échappe, une dureté de naturel qui ne saurait rien excuser. Si les défauts de votre frère étaient essentiels, vous l'épargneriez, vous le trouveriez digne de votre indulgence; la politesse et la religion vous feraient un devoir de vous taire. Eh quoi! parce qu'il n'a que de légères faiblesses, vous le trouverez moins digne de vos égards! ce qui devrait vous le rendre respectable vous autorise à le décrier! N'êtesvous pas devenu au dedans de vous, dit l'Apôtre, un juge de pensées injustes, et votre œil n'est-il donc méchant que parce que votre frère est bon?
D'ailleurs, les défauts que vous censurez sont légers: mais en auriez-vous la même idée , si l'on vous les reprochait à vousmême ? Quand il vous est revenu certains discours tenus en votre absence , lesquels , à la vérité , n'attaquaient pas essentiellement votre honneur et votre probité, mais qui répandaient dans le public quelques unes de vos faiblesses, quelles ont été vos dispositions? Mon Dieu ! c'est alors que l'on grossit tout ; que tout nous paraît essentiel ; que, peu content d'exagérer la malice des paroles, on fouille dans le secret de l'intention, et qu'on veut trouver des motifs encore plus odieux que les discours mêmes. On a beau nous dire alors que ce sont là des reproches qui n'intéressent pas l'essentiel, et qui au fond ne sauraient nous faire tort: on croit avoir été insulté ; on en parle , on s'en plaint; on éclate, on n'est plus maître de son ressentiment; et tandis que tout le monde blâme l'excès de notre sensibilité, seuls nous nous obstinons à croire que l'affaire est sérieuse, et que notre honneur y est intéressé. Servez vous donc de cette règle dans les défauts que vous publiez de votre frère: appliquez-vous l'offense à vous-même; tout est léger contre lui ; et, sur ce qui vous touche, tout paraît essentiel à votre orgueil, et digne de vengeance.
Enfin, les vices que vous censurez sont légers : mais n'y ajoutez-vous rien du vôtre ? les donnez- vous pour ce qu'ils sont ? ne
mêlez-vous pas au récit que vous en faites la malignité de vo conjectures? ne les mettez-vous pas en un certain point de vue, qui les tire de leur état naturel ? n'embellissez-vous pas votre histoire ? et, pour faire un héros ridicule qui plaise, ne le faites-vous pas tel qu'on le souhaite, et non pas tel qu'il est en effet ? n'accompagnez-vous pas vos discours de certains gestes qui laissent tout entendre ? de certaines expressions qui ouvrent l'esprit de ceux qui vous écoutent à mille soupçons téméraires et flétrissans ? de certain silence même, qui donne plus à penser que tout ce que vous auriez pu dire ? Car, qu'il est difficile de se tenir dans les bornes de la vérité, quand on n'est plus dans celles de la charité! Plus ce que l'on censure est léger, plus l'imposture est à craindre : il faut embellir pour se faire écouter ; et l'on devient calomniateur, où l'on n'avait pas cru môme être médisant.
Voilà les circonstances qui vous regardent ; mais si « à cet égard, les médisances que vous croyez légères sont très criminelles, le seront-elles moins par rapport aux personnes qu'elles attaquent ? i
Premièrement, elle est peut-être d'un sexe, où sur certains points principalement les taches les plus légères sont essentielles ; où tout bruit est un déshonneur public; où toute raillerie est un outrage; où tout soupçon est une accusation ; en un mot, où n'è* tre pas loué, est presque un affront et une infamie. Aussi saint Paul veut que les femmes chrétiennes soient ornées de pudeur et de modestie; c'est-à-dire, il veut que ces vertus soient aussi visibles en elles que les ornemens qui les couvrent; et le plus bel éloge que l'Es prit-Saint fasse de Judith, après avoir parlé de sa beauté, de sa jeunesse et de ses grands biens, est qu'il ne s'était jamais trouvé personne dans tout Israël qui eût mal parlé de sa conduite, et que sa réputation répondait à sa vertu.
Secondement, vos censures s'en prennent peut-être à vos maîtres ; à ceux que la Providence a établis sur vos têtes, et auxquels la loi de Dieu vous ordonne de rendre le respect et la soumission qui leur est due. Car l'orgueil, qui n'aime pas la dépendance, se dédommage toujours en trouvant des faiblesses et des défauts dans ceux auxquels il est forcé d'obéir: plus ils sont élevés, plus ils sont exposés à nos censures ; la malignité même est bien plus éclairée à leur égard ; on ne leur pardonne rien: ceux quelquefois qui sont le plus accablés de leurs bienfaits, ouïe plus honorés de leur familiarité, sont ceux qui publient avec plus de témérité leurs imperfections et leurs vices; et outre le devoir sacré du
respect qu'on viole, on se rend encore coupable du crime lâche et honteux de l'ingratitude.
Troisièmement, c'est peut-être une personne consacrée à Dieu, établie en dignité dans l'Eglise, que vous censurez ; laquelle engagée par la sainteté de son état à des mœurs plus irrépréhensibles, plus exemplaires et plus pures, se trouve déshonorée et flétrie par des censures, 'qui ne feraient pas le môme tort à des personnes engagées dans le monde. Aussi le Seigneur, dans l'Ecriture, maudit ceux qui ne feront même que toucher à ses oints. Cependant les traits de la médisance ne sont jamais plus vifs, plus brillaris, plus applaudis dans le monde, que lorsqu'ils portent sur les ministres des saints autels : le monde, si indulgent pour lui-même, semble n'avoir conservé de sévérité qu'à leur égard j et il a pour eux des yeux plus censeurs, et une langue plus empoisonnée que pour le reste des hommes. Il est vrai, ô mon Dieu! que notre conversation parmi les peuples n'est pas toujours sainte, et à couvert de tout reproche; que nous adoptons souvent les mœurs, le faste, l'indolence, l'oisiveté, les plaisirs du monde, que nous aurions dû combattre; que nous montrons aux fidèles plus d'exemples d'orgueil et de négligence que de vertu ; que nous sommes plus jaloux des prééminences que des devoirs de notre état; et qu'il est difficile que le monde honore un caractère que nous déshonorons nous-mêmes. Mais je vous l'ai dit souvent, mes frères, nos infidélités devraient faire le sujet de vos larmes, plutôt que de votre joie et de vos censures: Dieu punit d'ordinaire les déréglemens des peuples par la corruption des prêtres ; et le plus terrible fléau dont il frappe les royaumes et les empires, c'est de n'y point susciter des pasteurs vénérables et des ministres zélés, qui s'opposent au torrent des dissolutions ; c'est de permettre que la foi et la religion s'affaiblissent jusqu'au milieu de ceux qui en sont les défenseurs et les dépositaires; c'est que la lumière qui était destinée à vous éclairer se change en ténèbres; que les coopérateurs de votre salut aident par leurs exemples à votre perte; que du sanctuaire même d'où ne devrait sortir que la bonne odeur de Jésus-Christ , il en sorte une odeur de mort et de scandale ; et qu'enfin l'abomination entre jusque dans le lieu saint. Mais, d'ailleurs, que change le relâchement de nos mœurs à la sainteté du caractère qui nous consacre? les vases sacrés qui servent à l'autel, pour être d'un métal vil, sont-ils moins dignes de votre respect ? et quand le ministre mériterait vos mépris, seriez-vous moins sacrilège de ne pas respecter son ministère?
Que dirai-je enfin ? vos détractions et vos censures attaquent peut-être des personnes qui font une profession publique de piété, et dont ceux qui vous écoutent respectaient la vertu. Vous leur persuadez donc qu'ils en avaient trop cru: vous les autorisez à penser qu'il y a peu de véritables gens de bien sur la terre; que tous ceux qu'on donne pour tels, examinés de près, ressemblent au reste des hommes: vous confirmez les préjugés du monde contre la vertu, et donnez un nouveau crédit à ces discours si ordinaires et si injurieux à la religion, sur la piété des serviteurs de Jésus - Christ. Or , tout cela vous paraît -il fort léger? Ah! mes frères, les justes sont ici-bas comme des arches saintes, au milieu desquelles le Seigneur réside , et dont il venge vigoureusement les mépris et les outrages: ils peuvent chanceler quelquefois dans la voie, comme l'arche d'Israël, conduite en triomphe dans Jérusalem; car la vertu la plus pure et la plus brillante a ses taches et ses éclipses ; et la plus solide ne se soutient pas partout également: mais le Seigneur s'indigne que des téméraires semblables à Oza se mêlent de les redresser ; et à peine y touchent-ils qu'il les frappe d'anathème: il prend sur lui les plus légers mépris dont on déshonore ses serviteurs, et ne peut souffrir que la vertu, qui a pu trouver des admirateurs parmi les tyrans mêmes et les peuples les plus barbares, ne trouve souvent que des censures et des dérisions parmi les fidèles. Aussi les enfans d'Israël furent dévorés sur l'heure pour avoir insulté par des railleries le petit nombre de cheveux de l'homme de Dieu ; et cependant ce n'étaient là que des indiscrétions puériles si pardonnables à cet âge. Le feu du ciel descendit sur l'officier de l'impie Ochozias , et le consuma à l'instant pour avoir appelé par dérision Elie, l'homme de Dieu ; et cependant c'était un courtisan de qui on devait exiger moins d'égards pour l'austérité et la simplicité d'un Prophète, et pour la vertu d'un homme rustique en apparence, et odieux à son maître. Michol fut frappé de stérilité , pour avoir trop aigrement censuré les saints excès de la joie et de la piété de David devant l'arche; et cependant ce n'était là qu'une délicatesse de femme. Mais toucher à ceux qui servent le Seigneur , c'est toucher, dit l'Ecriture, à la prunelle de son œil : il maudit in visiblement ces censeurs téméraires de la piété; et s'il ne les frappe pas de mort à l'instant, comme autrefois, il les marque sur le front, dès cette vie, d'un caractère de réprobation , et leur refuse pour eux-mêmes le don précieux de la grâce et de la sainteté qu'ils ont méprisé dans les autres : et cependant ce sont les gens de bien qui sont aujourd'hui
DES PRÉDICATEURS. l*J
le plus en butte à la malignité des discours publics; et Ton peut dire que la vertu fait dans le monde plus de censeurs que le vice. Je n'ajoute pas, mes frères, que si ces médisances, que vous appelez légères, sont très criminelles dans leurs motifs et dans leurs circonstances , elles le sont encore plus dans leurs suites : je dis leurs suites , toujours irréparables, mes frères. Vous pouvez expier le crime de la volupté par la mortification et la pénitence; le crime de la baine par l'amour de votre ennemi ; le crime de l'ambition, en renonçant aux bonneurs et aux pompes du siècle; le crime de l'injustice, en restituant ce que vous avez ravi à vos frères; le crime même de l'impiété et du libertinage, par un respect religieux et public pour le culte de vos pères : mais le crime de la détraction , par quel remède, quelle vertu, peut-il se réparer? Vous n'avez révélé qu'à un seul les vices de votre frère; je le veux : mais ce confident infortuné en aura bientôt à son tour plusieurs autres, qui de leur coté ne regardant plus comme un secret ce qu'ils viennent d'apprendre, en instruiront les premiers venus : chacun en les redisant y ajoutera de nouvelles circonstances ; chacun y mettra quelque trait envenimé de sa façon ; à mesure qu'on les publiera, ils croîtront, ils grossiront: semblable, dit saint Jacques, à une étincelle de feu qui, portée en différens lieux par un vent impétueux, embrase les forêts et les campagnes: telle est la destinée de la détraction. Ce que vous avez dit en secret n'était rien d'abord , et périssait étouffé et enseveli sous la cendre : mais ce feu ne couve que pour se rallumer avec plus de fureur; mais ce rien va emprunter de la réalité en passant par différentes bouches : chacun y ajoutera ce que sa passion , son intérêt, le caractère de son esprit et de sa malignité, lui représentera comme vraisemblable; la source sera presque imperceptible; mais grossie dans sa course par mille ruisseaux étrangers, le torrent qui s'en formera inondera la cour, la ville et la province; et ce qui n'était d'abord dans son origine qu'une plaisanterie secrète et imprudente, qu'une simple réflexion, qu'une conjecture maligne, deviendra une affaire sérieuse, un décri formel et public, le sujet de tous les entretiens, une flétrissure éternelle pour votre frère. Et alors réparez, si vous pouvez, cette injustice et ce scandale; rendez à votre frère l'honneur que vous lui avez ravi. Irez-vous vous opposer au déchaînement public , et chanter tout seul ses louanges ? mais on vous prendra pour un nouveau- venu, qui ignorez ce qui se passe dans le monde; et vos louanges venues trop tard ne serviront qu'à lui attirer de nouvelles satires. Or, que de crimes dans un seul! les pé-
chés de tout un peuple deviennent les vôtres : vous médisez par toutes les bouches de vos citoyens : vous êtes encore coupable du crime de ceux qui les écoutent. Quelle pénitence peut expier des maux auxquels elle ne saurait plus remédier? et vos larmes pourront-elles effacer ce qui ne s'effacera jamais de la mémoire des hommes ? encore si le scandale finissait avec vous , votre mort, en le finissant, pourrait en être devant Dieu l'expiation et le remède. Mais c'est un scandale qui vous survivra; les histoires scandaleuses des cours ne meurentjamaisavec leurs héros : des écrivains lascifs ont fait passer jusqu'à nous les satires, les déréglemens des cours qui nous ont précédés ; et il se trouvera parmi nous des auteurs licencieux qui instruiront les âges à venir des bruits publics , des événemens scandaleux et des vices de la nôtre.
O mon Dieu! ce sont là de ces péchés dont nous ne connaissons ni l'énormité , ni l'étendue; mais nous savons qu'être une pierre de scandale à nos frères , c'est détruire, par rapport à eux , l'ouvrage de la mission de votre Fils, et anéantir le fruit de ses travaux, de sa mort et de tout son ministère. Telle est l'illusion du prétexte que vous tirez de la légèreté de vos médisances : les motifs n'en sont jamais innocens; les circonstances toujours criminelles; les suites irréparables. ( Le même. )
Plus les défauts de nos frères sont connus , plus la médisance qui les censure est
cruelle.
D'où vient, mes frères, que la plupart des préceptes sont violés par ceux mêmes qui s'en disent observateurs , et que nous avons presque plus de peine à faire convenir le monde de ses trangressions qu'à l'en corriger? C'est qu'on ne prend jamais les idées des devoirs dans le fond de la religion ; qu'on n'entre jamais dans l'esprit pour décider sur la lettre ; et que peu de gens remontent au principe, pour éclaircir les doutes que la corruption forme sur le détail des conséquences.
Or, pour appliquer cette maxime à mon sujet : quelles sont les règles de l'Evangile qui font aux disciples de Jésus-Christ un crime de la médisance? C'est premièrement le précepte de l'humilité chrétienne, qui devant nous établir dans un profond mépris de nousmêmes, et ouvrir nos yeux sur la multitude infinie de nos misères, doit les fermer en même temps à celles de nos frères : c'est en second lieu le devoir de la charité, cette charité si recommandée dans l'Evangile; le grand précepte de la loi, qui couvre les fautes
qu'elle ne peut corriger, qui excuse celles quelle ne peut couvrir, qui ne se réjouit point du mal, et qui le croit difficilement, parce qu'elle ne le souhaite jamais : enfin, c'est la règle inviolable de la justice, laquelle, ne permettant jamais qu'on fasse à autrui ce qu'on ne voudrait pas souffrir soi-même, condamne tout ce qui sort de ces bornes équitables. Or, les discours de médisance, qui roulent sur les fautes que vous appelez publiques, blessent essentiellement ces trois règles : jugez par là de leur innocence.
Premièrement, ils blessent la règle de l'humilité chrétienne. En effet, mon cher auditeur, si vous étiez vivement touché de vos propres misères , dit saint Chysostôme ; si vous aviez sans cesse votre péché devant vos yeux, comme ce roi pénitent, il ne vous resterait ni assez de loisir ni assez d'attention , pour remarquer les fautes de vos frères. Plus elles seraient publiques, plus vous béniriez en secret le Seigneur d'avoir détourné de vous cette infamie : plus vous sentiriez votre reconnaissance se réveiller, sur ce qu'étant tombé peut-être dans les mêmes égaremens il n'a pas permis qu'ils fussent publiés sur les toits comme ceux de votre frère; sur ce qu'il a laissé dans l'obscurité vos œuvres de ténèbres; qu'il les a , pour ainsi dire, couvertes de ses ailes , et ménagé devant les hommes un honneur et une innocence que vous aviez tant de fois perdus devant lui : vous trembleriez en vous disant à vousmême que peut-être il n'a épargné votre confusion en ce monde que pour la rendre plus amère et plus durable dans l'autre.
Telles sont les dispositions de l'humilité chrétienne sur les chutes publiques de nos frères : nous devons en parler beaucoup à nousmêmes, et presque jamais aux autres. Aussi lorsque les scribes et les pharisiens viennent présenter au Sauveur une femme surprise en adultère, et qu'ils veulent le presser d'en dire son sentiment, quoique la faute de cette pécheresse fût publique, Jésus- Christ garde un profond silence; et, à leurs malignes et pressantes instances de s'expliquer, il se contente de répondre : Que celui (Ventre vous qui est sans péché jette contre elle la première pierre ': comme s'il voulait leur faire entendre par là que ce n'était pas à des pécheurs, comme eux, à condamner si hautement le crime de cette femme ; et que , pour avoir droit de jeter contre elle une seule pierre, il fallait être soi-même exempt de tout reproche. Et voilà ce que je voudrais vous dire aujourd'hui , mes frères : la mauvaise conduite de cette personne vient d'éclater; eh bien! que celui
1 Jean, vin, 7.
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d'entre vous qui est sans péché jette contre elle la première pierre : Qui sine peccato est vestrum , primas in ilhun lapident mittat. Si devant Dieu vous n'avez rien de plus criminel peut-être à vous reprocher, parlez librement , condamnez sévèrement sa faute , lancez contre elle les traits les plus piquans de la dérision et de la censure ; on vous le permet. Ah! vous qui en discourez si hardiment, vous êtes plus heureuse qu'elle ; mais êtes-vous plus innocente? On vous croit plus de vertu, plus d'amour du devoir; mais Dieu, qui vous connaît, en juge-t-il comme les hommes? mais si les ténèbres qui cachent votre honte venaient à se dissiper, les pierres que vous jetez ne se tourneraient-elles pas contre vous-même? mais si un événement imprévu trahissait votre secret, l'audace et la joie maligne avec lesquelles vous censurez, n'ajouteraient-elles pas un nouveau ridicule à votre confusion et à votre opprobre? Ah! vous ne devez ce fantôme de réputation , dont vous vous glorifiez, qu'à des artifices et à des ménagemens que la justice de Dieu peut confondre et déconcerter en un instant : vous touchez peut-être au moment où il va révéler votre honte; et loin de rougir dans le secret et dans le silence, lorsqu'on publie des fautes qui sont les vôtres, vous en parlez, vous les racontez avec complaisance; et vous fournissez au public des traits dont il fera peut-être usage un jour contre vous-même : c'est la menace et la prédiction du Sauveur : Tous ceux qui sarment du glaive périront par le glaive ! : vous percez votre frère avec le glaive de la langue; vous serez percé du même glaive à votre tour; et quand vous seriez exempt des vices que vous blâmez si témérairement en autrui, le Dieu juste vous y livrera.
La honte est toujours la punition la plus ordinaire de l'orgueil. Pierre, le soir de la cène, ne pouvait se lasser d'exagérer le crime du disciple qui devait trahir son maître : il était le plus ardent de tous à s'informer de son nom , et à détester sa perfidie; et, au sortir delà, il tombe lui-même dans l'infidélité, qu'il venait de blâmer avec tant de hauteur et de confiance. Rien ne nous attire tant la colère et l'abandon de Dieu que le plaisir malin avec lequel nous relevons les fautes de nos frères; et sa miséricorde s'indigne que ces exemples affligeans, qu'il ne permet que pour nous rappeler à notre propre faiblesse, et réveiller notre vigilance, flattent notre orgueil, et ne réveillent que nos dérisions et nos censures. (Le
MEME
1 Mat th., xxvi, 52.
DES l'IlEDlCATECRS. l3l
En censurant les défauts de nos frères, nous blessons la charité.
Si les vices de votre frère sont connus de ceux qui vous écoutent, il est donc inutile de venir de nouveau les raconter. En effet, que pourriez-vous vous proposer? de blâmer sa conduite? Mais n'en porle-t-il pas déjà assez la confusion ? voulez-vous accabler un malheureux, et acbever de donner le dernier coup à un homme déjà percé de mille traits mortels ? Il y a déjà tant d'esprits noirs et malins qui ont exagéré sa faute, et qui la répandent avec des couleurs- capables de le noircir à jamais ! n'est-il pas assez puni ? Il est digne de votre pitié; il ne l'est plus de vos censures : que vous proposeriez-vous donc? de plaindre son infortune? Mais quelle manière de plaindre un malheureux que de rouvrir ses plaies! la compassion est-elle si barbare? Quoi encore? de venir justifier vos prophéties et vos soupçons précédens sur sa conduite? de venir nous dire que vous aviez toujours cru que tôt ou tard il en viendrait là? Mais vous venez donc triompher de son malheur? vous venez vous applaudir de sa chute , vous venez vous faire honneur de la malignité de vos jugemens ? Quelle gloire pour un Chrétien d'avoir pu soupçonner son frère ; de lavoir cru coupable avant qu'il le parût; et d'avoir pu lire témérairement ses chutes dans 1 avenir, nous qui ne devons pas même les voir lorsqu'elles sont arrivées ! Ah ! vous prophétisez si juste sur la destinée d'autrui! soyez prophète dans votre propre patrie; prévoyez les malheurs qui vous menacent : pourquoi ne vous prophétisez-vous pas à vous-même que, si vous ne sortez de cette occasion et de ce péril, vous y périrez? que, si vous ne rompez cette liaison, le public, qui en murmure déjà, éclatera enfin, et qu'il ne sera plus temps de remédier au scandale? que, si vous ne revenez de ces excès où l'emportement de l'âge et une mauvaise éducation vous ont jeté, vos affaires et votre fortune vont tomber sans ressource? C'est ici où il faudrait exercer votre art des conjectures. Quelle folie d'être soi-même environné de précipices, et de regarder au loin ceux nui menacent nos frères !
D'ailleurs, plus les chutes de votre frère sont publiques, plus vous devez être touché du scandale qu'elles causent à l'Eglise; de l'avantage que les impies et les libertins en tireront, pour blasphémer le nom du Seigneur, s'affermir dans le libertinage, se persuader que ce sont là les faiblesses de tous les hommes, et que les plus vertueux sont ceux qui savent le mieux les cacher : plus
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vous devez être affligé de l'occasion que ces exemples publics de dérèglement donnent aux âmes faibles de tomber dans les mêmes désordres: plus la charité vous oblige de gémir , plus vous devez souhaiter que le souvenir de ces fautes périsse, que le jour et les lieux où elles ont éclaté soient effacés de la mémoire des hommes; plus enfin, par votre silence , vous devez contribuer à les assoupir. Mais tout le monde en parle, dites-vous; votre silence n'empêchera pas les discours publics; ainsi vous pouvez bien en parler à votre tour. La conséquence est barbare : parce que vous ne pouvez pas remédier au scandale, il vous seia permis de l'augmenter? parce que vous ne pouvez pas sauver votre frère de l'opprobre, vous achèverez de le couvrir de boue et d'infamie ? parce que tous presque lui jettent la pierre , il sera moins cruel de la jeter à votre tour, et de vous joindre à ceux qui le lapident et qui l'écrasent? Il est si beau , la religion même à part , de se déclarer pour les malheureux! il y a tant de dignité et de grandeur d'ame à prendre sous sa protection ceux que tout le monde abandonne! et quand les règles de la charité ne nous en feraient pas un devoir, les sentimens seuls de la gloire et de l'humanité devraient ici suffire. Aussi, en troisième lieu, non seulement vous violez les règles saintes de la charité, mais de plus, vous êtes infracteur de celles de la justice. Car les fautes de votre frère sont publiques , je le veux* mais placez-vous dans la même situation : exigeriez-vous de lui moins d'égards et moins d'humanité, parce que votre chute ne serait plus un mystère ? croiriez-vous que l'exemple public donnât à votre frère, contre vous, un droit que vous en prenez contre lui-même? recevriez-vous, pour justifier sa malignité, une excuse qui vous la rendrait encore plus odieuse et plus cruelle? D'ailleurs, crue savez-vous si le premier auteur de ces discours publics n'est point un imposteur? Il court tant de faux bruits dans le monde, et la malice des hommes les rend si crédules sur les défauts d'autrui! Que savez-vous si ce n'est pas un ennemi, un concurrent, un envieux, qui a répandu cette calomnie par des voies secrètes, pour détruire celui qui traversait, ou ses passions, ou sa fortune? Ses exemples sont-ils fort rares? Si ce n'est pas un imprudent, qui a donné lieu à tous ces discours par l'indiscrétion d'une parole lâchée sans atteniion et recueillie avec malice? ces méprises sontelles impossibles? si ce n'est pas une conjecture débitée d'abord comme telle, et donnée ensuite comme une vérité? ces altérations ne sont-elles pas du caractère des bruits publics? Qu'y avait-il de plus vraisemblable parmi les enfans de la captivité que le déré-
DES PRÉDICATEURS. l33
gïement prétendu de Susanne? Les juges du peuple de Dieu, vénérables par leur âge et par leur dignité, déposaient contre elle; tout le peuple en parlait comme d'une épouse infllèle; on la regardait comme l'opprobre d'Israël : cependant c'était sa pudeur même qui lui attirait ces outrages; et s'il ne se fût trouvé de son temps un Daniel, qui osât douter d'un bruit public, le sang de cette innocente allait souiller tout le peuple. Et, sans sortir de notre Evangile, les discours sacrilèges, qui traitaient Jésus-Christ d'imposteur et de samaritain, n'étaient-ils pas devenus les discours publics de toute la Judée? Les prêtres et les pharisiens, gens à qui la dignité de leur caractère et la régularité de leurs mœurs attiraient le respect et la confiance des peuples, les appuyaient de leur autorité : cependant voudriez-vous excuser ceux d'entre les Juifs qui, sur des bruits si communs, parlaient du Sauveur du monde comme d'un séducteur, qui imposait à la crédulité des peuples? Vous vous exposez donc à la calomnie envers votre frère; quelque répandues que soient les censures qu'on fait de lui, sa faute , dont vous n'avez pas été témoins , est toujours douteuse pour vous; et c'est une injustice que vous lui faites, d'aller publiant, comme vrai, ce que vous ne savez que par des bruits publics , souvent faux , et toujours téméraires.
Mais je vais plus loin : quand même la chute de votre frère serait certaine , et que la malignité des discours n'y aurait rien ajouté; d'où pouvez-vous savoir si la honte même de voir sa faute publique ne l'a pas fait revenir à lui , et si un repentir sincère et des larmes abondantes ne Vont pas déjà effacée et expiée devant Dieu ? Il ne faut pas toujours des années à la grâce pour triompher d'un cœur rebelle : il est des victoires qu'elle ne veut pas devoir au temps; et une chute publique est souvent le moment de miséricorde qui décide de la conversion du pécheur. Or, si votre frère s'est repenti , n'êtes-vous pas injuste et cruel de faire revivre des fautes que sa pénitence vient d'effacer, et que le Seigneur a oubliées? Souvenez-vous de la pécheresse de l'Evangile : ses désordres étaient publics , puisqu'elle avait été la pécheresse de la cité; cependant, lorsque le pharisien les lui reproche, ses larmes et son amour les avaient effacés aux pieds du Sauveur : la bonté de Dieu lui avait remis sa faute, et la malignité des hommes ne pouvait encore l'en absoudre.
Enfin, la chute de votre frère était publique : c'est-à-dire, on savait confusément que sa conduite n'était pas exempte de reproche; et vous venez en détailler les circonstances , en éclaircir les
faits , en développer les motifs , en expliquer tout ie mystère ; confirmer ce qu'on ne savait qu'à demi; apprendre ce qu'on ne savait point du tout; et vous applaudir même d'avoir paru plus instruit que ceux qui vous écoutent, sur le malheur de votre frère : il lui restait encore du moins une réputation chancelante; il conservait encore du moins un reste d'honneur, une étincelle de vie; et vous achevez de l'éteindre. Je n'ajoute pas que peut-être on tenait ces bruits publics de certaines personnes sans aveu; gens qui n'étaient ni d'un poids, ni d'un caractère à persuader; on n'osait encore y ajouter foi sur des rapports si peu solides : mais vous , qui par votre rang, votre naissance, vos dignités, vous êtes acquis de lautorité sur les esprits, vous ne laissez plus de lieu au doute et à l'incertitude; votre nom seul va servir de preuve contre l'innocence de votre frère; et l'on va vous citer désormais pour justifier la vérité des discours publics. Or, quoi de plus injuste et de plus dur, et par le tort que vous lui faites, et par le bien que vous manquez de lui faire? votre silence seul sur sa faute eût peut-être arrêté la diffamation. publique, et l'on vous eût cité pour purifier son innocence, comme on vous cite pour la noircir; et quel usage plus respectable auriez-vous pu faire de votre rang et de votre autorité? Plus vous êtes élevé, plus vous devez être religieux et circonspect sur la réputation de vos frères, plus une noble décence doit vous rendre réservé sur leurs fautes : on oublie les discours du vulgaire ; ils meurent en naissant : les paroles des grands ne tombent jamais en vain , et le public est toujours l'écho fidèle , ou des louanges qu'ils donnent, ou des censures qui leur échappent. Mon Dieu! vous nous apprenez, en dissimulant vous-même les péchés des hommes, à les dissimuler à notre tour ; vous attendez avec une patience miséricordieuse, pour révéler nos fautes, le jour où les secrets des cœurs seront manifestés; et nous prévenons par une téméraire malignité le temps de vos vengeances, nous qui sommes si intéressés que vous ne découvriez pas encore les abîmes de nos cœurs et les mystères des consciences.
Ainsi, mes frères, vous surtout que le rang et la naissance élèvent au dessus des autres, ne vous contentez pas de mettre un frein à votre langue; offrez encore aux discours de la médisance un visage triste et sévère, selon l'avis de l'Esprit-Saint , un silence de désaveu et d'indignation : car le crime est ici égal, et dans la malignité de celui qui parle-, et dans la complaisance de ceux qui écoutent. Entourons nos oreilles d'épines , pour ne pas les laisser infecter par des discours empoisonnés ; c'est-à-dire, ne les fermons
DES PREDICATEURS.
pas seulement à ces paroles de sang et d'amertume, mais rejetonsles sur leur auteur dune manière aigre et piquante. Si la médisance trouvait moins d'approbateurs, le royaume de Jésus-Christ serait bientôt purgé de ce scandale : on plaît en médisant, et un vice qui plaît devient bientôt un talent aimable : nous animons la médisance par nos applaudissemens; et, comme il n'est personne qui ne veuille être applaudi, il n'est presque aucun aussi qui ne se fasse un art et un mérite de médire.
Mais ce qu'il y a ici de surprenant , c'est que la piété elle-même sert souvent de prétexte à ce vice que la piété sincère déteste, et qui sapeles premiers fondemens de la piété. Ce devait être la dernière partie de ce discours ; mais je n'en dirai qu'un mot. Oui, mes frères , la médisance trouve souvent dans la piété même des couleurs qui la justifient : elle se revêt tous les jours des apparences du zèle : la haine du vice semble autoriser la censure des pécheurs; ceux qui font profession de vertu croient souvent honorer Dieu et lui rendre gloire, en déshonorant et décriant ceux qui l'offensent: comme si le privilège de la piété, dont lame est la charité, était de nous dispenser de la charité même. Ce n'est pas que je veuille ici justifier les discours du monde, et lui fournir de nouveaux traits contre le zèle des gens de bien ; mais je ne dois pas aussi dissimuler que la liberté qu'on se donne de censurer la conduite de ses frères est un des abus les plus ordinaires de la piété.
Or, mon cher auditeur, vous que ce discours regarde, écoutez les règles que l'Evangile prescrit sur le zèle véritable, et ne les oubliez jamais. Souvenez-vous, premièrement, que le zèle qui nous fait gémir des scandales qui déshonorent l'Eglise se contente d'en gémir devant Dieu , de le prier qu'il se souvienne de ses miséricordes anciennes; qu'il jette des regards propices sur son peuple; qu'il établisse son règne dans tous les cœurs; et qu'il ramène les pécheurs de leurs voies égarées. Voilà une manière sainte de gémir sur les chutes de vos frères : parlez-en souvent à Dieu , et oubliezles devant les hommes.
Souvenez-vous, secondement, que la piété ne vous donne pas un .h oit d'empire et d'autorité sur vos frères; que si vous n'êtes pas établi sur eux et responsable de leur conduite , s'ils tombent ou s'ils demeurent fermes, c'est l'affaire du Seigneur et non pas la vôtre; qu'ainsi vos plaintes publiques et éternelles sur leurs désordres partent d un fonds d'orgueil, de malignité, de légèreté, d'inquiétude ; que l'Eglise a ses pasteurs pour veiller sur le troupeau; que l arche a ses ministres qui la soutiennent, sans qu'un secours élran-
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ger et téméraire s'en mêle; et qu'enfin, loin de corriger par là vos frères, vous déshonorez la piété, vous justifiez les discours des impies contre l'homme de bien, et vous les autorisez à dire, comme autrefois dans la Sagesse: Pourquoi celui-ci croit-il avoir droit de remplir les rues et les places publiques de plaintes et de clameurs contre notre conduite, et se fait-il un point de vertu de nous diffamer dans l'esprit de nos frères? lmproperat nobis peccata legis^ et diffamât in nos peccata disciplina? nostrœ.
Souvenez-vous, troisièmement, que le zèle qui est selon la science, cherche le salut et non la diffamation de son frère; qu'il veut édifier, mais qu'il n'aime pas à nuire; qu'il s'étudie à se rendre aimable , pour se rendre plus utile; qu'il est plus touché du malheur et de la perte de son frère qu'aigri et scandalisé de ses fautes; qu'il voudrait pouvoir se les cachera soi-même, loin de les aller publier devant les autres; et que lejzèlequi les censure, loin de diminuer le mal, ne fait qu'augmenter le scandale.
Souvenez-vous, quatrièmement, que ce zèle censeur que vous faites paraître contre votre frère lui est inutile, puisqu'il n'en est pas témoin; qu'il est même nuisible à sa conversion, que vous reculez en l'aigrissant par vos censures , s'il vient à les apprendre; nuisible à sa réputation que vous blessez, à la piété que vous décriez ; nuisible enfin à ceux qui vous écoutent ; qui , respectant votre prétendue vertu, ne croient pas qu'on puisse s'égarer en suivant vos traces et ne mettent plus la médisance au nombre des vices. Le zèle est humble, et il n'a des yeux que pour ses propres misères; il est simple, et il lui est plus ordinaire de croire trop facilement le bien que le mal; il est miséricordieux, et les fautes d'autrui le trouvent toujours aussi indulgent que ses propres fautes le trouvent sévère; il est délicat et timoré, et il aime souvent mieux manquer de blâmer le vice, que s'exposer à censurer le pécheur. (Le MEME.)
Péroraison.
Ainsi, vous , mes frères, qui, revenus des égaremens du monde, servez le Seigneur, souffrez que je finisse en vous adressant les mêmes paroles que saint Cyprien adressait autrefois à des serviteurs de Jésus-Christ, lesquels , par un zèle indiscret, ne faisaient pas de scrupule de déchirer leurs frères. Une langue qui a confessé Jésus-Christ; qui a renoncé aux erreurs et aux pompes du monde; qui bénit tous les jours le Dieu de paix au pied des autels ; qui
est souvent consacrée par la participation des mystères saints, ne doit plus être inquiète, dangereuse, pleine de fiel et d'amertume contre ses frères : c'est une ignominie pour la religion , que d'abord, après avoir offert au Seigneur des prières pures et un sacrifice de louantes dans l'assemblée des fidèles , vous alliez lancer les traits venimeux du serpent f contre ceux que l'union de la foi, de la charité, des sacremens, que leurs propres égaremens même devraient vous rendre plus chers et plus respectables : Lingua Christum conjessa non sitmaledica, non turbulenta; non convitiis perstrepens audiatur; non contra fratres et Del sacerdotes postverba laudis^ ser~ pentis veicena jaculetur.
Otons , par la sagesse et la modération de nos discours, aux ennemis de la vertu, toute occasion de blasphémer contre elle; corrigeons nos frères, plus par la sainteté de nos exemples que par l'aigreur de nos censures; reprenons-les en vivant mieux qu'eux, et non pas en parlant contre eux : rendons la vertu respectable par sa douceur, encore plus que par sa sévérité ; attirons à nous les pécheurs, en compatissant à leurs fautes et non en les censurant; qu'ils ne s'aperçoivent de notre vertu que par notre charité et notre indulgence ; et que notre attention charitable à couvrir et excuser leurs vices les porte à les condamner et à s'en accuser plus sévèrement eux-mêmes: par-là nous gagnerons nos frères; nous honorerons la piété; nous confondrons l'impiété et le libertinage; nous ôterons au monde ces discours si communs et si injurieux à la véritable vertu; et, après avoir usé de miséricorde envers nos frères , nous irons avec plus de confiance nous présenter au Père des miséricordes et au Dieu de toute consolation , et la demander pour nous-mêmes. Ainsi soit-il. (Le même.)