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Môme sujet.
Egalement ingrats sur les bienfaits que nous avons reçus, et intlifférens sur ceux que nous attendons encore, nous négligeons la prière, le seul moyen par lequel nous puissions nous acquitter envers Dieu. Eh! qui donc a étendu cette terre sous nos pieds, a ouvert à l'industrie humaine des chemins à travers les eaux, a développé sur ma tète la brillante voûte du firmament? Qui est-ce qui fait marcher devant mes pas le flambeau qui m'éclaire durant le jour? qui est-ce qui fait jaillir les sources des fontaines au fond des vallons, a creusé pour nos rivières ces lits qui les enferment, a fait les animaux tributaires de nos besoins, a organisé cette vile poussière , lui a donné à la fois la vie et l'intelligence, a gravé sur ce peu de boue que je suis l'empreinte de la divine ressemblance? Et après que cette image a été obscurcie par le péché, qui est-ce qui l'a rétablie dans son ancienne beauté?
On prie; mais sans réfléchir sur la sublime puissance de celui à qui l'on adresse sa prière. On en dégrade la majesté divine par des vœux sordides et par des affections rampantes. On se présente à Dieu comme ferait un malheureux qui, ne connaissant pour tout bien que des vases de terre, irait trouver le prince au moment ou ses mains s'ouvriraient pour distribuer des dons et des dignités, et lui demanderait de faire de ses vases de terre quelque chose de plus à son gré. On expose sous ses yeux, à qui rien n'est caché, les mouvemens désordonnés dont on est travaillé, non pour en obtenir la guérison, mais pour l'engager à y condescendre, en lui demandant ce qui ne ferait que les enflammer davantage ; et l'on se plaint de lui quand on n'en a pas été exaucé, comme pour lui reprocher de n'être pas vindicatif, avare, orgueilleux comme nous. Mais est-il défendu de demandera Dieu des biens temporels , puisqu'il n'en a pas moins la souveraine dispensation? Oui, c'est de sa main qu'ils émanent ; mais ce n'est pas à titre de biens qu'il les donne à ceux qui les demandent, c'est pour exciter leur confiance à solliciter les vrais biens. Dieu les accorde à notre faiblesse, comme une mère qui d'abord présente à son enfant le lait de ses mamelles, pour lui donner ensuite des alimens plus substantiels, à mesure que son âge et ses forces le comporteront. Ce ne sont là que les premiers essais d'une bienfaisance qui nous promet les biens plus réels que nous lui devons demander. Et n'y a-t-il pas une sorte de démence à ne prier Dieu que pour demander à l'E-
DES PRÉDICATEURS. l33
ternel des choses périssables; au Maître du ciel, les richesses de la terre; au Très-Haut, des objets futiles et abjects; au Dieu qui nous ouvre son royaume immortel , de misérables biens qu'il faudra toujours perdre, et dont la jouissance fugitive nous expose à tant de dangers ?
De celte introduction, saint Grégoire de Nysse passe à l'Oraison dominicale,
Le grand législateur des Hébreux, voulant les disposer à recevoir la Loi qui allait être donnée sur le mont Sinaï, ne crut pas que son peuple méritât de paraître en présence du Seigneur avant de s'y être préparé par la chasteté, par l'aspersion de l'eau, et par diverses purifications qu'il institua particulièrement pour cette auguste solennité; et encore, à la suite de ces préliminaires, ne purent-ils pas soutenir l'aspect de la majesté divine, mais tout ce qui vint frapper leurs yeux et leurs oreilles, les flammes, l'obscurité sombre, les tourbillons de fumée, le son des trompettes, les pénétra de terreur, au point que, s'adressant au saint législateur, ils le conjurèrent de s'interposer entre Dieu et son peuple , sentant bien que, par eux-mêmes, ils n'étaient pas capables de s'approcher de Dieu et de soutenir sa présence. Mais notre souverain législateur Jésus-Christ ne nous mène point à un mont Sinaï qu'environne une nuée épaisse, étincelante de feux; il ne fait pas retentir à nos oreilies le bruit effrayant des trompettes; il ne nous ordonne point les ablutions corporelles ; il ne retient point le peuple au pied de la montagne pour ne permettre qu'à un seul homme de monter jusqu'au sommet et d'y voir la gloire du Seigneur à travers une ténébreuse obscurité; mais d'abord, au lieu d'un mont Sinaï, c'est le ciel, rouvert par sa vertu, à quoi il nous appelle, pour nous rendre, non pas seulement spectateurs, mais participant à sa puissance, associés à sa divine nature; il n'enferme pas sous les voiles d'une nuée les rayons de sa gloire, pour en éloigner les regards étrangers; mais, dissipant les ténèbres par la clarté qui échappe de sa doctrine, il manifeste aux cœurs purs sa lumière ineffable sans nuage et sans mélange.
i° Notre Père qui êtes au ciel. Qui me donnera des ailes comme à la colombe? dit quelque part le divin Psalmiste *. Et moi aussi, qui me donnera les mêmes ailes? qui prêtera l'essor à mon imagination et à mon langage, pour m'élever au dessus de la terre, au
1 Ps. L1V, 7.