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se reconnaîtront à leurs aetions. 11 faut que nous agissions en tout avec la pensé habituelle (Jut- Dieu demeuie en nous , que nous sommes son temple, et qu'il daigne fixer son séjour au milieu de nous; il faut que nous conservions notre foi pure de toute doctrine corrompue , nous souvenant que notre Sauveur a été crucifié pour en confirmer la divine vérité. Si notre prière a toutes ces qualités, alors nous sommes assurés qu'elle s'élèvera vers Dieu comme un parfum d'une agréable odeur, et que les grâces du ciel descendront sur nous comme la rosée du matin. (Saint Ignace, Ejjïlre aux Epliéslens. )
Nos prières sont infructueuses, parce que nous ne demandons pas comme il faut.
Quelles conditions exige notre Dieu pour l'infaillibilité de la prière? l'humilité, la confiance, la persévérance , l'attention de l'esprit , l'affection du cœur. Or, y at-il rien là , je ne dis pas d impraticable et d'impossible, mais de pénible et d'onéreux?
Prier dans la disposition d'un esprit humble, quoi de plus raisonnable et même de plus naturel? Peut-on avoir une juste idée de la prière, et oublier en priant cette règle fondamentale? Priet-on autrement les princes et les monarques de la terre? Se fait-on une peine de leur rendre des hommages et des respects , lorsqu'on a des requêtes à leur présenter? et si, par ces respects et par ces hommages , on vient à bout de ses prétentions , se plaint-on qu'il en ait trop coûté ? Dit-on qu'ils fassent acheter trop cher leurs grâces, quand ils les refusent à un téméraire qui les demande avec hauteur? et pourquoi le dirait-on de Eieu , devant qui il est d'ailleurs bien plus raisonnable et par conséquent bien plus facile de s'humilier que devant les hommes? La Chananéenne dont parle saint Ma hieu fit-elle difficulté de se prosterner en la présence de Jésus-Christ et de l'adorer? Fut-ce un grand effort pour elle de confesser à ses pieds son indignité , et compta-t-elle pour beaucoup d'essuyer les refus auxquels elle se vit d'abord exposée? Non , non, lui dit le Sauveur du monde , il ne faut pas donner le pan des enfans aux chiens : Non est bonum samere panem filiorum, et mittere canibus *. Est-il une comparaison plus humiliante? Mais, tout humiliante qu'elle pût être, cette Chananéenne en parut-elle touchée et contristée? que dis-je? ne reconnut-elle pas elle-même la vérité de ces paroles en se les appliquant? Il est vrai, Seigneur: Etiam,
1 Matin., xv.
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Domine. Ce fut ainsi qu'elle pria. Mais comment prions-nous ? Elle était païenne, et cette païenne s'humilie; nous sommes Chrétiens , et nous apportons à la prière un esprit d'orgueil dont nous ne pouvons nous défaire, lors même que nous sommes forcés à reconnaître nos misères et nos besoins ; et parce que cet esprit nous domine, nous prions avec présomption, comme si Dieu devait avoir des égards pour nous, comme s'il devait nous distinguer, comme s'il devait nous tenir compte de nos prières. Sans parler de ce faste extérieur qui souvent accompagne nos sacrifices , et qui, bien loin d'engager Dieu à nous écouter, l'engage à nous punir; sans parler de ce luxe que nous portons jusque dans le sanctuaire, de cet air de grandeur et de suffisance que nous y retenons, de ces postures vaines et négligées que nous y affectons; états bien contraires à l'action d'un suppliant , et qui, selon l'Ecriture, rendent nos prières abominables devant Dieu, puisque Dieu ne hait rien davantage qu'un pauvre orgueilleux: Pauperem superbum *j sans en venir à ce détail, nous demandons à Dieu des grâces, mais comment? non point comme des grâces, mais comme des dettes, prêts à nous élever et à nous enfler s'il nous les accorde , prêts à murmurer et à nous plaindre s'il ne nous les accorde pas. Nous les demandons pour oublier, après les avoir reçues, que nous les tétions de lui; pour les posséder et en user sans les rapportera lui. Or, devons-nous être surpris alors que Dieu nous ferme son sein? voulons-nous qu'il nous exauce aux dépens de sa propre gloire? et ne serait-ce pas prodiguer ses biens que de les répandre indifféremment et sur les superbes et sur les humbles ?
Prier dans le sentiment d'une vive confiance, quoi de plus juste ? C'est notre Souverain et notre Dieu qui , par un effet de sa miséricorde, non seulement veut être prié de la sorte , mais se tient même honoré de cette confiance; qui, dans mille endroits de l'Ecriture, lui attribue plutôt qu'à sa miséricorde (ne vous offensez pas de ma proposition, elle est saine et orthodoxe), qui, dis-je, en mille endroits de l'Ecriture, attribue à cette confiance, plutôt qu'à sa miséricorde même, la vertu miraculeuse de la prière; ne disant pas à ceux qui ont recours à lui et qui le réclament, c'est ma bonté et ma puissance, mais c'est votre foi et votre confiance qui vous a sauvés: F ides tua te salvum Jecit"2. Pouvait-il nous proposer un parti plus avantageux ? Tout infidèle qu'était la Chananéenne, n'estce pas celui qu'elle embrassa d'abord? Cette ouverture de cœur
1 Eccli., xxv. — ■ JVIattli., x.
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qu'elle marqua à Jésus-Christ, en Lui portant elle-même la parole: Seigneur, ayez piti<: de moi : Miserere meit Domine ,• ce motif tendre et affectueux par où elle l'intéressa , en L'appelant fils de David:
Fili David; ces cris qu'elle redoubla à mesure que les Apôtres la reprenaient et lui ordonnaient de se taire : Dimittt eamquia clamai
post nos ; cette assurance qu'elle eut de renoncer volontiers au pain de la table, pourvu qu'on lui donnât seulement les miettes qui en tombaient ; c'est-à-dire selon l'explication de saint Jérôme, de se contenter des moindres efforts de la puissance du Sauveur, convaincue que ce serait assez pour opérer le miracle qu'elle demandait: Aa/n et catelli edunt de micis quœ cadunt de mensa dominorutn suorum ; tout cela n'était-il pas d'une ame bien sûre du Dieu qu'elle invoquait ? Qu'eût-elle fait si , déjà Cbrétienne, elle eût connu Jésus-Christ aussi parfaitement que nous- si, comme nous, au lieu de le connaître pour Fils de David, elle l'eût connu pour Fils du Dieu vivant? Et n'est-il pas néanmoins vrai qu'avec toutes les idées que notre religion nous donne de cet Homme-Dieu, nous ne le prions presque jamais de cette manière simple, mais héroïque, qui nous est marquée par l'Apôtre, je veux dire avec foi et sans aucun doute? Postulée autem in fide , nihil hœsitans !. Quoique Jésus-Christ eût pu faire pour nous y aider, et quoique pourvaincre notre incrédulité et notre défiance, il se soit engagea nous par le serment le plus solennel, et qu'il en ait juré par lui-même, lui, comme dit saint Paul, qui n'avait point de plus grand que lui-même par qui il pût jurer, notre défiance et notre incrédulité l'emportent. Nous croyons un homme sur sa parole, et nous ne croyons pas un Dieu; nous prions, mais en même temps nous nous troublons, nous nous entretenons dans de vaines inquiétudes, nous nous abandonnons à de secrets désespoirs ; nous avons recours à Dieu, mais toujours dans l'extrémité et quand tout le reste nous manque; nous comptons moins sur Dieu que sur nous-mêmes, et nous faisons plus de fond sur notre prudence que sur nos prières. Aveuglement que déplorait saint Ambroise , et qui justifie bien la conduite de Dieu quand il raccourcit son bras à notre égard , et qu'il ne daigne pas l'étendre pour nous secourir.
Prier avec persévérance, quoi de plus convenable? Dieu, maître de ses dons, et à qui seul il appartient d'en disposer, ne peut-il pas les mettre à tel prix qu'il lui plaît, et ses grâces ne sont-elles pas en effet assez précieuses pour les demander souvent et long-temps?
1 Jac, i.
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Quand Jésus-Christ, par son silence, éprouva cette mère de l'Evangile, et qu'il ne lui répondit pas même une parole : Et non ressortait ei verbum; quand il sembla vouloir l'éloigner par un refus sévère et mortifiant, et que devant elle il déclara aux Apôtres qu'il n'était point envoyé pour elle: Non sum missus, nisi ad oves quœ perierunt domus Israël, cessa-t-eile pour cela de prier, de solliciter? Non, Chrétiens : la résistance de Jésus-Christ augmenta sa persévérance, et sa persévérance triompha de la résistance de Jésus-Christ. Elle comprit d'abord le mystère et les inclinations de ce Dieu sauveur, et dans l'engagement où elle se trouva d'entrer, pour ainsi dire , en lice avec lui, opposant à une dureté apparente les empressemens véritables d'une sainte opiniâtreté, elle força en quelque sorte les lois de la Providence; elie mérita , quoique étrangère, d'être traitée en Israélite; elle obtint le double miracle, et de la délivrance de sa fille, et de sa propre conversion. O charité de mon Dieu! s'écrie un Père, que vous êtes adorable dans vos dissimulations et dans les stratagèmes dont vous usez pour combattre en apparence contre ceux mêmes pour qui vous combattez en effet ! O dissimulatrix clementia, quœ duritiem te simulas, quanta pietate pugnas adversus eos pro quibus pugnas! Ne désespérez donc point, ajoutait-il, ô ame chrétienne, vous qui avez commencé dans la prière à lutter avec votre Dieu ; car il aime que vous lui fassiez violence, il se plaît à être désarmé par vous: Noli igitur desperare , 6 anima , quœ cum Deo luctari cœpisti ; amat utique vim abs te pati, desiderat a te superari. Et ne craignons pas, mes frères, conclut-il, que ce Dieu de miséricorde puisse être fort et invincible contre nous, lui qui, par le plus étonnant prodige , a voulu jusqu'à la mort être faible pour nous : Et absit, fratres, ut fortis sit advcrsum nos, qui pro nobîs usque admortem infirmatus est. Ainsi le concevaient les saints; mais nous, vous le savez, prévenus d'une erreur toute contraire, et emportés par un esprit volage et léger, nous cédons a Dieu malgré lui-même ; nous lui cédons lorsqu'il voudrait lui-même nous céder , nous nous ennuyons de lui dire que nous sommes pauvres et que nous attendons son secours, et il veut être importuné. Cette assiduité nousfatigue, nous gêne, nous cause des dégoûts et des impatiences. Nous voudrions en être quittes pour nous être une fois présentés à la porte ; et nous oublions la grande maxime du Sage qui nous avertit de supporter les lenteurs de Dieu : Sustine sustentât iones Dei 1 . Nous ne pouvons
1 Ecrli., n.
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nousaccommodor de cette p. noie d'Isaïe: ExjpectCLy attendez, reexspecta ', attendez encoi e. Lfe moindre délai nous rebute, et souvent
sur le point même de voir nos vœux remplis, nous «m perdons tout le mérite et tout le profit. A qui nous en devons-nous prendre? Est-ce à Dieu, ou n'est-ce pas à nous-mêmes?
Enlin , prier avec attention , avec affection , je dis avec attention de 1 esprit, avec affection du cœur; quoi de plus nécessaire et de plus essentiel à la prière? Je finis parce point le plus important de tous. Attention de l'esprit, affection c|u cœur, c'est ce que j'appelle, après saint Thomas, lame de la prière, et sans quoi elle ne peut pas plus subsister qu'un corps sans l'esprit qui le vivifie et qui l'anime. Car qu'est-ce que la prière ? ne consultons point ici la théologie, mais le seul bon sens et l'idée commune que nous avons de ce saint exercice; qu'est-ce, encore une fois, que la prière? un entretien avec Dieu, où lame admise, pour m'exprimer de la sorte, et introduite dans le sanctuaire, expose à Dieu ses besoins, lui représente ses faiblesses, lui découvre ses tentations, lui demande grâce pour ses infidélités. Or, tout cela ne suppose t-il pas un recueillement et un sentiment intérieur ? Si donc il arrive qu'au moment que je traite avec Dieu ; mon esprit s'égare jusqu'à perdre absolument et volontairement cette attention intérieure et cette dévotion, quoi que je fasse du reste, ce n'est plus une prière. Quand je chanterais les louanges du Seigneur, quand j'emploierais les nuits entières au pied des autels; quand mon corps , selon l'expression et l'exemple de David, demeurerait comme attaché et collé à la terre, dès que je cesse de m'appliquer, je cesse de prier. Et delà, Chrétiens, le Docteur angélique tirait trois grandes conséquences auxquelles je n'ajouterai rien, mais que je vous prie de bien méditer pour votre édification ; conséquences terribles et qui vous feront pleinement connaître pourquoi nos prières ont si peu d'efficace auprès de Dieu.
Première conséquence. Puisqu'il est vrai que l'attention est de l'essence de la prière, on peut dire avec sujet, mais encore avec plus de douleur, que l'exercice de la prière est comme anéanti dans le Christianisme : pourquoi? parce que si l'on y prie encore quelquefois, c'est sans réflexion. A quoi se réduit toute notre piété? à quelques prières que nous récitons, mais du reste avec un esprit dissipé et presque toujours distrait. Nous remuons les lèvres, non pas comme cette mère de Samuel dont le ^rand-prêtre Héli jugea
* )s., XXVII.
témérairement, mais comme les Juifs, à qui Dieu reprochait que leur cœur était bien loin de lui, tandis qu'ils le glorifiaient de bouche. Ainsi nos prières ne sont plus communément qu'hypocrisie; et Jésus-Christ pourrait bien nous redire ce qu'il disait aux Pharisiens : Hypocritœ, bene prophetavit de vobis Isaias : Populus hic labiis me honorât , cor autem eorum longe est a me *. Ce n'est pas seulement le peuple qui tombe dans ce désordre, et qui, par une fatale grossièreté, prie tous les jours sans prier, c'est-à-dire sans penser à qui il parle ni à ce qu'il demande. Ce n'est pas seulement le sexe dévot qui, plus adonné à la prière, fait son capital de dire beaucoup, mais sans fixer sa légèreté naturelle, et en s'appliquant très peu. Ce sont même les hommes les plus éclairés et les mieux instruits; ce sont les personnes mêmes consacrées à Dieu, les ministres mêmes de Dieu, qui, par le plus déplorable renversement, à force de prier ne prient point du tout , et, au lieu de perfectionner une si sainte pratique par l'habitude, la corrompent et la détruisent
Seconde conséquence. Puisque la prière renferme essentiellement l'attention , il s'ensuit que, dans les prières qui nous sont commandées, l'attention est elle-même de précepte; en sorte qu'il ne suffit point alors de prononcer, mais qu'une distraction notable et volontaire doit être considérée comme une offense griève et mortelle. Or, je dis surtout ceci, mes frères, et pour vous et pour moi, parce que c'est en cela que consiste un des premiers engagemens de votre profession et de la mienne, et que la prière vocale est comme le sacré tribut que l'Eglise chaque jour exige de nous. Car il serait bien étrange que cette action, si sainte d'elle-même, et qui doit nous-mêmes nous sanctifier, ne servît qu'à nous condamner; et que ce qui doit être pour nous la source des grâces devînt une des sources de notre réprobation. Souvenons-nous qu'en nous obligeant à l'office divin nous nous sommes obligés à un acte de religion; qu'un acte de religion n'est point une pratique purement extérieure, et que, comme lEglise en nous commandant la confession nous commande la contrition du cœur, aussi nous commande-t-elle l'attention de l'esprit en nous commandant la prière. Soit que cette obligation naisse immédiatement et directement du précepte de l'Eglise même, comme l'estiment de très habiles théologiens, soit qu'elle vienne du précepte naturel qui accompagne celui de l'Eglise, en vertu duquel Dieu nous ordonne de faire
1 Matth., \y.
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saintement et dignement ce qui nous est prescrit, comme veulent quelques autres ; quoi qu'il en soit, cette différence de sentimens n'est qu'une subtilité de l'école, et dans l'une et l'autre opinion, l'on pèche toujours également. Ah! mes frères, n'attirons pas sur nous cette malédiction dont le Prophète, dans l'excès de son zèle, menaçait le pécheur, quand il disait : « Que sa prière devienne un péché pour lui: Oratio ejus fiât in peccatum '. Or, à combien de ministres, ou de combien de ministres n'est-il pas à craindre qu'on n'en puisse dire autant? Si saint Augustin s'accusait sur cela de négligence, nous avons bien encore plus lieu de nous en accuser nous-mêmes.
Troisième et dernière conséquence. Ce n'est donc pas sans raison que Dieu rejette nos prières, puisque ce ne sont rien moins que des prières, et que, bien loin de l'honorer, nous l'offensons et l'irritons contre nous. Car quelle injustice, mon cher auditeur ! Vous voulez que Dieu s'applique à vous quand il vous plaît de le piier, et vous ne voulez pas, en le priant, vous appliquer vous-même à Dieu. Vous dites à Dieu comme le Prophète : Seigneur, prêtez l'oreille à mes paroles : Verba mea auribus percipe -• Seigneur, écoutez mes cris : Intellige clamorem meum; Seigneur, soyez attentif à mes vœux : Intende voci orationis meœ ; mais au même temps vous portez votre esprit ailleurs. Vous demandez que Dieu vous parle, et vous ne lui parlez pas ; vous demandez que Dieu vous écoute, et vous ne l'écoutez pas ; vous ne vous écoutez pas vousmême, vous ne vous comprenez pas. (Bourdaloue.)
Pourquoi l'on n'obtient pas toujours ce que l'on demande.
Tâchons de comprendre comment il arrive que quelques uns n'obtiennent point ce qu'ils demandent dans leurs prières.
Il est certain que celui qui se présente comme il le doit devant son Dieu, sans rien omettre de toutes les conditions nécessaires pour obtenir ce qu'il désire, obtient infailliblement tout ce qu'il demande. Si un maître savant et renommé nous disait : Quiconque vient à moi pour ce qui concerne les sciences, je lui en donnerai l'intelligence, assurément il faudrait bien sous-entendre cette condition : Pourvu toutefois qu'il ait un -vrai désir de l'acquérir, qu'il fasse des efforts, qu'il médite, et que d'ailleurs il ait reçu de la nature quelque aptitude. Avec toutes ces qualités , un tel
i Ps. eviu. — s Ibid. v.
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homme acquerra infailliblement les connaissances que ce maître lui promet; mais, au contraire, si quelqu'un se présentait chez ce maître, seulement pour le voir et en être vu, et comme avec l'intention secrète de donner un de'menti à sa promesse, il faudrait dire à un pareil homme : Mon ami , vous ne vous êtes point approché de ce maître comme vous le deviez; et voilà pourquoi son secours n'a pu vous être d'aucune utilité.
Mais du moins, insiste-t-on , ceux qui demandent la vertu ne devraient-ils pas toujours la recevoir? Ah! qui vous a dit que Dieu, dont l'œil pénètre dans les^ cœurs, ne voit pas dans celui qui lui fait cette prière des imperfections punissables ? Est-ce toujours pour la rapporter à sa gloire que nous lui demandons cette vertu ? N'est-ce pas souvent pour nous en faire un sujet de vaine gloire aux yeux des hommes ? Et alors , si la chose que nous demandons est bonne, n'est-il pas trop vrai qu'un semblable motif est bien peu digne des faveurs de Dieu? (Didyme d'Alexandrie, Enarration surVEp. canon.)
II faut demander à Dieu ce qui lui est agréable.
Si nous étions bien pénétrés de la majesté de celui à qui nous adressons nos prières, nous n'aurions pas même besoin d'être exaucés pour comprendre quels fruits nous commençons à en recueillir. Qui prie le Seigneur avec ce profond sentiment mène sur la terre la vie d'un Ange dans le ciel. Son ame prend un essor sublime qui l'élève au dessus de cette prison du corps , au dessus des sens et des affections terrestres, et la transporte jusque dans le ciel , sur le trône de Dieu lui-même. Fût-on indigent , sans culture d'esprit, sans science, n'importe; ce que Dieu demande, ce n'est pas l'élégance du langage ni l'ordonnance du discours ; c'est la beauté de lame , c'est que nous lui demandions ce qui lui est agréable : avec cela on est toujours sûr d'être exaucé. Les grands du monde ne se laissent aborder que par des paroles étudiées et par tous les manèges de la flatterie. Dieu est loin de se montrer exigeant. Rien n'empêche que nous n'arrivions jusqu'à lui ; il n'est jamais loin de nous ; l'on n'a pas même besoin de remuer les lèvres : il entend la prière qui l'implore du fond du cœur. Pour pénétrer jusqu'à lui, vous n'avez pas à craindre de garde qui vous repousse , d'huissier qui refuse de vous admettre à son audience. Partout, en toute circonstance, il est disposé à vous écouter. Point d'intermédiaire, ni de protecteur, ni d'amis
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dont il faille solliciter pour être Introduit. Vous serez seul au inonde : toujours auiez-vous accès auprès de lui : jamais plus sur d'en être accueilli que quand vous vous présenterez de vousmême. 11 est jaloux de votre amitié; il réclame, il veut votre confiance; et que n'a-t-il pas fait pour l'obtenir? Plus il vous voit confiant avec lui, plus il s'empresse de se montrer libéral envers vous. (Saint Chrysostôme 1.)
Dispositions à la prière.
La première disposition à une bonne prière, c'est la pratique fidèle de tous les préceptes du Sauveur, dont le principal est celui par lequel il nous recommande de ne point nous présenter à l'autel avant d'avoir étouffé tous germes de discorde et de haine entre nous et nos frères. Comment, en effet, oserions nous prétendre à la paix de Dieu, quand nous n'avons pas la paix avec notre prochain? Et puisque la colère nous est défendue, comment apaiser le courroux de notre Père céleste , quand nous sommes nous-mêmes courroucés contre quelqu'un de nos frères? Quelle alternative téméraire, ou de passer un jour entier, plusieurs jours, sans recourir au saint exercice de la prière, ou d'en perdre le fruit par l'opiniâtreté de notre ressentiment !
Et quand je parle ici de la colère, je ne veux point dire qu'il suffise à notre ame d'en être exempte pour pouvoir retirer les avantages de la prière; il faut encore qu'elle soit dégagée de toute passion , de tout désordre qui pourrait la plonger dans le trouble : il faut surtout qu'elle parte du même esprit que l'esprit vers lequel elle se dirige ; car si elle procédait d'un esprit souillé, comment le Saint-Esprit pourrait-il la reconnaître? Y a-t-il quelque rapport entre l'esprit de mortification et l'esprit livré aux joies insensées, entre l'esprit de contrainte et l'esprit d'indépendance?
Sachez d'ailleurs vous tenir en garde contre toute espèce de pratique superstitieuse. Pourquoi croire, par exemple, quand votre ame est toute hideuse des ordures du péché, qu'il suffise de vous laver les mains ? Ah ! la vraie pureté n'est point celle que bien des personnes recherchent. Les mains sont toujours assez pures quand la pureté est dans le cœur et que nous avons été lavés tout entiers dans le sang de Jésus-Christ. Voyez les Juifs : ils sont sans cesse à se laver non seulement les mains, mais tout le corps, et
1 Exp., in Ps. iv.
cependant ils ne sont jamais purifiés: leurs mains sont toujours souillées du sang des Prophètes, et pour toujours imprégnées de celui du Sauveur. (Tertullien , De la Prière.)
Péroraison.
Quiconque cherche et demande jusqu'à la fin , conformément au précepte de Jésus-Christ, obtient infailliblement ce qu'il demande et ce qu'il cherche. Seulement, qu'il s'efforce de ne point demander seulement du bout des lèvres, sans que le cœur y soit pour rien ; qu'il demande sans se lasser; qu'il ne s'embarrasse point dans le labyrinthe des affaires mondaines; qu'il ne laisse point les affections vicieuses pénétrer dans son cœur. Alors il comprendra ce qu'a dit celui dont la bouche ne connut jamais le mensonge : « Tout ce que vous me demanderez dans vos prières avec la foi , « vous le recevrez.1 » Pour ceux qui disent qu'après avoir observé fidèlement tout ce qui est prescrit par la loi, ils n'obtiennent cependant point la grâce après laquelle ils soupirent, ils ne disent point la vérité. Il n'y a point d'injustice dans Dieu; et il y en aurait si, quand nous avons fait de notre part notre devoir, il négligeait, il omettait à son tour de remplir ses obligations et ses promesses. Faites seulement vos efforts pour qu'au moment où votre ame sera séparée de votre corps, vous soyez trouvé combattant généreusement contre l'ennemi, repoussant avec courage toutes ses attaques, attendant l'effet de ses promesses divines avec résignation , avec foi, avec persévérance; et je vous dis qu'alors, dans de pareilles dispositions , vous sortirez du champ de bataille avec joie et confiance, et vous serez jugé digne d'entrer en participation du royaume éternel. (Saint Macaire , Egyptien, de la Pénitence.)
1 Matth., xxi, 22.
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