PLAN ET OBJET DU TROISIEME DISCOURS SUR LA PRIÈRE
EXORDE
De tous les devoirs de la piété chrétienne*, il n'y en a point de plus négligé et néanmoins de plus essentiel que celui d'attirer en nous la grâce par la prière. La plupart des gens ne regardent plus cet exercice de piété que comme une espèce de cérémonie ennuyeuse qu'il est pardonnable d'abréger autant qu'on le peut. Cette admirable ressource est ainsi méprisée et abandonnée par ceuxlà mêmes qui auraient le plus pressant besoin d'y avoir recours pour apaiser Dieu. Les gens mêmes que leur profession, ou le désir de faire leur salut, engage à prier, prient avec tant de tiédeur, de dégoût et de dissipation d'esprit, que leur prière, bien loin d'être pour eux une source de bénédictions et de grâces, devient souvent le sujet le plus terrible de leur condamnation. Où est maintenant ce zèle si pur et si ardent des premiers Chrétiens, qui trouvaient toute leur consolation dans leur application à la prière? Où trouverons-nous des imitateurs de l'admirable saint Basile, qui, nonobstant ses profondes études et ses travaux continuels pour le service de l'Eglise, avait néanmoins, comme nous l'assure son saint et fidèle ami Grégoire de Nazianze, une assiduité sans relâche dans l'oraison, et une ferveur invincible dans les veilles des nuits où l'on chantait les louanges de Dieu?
, Confus à la vue d'un tel exemple, tâchons de ranimer notre foi et notre charité qui sont presque éteintes. Considérons que notre salut dépend des grâces que nous recevrons , et de la fidélité avec laquelle nous suivrons les impressions de l'Esprit de Dieu.
Or, les grâces ne s'obtiennent que par la prière; la ferveur ne s excite et ne se maintient que par la prière j donc une ame qui a
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peu de ferveur doit regarder l'usage de la prière connue le moyen auquel Dieu attache les grâces nécessaires à notre salut.
nous établirons par ce discours , i° la nécessité générale delà prière; 20 les besoins particuliers que chacun a de prier dans sa condition ; 3° la manière dont nous devons prier pour rendre notre prière fructueuse et agréable à Dieu.
Il faut prier, c'est un devoir indispensable pour tous les Chrétiens. Il faut prier, chacun en a besoin pour pouvoir remplir sa vocation. Il faut prier, et c'est la manière dont nous prierons qui décidera de notre salut. (Fénelon , Sur la Prière.)
Il faut prier, c'est un devoir indispensable pour tous les Chrétiens.
Dieu seul peut nous instruire de l'étendue de nos devoirs et de toutes les maximes de la religion que nous avons besoin de connaître. Les instructions des hommes, quelque sages et bien intentionnés qu'ils soient, se trouvent néanmoins faibles et imparfaites, si Dieu n'y joint les armes des lumières intérieures dont parle saint Paul 1, et qui assujétissent nos esprits à la vérité.
Les défauts mêmes qui paraissent dans tous les hommes font tort dans notre esprit aux vérités que nous apprenons deux. Telle est notre faiblesse que nous ne sommes jamais irrépréhensibles. Telle est la faiblesse de ceux qui ont besoin d'être corrigés qu'ils ne reçoivent point avec assez de respect et de docilité les instructions des autres hommes qui sont imparfaits comme eux.
Mdle soupçons, mille jalousies , mille craintes, mille intérêts, mille préventions nous empêchent de profiter de ce que les autres hommes veulent nous apprendre; et quoiqu'ils aient l'autorité et l'intention de nous annoncer les vérités les plus solides, ce qu'ils font affaiblit toujours ce qu'ils disent. En un mot, il n'appartient qu'à Dieu de nous instruire parfaitement.
Plût à Dieu, disait saint Bernard en écrivant à une personne pieuse , plût à Dieu qu'il daignât par sa miséricorde faire distiller sur moi , qui ne suis qu'un misérable pécheur, quelques gouttes de cette pluie volontaire et précieuse qu'il réserve à son héritage -! ie tâcherais de la verser dans votre cœur. Mais si vous cherchez moins à satisfaire une vaine curiosité qua vous procurer une instruction solide, vous trouverez plutôt la vraie sagesse dans les déserts que dans les livres ; le silence des rochers et des forêts les
* Rom., xin, 12. — * Ps. lxvii, 10.
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plus sauvages vous instruira bien mieux que l'éloquence des hommes les plus sages et les plus savans. Non seulement les hommes qui vivent dans l'oubli de Dieu , et qui courent après les vanite's trompeuses du monde, mais encore les gens qui s'appliquent aux objets de la foi, et qui vivent selon cette règle, ne trouvent point en eux-mêmes, quelque bon esprit qu'ils puissent avoir, les véritables principes qui leur sont nécessaires. Nous n'avons , dit saint Augustin, de notre propre fonds que mensonge et que péché; tout ce que nous possédons de vérité et de justice est un bien emprunté; il découle de cette fontaine divine qui doit exciter en nous une soif ardente dans l'affreux désert de ce monde, afin qu'étant rafraîchis et désaltérés par quelques gouttes de cette rosée céleste, nous ne tombions pas en défaillance dans le chemin qui nous conduit à notre bienheureuse patrie.
Tout autre bien, dit ailleurs ce Père, dont notre cœur cherchera à se remplir, ne fera qu'en augmenter le vide ; sachez que vous serez toujours pauvre , si vous ne possédez pas le véritable trésor qui seul peut vous enrichir.
Toute lumière qui ne vient point de Dieu est fausse; elle ne fera que nous éblouir, au lieu de nous éclairer dans les routes difficiles que nous avons à tenir au milieu des précipices qui nous environnent. Notre expérience et nos réflexions ne peuvent nous donner dans toutes les occasions des règles justes et certaines ; les conseils de nos amis les plus sensés et les plus sincères ne le seront jamais assez pour redresser notre conduite et nos sentimens; mille choses leur échapperont , et mille autres qui ne leur auront pas échappé leur paraîtront trop fortes pour nous être dites; ils les supprimeront, ou du moins ils ne nous en laisseront entendre que la moindre partie : elles passent tantôt les bornes du zèle de ces amis pour nous, et tantôt celles de notre confiance pour eux. La critique même de nos ennemis, toute vigilante et sévère qu'elle est, ne peut aller jusqu'à nous désabuser de nous-mêmes; leur malignité sert même de prétexte à notre amour-propre, par l'indulgence qu'il veut nous inspirer en faveur de nos plus grands défauts; et l'aveuglement de cet amour-propre va tous les jours jusqu'à trouver moyen de faire en sorte qu'on soit content de soi, quoiqu'on ne contente personne.
Que faut-il conclure parmi tant de ténèbres? Qu'il n'appartient qu'à Dieu de les dissiper; que lui seul est le maître non suspect et toujours infaillible; qu'il faut le consulter, et qu'il nous apprendra, si nous sommes fidèles à l'invoquer, tout ce que les hommes n'o-
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seraient nous dire, tout ce que les livres ne peuvent nous apprendre que d'une manière vague et confuse, tout ce que nous avons besoin de savoir, et que nous ne saurions jamais nous dire à nousmêmes.
Concluons que le plus grand obstacle à la véritable sagesse est la présomption qu'inspire la fausse; que le premier pas vers cette sagesse si précieuse est de soupirer après elle, de sentir le besoin où nous sommes de l'acquérir, et de nous convaincre enfin fortement, selon les termes de saint Jacques *, que ceux qui chercbent cette sagesse si peu connue doivent s'adresser au Père des lumières, qui la donne libéralement à tous ceux qui la lui demandent de bonne foi. Mais s'il est vrai que Dieu seul peut nous éclairer, il n'est pas moins constant qu'il ne le fera point, si nous ne l'y engageons en lui demandant cette grâce. Il est vrai, dit saint Augustin, que Dieu nous prévient par le premier de tous les dons, qui est celui de la foi ; il le répand en nous sans nous-mêmes, quand il nous appelle à être Chrétiens; mais il veut et il est bien juste que nous ayons le soin de le prévenir à notre tour pour les autres qu'il veut nous faire dans tout le cours de notre vie. Sa miséricorde nous les prépare; mais, de peur de les prodiguer, elle attend que nous les souhaitions, c'est-à-dire, en un mot, qu'il ne nous les accorde qu'autant que nous savons nous en rendre dignes par notre empressement à les demander.
Est-il rien, dit encore ce Père, de plus convenable aux maximes mêmes de notre justice , rien dont nous ayons moins sujet de nous plaindre que cette dispensation que Dieu fait de ses grâces ? Il nous veut donner ses richesses; mais il ne les donne qu'à ceux qui les lui demandent, de peur de les donner à ceux qui ne les veulent pas.
N'est-on pas trop heureux , quand il s'agit de posséder un si grand bien, de n'avoir qu'à le désirer? Nulle des peines que l'on se donne pour acquérir les faux biens du siècle n'est nécessaire pour obtenir de Dieu les véritables biens. Que ne fait-on point, que n'entreprend-on point , que ne souffre-ton point dans le monde , et souvent sans aucun succès , pour acquérir des choses méprisables et dangereuses qu'on serait fort heureux de n'avoir jamais , dit saint Chrysostôme ? Il n'en est pas de même des biens du ciel; Dieu est toujours prêt à les donner à qui les demande et souhaite sincèrement ce qu'il demande.
' Jac, i, S.
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Faut-il donc s'étonner? et saint Augustin nous assure souvent que toute la vie chrétienne n'est qu'une longue et continuelle tendance de notre cœur vers cette justice éternelle pour laquelle nous soupirons ici-bas. Tout notre bonheur est d'en être toujours altérés. Or, cette soif est une prière; désirez donc sans cesse cette justice, et vous ne cesserez point de prier. Ne croyez pas qu'il faille prononcer une longue suite de paroles, et se donner beaucoup de contention afin de prier Dieu. Etre en prière, c'est lui demander que sa volonté se fasse, c'est former quelque bon désir, c'est élever son cœur à Dieu, c'est soupirer après les biens qu'il nous promet, c'est gémir à la vue de nos misères et des dangers où nous sommes de lui déplaire et de violer sa loi. Or, cette prière ne demande ni science, ni méthode, ni raisonnemens ; ce ne doit point être un travail de la tête; il ne faut qu'un instant de notre temps et un bon mouvement de noire cœur. On peut prier sans aucune pensée distincte; il ne faut qu'un retour du cœur d'un moment; encore ce moment peut-il être employé à quelque autre chose; la condescendance de Dieu à notre faiblesse est si grande qu'il nous permet de partager pour le besoin ce moment entre lui et les créatures. Oui, dans ce moment, occupez-vous selon vos emplois; il suffit que vous offriez à Dieu, ou que vous fassiez, avec une intention générale de le glorifier, les choses les plus communes que vous êtes engagés à faire.
C'est cette prière sans interruption que demande saint Paul1; prière dont le seul nom épouvante les lâches Chrétiens, pour qui c'est une rude pénitence que d'être obligés de parler à Dieu et de penser à lui ; prière que beaucoup de gens de piété s'imaginent être impraticable, mais dont la pratique sera très facile à quiconque saura que la meilleure de toutes les prières est d'agir avec une intention pure, en se renouvelant souvent dans le désir de faire tout selon Dieu et pour Dieu.
Ehî qu'y a-t-il de gênant et d'incommode dans cette loi de la prière, puisqu'elle se réduit toute à acquérir l'habitude d'agir librement dans une vie commune pour faire son salut et pour plaire au souverain Maître ?
Les gens du monde, qui s'appliquent à leur fortune, s'avisentils jamais de se plaindre que c'est une sujétion incommode que d'avoir à penser toujours à son propre intérêt, et à chercher continuellement les moyens de plaire au prince et de parvenir ?
1 1 Thess , v, 17.
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ne s'en fait-on pus une habitude, et une habitude qu'on aime?
Si doue on était sensible au salut éternel et au bonheur d'être
agréable ;i Dieu, regarderait-on l 'habitude d'agir pour lui et selon
son esprit comme une habitude fâcheuse à acquérir? Au contraire,
cette habitude n'aurait-elle pas quelque chose u>ui nous consolerait, qui nous animerait, qui nous soulagerait dans les peines et dans les tentations que l'on a à surmonter quand on est déterminé à faire le bien?
Est-ce trop exiger des hommes que de les vouloir assujétir à demander souvent à Dieu ce qu'ils ne peuvent trouver en eux-mêmes? Est-il rien de plus juste que de ne sortir point de cet état où l'on vit avec dépendance de Dieu, et où l'on sent à tout moment et sa propre faiblesse et le besoin qu'on a de son secours? Il suffit d'être Chrétien, dit saint Augustin, pour être obligé de se croire pauvre, et pour être réduit à demander à Dieu une aumône spirituelle. Or, la prière est une espèce de mendicité, par laquelle nous nous attirons la compassion de Dieu. C'est pour cela que l'Esprit qui forme les saints prie en eux et pour eux avec des gémissemens ineffables \ ; c'est pour cela que, possédant les prémices de l'Esprit-Saint, nous soupirons après la plénitude de cet Esprit, et gémissons en attendant le parfait accomplissement de l'adoption divine , qui sera la délivrance de nos corps. En un mot , selon les termes de l'Apôtre "2, toute créature gémit, se sentant sujette malgré elle à la vanité.
Serons-nous les seuls à ne point gémir? et oserions-nous espérer que Dieu nous fît des grâces que nous ne daignerions ni demander ni désirer ? Imputons-nous donc à nous-mêmes tout le mauvais succès de nos résolutions passées. Quiconque ne veut point avoir recours à la prière, qui est le canal des grâces , rejette les grâces mêmes ; et nous devons conclure que c'est notre négligence à prier dont nous sommes justement punis, et qui nous fait sentir tant d'obstacles à notre avancement spirituel, tant de tentations violentes, tant de dégoûts pour la piété, tant de faiblesse pour exécuter ce que nous promettons à Dieu, tant d'inconstance dans nos sentimens, tant de fragilité dans les occasions, tant de découragement lorsqu'il s'agit de mépriser les discours du monde et de vaincre nos propres passions, pour entrer dans la liberté des enfans de Dieu.
La dernière vérité qui doit nous confondre est que non seule-
« Rom., vm, 2G — « Ibid , xx, 22, 23.
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ment Dieu se venge de nos mépris , et nous abandonne quand nous ne voulons pas avoir recours à lui , mais encore il nous invite à y avoir recours par sa fidélité à exaucer nos justes demandes. Il nous assure lui-même que celui qui cherche est sûr de trouver *. Ce sont vos promesses, ô mon Dieu! dit saint Augustin ; eh! qui peut craindre de se tromper en se fiant à des promesses faites par la vérité même ?
Promesses consolantes, après lesquelles il est honteux d'avoir les inquiétudes et les défiances pour l'avenir, qui étaient pardonnables aux nations privées de la connaissance d'un Dieu si bon et si sensible à tous nos besoins! Promesses dont nous éprouverions tous les jours l'accomplissement, si ce défaut de foi ne nous en avait rendus trop indignes!
C'est la charité, dit saint Augustin, qui prie et qui gémit au dedans de nous. Celui qui nous inspire cette charité n'a garde d'être sourd aux cris et aux gémissemens qu'elle forme, puisqu'il ne nous donne lui-même le désir de lui demander ses grâces qu'afin de pouvoir les répandre sur nous avec abondance; pouvons-nous craindre qu'il nous les refuse, lorsque nous lui ferons cette demande qu'il attend?
Ainsi , dit encore saint Augustin , ne doutez point de la vérité de ces paroles du Roi-Prophète : Béni soit le Seigneur, qui n'a ôlé du fond de mon cœur ni ma prière ni sa miséricorde- ! Assurezvous, dit-il , que l'un ne peut manquer, tandis que vous ne manquerez pas à l'autre.
Les prières de Tobie et de Corneille le centenier sont montées comme un parfum très agréable jusqu'au trône de Dieu. Josué parle avec confiance, et Dieu se rend aussitôt obéissant à la voix de cet homme pour arrêter le cours du soleil.
Il ne tient qu'à nous de rendre nos prières aussi puissantes et aussi efficaces; non pas pour des prodiges qui renversent les lois de la nature; mais pour le changement de notre cœur, en le soumettant à celles de Dieu. Croyons comme eux, espérons comme eux, désirons comme eux, et Dieu ne sera jamais moins intéressé ni moins engagé à écouter nos vœux et nos soupirs que ceux de ces justes.
La loi de la prière est réciproque entre Dieu et nous. Je ne crains point de dire, suivant le sentiment des Pères, que, comme on est obligé indispensablement de demander à Dieu de nous conduire
» Matth., vu, 7, 8. — 8 Ps. lxv, 23.
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dans ses voies, et toutes les grâces qui sont nécessaires pour y marcher, Dieu ne s'est pas moins obligé de son côté à exaucer l'homme, puisqu'il lui a promis d'être toujours prêt a l'écouter et à le secourir.
En vérité , pouvons-nous croire que la prière ait cette vertu , et en abandonner l'exercice? Cependant, où voyons-nous maintenant des Chrétiens qui mettent sérieusement cette affaire au nombre des leurs, et qui destinent une partie de leur temps à cette heureuse application ? On s'imagine que les embarras et les occupations que chacun a dans son état le dispensent d'y être assidu , et on renvoie dans le fond des cloîtres et des solitudes cette vertu de religion qui applique une ame à Dieu, et que l'on croit impraticable dans le monde.
Combien voyons-nous de Chrétiens qui n'en font ni n'en connaissent pas les fonctions I des Chrétiens aliénés de la voie de Dieu, comme parle saint Paul1 ; des Chrétiens qui ne pensent presque jamais à Dieu; qui ne savent ce que c'est que de lui ouvrir leur cœur pour lui exposer leurs faiblesses et leurs besoins ; qui cherchent partout ailleurs les conseils d'une fausse sagesse , et des consolations vaines et dangereuses, et qui ne sauraient se résoudre à chercher un Dieu par une humble et fervente prière, le remède à leurs maux, la connaissance exacte de leurs défauts, la force nécessaire pour vaincre leurs inclinations et leurs habitudes vicieuses, et la consolation dont ils ont besoin pour ne se point décourager dans une vie régulière !
Mais je n'ai point, dit-on, d'attrait ni de goût pour l'intérieur; je m'ennuie; je ne suis point touché, et mon imagination , accoutumée à des objets plus sensibles et plus agréables, s'égare d'abord malgré moi. Je suppose que ni l'estime des grandes vérités de la religion, ni la majesté même de Dieu présent, ni l'intérêt de votre salut, ne peuvent arrêter votre esprit, et le rendre attentif et appliqué dans la prière ; du moins condamnez avec moi votre infidélité; ayez quelque honte de votre faiblesse; souhaitez que votre esprit devienne moins léger et moins inconstant; ne craignez pas de vous ennuyer, puisque l'ennui est moins à craindre que cette inapplication funeste aux choses de Dieu. En assujétissant votre esprit à cet exercice, vous en acquerrez insensiblement l'habitude et la facilité; en sorte que ce qui vous gêne et vous fatigue maintenant fera dans la suite toute votre joie , et que vous goûterez alors
1 Ephes., iv, 18.
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avec une paix que le mondene donne point, et que le monde ne pourra aussi vous ôter, combien le Seigneur est doux. Faites courageusement un effort sur vous. Eh ! s'il fut jamais juste d'en faire, n'est-ce pas pour un tel besoin, puisque non seulement c'est manquer à l'essentiel de la religion de n'être pas fidèle à la prière, mais encore que vous ne pouvez remplir tous vos devoirs, particulièrement dans votre vocation , si vous ne priez ? (Le même.)
Il faut prier, chacun en a besoin pour remplir sa vocation.
Pour donner à cette preuve toute son étendue, il faudrait parcourir toutes les conditions de la vie et en expliquer tous les écueils, afin de convaincre ceux qui s'y trouvent, par cette expérience sensible, du besoin où ils sont de recourir à Dieu ; mais , afin de me retrancher dans de justes bornes, je me contenterai de remarquer que, dans toutes sortes de conditions, on est obligé de prier : i° à cause des vertus dont on a besoin ; 20 à cause des dangers et des faiblesses qu'on éprouve en soi; 3° à cause des grâces et des bénédictions qu'il faut obtenir en faveur des œuvres auxquelles on s'intéresse. J'explique clairement ces trois réflexions.
Il n'est point d'état où nous n'ayons beaucoup à faire pour acquérir les vertus qui nous manquent et pour nous corriger de nos défauts. Il se trouve même toujours ou dans notre tempérament, ou dans nos habitudes, ou dans le caractère de notre esprit , certaines qualités qui ne conviennent point à nos occupations et à nos emplois.
Cette personne , qui se trouve engagée dans le mariage, a une humeur chagrine et inégale qui la rend presque incompatible ; cette autre a un naturel si prompt et si brusque, qu'elle fait beaucoup souffrir son prochain par ses imprudences et par ses emportemens, et qu'elle en souffre beaucoup elle-même. Ce magistrat a tant de paresse dans les affaires et tant de facilité pour de certains amis, qu'il n'a ni assez d'application pour démêler la vérité, ni assez de courage pour la soutenir inviolablement. Cette personne qui est dans l'autorité a quelque chose de si fier et de si hautain, qu'elle ne garde aucune règle de modération et de condescendance. Cette autre, qui est exposée au commerce contagieux du monde, est si sensible à l'air de vanité qu'elle y respire, qu'elle s'y empoisonne d'abord, et que ses bons désirs s'évanouissent. Cette autre avait promis à Dieu d'étouffer ses ressentimens, de vaincre ses aversions, de souffrir avec patience certaines croix,
T. VU, l4