PLAN ET OBJET DU QUATRIÈME DISCOURS SUR LA PRIÈRE
EXORDE
Ecce mulier chananœa afinibus illis eyressa clamavit dicens ei : Miserere mei,
Domine, fili David.
Voilà qu'une femme chananéenne, qui était de ce pays-là, se mit à crier en disant Seigneur, fils de David, ayez pitié de moi. (Mattk., ch, xv.)
Cette Chananéenne, guidée par le sentiment de son infortune, attirée par le bruit des prodiges qui s'opéraient en Israël , éclairée dune lumière céleste qui lui découvre dans leur auteur le Messie promis aux nations , le Fils du Dieu vivant , se hâte de lui porter ses hommages et ses pleurs. Elle l'adore comme son Seigneur et son Dieu ; elle sollicite par des cris redoublés le remède à ses maux ; elle ne se rebute point de l'apparente rigueur et des refus si humilians qu'on oppose à ses désirs ; elle en triomphe par de plus humbles et de plus vives instances ; elle arrache à Jésus-Christ un bienfait couronné par un éloge; elle aura la gloire d'être l'instruction des âges futurs, et c'est le grand modèle de prière que l'Eglise propose à ses enfans.
Car, mes frères, l'Eglise, qui ne cesse de prier, veut que nous joignions nos soupirs à ceux qu'elle pousse vers le ciel. La prière est le premier devoir et la principale ressource de l'homme; la prière devrait toujours habiter sur nos lèvres, dit saint Cyprien : la prière, la prière ! voilà le cri continuel d'une religion dont les préceptes , les conseils , les maximes tendent à donner à Dieu des adorateurs en esprit et en vérité, et à montrer au monde des triomphateurs de ses concupiscences et de ses vices: double qualité qui constitue essentiellement le Chrétien, et qui suppose également l'usage et les secours de la prière.
Aussi l'esprit de prière est la grâce propre de l'Evangile et un des fruits les plus précieux de la rédemption. Cet ancien oracle , qui le promettait à la maison de David, ne devait se vérifier
dans toute son étendue qu'en faveur des disciples de la nouvelle alliance, qui en étaient le véritable objet. Les premiers siècles du
Christianisme en virent l'accomplissement dans les assemblées des fidèles, dans le silence des déserts, dans le tumulte des villes, et jusque dans les palais des Césars. Compagne inséparable de la piété, la prière s'est maintenue avec elle d'âge en Age dans le corps des justes, et a formé sur la terre cette succession de sainteté qui est un des plus beaux caractères de l'Eglise de Jésus Christ.
Peuple nouveau, nation sainte, les Chrétiens doivent donc être des hommes de prière: d'où vient donc qu'un devoir si essentiel est aujourd'hui si négligé , si abandonné de la plupart des Chrétiens? le regarderaient-ils comme le partage seulement du sanctuaire et des cloîtres? ignorent-ils son étroite liaison avec leurs destinées éternelles? N'est-ce pas l'omission ou la pratique de ce devoir qui, dans les divers états du monde, fait les réprouvés ou les élus? Oui, mes frères; et cette idée, à laquelle je m'attache, fera le partage de ce discours. Je viens vous montrer d'un côté votre perte certaine, si vous ne priez pas; de l'autre, votre salut assuré, si vous priez bien : puissans motifs de prier, auxquels ne résiste point un cœur sur qui la foi et la raison conservent encore quelque empire. En deux mots , le Chrétien qui ne prie point court à sa perte : sujet de la première partie; la charité qui prie bien assure son salut: sujet de la seconde partie. Ave , Maria, ( L'abbé Richard, Sur la Prière.)
L« Chrétien qui ne prie pas «ouït à sa perle.
Priez, dit Jésus-Christ: Orate. Ce n'est pas un conseil qu'il nous donne , c'est un commandement qu'il nous fait. Il faut prier toujours, voilà le point de perfection auquel nous devons aspirer; il faut prier souvent, c'est une étroite obligation qui nous est imposée : telle est la doctrine de l'Eglise, qui a toujours reconnu dans l'Evangile un précepte formel de ia prière. La prière étant donc un des premiers devoirs imposés par Jésus-Christ à tous les fidèles, l'omettre durant un certain espace de temps resserré dans des bornes assez étroites, c'est, disent les théologiens, un péché grief, et qui allume le courroux d'un Dieu vengeur de ses lois. Quel crime est-ce donc de vivre dans l'éloignement habituel de la prière! et ne voyez-vous pas déjà qu'il suffit de ne pas prier pour être dans la voie de perdition ?
Mais pour approfondir davantage un point si important de la
morale chrétienne, je considère la prière, et par rapport à Dieu, qui veut être honoré de ses créatures , et par rapport à l'homme que ses hesoins obligent de recourir à son Créateur : de là quel cri de condamnation et d'anathème contre le Chrétien qui ne prie pas! Ne pas prier, ce n'est pas une simple transgression de la loi de Dieu , c'est la ruine de tous les devoirs que la religion nous prescrit envers lui. Ne pas prier, ce n'est pas un désordre isolé dans l'homme qui s'en rend coupable, c'est la source d'une infinité d'autres auxquels le livre sa propre faiblesse privée de secours et d'appui : c'est-à-dire, dès qu'on ne prie pas , plus de pratique et d'esprit de religion, plus de moyens et de ressource de salut. Quel présage plus infaillible d'une réprobation éternelle!
Ici, mes frères, ne prenez point le change: dans les principes de la foi , nulle différence entre ceux qui prient mal et ceux qui ne prient pas. Une prière où l'esprit et le cœur n'ont point de part n'est qu'un fantôme de prière. Prier, tandis que l'esprit rempli des images du monde s'égare dans une confusion d'idées, de projets de craintes , d'espérances où Dieu n'entre pour rien , qu'on le perd entièrement de vue, et que l'on désavoue par ses dissipations volontaires le culte qu'on semble lui rendre; prier, prononcer rapidement quelques paroles dont le souvenir stérile est peut-être l'unique fruit échappé au naufrage de l'innocence et de la piété des premières mœurs ; solliciter des grâces que le cœur froid et muet ne demande point , puisqu'il ne les désire point ; ah ! c'est une contradiction. Il est évident que de telles prières sont au moins inutiles. Défauts d'attention et de respect dans l'hommage que la prière rend à la Divinité ; défaut de sincérité et de désir dans les vœux qu'elle lui adresse; défauts trop grossiers et trop visibles pour qu'il soit besoin de vous mettre à l'abri de leur illusion; plus ils se glissent dans vos prières, plus ils vous rapprochent de ceux qui ne prientpas. Dès lors vous marchez avec eux dans la mêmeroute et ce que j'ai à leur dire vous regarde comme eux.
Je leur dis donc: point de religion sans prière, et vous n'êtes pas Chrétiens, ou vous ne l'êtes que de nom si vous ne priez pas* car quel est le précis des devoirs essentiels que la religion nous impose envers Dieu, et dont Dieu même ne saurait nous dispenser parce que l'amour de l'ordre est une des perfections de son être? Adorer sa majesté suprême, espérer en sa bonté infinie, le remercier de ses bienfaits continuels; l'aimer, puisqu'il nous a donné un cœur et qu'il est souverainement aimable; le craindre, puisqu'il est le juge de nos actions et qu'il tient les clefs de la vie et de la mort * t. mi. i5
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exalter son saint nom au milieu de cette foule cTetred insensibles qui ne peuvent glorifier que par notre voix l'Auteur de tant de merveilles qui nous environnent; en un mot, entretenir ici-bas, avec le Seigneur qui nous a faits, un commerce d'adoration , de louanges, d'amour, de gratitude, de gémissemens sur nos fautes, de confiance en sa miséricorde, de soumission aux ordres de sa Providence: voilà le fonds de religion qui doit animer tout être raisonnable et chrétien ; car tout cela nous est dicté par la loi même naturelle que la religion chrétienne n'est pas venue détruire, mais perfectionner.
Or, tout cela n'est-il pas étroitement lié avec la prière ? n'est-ce pas la prière qui forme au dedans de nous ces sentimens, ces dispositions, ce culte intérieur que nous devons à Dieu et que Dieu exige? C'est la prière qui adore, qui aime, qui espère, qui rend grâces , qui invoque le Seigneur, qui s'afflige de lui avoir déplu , qui nous humilie à ses pieds et répand nos cœurs en sa présence; par conséquent, autant qu'il est nécessaire de rendre au Très-Haut ces divers hommages, autant l'est-il de recourir à la prière qui les renferme tous. Voyez un homme qui prie, qui honore et bénit son Créateur, qui lui paie le tribut si légitime de son amour, qui jette toutes ses inquiétudes dans le sein de sa bonté paternelle; qui l'apaise lorsqu'il est irrité, le remercie lorsqu'il favorise, s'humilie lorsqu'il frappe; qui, dans le secret de son cœur, forme des actes fréquens de ces vertus premières dont Dieu est l'objet, et qui nous le rendent propice; sont-celà les voies extraordinaires d'une piété sublime? Non, mes frères, c'est le fondement et l'essence du Christianisme , l'ame et le cœur de la religion.
Par conséquent encore, ôtezla prière, la religion s'évanouit et n'est plus. Elle n'est plus dans vos œuvres, puisque toutes les œuvres qu'elle marque de son sceau sont animées de l'esprit de prière; elle n'est plus dans votre cœur, car, si elle y vit encore , elle se manifeste nécessairement par le langage et les soupirs de la prière. Elle ne vous accompagne pas même dans le lieu saint; car, dès que vous ne priez pas, où est le culte et l'honneur que vous rendez à Dieu ? Que dis-je ? il n'y a plus de Dieu pour l'homme qui a cessé de le prier; Dieu est à son égard comme s'il n'était pas. Il l'a banni de son souvenir, et, selon l'expression de l'Apôtre, il est pire qu'un infidèle. Ces divinités fabuleuses du paganisme étaient honorées par l'encens et les prières de leurs aveugles adorateurs, et voici un disciple de la lumière, un Chrétien qui, ne priant point , oublie et ïhéconnaît le Dieu véritable. Après cela, Chrétien du siècle, piquezvous de sagesse, de probité, d'amour de l'ordre et de la justice 7
soyez bienfaisant, généreux, affable; exercez avec honneur des emplois illustres,* rendez vos talens utiles à la patrie; que votre vie, exempte de tache aux yeux du monde, ne vous attire que ses applaudissemens et ses éloges; vains dehors , trompeuses apparences! je ne dévoilerai pas les motifs secrets de ces vertus humaines que le monde admire en vous et qu'il canonise ; mais, au milieu de votre brillante carrière, il est un point où je vous arrête; vous ne priez pas, vous êtes donc un impie déguisé sous les traits de l'homme de bien.
Et quel impie encore qu'un Chrétien qui ne prie plus ? d'autant plus coupable que les lumières de sa foi lui montrent tout le dérèglement de sa conduite. C'est un sujet rebelle qui lève un front audacieux, et refuse de payer le tribut dû à son souverain; c'est un enfant dénaturé qui fuit la présence et les entretiens du plus tendre et du plus aimable des pères; c'est un ingrat qui a tout reçu de Dieu , et qui , accablé de ses bienfaits , veut en jouir sans reconnaître la main libérale et magnifique qui les lui dispense ; c'est un insensé qui, couvert de crimes, objet de la colère céleste, ne tremble pas , ne sollicite pas sa grâce, et, loin de désarmer par ses supplications et ses pleurs le bras prêt à le foudroyer, ou en détourne ses regards tranquilles , ou le considère avec une stupide indifférence.
Réunissez , mes frères , tous ces caractères odieux que renferme l'habitude de ne pas prier, et dites-moi comment on peut se familiariser avec un tel désordre, au point d'y trouver à peine un sujet d'accusation au tribunal de la pénitence; un désordre qui entraîne l'infraction de tous nos devoirs envers Dieu , qui ne laisse aucune trace de religion dans notre ame ; qui est une apostasie secrète, une impiété réelle, sinon de système, du moins de pratique. Vivre sans culte au sein même du Christianisme ; sans Dieu qu'on a cessé de regarder comme son principe et sa fin; sans destination, puisqu'on la met en oubli, qu'on la foule aux pieds: si l'on se considérait sous des traits si noirs et si révoltans, on frémirait d'horreur, on se regarderait comme un monstre, on se hâterait de rentrer dans l'ordre ; on n'aurait point de repos qu'on n'eût élevé au Seigneur un temple et un autel au dedans de soi-même, où on lui offrît chaque jour le culte et les hommages qui sont l'apanage inaliénable de sa divinité.
Chrétiens infidèles au devoir de la prière, je vous vois tomber dans un autre abîme ; montrez-nous vos œuvres: mais non, qu'elles restent ensevelies dans les ténèbres. Eh! comment accompliriez-
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vous les autres préceptes de la Loi? Est-ce par nos propres forces que nous pouvons triompher des passions qu'elle réprouve et nous élèvera la sainteté où elle nous appelle? Hélas! livré à lui-même, l'homme n'est que faiblesse , et succombe sous le poids de ses obligations. Sans vous, 6 mon Dieu! nous ne saurions faire un pas dans la voie de vos commandemens. Il faut que votre grâce, destinée à réparer les ruines de notre nature, nous éclaire, nous attire, nous soutienne; qu'elle nous aide à lutter contre nos penchans terrestres et vicieux; qu'elle y substitue des affections pures et saintes ; qu'elle agisse sans cesse avec nous pour faire de nous de nouvelles créatures en Jésus-Christ, et la nécessité de ce secours céleste pour l'accomplissement de tous les devoirs du salut est une vérité fondamentale de notre foi.
Or, il est encore vrai, mes frères, que les grâces qui nous donnent le pouvoir d'accomplir la loi de Dieu, ces grâces victorieuses qui offrent un prompt secours au juste dans ces momens de tempêtes et d'orages dont la plus belle vie n'est pas exempte, ou qui vont trouver l'endroit sensible d'un cœur coupable et l'arrachent à ses désordres; ces grâces efficaces, sans lesquelles , environné de tant de périls, on tombe, on ne se relève pas , ou l'on ne se relève qu'à demi pour retomber et mourir dans le péché, mais qui, données à propos et enchaînées les unes aux autres, nous conduisent, à travers mille écueils, dans la carrière d'une vie chrétienne terminée par une mort précieuse qui met le sceau à notre élection ; toutes ces grâces, nécessaires au succès de notre salut, ne sont promises et accordées qu'à la prière : de sorte que, sans la prière, je dis une prière fervente, on se damne, faute de secours pour se sauver; et, parce qu'on aurait pu les demander et les obtenir, on est l'unique auteur de sa perte : grande vérité qui doit faire trembler quiconque ne prie pas, ou prie sans prier, en mêlant à ses prières des défauts essentiels qui en anéantissent la vertu ! vérité dont l'ignorance ou l'oubli endort une infinité d'ames sur les bords de l'abîme éternel. (Le même.)
Puissance de la prière.
C'est un trait hien perçant que la prière ; c'est un trésor inépuisable, une source de richesses, un port qui met à l'abri des tempêtes, une garantie assurée de paix et de bonheur. La prière est plus puissante que toutes les couronnes de l'univers. Voyez ce monarque sur le lit de souffrance, aux prises avec les ardeurs de la
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fièvre, au milieu des médecins, des gardes, des officiers, des serviteurs qui l'entourent; ni les ressources de l'art, ni la présence de ses amis, ni la multitude des remèdes, ni la magnificence de ses ameublemens, rien ne peut l'arracher au mal qui le dévore. La prière seule fait plus que toute la science humaine, plus que ce pompeux cortège qui l'environne. Combien de fois un pauvre serviteur de Dieu, par une fervente prière adressée au Seigneur, par un simple attouchement de ses membres expirans, les a rappelés à la vie! C'est que la prière monte jusqu'au ciel, et pour lui donner plus d'essor que le Seigneur nous envoie la souffrance. Nos prières languissent tant que nous sommes heureux. Sommes-nous malheureux, le sentiment de l'adversité excite en nous la prière , et lui imprime une énergie qu'elle n'avait pas. Ainsi, les eaux répandues dans la plaine ne s'élèvent pas : resserrez-les dans un canal étroit, elles jaillissent, elles s'élancent dans les airs. (Saint Chrysostome , Sur ï Incorn préhensibililé de Dieu, )
Il faut tout espérer de la prière.
Gardez-vous bien de désespérer jamais de votre salut Ne
me dites pas : Je suis mort, quelle espérance de vie peut-il me rester; j'ai tant péché, comment puis-je espérer grâce? Nous avons un médecin plus puissant que toutes les maladies ; un médecin qui sait toutes les guérir, à qui il suffit d'une parole, qui peut et qui veut vous rendre la santé. Vous n'existiez pas; c'est lui qui vous a fait naître; aujourd'hui vous existez, à plus forte raison peut-il vous imprimer une vie nouvelle. Pour faire l'homme, il lui a suffi d'un peu de limon , et de ce peu de limon est sorti l'admirable mécanisme du corps de l'homme. Comment? il vous est impossible de l'expliquer. De même vous ne pourriez expliquer l'opération de la grâce dans l'absolution du péché. Seulement , comme la flamme dévore la paille, de même, et encore avec plus de facilité, la miséricorde divine consume le péché, le détruit jusqu'à la racine, et rend celui qui a péché semblable à celui qui est sans reproche. — Je suis chargé d'iniquités, me dites-vous. — Eh! qui est sans péchés ? — Personne n'en a commis jamais de semblables. — C'en est assez de cet aveu pour en obtenir le pardon. Confessez le premier vos péchés pour être justifié; confessez-les, ce sera pour vous un commencement de conversion. Abîmez-vous dans la douleur, laissez coulez vos larmes. La pécheresse de l'Evangile n'eut que par ses larmes accès auprès de celui qui est la source de la vie. Une autre femme des confins de la Palestine se rend près de
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Jésus en lui disant : Ayez pitié de moi, Seigneur, Fils de David l. La nation juive s'éloignait de Jésus; une étrangère s'en approche. Seigneur, Fi/s de David. L'admirable confession ! V ous croyez entendre un Evangéliste. Elle reconnaît sa divinité et le secret de sa venue : Seigneur ; elle rend hommage au Souverain de l'univers: Fils de David ; elle publie son incarnation : Ayez pitié de moi. Elle ne dit point : Ce qui m'enhardit à me présenter, ce n'est pas queje me repose sur mes bonnes actions ; je viens implorer sa miséricorde, m'y réfugier comme dans un port après l'orage; sa miséricorde, comme dans un asile contre sa justice ; sa miséricorde, où je puis avec assurance trouver mon salut. Mais d'où vous vient, pécheresse que vous êtes, cette confiance d'oser approcher de lui? Ce que je fais, je le fais en connaissance de cause. Admirez sa conduite : elle ne s'adresse ni à Jacques, ni à Jean, ni à Pierre, ni à aucun des Apôtres. Il ne me faut point d'intermédiaire; le seul que j'emploie auprès de lui, celui qui me tient lieu de tous les introducteurs, c'est la pénitence qui m'amène vers celui qui est essentiellement le principe de la grâce. C'est pour cela qu'il est descendu sur la terre, pour cela qu'il s'est revêtu de notre chair, qu'il s'est fait homme, pour nous donner le moyen et la confiance de lui parler. Dans le ciel, les Chérubins et les Séraphins ne paraissent en sa présence qu'en tremblant; sur la terre, la pécheresse ne craint pas de l'aborder pour lui dire : Ayez pitié de moi. Parole simple, mais qui ouvre une immense carrière de salut : Ayez pitié de moi. Quel est donc le sujet de votre affliction ? Mafdle est cruellement tourmentée par le démon. Son cœur maternel est en proie à la douleur. Elle vient en solliciter la guérison. Elle ne met point la malade sous les yeux de Jésus- Christ; sa foi toute seule l'accompagne. Celui auquel j'ai recours, c'est Dieu lui-même; celui-là qui voit ce qui n'est pas sous ses yeux, qui pénètre les choses les plus cachées, et à qui rien n'échappe : Ayez pitié de moi; ma fille est cruellement tourmentée. Elle ne dit pas : Ayez pitié d'elle , mais de moi. Pour elle , l'excès de la douleur en a éteint le sentiment. Peut-être elle ignore le mal dont elle est assiégée ; l'esprit de ténèbres qui l'enveloppe l'empêche d'en connaître la profondeur. Ayez pitié d'une infortunée qui sans cesse a sous les yeux les plus déchirantes images. Où aller? où porter mes pas? Au désert? pour laisser ma fille sans secours. Rester dans ma maison? pour y rencontrer éternellement l'ennemi qui s'en est emparé : Ayez pitié de
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moi. Je l'aurais perdue, sa mort serait une moins grande calamité. Le temps finit par calmer les douleurs dont l'objet n'est plus sous les yeux; mais avoir toujours présent l'aspect d'un cadavre encore animé d'un corps qui respire et ne sent plus , c'est là un spectacle insupportable, une plaie toujours vive , une mort de tous les momens. Gomment soutenir l'image de ces yeux hagards et pleins de sang, de ces mains qui ne s'agitent que par de convulsifs mouvemens, de cette chevelure en désordre, de cette tête qui se renverse, de cette bouche qui se couvre d'écume, de cet ennemi qui l'obsède sans se faire voir, de ce bourreau intérieur qui frappe sa victime sans que l'on aperçoive la main qui porte les coups ? Ayez pitié de moi. Elle n'a point été consulter les devins, implorer les secours de la magie, ni d'une vaine et mensongère superstition , ni l'assistance de ces femmes qui se prétendent en commerce avec les démons : remèdes coupables, qui ne font qu'envenimer la blessure. Elle ne connaît, elle ne veut voir que le vrai médecin des âmes : Ayez pitié de moi, Seigneur, Fils de David; ma fille est cruellement tourmentée parle démon. Pères, mères, ici présens, suppléez par vos propres méditations à tout ce que je ne saurais vous dire sur d'aussi vives douleurs. Et que lui répond le Sauveur? il garde le silence. Quoi! cette femme à ses pieds supplie et conjure sa miséricorde; elle lui raconte les maux qu'elle endure, et ce cœur si sensible , si généreux , ne s'ouvre pas à d'aussi amères douleurs ! Qu'y a-t-il donc ici de si extraordinaire? Il est le premier à courir au devant des infortunés; et celle ci, qui est venue se rendre auprès de lui, va-t-il la repousser? Pourquoi donc ce silence? Jésus-Christ s'arrêtait moins à écouler ses paroles qu'à considérer les secrètes pensées de son cœur. Les disciples s'approchent de lui pour lui dire : Renvoyez cette femme , parce quelle crie derrière nous; elle fait scène et attroupe le peuple par ses clameurs. La seule chose qui les frappe, c'est la douleur humaine: l'œil de Jésus-Christ percebien plusavant; il répond enfin : Je ri ai été envoyé qiï aux brebis de la maison d'Israël qui sont perdues. Quelle plaie nouvelle pour l'infortunée ! Le médecin portait le fer dans la blessure, non pour l'aigrir, mais pour la fermer. Entrons, mes frères, dans le sens profond de ces paroles : Je ri ai été envoyé qriaux brebis égarées de la maison d'Israël. Quoi! Seigneur, est-ce là toute votre mission? Vous n'êtes venu dans le monde, vous n'y avez pris un corps vous n'auriez fait tant de sacrifices qu'en faveur de ce petit coin de la terre, qui périt tout entière? Quoi! tous les autres peuples de l'univers vous seraient indifférens, et le Juif serait tout seul
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l'objet de votre avènement parmi les hommes? Quoi! l'impiété de 1 idolâtrie serait répandue par tout le monde; partout votre divin Père est méconnu ; partout le démon reçoit des adorations sacrilèges, où la nature elle-même est outragée; vous fermez les yeux, et vous nous laisseriez vainement appeler le Sauveur que nous promettaient les oracles des Prophètes? Mais que le centurion vienne vous demander la guérison de son fils, vous lui dites : J'irai, et je le guérirai 1. Au paralytique : Lève-toi, emporte ton lit, et retourne en ta maison 2. A Lazare, mort depuis quatre jours : Lazare, sors de ton tombeau r>; et ce mort de quatre jours obéit à votre voix! Et cette malheureuse mère, qui vous invoque pour sa fille, vous la laissez sans réponse! Jésus-Christ voulait nous apprendre qu'en différant ses grâces , il sait aussi les rendre plus abondantes; il voulait nous apprendre que, quand nous prions et que nous n'obtenons pas aussitôt ce que nous demandons , ce n'est
pas une raison de cesser de prier Jésus-Christ avait lu au fond
du cœur de la Chananéenne, il savait qu'elle ne se rebuterait pas : Apres avoir entendu ces paroles , elle s'en approche encore de plus près, et V adorant, elle lui dit : Seigneur, secourez-moi. Jésus répondit : 7/ ri est pas juste de prendre le pain des enfans et de le jeter aux chiens. Il semble la vouloir pousser à bout, pour l'exciter à prier encore avec plus de ferveur, et à redoubler de foi. Il est vrai, Seigneur, répliqua-t-elle. Le Seigneur l'a repoussée; elle persiste, non par une opiniâtreté coupable; mais par un saint désir d'obtenir la grâce qu'elle espère. Il est vrai, Seigneur, les petits chiens ne mangent que les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Vous avez raison de m'appeler du nom qui me convient; traitez-moi du moins comme ceux avec qui vous me comparez; on leur donne les miettes tombées de la table du maître. Seigneur, vos propres paroles me donnent droit à vos dons; et c'est vousmême qui plaidez ma cause auprès de vous. O femme, que votre foi est grande , reprend Jésus-Christ. Cette même bouche qui , tout à l'heure, refusait de s'ouvrir à sa demande, ou ne s'ouvrait que pour la repousser, que pour lui dire : Je riai été envoyé que vers les brebis égarées de la maison d'Israël, c'est la même qui fait hautement l'éloge de cette femme : O femme, votre foi est grande, d'avoir persévéré, de n'avoir pas cédé aux refus que je semblais opposer à vos désirs. Si je les avais exaucés à l'instant, sa foi ne seseraitpointmanifestée avec cet éclat. Je n'aidone suspendu l'effet
» Matth., fin, 7. — 2 ibid -, ix, 6. — * Joan., xi, -43.
de ma puissance que pour mettre sa foi dans un plus beau jour. Ecoutez, ô vous tous qui priez, mais pour en être bientôt fatigués. Quand nous vous disons : Priez le Seigneur, invoquez-le, insistez. — Je l'ai fait, nous répondez-vous, non pas une et deux fois, mais dix, mais jusqu'à vingt, et je n'ai pas été exaucé. — Ne cessez pas, répliquerai-je , jusqu'à ce que vous ayez obtenu. Ne mettez fin à la prière qu'après que vous aurez reçu ; ne cessez pas même après avoir obtenu priez encore, tant pour remercier Dieu de vous avoir exaucés, que pour ne perdre pas ce qu'il a bien voulu vous accorder. Vous entrez dans une église en retournant une prière en cent paroles diverses, comme s'il en fallait beaucoup pour être entendu de Dieu; comme s'il ne savait pas ce que vous avez à lui dire , lui qui le savait avant que vous ne vinssiez le lui demander. Souvent même vous ne comprenez pas bien ce que vous lui demandez. On remue les lèvres, voilà tout; le cœur est muet. Vous ne vous entendez pas vous-mêmes ; et vous voulez que le Seigneur vous entende! J'ai fléchi les genoux; oui, mais vos pensées allaient errant cà et là. Votre cœur était là; mais votre esprit était bien loin du temple. Votre bouche parlait; mais au fond du cœur vous étiez tout occupés de vos trafics usuraires, vous supputiez les revenus de vos terres , les loyers de vos maisons; vous vous rappeliez telle partie de plaisir avec vos amis. Le démon, qui sait bien quelles sont les ressources et les bienfaits de la prière, s'est jeté à la traverse; il vous laisserait plus volontiers tranquilles clans votre maison, dans le silence de la nuit. Mais dans l'église, au moment de la prière, il lâche sur vous des essaims de distractions pour vous en faire perdre le fruit. Prenez donc , ô mon frère , leçon sur la Chananéenne; ne rougissez pas d'imiter cette femme, cette étrangère, dans la ferveur et la persévérance de sa prière, ne se rebutant pas, bien que repoussée et dédaignée en apparence. Vous m'allez dire : Je n'ai point à demander la guérison de ma fille possédée du démon. Mais vous avez une ame en proie au péché. Avec la Chananéenne, dites donc à Jésus-Christ : Seigneur, ayez pitié de moi, parce que mon ame est misérablement tourmentée par le démon; et le pire de tous, le péché. Priez, non pas dans l'église seulement, mais hors de l'église; priez, non pas seulement des lèvres, mais du cœur, non par des paroles, mais par des gémissemens : Dieu entend, même sans que l'on parle. Peu importe le lieu; c'est le cœur que Dieu demande. Jérémie prie du fond de la citerne où il est plongé, Jérémie est exaucé. Daniel reçoit les effets delà miséricorde du Seignenr dans la fosse aux lions, d'où sa voix
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s'élève jusqu'à lui. Le larron prie sur la croix, et le royaume des cieux lui est ouvert. Job prie sur son fumier, Jonas dans le ventre de la baleine; leurs voix montent jusqu'au Seigneur. Dans le bain, en voyage, dans votre maison, partout, priez. Vous portez avec vous votre temple : Ne savez-vous pas , dit l'Apotre, que vous êtes le temple de Dieu , et que V Esprit de Dieu habite en vous { ? Dieu est partout; son immensité n'est bornée par aucun lieu. Il suffit qu'on l'invoque, il répond : Me voici.
0 femme, votre foi est grande! Pourtant elle n'a point vu les morts ressuscites, les lépreux guéris par la parole du Sauveur; elle n'avait point entendu les oracles des Prophètes, médité les préceptes de la loi; ce qui ne l'a point empêchée de demander avec persévérance. Recevez donc , ô femme, de la bouche de Jésus-Christ, le titre d'une immortelle gloire. Oui, depuis si longtemps que cette femme n'est plus , son éloge est toujours subsistant. Quelque part que vous alliez, vous entendez la voix de Jésus-Christ lui dire : O femme, votre foi est grande! Pénétrez chez les peuples les plus reculés; allez jusqu'aux extrémités du monde; dans tous les lieux que le soleil éclaire de ses rayons, retentit la parole de Jésus Christ : « O femme, votre foi est grande! « qu'il soit fait comme vous le désirez ; et sa fille fut guérie à l'heure « même. » Jésus ne dit pas : Que votre fille soit guérie, mais quil soit fait comme vous ledèsirez. Que sa mère ait l'honneur de sa guérison ; c'est à vous-même, à vous seule que j'en abandonne le soin. Je me repose sur votre affection pour elle. Jesus-Christ communique à la tendresse maternelle sa propre toute-puissance. Et l'hérétique vient nous dire qu'il n'y a point dans Jésus-Christ une puissance intrinsèque personnelle ; que c'est à la puissance de la prière qu'il doit les miracles qu'il a faits. Mais, ici, lavez-vous entendu dire : Je prierai mon Père, je lui demanderai cette guérison? nullement. Ni cette mère non plus ne commande point au démon de sortir du corps de sa fille; c'est la puissance de Jésus-Christ qui opère seule. Avec la même autorité que Dieu son Père, au jour où, créant le monde, il disait: Que le ciel paraisse, et le ciel parut; que la terre se montre, et la terre naquit; qu'il y ait un soleil et des astres, et tout obéit; Jésus-Christ a commandé, et la guérison s'est exécutée. À l'identité de langage, de raison et de puissance, reconnaissez l'identité de nature. El 'sa fille fut guérie à l'heure même, Non pas du moment où sa mère rentra dans sa maison , mais au
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moment où la parole de la guérison sortit de la bouche de Jésus- Christ. De retour chez elle, elle trouva sa fille rendue à la plus parfaite santé, grâce à la foi de sa prière. (Saint Chrysostome, Sur la Chananéenne.)
Le Chrétien qui prie bien assure infailliblement son ialut.
Oui, Chrétiens, prions bien, et le ciel est à nous. Si l'on ne peut se sauver sans la prière , avec la prière on se sauve à coup sûr. Elle nous met dans la situation la plus favorable à l'accomplissement de tous les devoirs du salut; elle nous attire les secours les plus puissans pour assurer le succès de notre salut; ou bien encore, la prière est un garant infaillible de salut, et par les dispositions qu'elle met dans le cœur de l'homme, et par le pouvoir qu'elle a sur le cœur de Dieu.
Qu'est-ce qui contribue à mettre dans le cœur de l'homme qui prie les dispositions les plus propres à épurer, à sanctifier ses mœurs?
C'est, en premier lieu, la nature même de la prière. La prière , dit saint Augustin , est un cri , un désir du cœur ; or ce désir, dont Dieu est l'objet, n'est-il pas dans l'homme pécheur un commencement de conversion , et dans le juste un accroissement ou l'expression de la charité ? ce désir n'est-il pas le principe de tout bien, le ressort des plus généreuses démarches dans l'ordre du salut, le germe précieux d'où la grâce fait éclore des fruits de justice et de sainteté ? C'est la prière qui le forme au dedans de nous-mêmes , qui le nourrit, qui l'excite, qui l'enflamme, et, plus il importe de ne pas laisser s'affaiblir et s'éteindre une disposition si essentielle à la piété, plus la prière, qui en est l'aliment, a de droits à notre assiduité et à notre estime.
Ce sont , en second lieu , les actes de vertu que nous fait produire la grâce de la prière. Suivez un Chrétien fidèle à ce saint exercice; voyez comme sa prière est un acte de religion qui en réunit toutes les vertus. La foi : elle en retrace les grands objets à son esprit ; elle les tire de cet obscur lointain où l'erreur de notre imagination les place; elle les rapproche, leur donne du corps et de la réalité, leur rend toute leur force et tout leur éclat; il croit sans voir, mais il voit presque en croyant. L'espérance : ce sentiment, qui honore la bonté divine et l'intéresse si fort en notre faveur, est l'aine de la prière ; il attend tout d'un Dieu, qui aime à pardonner et à sauver. L'humilité : il avoue qu'il est un abîme
de désordre et de corruption, et, en ne prenant que le titre de pécheur, il se met au dessous du néant. La charité : il s'occupe des perfections du Dieu qu'il adore; il se livre à l'impression de leurs charmes ravissans; a-t-il un cœur de hronze pour n'en être pas touché? La soif de la justice : que n'est-il délivré de ce fonds de misère et de faiblesse qu'il porte au dedans de lui-même! que n'a-t-il la force et les occasions d'acheter, par les plus grands sacrifices, le bonheur de plaire à Dieu! 11 lui offre son cœur tout entier, afin qu'il le rende digne de lui, qu'il en ôte tout ce qui blesse la sainteté de ses regards. La louange et l'action de grâces : il emprunte les paroles du Prophète pour inviter toutes les créatures à bénir et à glorifier avec lui le Dieu vivant ; il se regarde comme un assemblage et un tissu de ses dons, il lui paie le juste tribut de sa reconnaissance, il lui fait mille protestations de fidélité...
Anges du ciel, chargés de présenter nos prières devant le trône de Dieu , volez , portez-lui ces vœux et ces effusions d'un cœur docile à la grâce qui fait prier. Ils le font , mes frères; l'Ecriture nous apprend que ces esprits bienheureux président aux prières des fidèles, et vont les offrir au Seigneur. Le Seigneur lui-même nous assure qu'il les a toujours devant les yeux. Elles sont ces parfums mystérieux dont parle saint Jean , qui remplissent les coupes d'or placées dans le temple céleste sur la table de l'Agneau. Tous ces actes de vertus, si familiers à une ame dévouée à l'exercice de la prière, auront un jour leur récompense, et enrichiront sa couronne; ici-bas, ils affermissent le règne de Dieu au dedans d'elle-même, ils renouvellent et purifient son cœur, ils y entretiennent le feu perpétuel de la dévotion, ils y laissent des impressions salutaires qui forment peu à peu son état habituel et qui tournent tous ses sentimens vers Dieu; ils sont comme un levain sacré qui sanctifie toute la masse de ses actions. Comment ne seraient-elles pas conformes à la loi? Elles partent d'un cœur dont les dispositions et les désirs sont d'accord avec ses devoirs.
En troisième lieu , les communications de Dieu attachées à la prière; car c'est dans le secret de la prière que Dieu se fait sentir à nous, qu'il nous visite dans sa miséricorde, et se plaît souvent à nous combler de ses plus insignes faveurs. On ne les demande pas ; mais on leur offre un cœur préparé à les recevoir ; mais il y a , dans l'Etre infiniment bon , une inclination dominante qui le porte à répandre au dehors les biens qu'il renferme dans son essence divine: Bonum communicatwum sui. Et dès que nous ne lui fermons point l'entrée de nos âmes par les deux grands obsta-
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cles qui arrêtent et suspendent sur nous ses dons, je veux dire la dissipation de notre esprit et l'indifférence de notre cœur, dès que nous nous approchons de lui dans des dispositions contraires, il s'approche de nous avec toutes les richesses de sa grâce: Appropinquate Deo , et appropinquabit vobis.
Eh! que deviendra donc lame juste dans un commerce fréquent avec la Divinité? que d'influences secrètes de cet océan de perfections épureront et ennobliront tout son être ! Si le Seigneur le veut, il la remplira de l'esprit d'intelligence, et gravera en elle les traits de sa sagesse et de sa sainteté : Si Dominus magnus voluerit, spiritu intell igentiœ replebit illum. Et le Seigneur ne le veut-il pas? n'est-ce pas dans leurs fervens entretiens avec lui que tant de héros de la religion apprirent à devenir des hommes célestes et divins? Que vous êtes libéral, ô mon Dieu ! envers lame qui vous cherche et s'élève jusqu'à vous sur les ailes de la prière! Elle s'est dérobée, comme Moïse, aux regards de la multitude ; elle est entrée dans le nuage qui vous couvre et qui est plein de votre gloire; elle vous voit presque face à face. Quelle heureuse transformation s'opère en elle! quel maître l'éclairé et lui enseigne toute vérité! quel rayon soudain lui montre la grandeur et les merveilles de l'être qui demeure toujours , le vide et le néant de tous ces fantômes qui ou nous affligent ou nous séduisent! quels traits brûlans vont blesser son cœur et l'embraser de votre amour! Vous en bannissez les vains plaisirs, et vous y entrez à leur place: Et tu inlrabas pro eis. Un sentiment pur et céleste la pénètre , et les larmes qu'elle répand ont plus de douceur que toutes les joies du siècle. Un charme inconnu, une émotion délicieuse lui fait goûter près de vous ce contentement ineffable qui est le gage et l'essai de l'éternel ravissement des bienheureux : A ' ppropinquate Deo, et appropinquabit vobis; accedite ad eum; et illuminamini \ gustate et videte , quoniam suavis est Dominus,
Et ne pensez pas, mes frères, qu'il faille s'élever aux plus sublibies hauteurs de la contemplation , et, comme saint Paul, être ravi jusqu'au troisième ciel, pour être honoré de ces communications divines : c'est ce qu'éprouvent plus ou moins les aines qui se sauvent par la prière ; c'est à ces dons excellens que tout Chrétien peut et doit aspirer: Mmulamini charismata meliora. C'est sur les petits et les humbles que le Seigneur aime à les répandre : Revelasti ca parvulis. Ne découvre-t-on pas, sous les dehors les plus communs , des âmes simples , mais fidèles à la prière , qui ont des vues,
des connaissances divines, sentent un vif attrait pour Dieu, une forte impression de son amour, sont enrichies de grâces de choix et de prédilection qui étonnent et humilient les maîtres en Israël? De là quels merveilleux accroissemens dans l'ouvrage de la sanctification î Une ame que la prière a jetée , plongée dans le sein de Dieu, et qui en sort comme divinisée, trouve-t-elle des difficultés qui l'arrêtent dans son service? elle ne marche pas, elle court, elle vole dans les sentiers de la perfection chrétienne.
En quatrième lieu, les aridités et les dégoûts qui accompagnent quelquefois la prière. Dieu parle, Dieu se cache, et aussitôt elle se change en un triste désert. Soit épreuve, soit punition, car c'est toujours l'un ou l'autre, il faut également se soumettre à l'un et à l'autre, et ne pas cesser de prier. Vous priez même alors avec d'autant plus d'utilité et de mérite que vous priez avec moins de goût et d'attrait. C'est un spectacle digne des regards du ciel qu'une ame chrétienne environnée d'épaisses ténèbres, abattue sous le poids d'une langueur involontaire , délaissée, ce semble, du Dieu qu'elle adore et qu'elle prie, et qui ne se rebute point de ses froideurs ; qui souscrit aux ordres miséricordieusement sévères de ce Dieu qui la punit ou qui l'éprouve, qui accepte ce calice d'amertume comme l'expiation de ses crimes passés , qui aime mieux souffrir aux pieds de son Seigneur que de s'éloigner de sa présence, qui apprend à le servir moins pour ses dons que pour lui-même; aussi fidèle à lui offrir son encens et ses hommages dans les peines intérieures dont il l'afflige que s'il répandait sur elle la lumière et l'onction de sa grâce. Qu'une telle prière est agréable à Dieu! Qu'elle est utile à cette ame ! quels coups elle porte à la nature, en captivant ses répugnances sous le joug de la règle et du devoir! Quelle solidité elle donne à la vertu en l'établissant, non pas sur l'inconstante sensibilité du cœur, mais sur les principes immuables de la foi !
Etat d'obscurité et de sécheresse dans la prière, disent les maîtres de la vie spirituelle; état passager pour les âmes qui sont dans l'ordre commun de la Providence : tant qu'il dure on en supporte les peines et les ennuis avec une humble et courageuse résignation ; c'est le premier devoir à remplir. Le second, c'est d'en retrancher les causes si vous les trouvez au dedans de vous-même , d'en désirer la fin, de la hâter par tous les moyens que suggère la prudence chrétienne. Ah! cette incapacité même de prier peut devenir la matière et l'aliment d'une excellente prière. Du milieu des nuages qui obscurcissent la sérénité de votre ame, et y répan-
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dent un froid qui la glace et la dessèche, élevez une voix plaintive attendrissez-vous du moins sur votre endurcissement, soyez touché de ne l'être pas : vous tirerez ainsi du sein du rocher une source d'eau vive. Si Ton ne peut atteindre jusqu'au chant du cygne et à l'élévation de l'aigle, on imite le gémissement de la tourterelle et l'humble vol de la colombe. On va ranimer sa langueur clans ces psaumes admirables, dépositaires des plus beaux sentimens qu'une piété tendre et sublime puisse faire naître dans le cœur humain ; l'esprit de prière y repose et s'y laisse trouver à qui le cherche; c'est là qu'il remue les cœurs les plus insensibles, dit saint Ambroise. Quelles images de la grandeur de Dieu et de la faiblesse de l'homme! quels cris percans de la douleur! quelles humbles supplications de la misère! quelles expressions brûlantes de la reconnaissance et de l'amour répandus dans ces cantiques sacrés en ont fait dans tous les temps les délices des âmes pieuses!
O divins psaumes, où TEsprit-Saint a semé cette variété infinie de peintures touchantes , de vérités augustes, de mouvemens pathétiques, de soupirs enflammés, chef-d'œuvre de prière inspiré pour tous les siècles à venir, éternelle harmonie de l'Eglise chrétienne, ressource toujours présente pour nous élever jusqu'à Dieu, que n'êtes-vous entre les mains de tous les fidèles! Heureux les ministres des autels , si ce riche trésor, devenu leur bien propre, fait aussi leur consolation et leur gloire; s'ils y puisent avec un religieux empressement l'onction céleste qu'il renferme ; si leur bouche répétant les paroles divines qu'il leur fournit, leur cœur éprouve la vertu secrète qui y est attachée, et s'ils ne sont pas seulement les échos, mais les successeurs et les représentans de ce saint roi , qui fut un prince selon le cœur de Dieu, parce qu'il fut un homme de prière !
J'ai dit le cœur de Dieu : la prière peut tout sur lui. Ici, Chrétien , quel objet se présente aux yeux de ma foi ? A travers tant de siècles témoins des succès et des prodiges de la prière, je remonte à une époque mémorable dans les fastes de la religion. Israël a prostitué son encens au veau d'or : le châtiment suivra de près l'offense, dit le Seigneur à Moïse, et ma gloire outragée demande la mort des coupables : ils périront; ne t'oppose point aux effets de mon courroux; ne me lie point les mains par ta prière. Le serviteur tremblant s'abaisse devant le Maître irrité : Moïse prie; sa prière a la force de résister à Dieu, de le vaincre, de désarmer son bras et d'éteindre sa foudre. Mais voilà que de nouveaux crimes l'ont rallumée; Dieu se tait, et tout à
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coup sa colère éclate sur une Dation perverse et trop indigne de pardon; le feu céleste a déjà dévoré des milliers de prévaiicateurs , et continue ses ravages. O mon Dieu, s'écrie Aaron, comment nous chàtiez-vous? et armé du bouclier de la prière, dit l'Ecriture, il s'élance au milieu des flammes, les éteint, et sauve un peuple condamné par la justice divine. La prière du Pontife n'avait pas eu le temps d'arrêter le bras du Seigneur, mais elle a fait plus : la foudre était partie; Dieu la retire et n'achève point sa vengeance : Projerens servitutis suœ scutum, orationem, restait irœ, et finem imposuit necessitati.
Etonnant spectacle, qui, du milieu des ombres de l'ancienne alliance, instruit et console le Chrétien qui prie; car, si telle était l'efficacité de la prière sous une loi de servitude et de mort, quelle doit être sous la loi de grâce et de vie son crédit et son empire sur le cœur de Dieu ? Si Dieu ne lui refuse pas les biens du temps dont nous devons détacher nos cœurs, ne se plaira t-il pas davantage à lui accorder les biens de l'éternité qui doivent attirer nos premiers désirs? et si, pour arriver au terme heureux du salut, il faut à notre faiblesse de puissans secours, ne sommes-nous pas assurés de les obtenir en les demandant au ciel? Oui, qui que vous soyez, priez bien; et vous serez infailliblement exaucé; pourquoi? parce que Dieu l'a promis , et qu'il a scellé sa promesse de l'inviolable sceau du serment; parce que tout est dû à Jésus-Christ, au nom duquel vous priez, et qui vous a transporté ses droits ; parce que c'est l'Esprit-Saint qui prie en vous et pour vous, avec des gémissemens ineffables; parce que le Dieu que vous priez est votre Père, et qu'il en a les sentimens, puisqu'il veut que vous lui en donniez le nom : Pater noster. Vous êtes faible, pauvre, misérable; mais vous êtes son enfant, et vous l'appelez à votre secours; il n'est pas permis à votre foi de douter de sa tendresse ; et si vous, qui êtes méchant, dit Jésus-Christ, savez compatir aux maux de l'infortuné qui vous expose ses besoins, à combien plus forte raison votre Père céleste vous tendra-t-il une main secourable, lorsque vous implorerez son assistance ! Du fond de votre misère, la voix de vos soupirs s'élève jusqu'à son trône; le cri de votre cœur est comme un trait enflammé qui va percer le sien ; et, comme il ne peut pas ne pas entendre votre prière, parce qu'il est Dieu, il ne peut pas, dit saint Augustin, ne la point exaucer, parce qu'il est bon. Sa bonté, son amour, sa parole, sa grâce qui produit et anime vos yeux; les mérites infinis de l'Homme-Dieu, qui sont devenus les vôtres : voilà les fermes appuis sur lesquels repose votre
prière, et qui en font, selon l'expression de Tertullien, une toutepuissance suppliante : Supplex omnipotent ia.
Aux autres dispositions religieuses qui doivent l'accompagner, joignez donc le sentiment d'une humble confiance. Plus cette confiance sera vive, plus le succès de vos vœux est assuré. Il faut même qu'elle bannisse de votre cœur le moindre doute : Postulet injide nihil hœsitans. Dieu ne vous dit pas seulement d'espérer, il vous ordonne de croire qu'il vous exaucera : Crédite quia accipietis. Il n'en a pas fixé le jour et le moment; il veut être pressé, importuné. On ne prie en Chrétien que lorsqu'on persévère dans la prière, qu'on fait au Seigneur une sorte de violence, pour lui arracher des grâces qu'il ne diffère de nous accorder, dit saint Augustin, que pour rendre nos vœux plus ardens, ou les récompenser par de plus grandes faveurs. Ses lenteurs adorables ne donnent aucune atteinte à la véracité de ses promesses; il couronne tôt ou tard nos désirs; et, autant qu'il est impossible que les sermens d'un Dieu soient vains et trompeurs, autant l'est-il que le Chrétien qui prie bien ne soit pas exaucé. (L'abbé Richard.)
Assiduité de la prière.
Pour vous, Chrétien, qui déjà vous êtes enrôlé dans la milice sacrée de Jésus-Christ, demeurez ferme, inébranlable dans la discipline qu'il a lui-même établie; pratiquez, comme il vous l'ordonne, la justice, la tempérance, la pureté, toutes les vertus ; mais surtout partagez vos momens entre la prière et de pieuses lectures ; vivez dans un continuel entretien avec Dieu; tantôt adressez-lui la parole, tantôt contentez-vous d'écouter la sienne. Il vous instruira par ses divers préceptes, et mettra votre ame dans les plus heureuses dispositions. Quand une fois votre ame sera rassasiée de ses faveurs, quel bien pourra jamais vous manquer ? Bientôt les lambris dorés, les palais revêtus du marbre le plus précieux, tout ce qu'il y a de plus brillant et de plus pompeux sur la terre n'auront plus rien que de vil à vos yeux, quand vous aurez appris que vous-même vous êtes un palais bien plus magnifique, un temple bien plus digne de respect, un sanctuaire où Dieu lui-même réside et où le Saint-Esprit a commencé sa demeure.
Voilà la maison , le palais, le temple que nous devons nous efforcer d'orner de tous les charmes de l'innocence et de la vertu , et d'éclairer du flambeau de notre justice. Cet édifice ne tombera jamais de vétusté. L# temps ne peut rien contre lui; les ornemens t. vu. 16
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dont il est décoré, cet or dont nous aurons pris soin de l'enrichir sont à l'abri de toute vicissitude. Toutes les t lioses de la terre sont périssables- elles ressemblent à un tiompeur; et comment pourrions-nous espérer de posséder long-temps, comment pourrionsnous ne pas craindre de voir nous échapper à chaque instant des biens sans réalité, sans consistance ? Notre ame a certes une autre destinée. Si, par la prière, nous prenons soin de l'orner de toutes les vertus, son éclat sera immortel, sa gloire, sa splendeur ne seront sujettes à aucun changement, ou si elles en éprouvent, ce sera pour s'accroître encore, lorsque le corps sortira glorieux du sein de la tombe pour se réunir à lame pieuse dont il fut le compagnon sur la terre. (Saint Cyprien , E pitre II.)
Efficacité de la prière.
On ne se trompe pas, Chrétiens, quand on attribue tout à la prière. Dieu , qui l'inspire , ne lui peut rien refuser : » Un roi , dit « David, ne se sauve pas par ses armées, et le puissant ne se sauve « pas par sa valeur 1. » Ce n'est pas aussi aux sages conseils qu'il faut attribuer les heureux succès. «Il s'élève, dit le Sage, plusieurs « pensées dans le cœur de l'homme 2; » reconnaissez l'agitation et les pensées incertaines des conseils humains : « Mais, poursuit-il, «la volonté du Seigneur demeure ferme;» et pendant que les hommes délibèrent, il ne s'exécute que ce qu'il résout. «Le Ter- «rible, le Tout-Puissant, qui ôte, quand il lui plaît, l'esprit des « princes 3 , » le leur laisse aussi quand il veut pour les confondre davantage, « et les prendre dans leurs propres finesses ■*. Car, il n'y « a point de prudence , il n'y a point de sagesse, il n'y a point de « conseils contre le Seigneur5. » Les Machabées étaient vaillans; et néanmoins il est écrit « qu'ils combattaient par leurs prières 6 » plus que par leurs armes ; assurés, par l'exemple de Moïse, que les mains élevées à Dieu enfoncent plus de bataillons que celles qui frappent.
Que si Dieu accorde aux prières les prospérités temporelles , combien plus leur accorde-t-il les vrais biens, c'est-à-dire les vertus! Elles sont le fruit naturel d'une ame unie à Dieu par l'oraison. L'or.iison qui nous les obtient nous apprend à les pratiquer, non seulement comme nécessaires , mais encore reçues du Père des
i Ps. xxxn, 1G- — â Prov., xix, 21 - 3 Ps. lxxv, \"2, 13. — * Job , v, 13; I Cor., Ul> 19. 5 prov# XX)> 5(\ — 6 Mach., xv, 2§. ^
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lumières d'où descend sur nous tout don parfait; et c'est là le comble de la perfection, parce que c'est le fondement de l'humilité. (Bossuet, Oraison funèbre de Marie-Thérèse d Autriche.)
Péroraison.
Malgré les systèmes d'une fausse philosophie, soutenez-vous dans le sein du Christianisme ; durez pour le bonheur des peuples et des rois, asiles consacrés à la prière, retraites de tant d'ames justes, dont les mains levées vers le ciel, ou en détournent les fléaux, ou en attirent les bénédictions sur la terre; plus utiles aux états , du fond de leurs solitudes , par la ferveur et la continuité de leurs vœux, qui intéressent l'Etre souverain à nous accorder la tranquillité et l'abondance, la paix ou la victoire, que tous ces vains discoureurs d'une secte moderne, qui croient mieux servir la patrie , lorsqu'ils n'ont à lui donner que leurs principes destructeurs, leurs opinions absurdes, leurs maximes licencieuses, des leçons et des exemples de vice. Mais combien la prière doit être plus chère encore au Chrétien qui a son salut à cœur, puisque c'est elle qui imprime sur son front le brillant caractère des élus , et qui met entre ses mains la clef du royaume céleste! Sous les auspices de la prière , qu'est-ce qui pourrait le troubler et l'alarmer sur ses destinées éternelles ?
Serait-ce le souvenir de ses péchés ? Il prie, il demande chaque jour à Dieu le pardon de ses offenses en lui offrant l'hommage d'un cœur contrit et humilié; il le conjure de ratifier dans le ciel toutes les sentences favorables que ses ministres lui ont prononcées sur la terre , de ne point entrer en jugement avec sa créature, et de lui remettre toutes ses dettes; et il ose espérer qu'il ne sera point l'objet de sa colère et de ses vengeances. Le fondement de sa confiance est le même que celui de sa foi; et comme celle-ci n'est pas fausse, celle-là ne saurait être vaine.
Seraient-ce les périls et les écueils que l'esprit de ténèbres sème sous ses pas ? Il prie , il demande au Seigneur ou d'éloigner de lui les traits de la tentation, ou, s'il le met dans la nécessité de combattre , de lui donner la force de vaincre ; et lorsqu'il est aux prises avec les ennemis qui l'environnent ou qu'il porte au dedans de lui-même, il ne se lasse pas de réclamer l'assistance céleste, et il est invincible. Le Seigneur, intéressé par toutes ses perfections à venir alors à son secours, verserait sur lui tous les trésors de sa grâce, et lui enverrait des légions d'Anges, plutôt que de l'a ban -
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donner à sa faiblesse. Ainsi, cjue le inonde et l'Enfer suscitent contre lui mille ennemis acharnés à sa perte, il les craint, mais sans trouble et sans cesser daller à Dieu , parce qu'armé de la prière, il est plus fort que le monde et tous les démons. Serait-ce la sublimité des vertus qui font les saints, et qui sont au dessus de tous nos efforts? Il prie , il fait monter ses vœux vers le Dieu de la sainteté, afin qu'il lui donne lui-même ce qu'il commande : Da quod jubés ; une foi vive, une ardente charité, le renoncement intérieur, l'humilité, la douceur, la patience, l'esprit de piété et de sagesse. Ces biens purs et surnaturels, que Dieu tient dans ses mains pour les répandre sur ceux qui l'invoquent, viennent enrichir peu à peu l'homme de prière. C'est dans le sanctuaire de la prière que se sont formés tous les saints; et, en priant comme eux, on est exaucé.
Serait-ce l'incertitude de cette grâce dernière, sans laquelle tout est perdu, et que Dieu peut refuser à une vie entière de mérites et de bonnes œuvres? Il prie, il sait que Dieu ne la refuse point à la prière; et, dès qu'elle est l'objet continuel de ses vœux, il peut se flatter, dit saint Augustin, de terminer saintement sa course et de mourir dans le baiser du Seigneur. Les ténèbres effrayantes qui environnent le don de la persévérance finale se dissipent en sa faveur, et le lui laissent voir comme son partage assuré: douce et précieuse assurance qui est le plus beau don que la prière puisse faire à ses disciples, et qui couronne tous les autres.
Vous le voyez, Chrétiens, la prière est un moyen souverain et infaillible de salut, et nul autre ne peut le remplacer. Prions donc, et jugeons de la grande affaire de notre salut par notre attachement et notre fidélité à la prière. Prions: quoi de plus glorieux à l'homme que d'entretenir ici-bas un commerce intime avec son Créateur? Prions: quel adoucissement aux misères de cette vie que de pouvoir aller répandre nos cœurs dans le sein d'un Père tout-puissant et qui nous aime! Prions: la prière est tout à la fois notre gloire, notre consolation, notre sûreté. Marchons dans ses voies, et faisons-y sans cesse de nouveaux progrès. Ne sortons point de ce temple sans avoir demandé au ciel, avec les plus vives instances, qu'il ressuscite en nous l'esprit de prière, s'il y est éteint, ou qu'il le ranime, s'il n'est qu'affaibli; il sera le gage de notre bonheur éternel. Ainsi soit-il. ( L'abbé Richard. )