‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostolique (volume 3)Chapitre 3 sur 47 · MEME · texte numérisé non relu

MEME

Péroraison.

Hélas! la pensée de la justice divine remplit quelquefois un pécheur d'épouvante ; malgré ses larmes, malgré sa douleur, il ignore cependant s'il est digne d'amour ou de haine; et le ministre, confident de ses désordres et de son repentir, a besoin de tout son zèle et de toute sa charité pour rassurer cette aine tremblante à la vue des décrets impénétrables de Dieu. Il est vrai , mes frères, que Dieu s'est réservé la connaissance de ceux à qui il a fait miséricorde; seul, il sait quels sont ceux qui lui appartiennent véritablement, et, jusqu'au grand jour du jugement, le plus juste doit opérer son salut avec crainte et tremblement. Mais autant qu'il est permis à des mortels de sonder les jugemens de Dieu et de prévenir cette décision solennelle, on peut présager que le pécheur qui, après avoir lavé ses péchés dans les larmes de la pénitence, tache d'assuser sa vocation par ses œuvres, qui combat sans relâche la chair et ses appétits déréglés, qui prend plaisir à détruire en lui le vieil homme, et soumet ses membres à une juste mortification, avec la même ardeur qu'il les fit servir d'instrument à l'iniquité, on peut présager, disons-nous, qu'un tel homme a dans son changement un gage assuré d'une véritable réconciliation avec Dieu et de sa prédestination éternelle.

Vous venez de me faire comprendre, Seigneur, quelle pénitence vous exigez de moi: elle doit être prompte, car la grâce que vous

*Heb., vi, 6.

m'offrez en ce jour est la dernière peut-être, et si je la négligeais, ce mépris serait suivi peut-être de l'impénitence, c'est-à-dire du plus redoutable de vos châtimens; elle doit être intérieure, car vous n'êtes point semblable aux hommes , et l'on ne peut vous surprendre par les dehors d'un faux repentir; elle doit être efficace, car nos bons désirs, s'ils ne nous rendent meilleurs, ne nous rendent que plus coupables. Votre lumière céleste vient d'éclairer mon esprit; mais tel est l'excès de ma misère et de mon endurcissement qu'à moins d'un nouveau coup de votre grâce je sens que je rendrais inutiles tous les efforts que votre miséricorde fait pour me sauver ; c'en est donc fait, je viens à vous plein de douleur d'avoir pu mériter votre colère , plein du désir de réparer mes longs égaremens. Vous vous plaisez à me pardonner, el, bien loin de haïr l'ouvrage de vos mains, vous dissimulez les péchés des hommes , et les invitez à la pénitence; vous ne me refuserez doncpr-s mon pardon, et la source de vos miséricordes ne sera pas tarie j moi seul. Déjà bien des années se sont écoulées depuis que vous m'appelez vainement à vous; recevez du moins ce qui me reste dune misérable vie, et au lieu de ces jours que j'ai perdus loin de vous, souffrez que je vous offre la douleur d'un cœur contrit et humilié, et les larmes d'une amère pénitence ; et puisque je ne puis plus le rappeler, et qu'il s'est échappé sans retour, du moins je méditerai en votre présence sur le coupable usage que j'ai fait de ce temps précieux, et, le repassant dans l'amertume de mon a me, je ferai tous mes efforts pour mettre à proht les momens que votre grâce voudra bien m'accorder encore, et pour mériter les récompenses éternelles que vous ne refuserez pas au pécheur pénitent. Ainsi soit-il. (M. Borderies, Sur la Pénitence.)

PLAN ET OBJET DU QUATRIÈME DISCOURS SUR LA NÉCESSITÉ DE LA PENITENCE DANS LES

Page 1