tome, Homélie II, sur la Providence
Péroraison.
O mes chers auditeurs! ces guerres, ces tristes succès qui nous humilient présentement , qui nous font gémir et trembler, c'est, selon vous, pour nous accabler, pour nous perdre. A quoi pensons-nous? que savons-nous des desseins de Dieu sur nous? Tu nescis modo ; scies autan postca.
Sans nous alarmer sur l'avenir encore caché sous les voiles de la Providence, excitons-nous, soutenons-nous parle souvenir du passé. Combien d'orages ont paru devoir ébranler le trône et n'ont servi qu'à l'affermir, qu'à le rendre plus inébranlable et plus respectable à nos voisins î
Quand nous voyions, il y a soixante ans, non seulement nos frontières ouvertes à nos ennemis, mais le feu delà discorde allumé dans la France et dans Paris, le sang de nos citoyens couler dans nos places et dans nos rues, eût-on dit que ce même roi dont les premières années étaient obscurcies par ces nuages étendrait l'éclat de sa puissance et de son autorité plus loin qu'aucun des rois ses prédécesseurs? Eût-on dit que les troubles civils seraient suivis de cinquante ans de succès et de victoires? Alors on ne le savait pas , et cependant on l'a vu : Tu nescis modo ; scies autan postca.
Remontons soixante ans plus haut. Quand nous voyions la religion presque éteinte dans la France, l'hérésie, 1 impiété, le fer et la flamme à la main, forcer et saccager les villes, renverser les temples et les autels, fouiller dans les tombeaux, jeter au vent les os de nos saints et de nos rois, insulter durant quarante ans à la piété de nos pères, eût-on pu s'imaginer que ces désordres affreux, ces triomphes de 1 hérésie dussent servir de base au rétablissement delà majesté royale et de l'empire de la foi ? que ce roi fameux, qui marchait à la tête de ces aveugles, dût être le premier à les éclairer par son exemple et à les rappeler sous le joug de la religion ? C'est ce que Dieu nous cachait et ce qu'il nous a fait voir : Scies autan postca.
Remontons par degrés de demi-siècle en demi-siècle; étendons
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notre vue jusqu'aux guerres des Anglais, aux guerres civiles, aux «uerres saintes; voyons trois de nos rois au pouvoir de nos ennemis : l'un dans les fers des infidèles, et, depuis, expirant sur un rivage étranger, abandonnant son royaume aux soins de la Providence.
En a-t-elle eu soin, mes frères? et les vains raisonnemens que la politique formait sur la conduite de ce prince et sur le péril où son zèle exposait alors son état, n'ont-ils pas été démentis par une suite glorieuse d'événemens, tous contraires aux vues de l'homme et conformes aux décrets de la providence de Dieu? Mais le plus grand de ces événemens, c'est que la postérité de ce roi, le plus saint de tous et peut-être le moins heureux , est, depuis près de cinq siècles, encore sur le même trône, illustre par la même foi et comblée de la même gloire.
Chers auditeurs, ne comptons point avec Dieu, mais comptons avec nous-mêmes. Abandonnons-nous à lui ; prions-le seulement qu'il ne nous abandonne pas à nos vains désirs, à notre lâche nonchalance, à nos hunteux déréglemens, à notre impatience enfin; mais qu'il règle tout pour sa gloire et pour notre salut éternel. Demeurons persuadés que ce n'est point sa providence qui nous manque, mais que c'est nous qui lui manquons. Livrons nous à ses soins pour le temps et l'éternité. Ainsi soit-il. (Le P. de La Rue.)
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