T. VU
338 NOUVELLE BIBLIOTIIKQCB
La nuit ne rend pas un moins solennel hommage à la Providence.
Dieu nous la donne pour le repos de nos roi ps qu'épuisent les travaux de la journée, pour le soulagement des chagrins et des
pénibles soucis qui trop souvent nous disputent les veilles du jour, pour l'adoueissenient de ces maladies auxquelles lait du médecin opposerait de stériles secours. Pour en apprécier les avantages, supposez-en l'absence: le corps est sans énergie et le travail est sans succès.
Je ne finirais pas si je voulais parcourir en détail chacune des scènes dont se compose le vaste tableau de la nature. Et tout ce que je puis en dire encore, c'est de répéter que c'est pour vous, ô homme! quelle a été faite tout entière; que c'est pour vous qu'il y a des arts et des sciences, des cités et des hameaux. Pour vous ont été créés le sommeil , la vie, la mort; pour vous la création, telle que vous en pouvez admirer les parties diverses, telle qu'elle doit être un jour à venir, qui la verra plus excellente et plus parfaite; car c'est là ce que nous fait entendre l'Apôtre quand il nous dit que la créature sera délivrée de son asservissement actuel à la corruption.
Cependant , quel profit revenait-il à Dieu de nous avoir tirés du néant pour nous donner la naissance? aucun, assurément; il n'avait nul besoin de notre service. Quelle profonde adoration, quelle vive reconnaissance ne lui devons-nous donc pas de nous avoir, non seulement créés, mais de nous avoir donné une ame spirituelle et raisonnable , de nous avoir mis au rang de ses plus excellentes créatures , et de nous avoir conféré l'empire sur tout ce que nous voyons! N'était-il pas en possession déjà de toute sa gloire et de toute sa félicité, avant de nous donner l'être, avant de l'avoir donné aux Anges eux-mêmes, et aux vertus célestes; et c'est à sa seule bonté que nous en devons le bienfait. (Saint Ciirysostôme '.)
Les desordres qui régnent sur la terre sont la gloire et le plus beau triomphe de la
Providence.
Saint Augustin a eu une grande et belle idée quand il a dit que la Providence n'est autre chose que l'exercice des perfections divines; et il est évident que, quand Dieu a créé le monde, c'était pour en faire le théâtre de ses suprêmes attributs, et pour répandre au dehors l'éternelle grandeur qu'il renfermait en lui-même. Chose admirable ! c'est par tous les désordres qui paraissent d'a-
bri eos qui scandalizati sunt.
DES PRÉDICATEURS. 33q
bord déshonorer son propre ouvrage que Dieu met en activité ses ineffables perfections: et de cette apparente confusion des choses humaines , il sait tirer son triomphe et sa gloire, parce que ce désordre et cette confusion ne sont pour lui qu'un obstacle de plus qui fait éclater sa puissance, un moyen de plus pour faire briller sa sagesse, un motif de plus pour déployer sa justice.
Qu'ils s'abusent étrangement les ennemis de la liberté de l'homme, quand ils la supposent contraire à la toute-puissance et au souverain domaine de Dieu ! Gomment peuvent ils ne pas voir qu'ils rabaissent la Divinité même, en enchaînant sous la nécessité la créature raisonnable; que si Dieu règne en Dieu , c'est en laissant les hommes entre les mains de leur conseil; que, bien loin de borner son empire éternel, ce magnifique privilège ne contribue qua l'étendre; que tout le mal qui en résulte ne le rend même que plus grand, parce que, d'une part, un homme seul qui l'adore par choix et le sert par amour l'honore mille fois davantage que tous les scélérats ne peuvent avilir et dégrader son règne, et que de l'autre, il lui est bien plus glorieux de tirer le bien du mal que de ne permettre aucun mal?
Et c'est ce qui arrive sous l'empire de la Providence. Les médians ont beau faire, elle ne perd jamais ses droits, et, comme dit énergiquement un Prophète J, elle se sanctifie par leurs iniquités, en faisant tourner à ses fins1, même ce qu'ils font contre elle* ils peuvent suivre librement leurs voies injustes et détournées* mais Dieu n'en suit pas moins souverainement ses volontés droites et saintes, et à l'instant ils seraient tous anéantis, plutôt qu'il y en eût un seul qui résistât à sa puissance. Elle brilla sans doute en tirant du chaos tous les biens dont nous jouissons, mais elle porte encore un plus grand caractère en usant pour sa gloire de nos propres passions, et en rapportant à l'ordre souverain la confusion et le désordre même. Quels que soient nos efforts , nous sommes toujours sous la main de Dieu, comme nous vivons sous ses yeux et lorsque nous disons que nous pervertissons l'ordre de ses conseils, si ce langage est vrai par rapport à nous, il ne l'est point par rapport à lui; il règle, dit saint Augustin , nos déréglemens mêmes et, donnant tel cours qu'il lui plaît au torrent aveugle et impétueux de la malice humaine, il fait tout ce qu'il veut de ces mêmes impies qui ne font pas ce qu'il veut : Quum faciunt quod non vult, hoc de eis facit quod ipse vult.
1 Is., v, 1G.