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(leur, ni la crainte de L'avenir) ni le déshonneur auquel elle s'expose dans le présent ne peuvent I arracher à sa perte. Sa passion effrénée la rend insensible à tout : elJe la domine, la maîtrise en tout, et l'entraîne d une manière irrésistible.
L'homme livré à ce penchant dégradant devient nul; son esprit ne saurait plus s'élever à la contemplation des grandes vérités d'une autre vie. Dans cette vie même il n'est plus propre à rien, et il n'est plus qu'un objet de dérision pour tout le monde , et jusque dans l'intérieur de sa propre famille. La moindre affaire est au dessus de ses forces; il ne saurait ni rien prévoir ni rien conduire. Ses ennemis peuvent aisément en faire leur proie; il est inutile à ses amis, à charge à ses parens, et ne se sert de rien à lui-même. Non seulement dans les circonstances difficiles, mais aussi dans les occasions les plus ordinaires, il manque de courage ou de modération. Dans les chagrins dont l'existence des hommes est sans cesse assaillie, il se laisse abattre par le désespoir, et ne montre que lâcheté. Il est également incapable de les supporter avec résignation, ou de chercher les moyens de s'y soustraire. Dans la prospérité, son orgueil, sa dureté, son insolence, le font paraître encore plus méprisable.
Le corps d'un tel homme est un objet dégoûtant et hideux; la passion si vile et si odieuse à laquelle il s'abandonne sans ménagement a flétri les formes qu'il avait reçues de la nature; mais son ame est plus hideuse encore.
Yoyez-le : ses yeux sont chargés d'une humeur qui en a terni l'éclat; sa bouche exhale une odeur de corruption; tous ses membres sont amollis et énervés sous le poids d'un embonpoint qu'il traîne avec peine; le moindre mouvement le gêne et le fatigue, et son corps ressemble à un amas immonde et informe de matières en putréfaction; une foule de maladies cruelles le tourmentent; ses nerfs sont agités par un tremblement continuel; l'abondance des humeurs empoisonne en lui les sources de la vie ; sa tête est pesante, ses pieds et ses mains sont torturés par une goutte incurable; et n'eût-il point à craindre d'autre punition de ses excès, n'y eût-il point d'Enfer ni de Dieu vengeur pour l'y précipiter, il serait déjà assez puni par ce qu'il souffre en cette vie.
Oui, mes frères, la seule considération des fruits amers de l'intempérance serait capable d'éloigner l'homme qui voudrait y réfléchir, de ces tables somptueuses, plus funestes, plus redoutables que les poisons dont l'activité est le plus reconnue. Je dis plus funestes que les poisons, car ces poisons donnent la mort, à la vérité ;
mais ils n'y font pas arriver par des douleurs aussi longues ni aussi cuisantes. Du moins on n'a que quelques instans à souffrir; au lieu que les excès de la gourmandise non seulement donnent la mort, mais, ce qui est plus insupportable encore, la font désirer longtemps à leurs malheureuses victimes, qui n'ont pas même la consolation d'être plaintes au milieu de leurs souffrances.
Car, mes frères, on s'attendrit avec ceux qui souffrent, quand ils ne se sont pas mis eux-mêmes dans le cas de souffrir; mais pour les victimes de l'intempérance et de la débauche, on ne peut que les blâmer, et on n'éprouve pour elles que le sentiment de l'indignation , parce que ce n'est pas la nature qui est la cause de ce qu'elles endurent ; ce n'est pas la méchanceté d'un ennemi qui les a réduites dans un semblable état : elles-mêmes s'y sont jetées volontairement.
De même donc que l'on est sans pitié pour celui qui s'est fait l'auteur de son mal, qui est allé se précipiter de gaieté de cœur dans un gouffre ou sur la pointe d'un glaive , ainsi on ne saurait plaindre l'intempérant. Je dis plus, le sort des premiers touchera encore davantage que celui du dernier. Ceux-là du moins peuvent paraître en quelque sorte moins répréhensibles; on peut penser qu'ils n'ont couru ainsi à la mort que pour se délivrer d'un plus grand mal dont ils étaient la proie : mais l'intempérant n'a pas même une semblable cause, pour s'être livré à des maux plus cruels encore que mille morts réunies.
C'est le cas, mes frères, de vous rappeler ces paroles du Sage : « Qui prendra pitié de l'enchanteur qui a été mordu parle serpent « qu'il voulait charmer, et de tous ceux qui se sont eux-mêmes « jetés sans raison sous la dent des bêtes féroces *?» Car qu'est autre chose lintempérance qu'une bête féroce plus cruelle et plus intraitable encore que toutes les autres ? Le serpent le plus venimeux , le scorpion si redoutable , attaché à [nos entrailles , ne ièraient'pas endurer de plus affreux tourmens que la passion déréglée des plaisirs de la table. Ces monstres du moins ne dévoreraient que le corps ; mais cette passion funeste perd tout à la fois et lame et le corps du malheureux qui s'y abandonne.
O mes frères, gardons-nous donc de devenir ses victimes, et préservons notre ame et notre corps de ses terribles ravages ! Je ne prétends pas ici vous obliger d'embrasser une vie dure et mortifiée, et de vous macérer par des jeûnes et des privations. Heureux ceux qui auront ce courage ! mais il ne m'appartient pas de
1 Eccli., xii, 13.
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vous on faire une obligation* .le no veux que vous porter à retraneher l'excès, et à vous contenir clans les homes d'un honnête nécessaire; car comment serez-vous excusables si vous dépasse/ :le beaucoup ces bornes, tandis que d'autres, qui peuvent se contenter aussi bien que vous, se refusent cependant même des choses qu'on peut regarder comme de première nécessité?
Sachons du moins, si nous n'avons pas la force de les imiter, nous faire un genre de vie dans lequel nous apaisions la faim par une juste abondance, mais sans prodigalité. Ce serait même là encore la conduite qu'il faudrait tenir, quand on ne rechercherait uniquement que le plaisir dans le manger; car c'est dans la modération et non dans les excès que ce plaisir se rencontre. L'homme tempérant trouve un goût agréable à toutes les nourritures qu'il prend; l'intempérant, au contraire, ne rencontre bientôt plus partout que le dégoût; et ce n'est pas moi le premier qui proclame cette vérité, c'est quelqu'un qui avait joui de tout et qui devait s'y connaître. «Celui qui a faim, a-t-ildit, trouve douces les choses « les plus amères; mais le miel est rempli d'amertume pour celui « qui s'est rassasié jusqu'à la satiété ]. »
Quelle est donc cette démence qui nous porte à dédaigner un genre de vie dans lequel nous trouvons tout à la fois la santé, le plaisir, tous les biens désirables, et, par dessus tout, l'avantage de plaire à Dieu ; de le dédaigner, dis-je, pour un autre qui ne nous offre que désagrémens de toute espèce, les maladies, le dégoût, l'ennui, et, ce qui est pis encore, le malheur d'irriter Dieu contre nous? Car si l'Apôtre a pu dire avec raison : < La veuve qui vit « dans les délices, quoique vivante, est comme si elle était morte -, » que faudra-t-il dire des hommes qui montrent la même mollesse ! et si, sous l'ancienne loi, quand tout était charnel, que l'homme n'avait encore rien de commun avec le ciel, un Prophète s'écriait : « Malheur à vous qui vous nourrissez de la chair des chevreaux et « des veaux qui tettent encore leur mère, qui buvez les vins lima pides, qui vous parfumez le corps, et qui dormez mollement « étendus sur des lits d'ivoire 3, » qu'aurait-il dit s'il eût vu notre mollesse? Si ceux qui vivaient de la chair des veaux et des chevreaux méritaient ces reproches, qu'eût-il pensé de ceux qui mettent à contribution pour leurs festins les fleuves, la terre, les mers et toutes les régions du globe? qu'eût-il pensé de ceux qui traversent les flots pour aller chercher des vins étrangers, qui mettent
1 Trov., xxvn, 7. — , * I Tim., v, 6, — 3 Ames , vi, 4.
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tant d'importance à connaître les moindres changemens que les divers climats peuvent faire subir au produit de la vigne, et qui se regarderaient comme perdus et déshonorés à jamais, s'il était un vin dont ils ne se fussent pas remplis dans leurs orgies, lui qui lançait l'anathème contre ceux qui buvaient des vins limpides ? Si ceux enfin qui dormaient sur des lits d'ivoire ont été trouvés dignes de ses reproches , qu'aurait-il pensé en nous voyant prodiguer l'or et les perles dans les meubles mêmes destinés aux plus vils usages ?
Que répondront donc pour leur défense ces hommes qui maintenant vivent dans le luxe et la débauche, et qui n'ont trouvé, ce qui est pis encore, le moyen de faire face à leurs dépenses effrénées qu'en opprimant , qu'en dépouillant leurs semblables ? Quelle protection invoqueront-ils quand il s'agira pour eux de rendre compte de leur conduite? C'est à eux que peuvent s'appliquer ces paroles du prophète Isaïe : «Ma fureur s'élèvera contre eux comme « une fumée embrasée *. »
Malheureux ! vous ne l'aurez que trop provoquée cette juste fureur, vous qui, lorsque vos semblables manquent du nécessaire, prodiguez tant de richesses pour contenter vos goûts criminels et pour éblouir les yeux par une vaine magnificence. Et de quoi vous sert-elle, même ici-bas, cette magnificence que vous payez si cher ? n'est-elle pas plutôt contre vous? ne contribue-t-elle pas à faire ressortir davantage l'inhumanité de votre cœur et attacher sur vous les regards de tout le monde qui vous blâme et vous accuse ?
L'homme tempérant , au contraire , est à l'abri des anathèmes que nous venons d'entendre et du blâme des hommes. Dieu ne le condamne pas ; les feux éternels ne seront pas son partage; il n'est ni un objet de haine ni un objet d'envie. C'est à sa table que les gens de bien ont daigné venir jadis s'asseoir; c'est à sa table que le Christ lui-même, pendant sa vie mortelle, a bien voulu prendre place. Telle était la table où les Prophètes, les Patriarches, les Apôtres et tous les justes qui nous ont précédés satisfaisaient aux besoins de la nature. Ils laissaient les festins somptueux aux tyrans, aux gens enrichis par le crime, à ces pestes du monde, aux voleurs , aux médians et à ceux qui creusent le tombeau de l'innocence.
A l'aspect d'une folle prodigalité , les Anges se retirent Dieu
Is , LXV, O.
358 nouvki.lk •1BUOTAJBQUB
t'offense, les dénions se réjouissent, les gens de bien s'indignent, et l'envie s'anime et s'excite. Mais en voyant une table simple et modeste, où rien n'est donné au luxe, la I)i\iuit«:, les Anges et les hommes applaudissent, et le Fils unique de Dieu y fait descendre ses grâces; car de même qu'il fuit le faste, le bruit et 1 ostentation, de même aussi il est l'ami de l'humble; il l'accompagne, il veille sur lui et le protège. Et que peut craindre, que peut désirer encore celui qui a Dieu pour lui? (Saint Ciirysostôme, Homélie VI , sur la Providence.)
Les malheurs de la vertu ne peuvent autonser les murmures contre la justice de la
Providence.
Sous un Dieu juste le crime triomphant et la vertu dans l'infortune, voilà, Chrétiens, la grande accusation contre la justice de la Providence; voilà l'inextricable difficulté que les habiles parmi les païens se sont transmise de siècle en siècle , et pour laquelle ils ont vainement consumé tour à tour leurs subtilités et leurs sophismes; car ce grand et fameux problème, la raison humaine ne peut l'éclaircir, la révélation seule peut le résoudre.
La raison humaine ne se montre jamais plus audacieuse que lorsque, troublée par l'apparent désordre qui règne dans la société humaine, épouvantée d'y rencontrera chaque pas les malheurs de la vertu et les succès du crime , elle se sent poussée hors de toutes les barrières du respect et delà dépendance, et ose demander compte au souverain Roi du gouvernement de son empire et de la sanction de ses lois. Hélas ! il faut en faire l'aveu , si nous entendons 1 impie , indigné de cette indifférence où Dieu paraît languir pour les choses humaines, l'accuser de sommeil et nier sa providence, l'homme de bien lui-même , à la vue de cette confusion, sent sa foi qui s'inquiète et au fond de son cœur je ne sais quoi qui se soulève et voudrait le porter au murmure et à la rébellion. David , ce roi si saint qui trouvait tant de joie à chanter les justices du Seigneur et à publier l'équité de ses jugemens, ne pouvait, à cette pensée, se défendre lui-même du trouble et de l'abattement. Quelque ferme , disait-il , que soit dans mon cœur le dessein de marcher dans vos voies, o mon Dieu! mes pas cependant ont presque chancelé quand j'ai vu le triomphe des pécheurs et la paix dont ils jouissent dans le crime: M ci autem pêne mot i siuit pedes, pacem peccatorum videns.
C'était pour consoler les Chrétiens de leur temps et raffermir leur
DES PRÉDICATEURS. 35p,
foi ébranlée par les succès des Barbares et par les fléaux sans nombre qui marchaient à leur suite qu'Augustin et Salvien , prenant en main la cause de la Providence , soutenaient ses droits contre les murmurateurs et justifiaient ses conseils par de sublimes apologies. Que vous êtes à plaindre, Chrétiens, de ne point entendre ici, au lieu de mes discours, leurs éloquentes voix et leurs touchantes exhortations au lieu des faibles efforts de mon zèle! Consolez-vous cependant; car si je ne puis faire monter à ma place ni le grand évêque d'Hippone ni le saint prêtre de Marseille, j'ai à vous présenter un confident encore plus sûr des desseins du Très- Haut et un plus habile défenseur de la Providence: c'est Salomon, si justement renommé pour ses méditations profondes et la prudence de ses leçons, ou plutôt c'est l' Esprit-Saint lui-même dont l'inspiration dictait à ce grand roi ses avis immortels; c'est lui qui va vous dévoiler les secrets de l'éternelle sagesse, vous montrer par quels ressorts se gouverne cet univers, et vous apprendre, pour ainsi parler, quel est l'esprit de cette divine politique. J'ai vu, dit-il par la bouche de l'Ecclésiaste, j'ai vu que sous le soleil le prix n'est point pour ceux qui sont le plus légers à la course, ni les emplois pour les plus vaillans , ni les richesses pour les plus habiles, ni la faveur pour les plus savans, mais que tout se conduit ici-bas comme par rencontre et à l'aventure: Sed tenipus casumquc in omnibus. Quel est donc ce tableau et quelles sont ces plaintes ? Est-ce l'Ecclésiaste dont je rapporte les discours, ou bien n'ai-je fait que répéter les éternels murmures qu'excitent parmi les partisans du monde leur avidité trompée dans ses désirs , leur ambition déçue dans ses espérances , le dépit enfin d'un orgueil qui s'est consumé vainement dans de longues veilles et de pénibles labeurs? Toutefois, puisque dans cette peinture des mécomptes humains il ne s'agit après tout que de biens terrestres , on pourrait enfin tolérer ce désordre , pardonner aux injustices de cette confusion, que les mondains appellent la fortune, et la laisser, aveugle qu'elle est, jeter sans discernement aux enfans du siècle ses couronnes ou ses trésors. Mais voici où Dieu voit sa justice manifestement intéressée; voici ce qui confond toutes les pensées, ce qui remplit l'homme de bien de consternation; voici enfin (si vous permettez cette expression) ce qui met le comble au scandale. J'ai vu , dit encore l'Ecclésiaste, que tout arrive également au juste et à l'injuste, au bon et au méchant, au pur et à l'impur, à celui qui immole des victimes et à celui qui méprise les sacrifices, que l'innocent enfin est traité
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connue le cou pabl e , et le parjure comme celui qui jure dans la vérité : / i perjurus Un cl ille qui verum dejerat.
Hommes justes et qui craignez Dieu, n'est-ce pas ce spectacle
qui tant de lois a ('branlé votre constance, vous a troublés pai 1rs anxiétés et les incertitudes, a peut-être élevé des nuages autour de votre foi ? Cependant, que conclut l'Ecclésiaste, et quelles conséquences tirera-t-il de ce mélange inouï de biens et de maux, de vertus sans récompense et de crimes sans châtiment, de tout ce renversement enfin et de ce chaos lamentable? Son cœur sera-t-il abattu par une lâche pusillanimité, ou bien son orgueil irrité s'en prendra-t-il à Dieu lui-même pour le taxer d'injustice et calomnier sa providence? Ah! Chrétiens, c'est ici que vous l'allez entendre condamner par la sentence la plus inattendue, la témérité de vos jugemens et l'audace de vos révoltes. C'est du sein de cette nuit profonde que va briller à ses yeux le rayon de la plus douce lumière; c'est du milieu de ce désordre qu'il verra sortir un ordre tout divin, et c'est dans cette obscure confusion qu'il trouvera la manifestation éclatante des adorables conseils de la Providence. Et j'ai dit, conclut l'Ecclésiaste, et j'ai dit dans mon cœur, uji jour Dieu jugera le juste et l'impie, et alors ce sera le temps de toutes choses: Et dixi in corde meo: Justum et impium judicabit De us, et tempus omnisrei tuncerit. O solution divine de tant d'insurmontables difficultés! ô justification sans réplique des voies de la Providence! ô paroles qui portez l'épouvante dans lame du méchant et qui retentissez si doucement au cœur de l'homme de bien! L'éternité, voilà le mot terrible et consolant qui dissipe tous les doutes, lève toutes les difficultés, fait taire tous les murmures.
Tant que nous sommes sur la terre, Dieu semble oublier ses droits et se dessaisir du domaine qu'il a sur le temps , pour faire l'essai de la malice des médians et livrer à leur puissance l'heure si courte de la vie: Hora vestra, et potestas tcnebvaruin. Mais il entrera enfin dans l'exercice de son pouvoir; l'éternité, qui est le temps de Dieu, prendra la place du temps de l'homme, et après un désordre rapide et passager fixera tout dans l'état d'une stabilité immuable: Tempus omnis rei tune er/t. Tant que nous sommes sur la terre, Dieu semble laisser tomber d'une main inattentive sur les enfans des hommes les biens et les maux , la pauvreté et la richesse, les joies et les amertumes ; ou plutôt , souvent il laisse le crime s'entourer de gloire et d'opulence, et la vertu languir dans la détresse et dans les pleurs. L'éternité montrera en quelle estime étaient, aux yeux de Dieu, des présens qu'il prodiguait à ses enue-
mis, et établissant pour les seuls maux réels et les seuls biens solides une distribution irréprochable, assurera pour jamais des plaisirs purs au serviteur fidèle, et au méchant de véritables douleurs: Tempus omnis rei tune erit. Tant que nous sommes sur la terre , notre indignation contre la perversité et la conscience de notre courte durée nous', rendent impatiens de la punition du pécheur. La gloire du Seigneur nous semble en péril si ses flèches n'atteignent le crime sous nos yeux et durant les rapides instans de notre passage. Mais oublions les pensées de notre mortalité, élevons-nous, dit saint Augustin, jusqu'à l'éternité de Dieu, et devenons éternels avec lui : Jungere œternitati Dei, etcum illo œternus esto. L'éternité ramènera inévitablement le coupable sous cette main vengeresse; si donc Dieu attend, c'est qu'il voit de loin arriver le jour du pécheur; s'il ne se hâte pas, c'est qu'il est sûr d'agir; s'il est patient, c'est qu'il est éternel: Tempus omnis rei tune erit. Tant que nous sommes sur la terre, cet univers visible dont Dieu lui-même a reconnu la beauté, publie éloquemment, il est vrai, la bonté de son Auteur comme sa toute-puissance. Et comment méconnaître, en effet, une bonté qui nourrit les petits des oiseaux et une puissance qui brise contre un grain de sable le courroux de la mer? Mais un autre monde plus digne des soins du Créateur, le monde intellectuel et moral, n'est ici-bas qu'en ébauche; c'est dans l'éternité que l'artisan suprême mettra la dernière main à son meilleur ouvrage et lui assurera une perfection inaltérable; c'est dans l'éternité que nous verrons enfin pourquoi les cris de la vertu semblaient ici-bas les seuls auxquels son oreille fût insensible, et les flots soulevés de l'orgueil les seuls auxquels son bras n'opposât pas de barrière : Tempus omnis rei tune erit, ( M. Borderies.)
Même sujet.
« Je ne me lasse pas de vous dire les mêmes choses , parce « qu'elles vous sont nécessaires. »
C'est ainsi, mes frères, que s'exprimait jadis le grand Apôtre. Que si Paul a cru avoir besoin de revenir plus d'une fois sur les préceptes et les leçons qu'il donnait, afin d'en mieux remplir l'esprit de ses disciples; Paul, dis-je, dont toutes les paroles étaient dictées par l'Esprit-Saint; Paul, au pouvoir duquel tous les démons étaient soumis, et qui guérissait d'une seule parole les maladies les plus incurables; Paul enfin, honoré des premiers
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Unetiens, qui ['écoutaient comme un Ange descendu du ciel pour les instruire, ou plutôt comme Jésus-Christ lui-même; «Il lui a paru nécessaire de dire souvent les mêmes choses, à combien plus forte raison ne devons-nous pas craindre de vous entretenir plus (I une fois sur le même sujet, nous qui sommes si loin d'égaler ce grand maître de la loi !
Oui, mes frères, il est de votre intérêt, non pas seulement de nous entendre plus d'une fois traiter le même sujet, mais même de l'entendre traiter dans les mêmes termes. Que personne de vous ne trouve donc mauvais si je viens vous prémunir pour la quatrième fois contre la dangereuse doctrine du fatalisme : car quand bien même j'aurais l'intime conviction que, dès la première fois que je vous ai entretenus sur ce sujet, vous avez renoncé entièrement à l'erreur que je combattais, toujours serait-il encore nécessaire de vous en entretenir de nouveau, afin de vous rendre fermes et inébranlables dans la vérité; mais parce qu'il est possible que quelqu'un d'entre vous ne soit pas convaincu , parce qu'il ne m'est pas donné de connaître si mes paroles ont fait jusqu'à présent l'effet que j'en attendais, il nie paraît également conforme à la raison et à la prudence de ne pas encore abandonner une matière aussi importante. Aujourd'hui donc je vous parlerai des moyens qui sont en votre pouvoir, pour éviter de nous laisser gagner par ce que cette fausse doctrine peut avoir de captieux.
Or, quels sont ces moyens? Le premier, mes frères, c'est la prière; le second, celui sur lequel je m'appesantirai davantage ici, c'est l'attention à n'avoir que des pensées saintes et vertueuses.
Si en effet vous réfléchissez à ce qu'est véritablement le présent, et à ce que doit être l'avenir; si vous vous faites une juste idée de ces deux ordres de choses, jamais votre ame ne se laissera entraîner à la fatale pensée que cet univers puisse être régi par un pouvoir aveugle.
En voyant les richesses et la prospérité du méchant, pensez à ce que l'Ecriture nous a appris de Lazare et du mauvais riche. Ce dernier n'était-il pas comblé des faveurs de la fortune, quoiqu'il fût cruel, insensible, et plus inhumain que ses propres chiens, puisque ces animaux semblaient touchés de pitié pour le pauvre qui suppliait en vain leur maître de lui donner les miettes de sa table, et qu'ils venaient lécher les plaies dont il était couvert?
L'autre au contraire, quoique vertueux, luttait péniblement contre la faim et les douleurs; et cependant, dans cet état de dénûment et de souffrance , on n'entendit sortir de sa bouche au-
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cune parole impie ; jamais il n'éleva la voix contre la Providence; jamais il n'accusa de ses maux le pouvoir suprême qui régit le monde; jamais il ne pensa que ce pouvoir fût le hasard.
Ce n'est pas lui, mes frères, qui aurait dit avec les impies fauteurs du fatalisme : « Je n'ai jamais fait le mal , et je suis puni comme le plus grand criminel; j'endure la faim et les maladies, tout mon corps se consume peu à peu et tombe en lambeaux , tandis que cet homme, enrichi de la misère de ses semblables, regorge de délices et insulte barbarement à mes maux. Et l'on voudrait que ce fût Dieu qui eût donné les richesses à cette ame dure, pour en faire un aussi mauvais usage, et que ce même Dieu m'eût condamné, moi qui ne l'ai jamais offensé, aux souffrances et aux privations ! Comment pourra-t-on mettre d'accord une telle conduite, avec sa bonté, sa justice et le soin qu'il doit prendre de ses créatures ? »
Non , ce n'est pas Lazare qui aurait prononcé de tels blasphèmes : il aurait frémi même d'en souiller sa pensée. Comment donc ne serait-il pas tout- à-fait révoltant que ceux que Dieu a voulu livrer à toutes sortes de misères le bénissent et le remercient, tandis que vous, qui n'êtes guère que simples spectateurs de ce combat de l'humanité contre les souffrances, vous blasphémerez contre la Providence ? Car enfin , si celui qui souffre se laissait arracher par la douleur quelques paroles coupables, il pourrait en quelque sorte paraître excusable; mais qu'un autre, étranger aux peines de la vie, perde son ame et outrage le Créateur pour des choses que ceux-là mêmes qui les endurent regardent comme un bienfait et un motif de reconnaissance envers le Seigneur, c'est là véritablement ce qu'on doit trouver inconcevable et indigne de pardon.
Quand donc, mes frères , vous verrez le juste livré au malheur, au lieu de vous laisser emporter aux murmures, rappelez-vous l'exemple de Lazare. Vous ne sauriez dire qu'il existe maintenant quelqu'un encore plus juste que ne l'a été cet illustre indigent. Sa patience dans les douleurs, et les récompenses dont lEcriture nous apprend qu'il fut comblé après sa mort, vous sont de sûrs garans de la pureté de sa vie; et pourtant, qui souffrit plus que lui, qui fut jamais plus méprisé des hommes? quelle plus grande indigence que celle à qui il n'était pas même permis de soulager une faim dévorante par les miettes qui tombaient de la table d i mauvais riche?
Pareillement, à l'aspect des prospérités du méchant, considérez
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ce qu'était Le mauvais riche, qui, tout dur, tout inhumain , tout injuste qu'il se montrait, a été sur la terre comblé (le tous les dons de la fortune. Mais avant de vous étonner d un semblable partage du bien el du mal, attendez ce qui doit suivre ; car tout ne m passe pas pour l'homme dans cette vie, et vous venez, que chacun aura été traité suivant ses mérites. Ce n'est en effet que lorsque le juste indigent et le riche coupable auront comparu devant le souverain Juge, et entendu prononcer leur sentence, que vous pourrez, dire avec pleine connaissance de cause de quel coté se trouve le plus de bien ; jusque là, vous devez suspendre votre jugement.
Combien, mes frères, ne voyons-nous pas de gens dont la vie entière n'est qu'une suite de malices, de fourberies, d'injustices, de violences, de crimes de toute espèce, et que la justice des hommes n'a pas encore atteints ? Eh bien ! prenons-nous de là occasion d'en accuser les magistrats? Non, sans doute; mais si ces coupables, une fois mis en jugement, étaient renvoyés avec honneur, quoique leur crime fût avéré; si les malheureux qui ont été leurs victimes étaient encore condamnés à leur place, ce serait alors que nous aurions raison de trouver la conduite des juges criminelle et odieuse.
Pourquoi voulez-vous accuser la justice de Dieu avant qu'elle ait annoncé ce qu'elle ordonnera du sort du pécheur ? Pourquoi ne pas attendre que le temps de la manifestion de la sentence soit arrivé? Mais, direz-vous, les pécheurs ne devraient-ils pas être aussi punis dès cette vie? Homme imprudent, examine-toi toimême, descends dans ta conscience, et alors, bien loin de condamner la patience de ton Créateur, tu le remercieras de cette patience à laquelle tu es si redevable, toi le premier. Hélas! s'il eût fallu que le péché fût toujours immédiatement suivi de la punition, il y a long-temps qu'il n'y aurait plus un seul homme sur la terre. « Car, qui d'entre nous osera se glorifier d'avoir le cœur pur « et d'être exempt de péché *? »
0 mes frères , quand vous serez tentés de trouver injuste la patience dont Dieu use envers les médians , pensez vous-mêmes aux fautes dont votre vie est remplie. Quoi! vous vous troublez, vous vous tourmentez , vous éclatez en murmures , parce qu'un tel homme, qui ne le mérite pas, est élevé aux honneurs, parce qu'il possède de grandes richesses. Ecoutez ce que vous dit à ce sujet l'auteur inspiré des Psaumes : •« Ne vous effrayez pas de
1 Prov., xx, 9.
« ce que le méchant s'enrichit sur la terre; il n'emportera rien « de ses vaines richesses dans la tombe, et la gloire dont il a jouit ne descendra pas avec lui dans les Enfers1. » Ecoutez ce que vous crie un Apôtre : « Toute chair est semblable à l'herbe « qui se dessèche et périt bientôt; et la gloire du monde est comme « la fleur du foin que dispersent les vents.2 » Pensez à ces paroles de Job : « Je suis sorti nu du sein de ma mère, et j'y retournerai « nu5. » Car celui qui meurt n'emporte rien avec lui. Ecoutez enfin saint Paul qui vous répète :« Nous n'avons rien apporté en venant « au inonde; et il est certain que nous n'en emporterons rien « quand nous le quitterons 4.
Et vous , vous appelez heureux celui qui n'aura possédé que des biens fragiles, et qui lui seront inutiles, au grand jour du jugement, quand il aura le plus besoin de secours. O mes frères, quel grand malheur, au contraire, que d'être livré dans ce jour redoutable à l'ignominie, après avoir vécu dans les délices!
Dites-moi , si vous rencontriez un de vos concitoyens riche et puissant dans un pays qu'il lui faudra bientôt quitter, pour revenir traîner dans sa patrie une vie misérable et méprisée, pour y être confondu dans la foule des malheureux qui vivent d'aumônes, trouveriez- vous le sort d'un tel homme digne d'envie? Ne paraîtrait-il pas au contraire à plaindre et digne de compassion? Voilà pourtant ce qu'est le riche, à proprement parler.
Mais je n'ignore pas qu'il en est parmi les hommes qui, semblables aux animaux les plus vils, se sont fait un dieu de leur ventre, et qui, ne vivant que pour le présent, pensent qu'ils ne seront plus rien hors de cette vie. D'autres, tout en croyant que l'homme ne meurt pas tout entier, n'en préfèrent pas moins les biens de ce monde aux biens à venir. Quant aux premiers, qui n'attendent ni peines ni récompenses hors de cette vie, et qui veulent que l'arne soit anéantie dès l'instant qu'elle a cessé d'animer un corps, je les regarde comme des insensés et des furieux, et je ne devrais peutêtre pas même m'arrêter ici à réfuter leur abominable système; car n'est-ce pas perdre inutilement le temps que de vouloir combattre par des raisons celui qui porte la démence jusqu'à nier en plein jour l'existence de la lumière et à révoquer en doute les choses les plus évidentes ? Je veux bien pourtant, mes frères, en faveur de la charité qui doit animer tous les hommes les uns pour les au-
1 Ps. XLViii, 16, 17. — 2 Jac, î, 10. — 3 job., i, 21. — * I Tim., vr, 7.
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tics, tenter da les arracher .1 leireur; et, quoique je sois presque sûr (1 avance de l'inutilité de mes efforts, je leur dirai :
MalJieuieux ! vous niez l'existeiH e d une autre vie ! Quels rapides, quels effraya ns progrès l'esprit du mai vous a fait faire dans la route de l'erreur! Il a commencé par vous entraîner dans la négligence de vos devoirs, il vous a fait renoncer à la tempérance, à la justice, à la vertu ; il vous a portés à une vie criminelle; et, pour apprivoiser votre conscience avec l'idée du mal, il vous a persuadé que vos actions ne dépendaient pas de vous, et que l'odieux des crimes que vous ne cessez de commettre ne devait pas retomber sur votre tète. Ce n'était pas encore assez : après vous avoir fait imaginer, pour vous servir d'excuse, l'opinion destructive du fatalisme, il vous a poussés jusqu'à nier qu'il fût une autre vie et que vous dussiez ressusciter un jour. Quelle autre impiété vous fera-t-il encore commettre après celle-ci ?
Quoi! vous avez rejeté l'existence d'une autre vie ! quoi ! vous attaquez ce dogme consolateur du malheureux! et vous ne craignez pas de vous placer ainsi au dessous des Païens eux-mêmes ? Quoiqu'ils aient donné dans tant d'erreurs grossières, ils n'en sont pas pourtant venus à ce point d'aveuglement. N'ont-ils pas cru qu'il y avait une vie future dans laquelle chacun rendrait compte de ses actions et paraîtrait devant des juges , pour y recevoir des récompenses ou des supplices? Les Juifs, les hérétiques, tous les hommes, de quelque religion qu'ils aient été, ont eu cette même croyance. Vous seuls osez lutter contre ce consentement unanime de tous les peuples, et, en anéantissant dans votre esprit la foi en ce dogme sacré, vous attaquez jusqu'à l'existence de Dieu luimême.
Car les erreurs se suivent et naissent les unes des autres ; et s'il n'y a rien pour l'homme après cette vie, il faut aussi dire qu'il n'y a point de Dieu ; car s'il y a un Dieu , ce Dieu doit être juste ; et il ne saurait être juste sans rendre à chacun selon ses mérites. Or, si tout doit finir pour nous dans notre vie, quand est-ce que Dieu rendra à chacun selon ses mérites? On ne peut dire que c'est dans la vie présente; car vous-mêmes vous avouez que bien des gens jouissent des richesses et des honneurs, quoiqu'ils soient précisément ceux qui les méritent le moins, tandis que les bons sont la proie de l'adversité. Si donc il n'y a pas une autre vie où les justes seront récompensés et les médians punis, il faudra convenir que les uns et les autres ne sont pas traités selon leurs œuvres; alors,
que devient la justice de Dieu? Par suite, vous voilà obligés de confesser que Dieu n'existe pas.
O mon Dieu! que ce blasphème, que ma bouche répète avec horreur , retombe sur la tête de ceux qui m'ont amené à le prononcer ici pour réfuter leurs horribles maximes ! Oui, Dieu existe ; toute la nature vous le crie, et ce Dieu est juste. Sa justice ne permettra pas qu'il laisse le crime impuni et la vertu sans récompense; et par conséquent il y a une autre vie dans laquelle les bons et les méchans seront traités selon leurs mérites.
Soyons prudens , mes frères ; il y a parmi les hommes des malheureux qui vivent sans connaître Dieu; nous, soyons prudens, et veillons sur toutes nos pensées. Avez-vous eu le malheur de pécher , n'ajoutez pas de nouvelles fautes à celles que vous avez commises. C'est multiplier à l'infini la gravité du délit, que de chercher à l'excuser en professant l'opinion d'une fatalité aveugle qui ne permettait pas de faire autrement. Avez-vous eu le malheur de pécher , ne vous méfiez pas de la miséricorde du Seigneur; il est bon, il n'est pas implacable ; il aime à guérir les maux de ceux qui l'implorent et à pardonner à ceux qui reviennent à lui.
N'avez-vous pas lu dars l'Evangile qu'un malheureux serviteur, qui avait dissipé à son maître une somme de dix mille talens, et qui se voyait dans la nécessité de vendre jusqu'à sa femme et ses enfanspour s'acquitter, n'eut pas plus tôt embrassé en pleurant les genoux de celui dont il avait trompé la confiance qu'il lui fut fait remise de sa dette?
Dieu, par cette parabole, a voulu nous faire comprendre qu'il est souverainement miséricordieux, et que, quelque grands que soient nos torts envers lui, il ne demande pour nous les pardonner rien autre chose, sinon que nous recourions à lui. Pourquoi donc, mes frères, l'abandonnerions-nous pour embrasser une doctrine qui ne nous offre que des consolations trompeuses , et qui, loin de no'us faire éviter le châtiment, ^ne nous en rendra que plus dignes encore?
Adorons-le, ce Dieu si rempli de bonté; rendons-lui, autant qu'il est en nous , l'honneur qui lui est dû. Je dis autant qu'il est en nous, car il n'est pas donné à 1 homme d'honorer Dieu comme il le mérite. Ne nous négligeons pas nous-mêmes pendant cette vie, soyons persuadés qu'il aies yeux ouverts sur nous, et que sa providence gouverne tout; et, en nous soumettant à cette divine providence, rendons-nous dignes des biens qui doivent être le partage des fidèles, par la grâce de Jésus-Christ, à qui soit gloire
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et louange dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il. (Saint (Ihkysostôme, Homélie IV, sur la Providc/ice.)
Péroraison.
O providence de mon Dieu, généreuse dispensatrice des miracles de son pouvoir et des richesses de sa miséricorde, que tous les cœurs s'enflamment au souvenir de votre amour, et que toutes les langues publient votre libéralité et les soins maternels de votre sollicitude! C'est vous qui veillez sans relâche sur ce vaste univers, qui en unissez toutes les parties par d'invisibles liens, et qui maintenez cet ordre invariable que suivent, sans se lasser, les créatures innombrables que maîtrise votre bras et que dirigent vos regards. Mais au milieu de tant de soins, c'est l'homme surtout que distingue votre tendresse; c'est pour lui que vous versez avec une inépuisable profusion les trésors de votre magnificence. L'enfance vous doit ses charmes; la jeunesse, son ardeur généreuse; la vieillesse, sa prudence et la majesté de ses cheveux blancs. Vous essuyez les larmes de la veuve, vous entendez les cris de l'orphelin, vous délassez le voyageur fatigué; et c'est dans votre sein que le matelot battu par la tempête trouve enfin un asile. Il est vrai , vous semblez quelquefois vous mettre peu en peine du triomphe du crime et des humiliations de la vertu ; mais je viens d'apprendre à ne plus me troubler de cette apparente indifférence. Providence de mon Dieu, un jour vous jugerez votre cause, et ce scandale ne sera pas sans remède : c'est dans l'éternité que vous ferez cesser une lutte inégale; c'est là qu'elle trouvera sa fin : pour le pécheur, dans une éternelle humiliation ; pour le juste, dans une gloire qui n'aura point de ternie. Ainsi soit-il. (M. Bouderies. )