‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostolique (volume 3)Chapitre 31 sur 47 · RÉFLEXIONS TIIEOLOGIQUES ET MORALES SUR CE SUET · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS TIIEOLOGIQUES ET MORALES SUR CE SUET

Au moment où s'opère la dissolution de letre humain, la parlie corporelle rentre dans la terre' dont elle fut tirée, et la substance spirituelle retourne vers le Dieu de qui elle est venue. Juste, elle est accueillie par lui, et introduite dans ses tabernacles éternels; criminelle, elle en est repoussée, et précipitée dans les éternels abîmes. Mais entre ces deux états , il en est un mitoyen , qui n'est ni la justification pure ni le crime grave. Si je consulte ma raison, elle me dit que la justice suprême ne doit ni laisser sans punition des fautes, ni punir éternellement des fautes légères; qu'il répugne à l'inaltérable sainteté de recevoir et d'unir à elle des âmes qui ne sont pas entièrement saintes, et à l'infinie miséricorde de livrer à des tourmens sans fin des âmes médiocrement coupables; enfin qu'il n'est pas conforme à la divine sagesse de traiter comme les grands saints des âmes entachées même légèrement, et comme les grands coupables les âmes chargées de péchés moins graves. Mais ensuite j'interroge la foi, et elle me révèle qu'entre le Ciel et l'Enfer il est une demeure intermédiaire où Dieu dépose Jes âmes qui se présentent à son tribunal encore chargées de souillures, afin qu'elles s'en délivrent, et jusqu'à ce qu'une correction expiatrice les rende dignes d'être admises dans le séjour de la gloire. Les justes sont un or destiné à orner la cité céleste. Mais l'or qui sort de la terre emporte souvent quelque mélange de matière terrestre et grossière; et dans la sainte Jérusalem il ne peut entrer que l'or le plus pur. Il faut donc, avant qu'il y soit reçu, que toute rouille, toute scorie en soit ôtée. Tel est le dogme catholique, enseigné par toute la tradition, professé constamment par tous les fidèles, défini souvent par l'Eglise, spécialement dans son dernier concile général, et fondé sur les Saintes Ecritures. Nous voyons souvent les Prophètes, parlant au nom de ces aines souffrantes, exprimer, t. vu. 24

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et la douleur de leur châtiment et l'espoir de sa fin. Le Seigneur,

dit David, m'a eli.'tie; niais il M ma p*i lîrioà la inoit. Ouvre/.moi les portes de la justice : j'y entrerai pour c elébrer les louanges de Dieu. C'est la porte du Seigneur, c'est la qu'eutr. ront les justes- Qui m'accordera, s'écrie Job, que vous ne renfermiez, et que vous me protégiez dans les lieux souterrains, jusqu'à ce que votre colère soit passée, et que, dans le temps fixé par vos décrets, vous vous ressouveniez de moi? Parce que j'ai péché contre le Seigneur, dit Michée, je porterai sa colère jusqu'à ce qu'il prononce sur moi son jugement favorable. Il m'introduira dans sa lumière, et je verrai sa justice. Quand Judas Machabée offre des sacrifices pour les morts, et quand l'écrivain inspiré qui nous a transmis ses hauts faits déclare que c'est une sainte et salutaire pensée de prier pour les défunts afin qu'ils soient délivrés de leurs péchés, ils nous enseignent manifestement qu'il y a des péchés qui peuvent être et qui sont expiés après la mort.

Deux causes du Purgatoire.

Ces taches que l'ame juste peut emporter dans l'autre vie , et don t il est nécessaire qu'elle soit nettoyée avant d'être admise dans le ciel, sont de deux espèces. Les unes sont des fautes trop légères pour livrer au feu de l'Enfer , et cependant assez graves pour mériter un châtiment. Il y a des péchés éventuels : il existe donc un Purgatoire. Les autres sont les restes des péchés graves pour lesquels il n'a pas été satisfait. Le dogme du Purgatoire est, à l'égard de ce genre d'offenses, la conséquence du dogme de la satisfaction ; car tel est l'ordre sublime de la religion que nous a apportée Jésus- Christ que tout y est intimement lié. C'est un ensemble de doctrine dont toutes les parties se correspondent. La foi nous apprend à distinguer dans le péché la tache qu'il imprime (appelée par les théologiens la coulpe) de la peine qu'il attire. Elle nous révèle l'admirable accord de la justice dans l'administration du sacrement institué pour l'absolution de nos fautes; de la miséricorde qui remet tout, de la justice qui retient quelque chose; de la miséricorde qui efface et fait disparaître la tache, de la justice qui ne fait que commuer la peine en une autre beaucoup plus légère; de la miséricorde qui se contente du repentir, de la justice qui exige une satisfaction; de la miséricorde qui fait cesser d'être pécheurs, de la justice qui ordonne de rester pénitent. Cette pénitence satisfactoireestune dette que le pécheur contracta envers Dieu lorsque

Dieu daigna lui en remettre une bien autrement étendue : dette de reconnaissance, de justice, d'intérêt, qu'il est rigoureusement tenu d'acquitter. S'il n'a pas satisfait dans cette vie, la suprême équité, qui a consenti à se relâcher de ses droits , mais qui ne veut pas les perdre, les réclamera dans la vie future. Ce qu'il manqua d expier sur la terre, il ira en achever l'expiation dans le Purgatoire, d'où il ne sortira, selon la parole de Jésus-Christ, qu'après avoir payé jusqu'à la dernière obole.

Peines du Purgatoire.

En nous révélant les peines du Purgatoire, la foi ne nous apprend rien de positif sur leur durée , sur leur mesure, sur leur nature. Sur le premier point, tout ce que nous savons , c'est qu'elles auront un terme. Quand la satisfaction sera accomplie, que les péchés seront expiés, et leurs tristes restes abolis, la justice n'ayant plus rien à prescrire, son règne sera terminé : la miséricorde reprendra son bienfaisant empire. Délivrée des obstacles qui la retenaient, lame s'élancera vers la région céleste, et ira dans le seiu de Dieu goûter la béatitude pour laquelle elle fut créée. Relativement à la mesure des châtimens, tout ce que nous pouvons juger, c'est que l'exacte justice qui les inflige les adapte au nombre, au genre, au degré de malice des péchés qu'elle châtie. La pénitence à laquelle nous sommes soumis sur la terre doit être déterminée d'après ces principes. Il est donc naturel de penser que la pénitence du Purgatoire, qui en est ou le complément ou le supplément, est réglée dans la même proportion. Enfin, par rapport à la nature des peines expiatrices, nous sommes instruits par la tradition constante de l'Eglise qu'elles sont extrêmement graves. Tous les Pères, tous les Docteurs se réunissent pour nous représenter ces châtimens comme tellement rigoureux que les plus légers excèdent tout ce que la fureur des hommes peut infliger ou même imaginer de tortures. Plusieurs d'entre eux égalent ces tourmens à ceux de l'Enfer, avec la seule différence de leur durée. Selon saint Thomas, c'est le même feu qui tourmente les damnés en Enfer et les justes en Purgatoire. Saint Augustin dit que le même feu qui consume la paille épure l'or. Ce n'est pas cependant un article de notre foi que dans le Purgatoire un feu matériel tourmente et épure les âmes. Mais c'est une opinion communément adoptée par les Docteurs, positivement énoncée par plusieurs saints Pères, et qui semble même conforme à ce que dit saint Paul, que celui dont

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l'œuvre ne soutientlra pas L'examen rigide qui en scia fait éprouvera du dommage; qu'il sera cependant sauve'*, mais comme par le feu. Toutes les autorités donnent un tel poids à la doctrine du feu expiatoire qu'il serait téméraire de s'en écarter.

Un autre supplice, d'un genre différent, et plus certain, tourmente encore ces âmes infortunées : c'est le sentiment qui les agite, le désir impuissant, l'espoir éloigné, l'amour repoussé. Dans ce inonde, le désir du bien suprême est continuellement affaibli, souvent contrarié , quelquefois même éteint , par les désirs charnels qui viennent le traverser. Mais dans l'ame dégagée du poids de son corps, il reprend toute sa vivacité. Du fond de la prison où elle gémit, elle voit le ciel où elle doit un jour être reçue, et qui est encore fermé pour elle. Si, lorsqu'elle était encore dans les liens du corps, elle désira quelquefois d'en être délivrée, pour s'envoler dans le sein de Dieu, combien la contemplation de cette félicité qui l'attend rend ses vœux plus ardens ! Avec quels transports elle répète le cantique du saint Prophète, que souvent elle chanîa sur elle! De même que le cerf altéré souhaite les fontaines rafraîchissantes, ainsi, et plus vivement encore, je soupire après vous, ô mon Dieu! Quand viendrai-je, quand paraîtrai-je devant votre sainte présence? Mais hélas ! mes larmes sont ma continuelle nourriture, quand une voix intérieure ne cesse de me redire : Où est-il donc ton Dieu? Elle a l'espérance, elle goûte même la certitude que le bienheureux moment arrivera ; mais elle ne le voit que dans un avenir lointain : elle est dans l'impuissance absolue de l'accélérer. Sur la terre, dans les maux qui l'affligeaient, elle nourrissait la consolation de pouvoir s'en faire un titre au bonheur suprême; mais dans l'état où elle se trouve, la souffrance est sans mérite et la résignation sans profit. Son espoir même augmente sa douleur, par le délai qu'il lui fait* éprouver. Son amour pour Dieu, qui en est accru , lui fait sentir plus vivement la douleur de la privation. Ce sentiment, qui fait le bonheur du Paradis par la jouissance, est un tourment dans le Purgatoire par l'éloignement. Ainsi les malheureux savent qu'ils seront admis au suprême bonheur; mais ils souffrent de cruelles douleurs. Ils sont assurés qu'ils verront Dieu, mais s'en voient éloignés. Ils sont persuadés que Dieu les aime, mais ils sentent qu'il les traite en ennemis, et leur félicité future fait leur supplice actuel.

Conséquences du dogme du Purgatoire,

Cette doctrine des peines expiatoires nous est enseignée pour

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que nous en tirions deux conséquences morales , relatives, l'une à nous-mêmes, l'autre aux âmes vertueuses et souffrantes. Il ne suffit pas de croire le dogme du Purgatoire; nous devons agir d'après notre croyance. La foi spéculative est vaine si elle n'est le principe et le mobile de la foi pratique.

Éviler le Purgatoire.

En contemplant les terribles tourmens qu'on souffre dans le Purgatoire, nous devons, retournant notre pensée sur nous-mêmes, considérer que nous en sommes menacés, qu'ils nous seront infligés, si nous ne les prévenons pas par une sainte et rigoureuse pénitence. O vous qui fûtes pécheurs, et que la grâce divine a reçus, vous l'espérez du moins, au sacrement de la réconciliation, songez que vous êtes restés débiteurs] envers la justice suprême dune satisfaction proportionnée. Voyez les célèbres modèles d'un sincère repentir, un David, un saint Pierre , une sainte Madeleine, certains, d'après la parole divine elle-même, de la rémission de leurs péchés, passer le reste de leurs jours, non seulement dans les regrets, mais dans les salutaires rigueurs de la pénitence. Et vous aussi, âmes justes , considérez que, dans le danger où vous êtes à tout moment de commettre des fautes , il vous est , et difficile de les éviter toutes , et nécessaire d'expier celles où vous avez le malheur de tomber. Regardez tout ce qui vous a précédé sur la terre, de saints personnages occupés à réparer, par les austérités de la mortification, les manquemens toujours très légers, quelquefois même point réels , qu'ils se reprochent. Vous ne trouverez pas dans tous les siècles de l'Eglise un seul saint qui n'ait été pénitent. Pouvant acquitter maintenant notre dette envers la justice divine au prix si léger qu'elle nous demande , ne serait-ce pas dans nous une extravagance d'en remettre le paiement au temps où nous serons forcés d'y satisfaire d'une manière infiniment plus abondante et plus rigoureuse?

Secourir les âmes du Purgatoire.

Le dogme du Purgatoire nous impose encore un autre genre de devoir. C'est une vérité aussi ancienne dans l'Eglise de Jésus- Christ que l'Eglise elle-même, plus ancienne même, puisque nous la voyons consignée dans les livre des Machabées , qu'il est en no • tre pouvoir de secourir les aines justes et malheureuses du Purga-

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toire , et d'abréger leurs souffrances par nos vœux et par nos offrandes. Ce qu'elles ne peuvent pour elles-mêmes, nous le pouvons: le concile de Trente l'a formellement défini. Ainsi nous trouvons dans les enseignemens de notre foi l'explication , le fondement, le motif du sentiment de respect pour les morts qu'a mis dans nos cœurs l'Auteur de la nature. Parcourez les nations de tous les pays, suivez-les dans tous les siècles ; vous les verrez toutes, policées et barbares, instruites et ignorantes, recueillir respectueusement les dépouilles corporelles de leurs morts; révérer, décorer, embellir les tombeaux où ils les renferment ; regarder comme un attentat, souvent même comme un sacrilège, de les violer. Tous les peuples privés des lumières de la foi se laissaient aller en aveugles à un penebant naturel; ils cédaient à une impulsion dont ils ignoraient le but. Et nous aussi, nous possédons comme eux ce sentiment précieux de la nature; mais nous en connaissons l'objet; notre sublime religion nous le découvre et nous y dirige. Ce n'est plus une cendre froide à laquelle nous rendons de stériles honneurs; ce sont des âmes semblables à la nôtre, des âmes rachetées du sang de Jésus-Christ, que nous servons par des vœux salutaires, que nous pouvons arracher au malheur, et rendre à la félicité qui leur était destinée. En les renfermant dans leur douloureuse prison, Dieu vous en remet les clefs; il concilie encore de cette manière les droits rigoureux de sa justice et les vues bienfaisantes de sa miséricorde; il exerce sa justice par lui-même, et par vous sa miséricorde; il vous en fait les ministres; il en remet l'exercice à votre volonté , à votre piété, à votre charité. Honorable fonction que vous départit sa Providence! Il ne tient qu'à vous d'être les anges terrestres qui retirerez les âmes du séjour des souffrances, et qui les transporterez dans le sanctuaire de l'éternelle félicité.

Moyens de leur être utile.

En vous conférant ce pouvoir si doux, si flatteur, si glorieux, la bonté divine multiplie encore pour vous , et en faveur de ces âmes qu'elle chérit, les moyens de l'exercer. Toutes les œuvres méritoires, de quelque genre qu'elles soient, œuvres de piété, œuvres de mortification , œuvres de charité faites à leur intention, Dieu les a^rée et daigne les tourner à leur soulagement. Tout ce qui serait satisfactoire pour vous-mêmes, il vous accorde le pouvoir de le rendre satisfactoire pour elles. Adressez, pour leur libération,

vos supplications vers le trône céleste ; quelque peu dignes que vous puissiez être de vous voir exaucés , le divin intercesseur, au nom duquel vous les adresserez en les offrant à son Père, en fera les siennes, leur communiquera sa propre vertu, et obtiendra qu'elles soient exaucées. Offrez, ou faites offrir pour leur délivrance le salutaire sacrifice des vivans et des morts. Malgré l'indignité dont peut être entaché le sacrificateur, Dieu considère la dignité de l'hostie, et la reçoit favorablement. Les indulgences que vous gagnez à leur intention sont encore un secours que vous leur procurez. La miséricorde divine consent à les leur appliquer, et leur en fait un titre à l'accélération. Vous pouvez aussi les soulager par vos jeûnes, par vos mortifications. La bienfaisante Providence daigne leur imputer les peines que vous vous imposez, et les substituer à celles qu'elle leur inflige. En versant pour elles des aumônes dans le sein des pauvres, vous travaillez encore efficacement à faire cesser leurs douleurs. L'aumône a une vertu qui lui est propre pour fléchir le cœur de Dieu; et vous leur donnez , auprès de la divine miséricorde , des intercesseurs qu'elle aime à exaucer.

Les suffrages pour les défunts toujours efficaces.

L'indulgente bonté qui multiplie ainsi les moyens de soulager les âmes qu'elle punit à regret et qu'elle désire de récompenser, en assure aussi l'efficacité. Ils ne resteront jamais inutiles vos suffrages pour les défunts. Il est possible qu'ils ne servent pas à ceux pour qui vous les aurez offerts. Peut-être déjà au séjour de la gloire, n'en ont-ils plus besoin. Peut-être aussi malheureusement condamnés aux éternelles douleurs, sont-ils désormais hors d'état d'en profiter. Mais ne croyez pas que des œuvres méritoires puissent être perdues. Vous avez déposé vos prières et vos offrandes dans les trésors de la miséricorde. Elle les répandra conformément à vos pieuses intentions, et les reversera sur d'autres âmes, dont vous aurez été l'ange libérateur.

Insensibilité pour les âmes du Purgatoire.

Vous savez, âmes infortunées , qu'il est au pouvoir de ceux que vous aimâtes, de qui vous fûtes aimées , de soulager, d'abréger vos cruelles souffrances. Du fond de vos douloureux abîmes, ous levez vos regards et vous étendez les bras vers nous , sur qui vous avez des droits si chers et si puissans. Vous

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vous (''ciic/ comme Job: Ayez pitié de moi, ô vous du moins (jiii fuies mes amis, parce que la main du Seigneur s'e^t appesantie sur moi. Ne vous flattez-vous pas que déjà nos vœux élevés vers le ciel sollicitent en votre faveur la suprême clémence? N'en attendez-vous pas à chaque moment l'heureux effet? Et n'est-ce pas dans vos cruelles souffrances une douce consolation de penser que c'est à des êtres aussi chers que vous devrez votre bonheur? Mais je me trompe: c'est en vain que vous appelez la pitié de ceux dont vous fûtes autrefois chéris. Vous criez vers eux dans votre douleur, et il ne s'en trouve aucun qui vous entende. Les sentimens d'amour que votre cœur nourrit pour eux, et qui par le retour de votre tendresse devraient être votre espoir , deviennent par leur insensibilité une de vos douleurs. Tandis que vous languissez dans les souffrances, ils vivent dans les délices. Ils ont de l'or pour la table, pour le iuxe, pour le jeu, pour les divertissemens , pour les dissolutions : ils n'en ont pas pour votre soulagement. Plus malheureux que le paralytique de l'Evangile qui gémissait sur le bord delà piscine, personne ne se présentant pour l'y jeter et le guérir de son infirmité, vous vous lamentez dans vos douloureuses souffrances de ce qu'aucun, même de vos meilleurs amis, ne s'occupe de vous en retirer.

Ah ! Chrétiens insensibles , que ne peuvent-elles ces malheureuses âmes que vous abandonnez , sortant pour un moment de l'affreuse prison qui les renferme , se présenter à vos regards environnées des flammes qui les tourmentent, et vous faire entendre leurs cris douloureux! L'horreur de ce spectacle secouerait votre apathie, exciterait votre piété, vous inspirerait un vif désir de les soulager. Vous ne voyez pas leurs tourmens, leurs lamentables accens ne parviennent pas à vos oreilles, mais la foi vous les révèle. Vous les connaissez , vous les croyez ces épouvantables souffrances, et vous restez impitoyables. A la justice divine, vous joignez votre propre dureté. Les pécheurs nagent dans la joie , les justes brûlent dans les flammes.

Devoir de les secourir.

Pour vous retirer de cette léthargique insensibilité, Dieu vous envoie le ministère sacré qu'il a établi dans son Eglise. Il nous députe vers vous en qualité d'ambassadeur des défunts. Il nous charge de vous apporter de sa part les désirs et les prières que vous adressent les aines qu'il fait souffrir dans le Purgatoire , et

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de lui reporter les vœux et les supplications que vous ferez pour elles. Ainsi, lorsque dans le désert de Sinaï il livrait aux flammes Israël coupable de révolte , il envoya Aaron se placer entre les morts et les vivans, et les prières de ce grand-prêtre firent cesser la plaie qui désolait le peuple. Ainsi, il nous établit entre vous qui êtes encore vivans et vos frères défunts , pour que , d'après nos exhortations et sur vos sollicitations , il fasse cesser les • peines dont il les afflige. Notre interprétation aura-t-elle le même succès? Dieu aura-t-il à vous reprocher par notre voix, comme autrefois aux Juifs par un de ses Prophètes, qu'en vain il a cherché un homme capable de mettre un terme à ses vengeances, et d'élever entre lui et les âmes qu'il punit un mur de séparation qui arrête les traits de sa colère? Je vous ai réservés, vous dit-il par un autre Prophète, pour être ceux qui direz aux malheureux que je retiens dans les prisons, sortez; et à ceux que j'ai plongés dans les ténèbres, retournez jouir de la lumière. Il vous défend de refuser aux 'morts votre bienfaisance. Mais est-il même nécessaire qu'il vous recommande ou qu'il vous prescrive de secourir ces âmes infortunées ? Vous en donner le pouvoir, n'est-ce pas vous en imposer l'obligation? croyez-vous que la suprême sagesse vous ait confié cette heureuse puissance pour que vous la laissiez oisive et que vous la rendiez inutile? Croyez-vous que la miséricorde, en vous constituant ses ministres, n'exige pas que vous exerciez l'honorable fonction qu'elle vous confie^? Croyez-vous que la justice même qui consent à être désarmée par vous ne le désire pas, et que, si vous refusez d'entrer dans ses vues, elle ne se tournera pas contre vous? Dieu, dit Jésus-Christ, s' abstiendra t -il de venger ses élus', qui dans leurs souffrances élèvent continuellement vers lui leurs cris douloureux? Non, je vous le déclare, il ne tardera pas à tirer la vengeance qui leur est due. Pour secourir ces âmes infortunées , vous n'avez à considérer que leurs horribles souffrances et les facilités que Dieu vous donne de les soulager.

Motif de les soulager.

Mais la bonté infinie ne s'arrête pas là. En vous fournissant de nombreux moyens d'être utiles à ces âmes souffrantes, elle vous en présente les motifs les plus puissans : commisération naturelle, sentiment de tendresse, reconnaissance, justice, charité chrétienne, intérêt personnel, tout ce qui peut mouvoir les hommes, tout ce

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qui est propre à influer et sur leur cœur et sur leur esprit, elle le réunit pour exciter votre sensibilité et déterminer votre bienfaisance.

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