‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostolique (volume 3)Chapitre 32 sur 47 · Commisération naturel · texte numérisé non relu

Commisération naturel

Ce sont des hommes, et vous l'êtes : ce titre seul ne vous suffitil pas pour vous intéresser en leur faveur ? Vous vous piquez d'une tendre pitié pour les maux de vos semblables : vous rougiriez d'être soupçonnés d'insensibilité : la dureté de cœur est un des vices qui vous sont le plus odieux. Vous blâmez un Nabal qui refuse quelques vivres à David, qui en a un pressant besoin. Vous réprouvez le mauvais riche qui ne pense pas à donner à Lazare même les miettes qui tombent de sa table. Vous avez en horreur le prêtre et le lévite qui, passant auprès d'un malheureux couvert de blessures, dédaignent de le secourir; et vous louez au contraire, vous bénissez le charitable Samaritain qui l'assiste de ses soins et de son argent; vous vous dites certainement à vous-mêmes que, vous trouvant dans la même siiuation, ce serait celui-là que vous imiteriez. Vous avez sans doute quelquefois désiré que semblable occasion se présentât d'exercer votre bienfaisante compassion. Cette circonstance souhaitée, vous y êtes continuellement envers les âmes du Purgatoire. Il n'y a pas un moment où elles ne souffrent; vous le savez : il n'y en a pas un où vous ne puissiez les soulager et abréger leurs souffrances. Ah! si la vue d'un malfaiteur dans les tourmens aie pouvoir d'exciter notre pitié, de quelle vive sensibilité doit nous pénétrer la contemplation des tortures bien autrement rigoureuses auxquelles sont en proie tant d'ames justes , vertueuses, destinées au Ciel, qui en sont presque dignes'! Grand Dieu, quel serait mon bonheur si je pouvais espérer que mes faibles suffrages ont eu la vertu de retirer une seule de ces âmes de son horrible prison , et de la transporter au séjour de l'éternelle béatitude!

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