‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostolique (volume 3)Chapitre 33 sur 47 · Tendresse personnelle · texte numérisé non relu

Tendresse personnelle

Et peut-être encore parmi ces malheureux qui souffrent dans les flammes expiatrices, y en a-t-il que nous avons connus, qui habitèrent les mêmes lieux que nous, qui vécurent dans les mêmes sociétés, qui fréquentèrent les mêmes temples, à qui nous fumes unis par les liens du sang , attachés par les douceurs de l'amitié. Si Dieu, vous révélant leur sort, vous faisrit onnaître qu'ils gé-

missent dans l'abîme du Purgatoire, avec quelle ardeur vous vous empresseriez de les secourir ! Que ne diriez-vous pas , que ne feriez-vous pas, que ne donneriez-vous pas pour les délivrer de leurs souffrances? Est-il donc nécessaire, pour que vous vous occupiez de leur malheur, que vous en ayez une connaissance positive et certaine? Il est possible qu'ils souffrent : n'est-ce pas assez pour que vous travailliez à les soulager? Est-il donc déjà loin de votre mémoire, banni de votre cœur, ce père si tendre dont les soins assidus élevèrent votre enfance, formèrent votre jeunesse; cette épouse si fidèle qui fit votre bonheur, avec qui vous n'aviez qu'une seule ame, qu'une seule volonté; ce fils si soumis, qui répondait avec tant de docilité à vos instructions, dans qui vous vous voyiez revivre avec tant de satisfaction; ce frère si cher qui fut le compagnon de vos premières années, qui partagea vos plaisirs, avec qui coulèrent tous vos jours dans une inaltérable union; cet ami si affectueux T dépositaire de vos pensées, consolateur de vos peines, conseil de vos difficultés ; ce bienfaiteur si généreux qui vous combla de tant de biens, à qui vous aviez voué une éternelle reconnaissance? Quelques larmes que vous avez données à leur perte auraient-elles éteint la tendresse que vous leur portiez? Serait-ce, lorsque vous pouvez leur en donner les témoignages les plus solides, les plus efficaces, qu'elle vous abandonnerait? N'estce pas au contraire, dans la douleur que vous cause leur perte, une douce consolation de penser que vous pouvez leur être plus utile maintenant qu'au temps où vous jouissiez de leur présence, et qu'il est en votre pouvoir de leur faire infiniment plus de bien que jamais vous n'en reçûtes d'eux ?

-3. Reconnaissance.

Et ce que vous reçûtes d'eux, c'est tout ce que vous êtes, tout ce que vous avez. C'est à des morts que vous devez les revenus dont vous jouissez, l'état dont vous êtes en possession , peut-être même l'éducation qui vous a rendu capable de gérer votre fortune, digne d'exercer vos emplois. Ce sont des morts qui , par leurs peines, leurs sueurs, leurs veilles, leurs privations vous ont tout procuré. Ils ont travaillé pour vous; vous possédez par eux. N'estce pas un devoir de reconnaissance , un devoir qui devrait être cher à votre cœur, d'employer à leur faire du bien, et le plus grand des biens, une portion du bien que vous tenez d'eux , et qui sans eux ne vous aurait jamais appartenu?

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•i. Justice.

Si vous ne savez pas être reconnaissant , soyez au moins juste, et jugez-vous vous-même. Combien de fois n avez -vous pas mérité les peines du Purgatoire, ou même de plus rigoureuses encore?

Si vous avez le bonheur cl être exempt ou d'avoir été délivré des pèches énormes qui dévouent aux peines éternelles, votre conscience interrogée par vous osera-t-elle vous répondre qu'elle est absolument nette, et qu'elle n'est entachée d'aucune faute vénielle? Pouvez-vous être dans la confiance d'avoir rendu à la justice de Dieu une satisfaction suffisamment abondante pour les péchés graves que sa miséricorde vous a remis? S'il lui plaisait de vous retirer actuellement de ce monde, vous seriez peut-être très heureux de n'être condamné qu'aux flammes expiatrices. Quel droit aurez-vous alors à des secours que vous aurez refusé de donner? Faites pour les aines souffrantes ce que vous désirerez qu'on fasse pour vous, si jamais vous vous trouvez parmi elles, et méritez le suffrage de vos frères que vous laisserez sur la terre, par ceux que vous accorderez à vos frères qui en sont sortis avant vous.

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