REFLEXIONS THEOLOGIQUES ET MORALES SLR CE SL'JET
Ames fidèles, qui avez eu le rare mérite de conserver l'innocence reçue dans votre baptême, ou l'insigne bonheur de la réparer dans la pénitence; qui avez été constamment les amies de Dieu, ou qui l'êtes redevenues, c'est a vous que ceci s'adresse. Ce n'est pas pour vous présenter de vaines félicitations sur l'immense avantage que vous avez su vous procurer ; c'est pour vous apprendre à le conserver, à l'augmenter, à l'employer à l'acquisition d'un bien plus grand encore. L'acquéreur d'un riche trésor s'occupe sans cesse à le garder, à le défendre contre les brigands qui voudraient le lui ravir. Possesseurs du plus précieux des trésors, vous avez en tête un ennemi envieux de votre félicité, travaillant sans cesse, afin de faire de vous sa proie. Pour vous défendre de ses attaques , pour vous garantir de ses ruses, il est un moyen ; mais il n'en est qu'un: moyen nécessaire, moyen assuré. Moyen nécessaire: si vous n'en faites pas usage, vous perdrez nécessairement par cela seul tout ce que vous avez amassé de biens. Moyen assuré : en l'employanr, vous êtes certains, non seulement de conserver la fortune dont vous jouissez, mais de l'améliorer, de la multiplier, de faire de votre récolte de vertus une semence féconde de fruits éternels. Ce moyen est simple, vous le connaissez, vous en avez fait 1 heureuse expérience. C'est de continuer comme vous avez commencé ; c'est, à l'exemple du saint homme Job, de ne jamais vous départir de votre précieuse innocence ; de ne pas vous écarter de cette voie de la justice où vous avez eu le bonheur d'entrer. L'alternative est inévitable : par la persévérance assurer votre salut, ou vous précipiter dans la damnation par le défaut de persévérance. Entre ces deux extrêmes Dieu vous offre le choix, mais il ne vous laisse pas de milieu à prendre. Il ne met pas d'intermé
diaire entre sa bonté et sa sévérité. Il fera ressentir tous les effets de lune aux observateurs constans de sa Loi; il écrasera de tout le poids de l'autre les déserteurs de sa Loi. Il est souverainement important , sans doute, d'entreprendre avec courage l'œuvre de la sanctification; mais ce qui la décide, c'est de la consommer avec constance. Le mérite des commencemens est de préparer, d'amener, de procurer la fin : la récompense est promise à celui qui finit. Les arbres ne donnent pas leurs fruits à la première pluie qui les arrose; la terre n'accorde pas les minéraux qu'elle contient aux premiers coups de pioche dont on la frappe; le voyageur, quelque avancé qu'il soit dans sa route, s'il se laisse ou accabler par la lassitude, ou détourner de son chemin, ne parvient pas à son terme. Judas commence bien, et il finit mal; Paul commence mal et finit bien. Quelle terrible différence dans leur sort ! Judas, dans les flammes qui le dévoreront éternellement, voit Paul au séjour du bonheur, occupant un des trônes où il devait être placé. Le grand Apôtre compare la voie du salut à une lice où on se dispute le prix de la course. Tous courent : un seul remporte le prix. Courez donc, conclut-il, de manière à l'acquérir. On aperçoit la palme dès l'entrée de la carrière; on ne la saisit qu'en arrivant au but. En vain l'un des contendans, plus léger que les autres, les aura-t-i), dès ses premiers élans, laissés derrière lui; s'il arrête sa course, si même il la ralentit, il perd tout son avantage, et voit échapper le prix que ses succès lui avaient fait espérer.
La cessation tle la persévérance est la perle des mérites.
G est une vérité de foi que le juste qui cesse de persévérer cesse d'être juste, et que tous les mérites amassés dans le cours de la vie la plus sainte sont anéantis par un seul péché mortel. Dieu avait chargé son Prophète de l'annoncer au monde. Déclare-leur, lui dit-il, que si, se confiant sur sa justice, un saint, celui même qui aurait mérité que je lui révélasse qu'il a en lui la vie de la grâce , vient à commettre un péché, tout ce qu'il a fait d'actions vertueuses sera mis en oubli, et il mourra dans l'iniquité dont il s'est souillé.
Maudit sera celui, avait dit auparavant Moïse, et tout le peuple y avait répondu avec acclamation ; maudit sera celui qui ne persévérera pas dans les préceptes de la Loi. Notre divin Législateur ne se contente pas de rappeler cette maxime; il l'étend encore; il déclare que, par le péché, l'homme non seulement déchoit de son état, mais encore se met dans un état pire qu'il n'ait jamais été.
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Sous l'emblème d'un esprit immonde, qui, chassé d'une maison, y rentre avec sept autres esprits plus médians que lui, il nous enseigne que le pécheur qui, après avoir été converti par la grâce , retourne à son iniquité, se charge d'un péché grave, se soumet à des peines plus rigoureuses qu'au temps de ses prévarications. Il nous fait répéter cette doctrine menaçante par le prince de ses Apôtres. Il serait hien plus heureux pour ces hommes, ajoute saint Pierre, de n'avoir jamais connu la voie de la justice que de retourner en arrière après l'avoir connue. Ils se rendent semhlahles au chien qui revient à son vomissement, au pourceau qui se plaît et se roule dans la fange. Ecrivez, dit encore le divin Sauveur à son Apôtre chéri , écrivez à l'évêque d'Ephèse, que j'ai à lui reprocher d'être déchu de sa charité primitive; qu'il ait à se rappeler le haut point d'où il est tombé; et que , malgré son zèle contre les faux Apôtres, malgré ce qu'il a souffert en son nom , s'il ne fait pas pénitence, s'il ne reprend pas ses premières œuvres, il éprouvera mes justes châtimens.
Vous couriez si bien, dit le grand Apôtre à ses chers Galates; qu'est-ce qui a pu ensuite vous empêcher d'obéir aux leçons de la vérité? El nous le répétons, après lui , à ceux qui, des voies du salut, sont passés dans celles de la perdition. Que de pertes vous avez faites dans la seule perte de la grâce ! Que d'exercices de piété, que d'oeuvres de charité , que d'actes de mortification , que de sacrifices offerts, que de travaux endurés , que de prières adressées , que de sacremens reçus, que de mérites de tout genre , vous avez détruits par un seul péché ! Dissipateur insensé, tout ce que, dans le cours de votre vie , vous aviez amassé de richesses spirituelles, en un instant vous l'avez dissipé. Eussiez-vous plus travaillé que les Apôtres, plus écrit que les docteurs, plus jeûné que les anachorètes, plus souffert que les martyrs, plus prié que tous les saints ensemble, aussitôt que vous avez cessé de persévérer, tout a péri, tout a été anéanti. Il ne vous en reste plus rien qu'un souvenir humiliant. Ame, autrefois l'heureux objet de nos complaisances, dit le Seigneur par son Prophète, tu étais ma vive image , ma ressemblance entière. Je t'avais remplie de ma sagesse et de tous les dons qui l'accompagnent. Je te voyais brillante d'éclat, décorée de beauté. Tu goûtais d'avance, dans la paix de la vertu, les délices de ce Paradis que te destinait ma miséricorde; dans ce haut degré d'élévation où t'avait placé ma grâce, tu étais comme ces heureux Chérubins qui jouissent sans cesse de ma présence; tout était parfait en toi. Tu fus tout cela, malheureuse, tu le fus jusqu'au
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moment où lu donnas entrée à l'iniquité. O idée profondément douloureuse! combien d'infortunés à qui, pour se procurer un poids immense de gloire, il a manqué si peu ! Qu'un athée qui se fait gloire de braver le Ciel, qu'un scélérat chargé de crimes, qu'un libertin rongé de débauches, ne fassent plus rien qui puisse leur servir pour l'éternité; on ne doit pas s'en étonner. Leurs œuvres, dit saint Augustin , sont presque toujours criminelles dans leur nature, ou vicieuses dans leur fin, ou perverses dans leur intention, ou corrompues par leurs circonstances. Mais qu'un homme qui s'est laissé entraîner à un seul péché mortel, à un péché d'un instant, à un péché de pensée ; qui est resté ensuite fidèle dans sa foi, intègre dans sa conduite, réglé dans ses mœurs, sincère dans ses paroles, juste envers ses frères, charitable pour les pauvres, assidu aux devoirs de son état; que, pour ce seul défaut de persévérance, il ait perdu la puissance de rien faire qui lui mérite le salut, voilà ce qui doit nous pénétrer de la plus amère compassion. Mais telle est la loi céleste; il n'y a plus de mérite pour qui n'a plus celui de la persévérance. Ange de la justice, ministre des vengeances célestes, ouvrez le redoutable registre où sont déposés les arrêts qui règlent les destinées de tous les mortels. Ecrivez-y, le Seigneur vous le commande , écrivez que cet homme est frappé de stérilité. Ainsi la terre entière, dès qu'elle fut souillée par le péché, se vit condamnée à ne plus porter par elle-même que des ronces et des épines; ainsi lame infectée par le péché estdevenue incapable de produire que des œuvres mortes, sans valeur et sans mérite. C'était un arbre fertile, que l'iniquité , comme un vent brûlant, est venue dessécher jusque dans sa racine, dont il ne faut plus espérer aucun fruit, et qui n'a plus à attendre que la sentence qui le condamne au feu.
Justice du jugement contre le défaut de persévérance.
Elle vous paraît bien rigoureuse cette sentence. Mais vous n'en voyez que l'effet. Considérez-en le motif, et vous serez forcé de la trouver juste. Considérez que la défection rend l'homme coupai ble, non seulement de révolte, mais d'ingratitude. Celui qui a eu le bonheur de conserver ou de réparer son innocence, peut-il penser que c'est à lui-même qu'il le doit, que ce sont ses efforts qui le lui ont procuré? Ne sait -il pas que c'est Dieu qui, par son infinie bonté, par une bonté toute particulière envers lui, lui a inspiré la volonté de faire le bien , lui en a fourni les moyens , lui en a