‹ Nouvelle bibliotheque des predicateurs, ou, Dictionnaire apostolique (volume 3)Chapitre 6 sur 47 · J* NOUVELLE BIBLIOTHEQUE · texte numérisé non relu

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communiqué la force? C'est la grâce toute-puissante qui , dans les sentiers de la vertu, avait soutenu ses pas chancelans ou ramené ses pns égarés. Tout ce qu'il a jamais pu avoir, il lavait reçu de la bienfaisance divine. Ainsi Dieu voit en lui non seulement un pécheur, mais un ingrat; non seulement un ennemi, mais un déserteur. N'est-il pas juste que, comme il l'a annoncé lui-même, il redemande davantage à celui à qui il a le plus donné; qu'il punisse plus sévèrement, à raison de ce qu'il s'est rendu plus criminel, et qu'à la peine méritée par l'infraction de la loi il joigne celle qui, est due au défaut de reconnaissance ? L'ingratitude envers 'les hommes est regardée comme le vice le plus méprisable, le plus odieux; serait-elle donc moins criminelle quand elle s'adresse au plus grand des bienfaiteurs? Si, après le tendre accueil qu'il avait reçu de son père, l'enfant prodigue eût abandonné de nouveau la maison paternelle pour retourner à sa vie licencieuse, que penseriezvous de lui ? De quelle manière jugez-vous que son père l'eût reçu une seconde fois? En cessant de persévérer, l'homme abandonne Dieu, pour se livrer au démon; et de là résultent pour lui deux suites désastreuses : d'une part, il diminue les grâces que jusque là leSeigneur lui avait prodiguées; n'est-ii pas dans l'ordre de la justice qu'elles deviennent plus rares à mesure qu'on y résiste? De l'autre part, il donne au démon une force et un empire terrible sur lui. Figurez-vous un homme qui a été esclave chez les infidèles. Après avoir éprouvé les rigueurs de la servitude, il a réussi à s'enfuir; mais il se laisse reprendre : doutez-vous que son nouvel état ne devienne plus rude que le précédent; qu'une prison plus étroite, que des chaînes plus pesantes ne deviennent son partage? Ainsi en use le démon envers ceux qui se laissent retomber dans son fatal esclavage. Que peut espérer dans le combat celui qui , en même temps qu'il s'affaiblit par la diminution du secours qui lui est nécessaire, augmente encore les forces de son ennemi?

La persévérance assure le salut.

" Ce serait donc une pensée déraisonnable d espérer la récompense de la vertu, en cessant d'y persévérer; mais en continuant constamment de la pratiquer, on peut avec fondement s'assurerd'en obtenir le prix. Nous en avons la promesse formelle de celui qui le distribue Quiconque persévérera jusqu'à la fin, sera sauvé. 11 charge son Apôtre chéri de dire à l'évêque de Smyrne , pour être répété ensuite à tous les Chrétiens : Soyez fidèles jusqu'à la fin, et

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je vous donnerai la couronne de vie. Ayez soin , nous répète le même Apôtre de la part de son divin Maître , que ce dont vous avez été instruits dès le commencement demeure en vous, vous demeurerez aussi dans le Fils et dans le Père. C'est ce dont il nous assure lui-même en nous promettant la vie éternelle. Demeurez donc en lui, mes chers enfans, afin que lorsqu'il apparaîtra nous soyons pleins de confiance, et qu'il ne nous confonde pas par sa présence. Nous sommes unis et incorporés à Jésus-Christ, nous dit aussi, dans le même esprit, l'apôtre saint Paul, mais à condition que nous conserverons jusqu'à la fin le commencement de l'être nouveau qu'il a mis en nous.

La persévérance dans le cours de la vie , principe de la persévérance finale.

Le salut dépend de la persévérance finale. C'est l'état où nous serons trouvés au moment de notre mort qui décidera de l'état ou nous serons placés pour toute l'éternité. Cette vérité est si évidente à quiconque a un rayon de foi, ou même de raison, qu'il serait ridicule de vouloir la prouver. Mais ce qui est également évident, c'est que le moyen d'obtenir la persévérance finale est la persévérance quotidienne. Pour être trouvé persévérant à la mort, il faut avoir persévéré pendant la vie. Pour atteindre la fin d'un ouvrage quelconque, il est nécessaire non seulement de le commencer, mais de le continuer jusqu'à ce qu'il soit terminé. L ouvrier n'achève une chaîne qu'après en avoir travaillé et uni tous les anneaux. Il faut, pour nous sauver, qu'une chaîne de bonnes œuvres unisse le mérite de notre fin à celui de nos commencemens. Si nous la rompons , cette chaîne précieuse, si nous laissons entre ses anneaux de l'intervalle, sans les rattacher par la pénitence, il n'y a plus d'union , plus de solidité, plus de salut. La persévérance finale est, nous le savons, une grâce spéciale. Dieu ne nous la doit pas; mais il l'accorde toujours à celui qui, par la persévérance de sa conduite, s'efforce de s'en rendre digne : le don de Dieu demeure toujours à ceux qui demeurent justes. Dieu ne nous la doit pas ; mais, j'ose le dire, il se la doit à lui-même; il la doit à sa véracité , puisqu'il s'est engagé à sauver ceux qui persévèrent. Cherchez , nous dit l'Ecclésiastique , celui qui est demeuré ferme dans les préceptes du Seigneur, et que le Seigneur a abandonné. Ai-je le bonheur d'être du nombre de ceux que la miséricorde divine a choisis de toute éternité, pour les faire jouir de sa gloire et de sa félicité? Je ne puis pas en être assuré. Les noms des pré-

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destines sont écrits dans le ciel ; ils ne sont pas révélés à la terre. La sagesse éternelle les tient renfermés dans ses secrets, pour nous tenir dans une humilité profonde et dans une vigilance perpétuelle. Ce que je sais positivement , c'est que le'gage le plus assuré que je puisse avoir de ma prédestination, c'est ma persévérance. Le Seigneur, dit le Prophète avec une sainte confiance, me rendra selon ma justice. La persévérance est tout à la fuis et le moyen le plus efficace et le signe le plus certain de la prédestination. Si elle ne m'en donne pas une certitude physique et absolue, parce qu'enfin elle-même peut cesser d'être , elle m'en donne , d'après la parole sortie de la bouche de Jésus- Christ, une sorte de certitude morale. La prédestination est , de la part de Dieu , une suite de grâces continuellement accordées; de la part de l'homme, une suite d'actes méritoires sans cesse produits. Ces deux opérations de Dieu et de lame fidèle, concourant ensemble, s'aident, s'entretiennent, s'accroissent mutuellement. Elles sont, réciproquement l'une à l'autre , cause et effet. Les grâces célestes , en tombant avec abondance, engendrent de nouvelles vertus; et les œuvres vertueuses, en se multipliant, attirent encore de nouvelles grâces. Ainsi de vertus en vertus le juste s'avance majestueusement vers le terme de ses désirs. La route qu'il parcourt , éclairée par une continuité de grâces , lui offre une lumière toujours croissante, jusqu'à ce qu'enfin elle le conduise à ce jour pur, brillant et parfait , qui ne connaît pas de nuit. Et la persévérance n'est pas seulement un gage de la prédestination ; elle en est encore l'avantgoût. Rien n'approche plus du juste couronné poursa persévérance que le juste méritant de l'être par sa persévérance. L'image la plus parfaite du saint à qui la palme ne peut plus être ravie est celui qui ne se la laisse plus enlever. A le voir aussi ferme et inébranlable dans ses résolutions, on croirait presque qu'il a acquis parmi nous l'impeccabilité dont on ne jouit qu'au sein de Dieu. Elevé au dessus de toutes les choses de ce monde, il semble, par la hauteur de ses méditations, avoir déjà la tête dans le ciel.

Exemples des Saints.

Tels furent sur notre malheureuse terre, au milieu des dissipations, des vices, des désordres, des dissolutions, des scandales qui la souillent, ces personnages respectables que l'Eglise présente à [notre admiration , à notre instruction , à nos hommages et surtout à notre imitation. Nous ne cessons jamais , dit l'un

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d'entre eux, nous ne cessons jamais de faire le bien, parce qu'en ne nous lassant pas de l'opérer, nous sommes sûrs d'en recueillir le fruit dans le temps. Je suis bien éloigné d'imaginer que je suis arrivé au but ; mais une seule chose m'occupe : c'est , en oubliant ce que je laisse en arrière , de m'avancer toujours vers ce que je vois devant moi, et de m'eft'orcer, avec une ardeur continuelle, d'atteindre le prix inestimable que, par une vocation d'en haut, Dieu nous destine. C'est un Apôtre, c'est saint Paul éprouvé par tant de souffrances, saint Paul sanctifié par tant de fatigues, saint Paul honoré de tant de révélations, saint Paul qui s'avance vers le ciel entouré de tant dames qu'il a conquises , et qu'il y a conduites à sa suite; saint Paul que le Paradis a déjà vu, et qui a entendu des choses qu'il n'est pas permis à une bouche humaine de répéter; saint Paul ne se croit pas encore assuré d'y être admis. Après tant de victoires , il a toujours besoin de combattre. Des travaux si multipliés, si pénibles, si fructueux, ne dispensent pas de continuer à travailler sans relâche et sans fin; de nouveaux efforts lui sont encore nécessaires pour obtenir ce qu'il a si abondamment mérité. Que sont, à côté de tous ces titres glorieux, les petits mérites que nous pouvons faire valoir? En voyant la sainteté la plus consommée qu'aucun mortel ait montrée à la terre dans un danger sans cesse renaissant de se perdre, dans une obligation continuelle de lutter, ne devons-nous pas sentir quelle attention constante, quels soins assidus, quel travail persévérant nous est indispensablement nécessaire pour maintenir le peu de bien que nous avons eu jusqu'ici le bonheur ou de conserver ou de recouvrer?

Précepte de la persévérance.

Nous vous conjurons donc (c'est toujours le même grand Apôtre qui vous fait cette prière), nous conjurons chacun de vous de conserver jusqu'à la fin la môme sollicitude, afin de réaliser vos heureuses espérances. Craignez de devenir lâches et paresseux ; mais au contraire rendez-vous les imitateurs de ceux qui, par la constance de leur force et de leur patience, sont parvenus à être les héritiers des divines promesses. O mes frères si tendrement chéris, soyez fermes , inébranlables, et constamment abondans dans les œuvres du Seigneur, bien assurés que vos travaux ne sont pas perdus devant celui qui en distribue la récompense. 11 n'y a presque pas une de ses Epîtres où il ne recommande

fortement à ses disciples cette persévérance si nécessaire. Et Jésus- Cil irist lui-même, quand il B gll cri un homme qui avait été puni de ses péchés par une paralysie, que lui ordonne-t-il ? De ne plus tomber dans de nouvelles fautes, de peur qu'il ne lui arrive de plus grands

maux.

Bonheur de la persévérance.

Mais, pour vous engager à persévérer, est-il donc nécessaire de vous rappeler tous les préceptes, toutes les exhortations que nous lisons en si grand nombre dans les livres de l'ancienne et de la nouvelle Loi ? Ne les trouvez-vous pas dans vous-mêmes, si vous voulez les y rechercher ? Rappelez-vous les saintes résolutions que vous prîtes lorsque vous vous consacrâtes au service du Seigneur; souvenez-vous combien de fois, depuis ce temps, vous les avez renouvelées. Que pourraient aujourd'hui opposer de raisonnable les séductions du démon aux saintes inspirations que l'Esprit-Saint a si souvent excitées dans votre cœur? Les motifs de votre détermination ne sont-ils pas encore les mêmes qu'ils étaient alors? Les principes de la foi, sur lesquels vous l'établissiez, ont-ils varié? les règles de l'Evangile se sont-elles relâchées? les promesses de Dieu sont-elles devenues moins flatteuses ou ses menaces moins redoutables? les secours de la grâce ne sont-ils pas également certains , également abondans ? Vous regardiez comme un si grand bonheur l'union avec Dieu ! vous goûtiez avec une si douce satisfaction le calme de votre conscience! vous vous faisiez une gloire si pure de vos victoires sur vos passions ! Ces biens si précieux auraient-ils perdu de leur prix à vos yeux? Dieu est toujours le même à votre égard; il désire de l'être éternellement; il le sera tant que vous le voudrez. Voudriez-vous , en changeant envers lui, le forcer à changer envers vous? Seriez-vous dégoûtés de son amitié? préfèreriez-vous sa haine ?

Rareté de la persévérance.

Mais, hélas! par un abus que nos yeux devraient sans cesse pleurer, comme ils ne cessent de le voir, combien elle est rare dans le monde cette persévérance si essentielle! Que d hommes, après avoir heureusement entrepris l'œuvre de leur salut, 1 abandonnent lâchement! Combien en voyons-nous qui semblent ne

s'être élevés à un haut degré de sainteté que pour faire des chutes plus funestes pour eux, plus éclatantes pour le public! Les uns, comme Eve, cèdent à la première tentation; les autres, comme Salomon, résistent jusqu'au temps de leur vieillesse; ceux-ci, tels que le roi Joas, demeurent fidèles tant qu'ils restent sous la direction de l'instituteur qui leur apprit à l'être; ceux-là, tels que l'apôtre Judas , tombent sous les yeux, et pour ainsi dire dans les bras du maître dont les leçons et les exemples soutenaient leur faiblesse. Les intérêts personnels ont la force de maintenir la persévérance de ceux qui les poursuivent; ils donnent des lumières aux plus bornés, de la force aux plus faibles, du courage aux plus lâches, de l'activité aux plus paresseux, de la patience aux plus emportés, de la tenue aux plus volages. Voyez dans les cours, dans les villes, dans les campagnes, dans les armées, dans le barreau, dans le commerce, ceux que l'amour des plaisirs, des richesses, des honneurs, domine, ne pas perdre de vue leur objet, ne pas négliger un moyen de l'atteindre. Le désir du salut est donc bien plus faible que tous ceux-là, puisqu'il ne peut pas soutenir la constance de ceux qui s'en disent animés.

Réponses au prélexlc de la difficulté.

Elle est trop difficile , disent-ils , cette persévérance si recommandée ; elle excède trop nos forces. Quoi! passer ma vie entière, tout ce que ma jeunesse, ma santé, ma force, me promettent d'années, sans me permettre une seule pensée licencieuse, une seule parole libre, un seul plaisir des sens; et les consumer dans la pratique non interrompue des privations, des mortifications, des peines de tous genres!

Oui, j'en conviens, l'exercice de la persévérance a quelques difficultés. Il est des hommes à qui des actes éclatans de vertus héroïques coûteraient moins que la pratique continue des mêmes devoirs. Ce sont surtout les commencemens d'une conversion qui présentent des travaux, qui exigent des efforts. Les plaisirs passés flattent encore, les passions vaincues essaient de se soulever. La mémoire, l'imagination, Jes sens, semblables aux flots qui, lors même que la tempête est apaisée, conservent de l'agitation continuent de tourmenter la volonté, et font encore quelques efforts pour la détourner de sa route. Mais qu'elle reste constante dans sa direction, elle n'en sera point écartée ; après avoir triomphé des plus grands obstacles, elle surmontera aisément les petits.

Vous dites que la persévérance est difficile; considérez le bien infini qu'elle vous assure, les maux immenses dont elle vous préserve. Comparez d'abord le bonheur éternel auquel elle vous conduit à ces biens passagers que vous poursuivez avec une infatigable opiniâtreté et avec des soins que rien ne rebute. Mettez ensuite en parallèle d'une part les flammes de l'Enfer dont elle vous délivre, et de l'autre, les traverses , les douleurs, les infirmités de la vie, que vous vous efforcez d'éviter par des attentions si continues et si multipliées. La persévérance n'est-elle donc difficile pour vous que lorsque les plus grands motifs devraient la soutenir, les plus grands intérêts la faciliter?

Vous dites que la persévérance est difficile. La conversion ne vous serait-elle pas plus difficile encore? Si vous éprouvez de la peine à vous maintenir à la hauteur où vous vous trouvez, que de travaux plus pénibles vous seront nécessaires, quand vous voudrez y remonter ! Si vous n'avez pas pris décidément l'extravagant, l'affreux parti de vous damner, si vous avez le désir de votre salut, prenez donc, pour y parvenir, le moyen qui est à la fois et le plus sûr et le plus aisé.

Vous dites que la persévérance est difficile. Vous flattez-vous de ne trouver dans les voies du vice aucune difficulté ? aucune peine? Les médians marchent aussi dans des routes difficiles, ils se consument de fatigue dans les chemins de l'iniquité et de la perdition. Chaque passion traîne à sa suite ses maux et ses chagrins particuliers, sans parler du remords qui les accompagne toutes. Plus pénibles souvent que la vertu, elles assujétissent à plus de contraintes, exposent à plus de dangers, exigent plus de privations, produisent plus de maux, causent plus de regrets. Ne craindriez-vous les difficultés que lorsqu'il s'agit de faire le bien?

Vous dites que la persévérance est difficile. Ce n'est pas de persévérer qu'il est difficile; c'est de commencer. Encore dans l'innocence de la première jeunesse, ou dans les premiers temps de votre conversion , vous n'apercevez que l'entrée de la carrière. Ayez le courage de poursuivre votre route, et elle s'aplanira sur vos pas. Ne voyez-vous pas qu'en tout genre les plus grandes difficultés sont dans les commencemens ?Le bœuf a peine à se soumettre au joug, le cheval à s'accoutumer au frein. Le guerrier éprouve plus de crainte à ses premiers combats , et le marinier à sa première navigation. Le voyageur ressent plus de lassitude dans ses premières journées. L'apprenti trouve plus que son maître le métier pénible. Ne vous étonnez donc pas si, dans la vie chrétienne, vous éprou-

vez la même chose. En vous armant de constance vous verrez se former en vous l'heureuse habitude du bien , qui l'opère naturellement, dont il découle comme de lui-même. Si la vertu exige de vous quelque patience, quelque effort dans son principe, elle vous en dédommagera avec abondance, parla douceur qu'elle répandra sur tous vos jours.

Vous dites que la persévérance est difficile. Levez les yeux, et voyez le secours qui vous est préparé d'en haut. Regardez cette main divine étendue vers vous, pour vous diriger et empêcher que vous ne vous égariez, pour vous soutenir et prévenir vos chutes. Ces difficultés qui forment devant vos yeux un nuage offusquant disparaîtront devant l'Esprit divin qui vous animera, comme un brouillard qui , au lever du soleil, ou comme une fumée qui s'évanouit à l'apparition de la flamme. Vos premiers efforts vous mériteront, vous attireront, vous communiqueront de nouvelles forces. Chaque combat vous procurera une victoire; chaque victoire vous préparera une paix agréable , glorieuse et solide.

Vous dites que la persévérance est difficile. Et d'où le savezvous , si, pour la pratiquer, vous n'avez jamais voulu vous donner la moindre peine ? On ne désire pas sincèrement la fin quand on refuse de prendre les moyens. Pour persévérer efficacement, il ne suffit pas d'en concevoir le désir; il faut y travailler. Les résolutions les plus fortes ne vous servirent de rien, si elles ne sont point exécutées ; elles ne le seront point, si vous négligez les précautions nécessaires à leur exécution. Dieu promet de vous aider; vous ne pouvez être aidé qu'en mettant la main à l'œuvre. Il bénira, il soutiendra, il couronnera vos efforts; mais il veut que vous en fassiez. Votre sanctification ne peut s'opérer que par lui ; mais il ne veut l'opérer que par vous. Elle doit être tout à la fois son bienfait et votre ouvrage. Celui, dit saint Augustin, qui vous a créés sans vous, ne vous sauvera pas sans vous. Votre salut exige le concours de sa grâce et de votre travail. Ainsi, pour persévérer, deux choses vous sont essentiellement nécessaires: attirer sur vous la grâce et y correspondre. Pour atteindre ce double but, vous avez deux moyens d'autant plus infaillibles qu'ils vous sont présentés par Jésus- Chribt, qui y insiste souvent, qui y fait consister le principal de la vie chrétienne, qui vous les fait encore recommander par ses Apôtres : ce sont la prière et la vigilance. La foi vous enseigne deux vérités essentielles : sans le secours divin vons ne pouvez rien, et c'est la prière qui l'obtient. Implorez-le donc avec ardeur. Demandez à Dieu avec David de consommer en vous ce qu'il a daigné y t. vu, 5

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opérer. Mais en sollicitant la mot) méritez-la ; prévenez avec une attentive circonspection tout ce qui pourrait vous la faire perdre. Ceque Jésus-Christ disait a ses A pôl res, il le disait a tous lei hommes. Veillez, veillez sur votre ennemi, pour que ses ruses ne vous sur prennent pas; veillez sur le monde, pour que ses illusion* ne vous séduisent pas; veillez sur vous-mêmes, pour que vos pensées ne vous égarent pas, pour que votre imagination ne vous emporte pas, pour que vos sens ne vous entraînent pas. Veillez sans relâche, puisqu à chaque moment vous pouvez être attaqués. Mais aussi priez sans cesse, puisqu'il n'y a pas un instant où le secours divin ne vous soit nécessaire. Ne vous imaginez pas qu'il suffise de veiller et de prier au moment de la tentation. Voyez les chiens défenseurs du troupeau ne pas l'abandonner, lors même que les loups et les voleurs sont éloignés; et, par l'assiduité de leur garde, empêcher qu'ils ne surviennent. Il en sera de même de votre ame. La prière et la vigilance soutenues, non seulement la détendront contre la tentation, mais empêcheront même qu'elle n'en approche. Persévérance dans la prière, persévérance dans la vigilance, voilà les moyens de conserver la persévérance dans la vertu, et d obtenir enfin la persévérance finale. (Le G. de La Luzerne, Considérations sur divers points de morale. )

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