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REFLEXIONS THEOLOGIQUES ET MORALES SLR CE SUJET

Notion de la foi.

Le saint concile de Trente nous enseigne que la foi est le commencement, le fondement, la racine de toute notre justification .

La foi est le commencement de notre justification. C'est elle qui, son flambleau à la main, nous conduit dans les voies de la perfection, nous mène à toutes les vertus chrétiennes, nous ouvre la porte de l'enceinte sacrée où elles résident, nous y introduit, nous les fait connaître, et, répandant sur elles sa vive lumière, les fait briller à notre vue de tout leur éclat, et du sien propre.

La foi est le fondement de notre justification. C'est sur elle qu'est établi , que repose , qu'est affermi l'édifice de notre salut. Que cette base fondamentale soit ébranlée, le bâtiment qu'elle supporte s'écroule aussitôt, et tombe tout entier en ruines. Mais tant qu'elle reste solide, l'édifice est aisément entretenu; ou, s'il éprouve quelque dégradation, il peut être promptement réparé.

La foi est la racine denotre justification, de cet arbre dévie que nous devons cultiver avec un soin assidu. Racine profonde, qui communique à tous ses rameaux, et y fait couler la sève vivifiante: racine ferme qui le soutient, et, le fixant fortement, lui fait braver les orages et les tempêtes; racine féconde, qui l'enrichit de fruits abondans et salutaires. Elle est, comme l'appelle le Sage, la racine de l'immortalité.

Quelle est donc cette vertu primordiale qui amène à sa suite , comme son cortège , toutes les autres vertus , et de laquelle notre sainteté reçoit son principe , sa stabilité, sa fécondité ? Tous les docteurs s'accordent à définir la foi , une lumière surnaturelle infuse dans nos esprits, par laquelle nous croyons fermement en Dieu et à toutes les vérités qu'il nous a révélées.

La foi est une croyance ; mais toute croyance des objets religieux n'est pas la foi. Il est des vérités sacrées que notre raison nous présente, nous prouve, nous persuade, et porte au dernier degré de conviction , qui est la certitude. Ainsi l'existence , et plusieurs des perfections de l'Etre Suprême , nos principales obligations, soit envers lui, soit entre nous, n'ont besoin, pour être connues, que de cette lumière naturelle dont il a gratifié la nature humaine, et ont en effet été professées par beaucoup de nations qui n'avaient point le bonheur de la foi. En concluerons-nous que ces vérités, qui forment ce qu'on appelle la religion naturelle, n'appartiennent point à la foi, et lui sont étrangères ? Non sans doute. Une vérité ne peut-elle pas être rendue sensible par divers moyens, et certaine par différens motifs ? Ce qu'un flambeau m'avait fait apercevoir à travers l'obscurité, le soleil , chassant les ténèbres , me le fait voir ensuite dans sa plénitude, et avec une entière clarté. Telle est à peu près, sur les principes de la religion naturelle, la connaissance successive que nous donnent la raison et la foi. Une lumière naturelle les avait fait découvrir à notre intelligence. Les rayons du soleil de vérité, descendus du haut des cieux dans notre esprit, d'abord achèvent d'éclairer l'intellect, en dissipent les ombres, en éclaircissent les difficultés , excitent la volonté, et la font adhérer fortement aux vérités qu'ils font briller de leur lumière.

La vertu théologale et surnaturelle de la foi diffère de la croyance naturelle par son motif, par son principe, par sa nature, par ses objets, par ses effets.

Les motifs généraux de toute croyance naturelle sont la force du raisonnement, le rapport des sens, le témoignage des hommes. Le motif unique de la foi chrétienne est l'autorité du Dieu révélateur. C'est sous ce point de vue exclusif qu'elle considère les vérités saintes. Elle les adopte parce que Dieu les enseigne. Les motifs naturels servent bien à établir la foi : ils attestent que Dieu a parlé ; ils démontrent que Dieu ne peut ni recevoir l'erreur, ni la donner. Ainsi ce sont eux qui amènent notre raison à l'autorité divine. Mais là ils l'abandonnent : ils la remettent entre les mains de cette infaillible véracité, qui sera désormais son guide, son docteur, son oracle.

Le principe de la croyance humaine est dans une raison droite que n'aveuglent pas les préjugés, que n'égarent pas les passions. Le principe de la foi divine est la motion surnaturelle de la grâce. Elle est, nous dit le Sage, un don de Dieu, un don de choix. Nous acquérons la croyance , nous recevons la foi ; il est en notre pout. m, i3

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voir de la mériter, il est au dessus de nos efforts de nous la donner. La croyance naturelle est de sa nature spéculative : c'est un simple acte de l'intelligence, qui croit ce qui lui est démontré. La foi surnaturelle est non seulement spéculative, mais pratique : elle se soumet non seulement l'intelligence, mais la volonté; non seulement elle croit, mais elle veut croire; elle donne non seulement un assentiment, mais une imperturbable adhésion; elle consiste non seulement dans la croyance, mais dans l'attachement à la croyance. Consultons l'expérience, et peut-être la nôtre propre. Combien de gens ne sont pas pénétrés des vérités dont ils sont convaincus! Ils n'en doutent pas; mais ils n'en sont nullement touchés. Elles ne leur sont pas étrangères; elles leur sont indifférentes. Leur esprit reconnaît l'évidence; leur cœur en repousse les conséquences. Pharaon et ses magiciens, dans les miracles de Moïse, admirent le doigt de Dieu , et cependant s'endurcissent contre les obligations qu'il leur impose. La grâce de la foi pénètre jusque dans le cœur ; en s'y répandant elle l'amollit de son onction ; elle y grave fortement les vérités qu'elle a imprimées dans l'esprit; elle lui fait chérir ce qu'elle enseigne, désirer ce qu'elle promet. Ainsi la prudence humaine, qui n'est qu'une simple persuation, a un terme; c'est la certitude, au delà de laquelle il n'y a plus rien; et quand elle y est arrivée, elle ne peut le passer. Au contraire, la foi, qui, outre la conviction , est un sentiment, peut toujours s'accroître. Son activité n'a point de mesure; ses élans peuvent continuellement devenir plus vifs. Tout chrétien peut et doit dire avec les Apôtres : Seigneur, augmentez en moi la foi.

Les objets de la croyance naturelle sont uniquement ceux que la raison connaît et démontre. Ils sont aussi, comme nous l'avons vu, confirmés par la foi. A l'autorité de simple persuasion dont jouit la raison, la foi ajoute l'autorité d'empire qu'elle possède; et, apposant aux vérités reconnues son sceau divin, elle les consacre, et érige en devoir l'inébranlable persuasion. L'existence de l'Ètre-Suprême, les récompenses de l'autre vie, qui sont des vérités évidemment présentées par la raison , sont en même temps, selon saint Paul , des dogmes de cette foi sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu, Mais le domaine de la foi s'étend bien au delà des limites étroites de notre intelligence. Du ciel dont elle vient elle fait descendre sur nous des vérités d'un ordre supérieur, {uistjuelleîi toute raison humaine est par elle* môme incapable fj^tteiriclre, §i ç}\$ ne Igs revêt pas \o\\m <i une entière çhvtéf

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elle leur imprime à toutes une entière certitude; et, dans les objets qu'elle nous présente, elle surpasse la persuasion naturelle de toute la distance qui est entre l'enseignement divin , et la connaissance humaine.

Ainsi les effets de la foi sont bien autrement abondans que ceux de la simple croyance. Si nous considérons sa nature, elle est une vertu infuse que nous devons conserver et cultiver en nous avec soin. Si nous levons les yeux vers l'autorité dont elle émane, nous voyons l'infaillible véracité qui bannit tout doute et fait rejeter sans examen toute difficulté. Si nous mesurons son étendue, elle comprend des vérités qui excèdent notre raison. Nous devons donc croire avec une entière certitude , et une absolue soumission , même les parties de son enseignement que nous sommes dans l'impuissance de comprendre.

La foi est un bienfait du Seigneur. Jésus-Christ déclare que nul ne peut venir à lui, si Dieu ne l'y attire. Son Apôtre nous répète de sa part que' c'est par la grâce, et non par nous-mêmes, que la foi nous sauve, parce qu'elle est un don de Dieu. La foi, qui tend directement à Dieu , vient immédiatement de Dieu. Elle est une chaîne qui du trône céleste descend sur nous, pour nous y attacher, et qui, remontant de nous à ce principe de tout bien , nous y lie plus fortement encore. La foi est une grâce; elle est donc, comme le nom même l'indique, absolument gratuite. Nous sommes . à l'égard de la foi , comme des malades qui reçoivent le salut des remèdes qui leur sont appliques. Libertins de cœur et d'esprit , cesse* d'abuser de ce principe pour exeuser votre incrédulité ; et de prétendre que, si vous ne croyez pas nos vérités saintes, c'est que le don de la foi vous manque , et qu'il n'est pas en votre pouvoir de vous le donner. Cette défaite illusoire, qui autorise toute impiété, a été positivement prescrite par le divin Maître , quand il reprochait à ses disciples la modicité de leur foi, et aux Juifs leur incrédulité formelle. Le malade n'a pas la puissance de détruire lui-même sa mortelle infirmité ; mais il dépend de lui d'appeler le médecin qui la guérisse, de se soumettre aux remèdes qu'il lui prescrit. Implorez de même la grâce de la foi , et elle viendra au secours de votre faiblesse. Soumettez-vous à son enseignement, et, en s'accroissant, elle vous fortifiera de plus en plus. Dieu ne vous la doit pas ; mais il la promet à vos veux, à votre soumission, à vos efforts. Il ne vous la doit pas; mais il la doit à lui-même et à ses promesses. Ne prétextez donc plus la. nécessité de la grâce pour vous y sous^ frairo, lafoj est à la foji un Jnenfait gratuit et une véçom^me?

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Dieu la donne à qui il veut, et il ne la refuse jamais à ceux qui s'en rendent dignes, en la désirant, en la sollicitant, en la recherchant, en y coopérant.

Reconnaissons que c'est un trait de la sagesse et de la bonté divine d'avoir fait de la foi, en même temps qu'une vertu, une grâce qui en facilite l'exercice. La foi nous présente deux sortes de vérités, les unes spéculatives, qu'elle nous oblige à croire, les autres pratiques qu'elle nous ordonne d'observer. Mais, parmi les premières, il y en a qui surpassent la portée de notre intelligence; entre les secondes, beaucoup contrarient nos inclinations. L'intellect se soumet difficilement à croire ce qu'il ne peut comprendre : la volonté a peine à pratiquer ce qui lui est désagréable. Mais la grâce de la foi allège ce que le principe de la foi peut avoir d'onéreux. Elle fortifie la raison contre les doutes, et la volonté contre les séductions. Elle convainc l'une, et, dans la révélation divine qu'elle fait retentir à ses oreilles , lui montre un motif évident de croire même les dogmes incompréhensibles. Elle aide l'autre, et, dans ses promesses et ses menaces de l'autre vie, lui apporte un secours puissant pour la faire triompher de ses répu-

gnances.

Ce n'est que de Dieu , qui seul se connaît lui-même, que l'homme peut recevoir des connaissances certaines sur cet être infini. Elles lui sont pour l'ordinaire communiquées par des hommes ; mais c'est de Dieu qu'elles viennent primitivement : et dans la voix de l'homme le chrétien reconnaît et adore la parole de Dieu qui lui est transmise. Que l'hérétique ne nous reproche donc plus d'attribuer à des hommes l'infaillibilité que nous reconnaissons dans l'Église enseignante. Ce n'est pas des hommes qui prononcent les définitions doctrinales que nous révérons les vérités irréfragables : c'est de l'Esprit-Saint dont ils sont les organes, et qui par ses inspirations les préserve de toute erreur. C'est de Jésus-Christ, qui a promis au corps de ses Apôtres, réuni à son chef, d'être avec eux tous les jours jusqu'à la consommation des siècles. Les vérités qu'ont transmises à l'Eglise les écrivains sacrés, et que l'Eglise présente avec autorité à notre foi, sont un extrait de la science divine. Lors donc que le fidèle soumet à la révélation divine son entendement, et se pénètre de l'intime persuasion des vérités qu'il ne comprend pas, il laisse une lueur faible s'effacer devant une vive lumière : il quitte un guide incertain , pour suivre un conducteur impertubable : il abandonne une règle douteuse, pour s'attacher à une loi indéfectible ; il préfère à ses idées trompeuses un

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oracle infaillible : il substitue la raison de Dieu à sa raison , la connaissance de Dieu à sa connaissance, le jugement de Dieu à son jugement.

Appuyé sur cette base immuable de la parole divine , la foi du chrétien est inébranlable comme elle. Dieu a parlé : que toute incertitude s'évanouisse , que toute curiosité se réprime , que tout préjugé se dissipe, que toute passion se réforme, que tout raisonnement se taise, que toute intelligence s'abaisse et se soumette humblement au joug de la foi. Quelle évidence plus grande que ce qu'enseigne l'auteur de toute évidence ? Telle fut l'imperturbable foi du grand Patriarche, le père des croyans, qui, se confiant sur les promesses divines plus que sur les lumières de sa propre raison, espéra contre tout motif humain d'espérer. Telle a été la foi de tout ce qui a existé de saints, de ces génies profonds, de ces personnages si savans que nous présentent les fastes de la religion. Tout ce qui n'a pas ce caractère d'une inaltérable fermeté n'est pas digne d'être appelé la foi chrétienne.

11 est donc aussi insensé que coupable cet orgueil quia l'effronterie de se décorer du nom de philosophie ; qui dédaigne les dogmes qu'il devrait adorer; qui, loin de se soumettre à l'enseignement divin, a la prétention d'assujétir l'enseignement divin à ses jugemens; qui ose demandera Dieu le comment de ses révélations, le pourquoi de ses préceptes; qui s'arroge le pouvoir de mesurer la grandeur de l'Etre infini sur ses courtes pensées; et qui déclare fastueusement impossible tout ce que son étroite compréhension ne peut contenir. Quelle extravagance de vouloir que les dogmes d'une Religion divine soient proportionnés à l'intelligence humaine! Dans le monde physique que Dieu abandonne à nos disputes , nous rencontrons à chaque pas des mystères. Ce que nous voyons, ce que nous touchons, souvent nous ne le comprenons pas. Nous ne pouvons ni douter de l'existence des choses naturelles , ni savoir comment elles existent: et, par une inconséquence frappante, les plus inaccessibles à notre raison, les choses de Dieu, les vérités qu'il nous révèle, nous les rejetons sur le fondement unique que nous ignorons comment elles peuvent être. Dieu serait-il infini si nous pouvions le connaître pleinement ? Il en est à cet égard de notre foi comme de notre raison. Dieu a posé des bornes à la raison pour qu'elle fût] réservée : il a laissé des obscurités dans la foi pour qu'elle fût soumise. Mais sa bienfaisante sagesse a donné à celle-là une étendue, à celle-ci une clarté suffisante pour nos besoins. Elle ne produit rien de superflu; elle ac-

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corde tout l'utile. Et la raison, et la foi, nous découvrent , chacune dans leur ordre , tout ce qu'il nous importe de savoir. De quel avantage nous seraient les connaissances naturelles auxquelles la raison ne peut atteindre ? Quel bien nous reviendrait de voir clairement les vérités sacrées que la foi nous cache? Ainsi la foi est obscure , et elle doit l'être. Elle est obscure en ce qu elle ne dissipe pas les nuages dont Dieu environne son trône. Elle est obscure de même que la mer paraît noire à raison de son immense profondeur. Elle est obscure ; mais ses ténèbres conviennent à son état présent. Sans cette obscurité , quel mérite aurait notre croyance ? Elle est obscure ; mais les abîmes de l'incrédulité sont plus impé- j nétrables encore. Elle ne peut rejeter nos incompréhensibilités qu'en se jetant dans des contradictions. Elle est obscure, mais seulement dans ses objets. Que nous importe que ses dogmes soient incompréhensibles, s'ils nous sont rendus certains? Dieu veut une soumission qui croie , et non une curiosité qui examine. Il nous présente ses vérités à croire, et son être à adorer. Notre œil n'a qu'un horizon restreint dans lequel sa vue puisse s'étendre. Au delà des limites que lui assigna la main qui le créait , ses regards ne peuvent atteindre. Il voit nettement les objets que le soleil éclaire; mais, trop faible pour fixer cet astre, il ne peut soutenir ses rayons étincelans. Nous voyons de même clairement les objets sur lesquels le soleil de vérité répand sa vive clarté. Mais si nous entreprenons de le contempler lui-même, nous serons aussitôt éblouis de son éclat. Plus la raison est éclairée , plus elle sent la nécessité, plus elle reconnaît l'obligation de se soumettre à la foi. Ses lumières lui découvrent les bornes qu'elle respecte, et qu'elle n'entreprend pas de franchir. L'aveugle incrédulité court imprudemment se heurter contre ses bornes sacrées que ses efforts impuissans ne lui feront jamais outre-passer.

A son inébranlable fermeté notre foi doit joindre une autre qualité essentielle : c'est une profonde humilité. Si la foi est la base du Christianisme, l'humilité est la base de la foi. Recherchez le principe de toutes les hérésies qui dans les divers siècles ont divisé l'Eglise, et de l'erreur bien plus funeste qui la désole encore de nos jours : partout vous trouverez l'orgueil. Des hommes présomptueux ont prétendu élever l'édifice de leur croyance sur leurs vaines idées ; et le bâtiment, dénué du fondement qui seul pouvait le soutenir, s'est écroulé sur eux. Jésus-Christ l'a positivement déclaré : ceux-là sont incapables d'avoir la foi , qui recherchent , non la gloire que Dieu distribue, mais celle qui vient des hommes.

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Il plaît au Père céleste, maître du ciel et de la terre, de cacher ses mystères aux sages et aux prudeus du siècle, et de les révéler aux petits. La foi, nous l'avons vu, est une grâce; mais c'est aux humbles que Dieu accorde ses grâces : il résiste aux superbes. La foi, nous venons de le voir encore, exige une docilité entière de l'intellect pour ce qu'elle enseigne, une soumission passive de la volonté à ce. qu'elle prescrit. Qui pourra, sans une sincère humilité, remplir ses devoirs essentiels? Considérez un centurion idolâtre, une Chananéenne infidèle, transportant par leur humilité,aux nations, le don de la foi, dont l'orgueil des prêtres, des scribes, des pharisiens, dépouillait la Synagogue. Entre la foi et l'humilité il y a une relation , une correspondance intime. Il ne peut y avoir ni foi solide sans humilité, ni véritable humilité sans foi. L'humilité donne à la foison prix, et la foi à l'humilité son mérite. L'humilité fait la grandeur de la foi, et la foi la perfection de l'humilité.

La nécessité de la foi pour le salut est une de ces vérités si clairement établies, si souvent répétées dans les livres saints, qu'il faut renoncer à être chrétien pour en douter. Le réparateur du péché n'était pas encore donné au monde, que déjà il était indispensable de croire en lui pour être sauvé. Le Juif ne pouvait obtenir les récompenses éternelles que par sa ferme confiance dans les promesses qui annonçaient au'' genre humain son Rédempteur. Depuis que, descendu du ciel, et revêtu delà nature humaine, le Verbe éternel a réalisé les oracles qui l'avaient prédit, ce devoir sacré est devenu plus strict encore. Cette foi certaine et inébranlable dans le divin Sauveur, qui fut, et qui sera toujours le moyen absolument nécessaire du salut , en est encore le moyen le plus efficace. En nous montrant notre terme, en éclairant la route qui y conduit, elle nous y pousse et nous le fait atteindre.

Mais quelle est cette loi si positivement, si absolument commandée ? Quelles sont les vérités que "sous peine de damnation tout Chrétien est obligé de professer? Cette question, pour être éclaircie, exige des distinctions entre les choses que l'on doit croire, entre les personnes qui doivent croire, entre les manières dont on doit croire.

Le précepte de la foi est de deux genres, l'un positif, l'autre négatif. Le premier nous astreint à croire fermement tout ce qui est révélé par Dieu, et défini par son Eglise; le second nous défend de nier ou de révoquer en doute aucune des vérités révélées ou définies. Le second de ces préceptes est général et absolu. Tout

homme qui sciemment combat un article de foi , par cela seul renie sa foi, se sépare de l'Église, est exclus du salut. Quant au précepte affirmatif , il souffre quelques exceptions qu'il est important d'expliquer.

On peut croire les dogmes sacrés de deux manières: ou professer distinctement chaque dogme en particulier, ce que les théologiens appellent la foi explicite; ou avoir une croyance générale de tout ce que l'Église enseigne, avec une disposition précise à croire nommément et en particulier chacune des vérités que l'Eglise croit et décide : cette croyance est appelée par les docteurs la foi implicite. Tout homme est tenu de croire nommément et explicitement les articles de foi dont il est instruit. Tout chrétien est strictement obligé à connaître les vérités contenues au symbole des Apôtres, et ce qui concerne les sacremens, les commandemens de Dieu et de l'Église. C'est donc un devoir général, et qui ne souffre pas d'exception , de croire distinctement, positivement , explicitement ces points principaux et fondamentaux de la catholicité. Mais, outre ces vérités qu'il est ordonné à tout chrétien de savoir et de croire, il en est d'autres également certaines , pareillement définies par l'Eglise dans les difrerens siècles , que les hommes plus simples et moins instruits peuvent légitimement ignorer. Tout fidèle n'est pas obligé d'être théologien. Ces dogmes sont implicitement renfermés dans celui de l'infaillibilité de l'Eglise. Il suffit à celui qui n'en est pas positivement instruit de les renfermer dans l'irréfragable autorité de l'Eglise catholique. Telle est en conséquence la règle: croire distinctement, etd'une foi explicite, toutes les vérités que l'on connaît, ou que l'on doit connaître ; croire en général, et d'une foi implicite , celles dont on n'a pas et dont on n'est pas obligé d'avoir une notion positive. La mesure d'instruction de chaque individu est la mesure du degré implicite ou explicite de sa foi.

De tous les bienfaits dont la munificence divine nous a gratifiés, le plus précieux, le plus utile, celui qui donne du prix à tous les autres, est le don de la foi. Sans la foi les fruits de la rédemption sont perdus pour nous ; le sang de Jésus-Christ nous devient inutile. Sans la foi, qu'est-ce même que notre existence, qui ne nous mène plus au bonheur éternel ? Mais que d'avantages ne nous apporte pas , même dès la vie présente , cette admirable vertu ! Les sciences humaines s'acquièrent lentement, péniblement, et sont presque toutes mêlées d'incertitudes. En un mot, la foi remplit notre esprit d'une multitude de connaissances, toutes sublimes,

toutes certaines. Considérez ce que connaissaient de Dieu, ce que possédaient de principes moraux les peuples que la foi n'avait pas instruits. Comparez la théologie, la morale des plus beaux génies de l'antiquité avec les enseignemens de notre religion. Le plus simple catéchisme renferme plus de vérités que tous les volumineux écrits de ces hommes si vantés. Le paysan le plus grossier parmi nous a, sur Dieu et sur ses propres devoirs, des notions plus étendues, plus exactes, plus certaines', que n'avaient les plus profonds philosophes. Ainsi agit dans divers ouvrages), dans la création et dans la religion , l'auteur de l'une et de l'autre. La voix toute-puissanle, qui d'un mot fit éclore la lumière et la répandit dans l'univers , est la même qui la fait naître et briller dans nos esprits.

La foi est cette sagesse par laquelle Salomon reconnaissait qu'il lui était venu toute sorte de biens. En tranchant tout raisonnement , en levant toute difficulté, en dissipant tout doute, elle met nos esprits dans un calme profond. Appuyée sur la véracité divine, ma raison se repose dans une entière sécurité. Elle ne craint plus les illusions qu'elle est si sujette à se faire, les erreurs dans lesquelles elle est si fréquemment tombée. Il n'y a pas une circonstance de ma vie où je néprouvel'influence bienfaisante de ma foi. La prospérité m'accueille-t-elle, elle me modère. L'adversité vientelle fondre sur moi? elle me soutient. Si je suis dans la richesse , elle me rend charitable. Si j'éprouve la pauvreté, elle me rend soumis. Au milieu des honneurs, elle me préserve de l'orgueil, et de l'abjection parmi les opprobres. Elle me console dans les douleurs, me soulage dans les maladies. De tous les biens, de tous les maux de cette vie, elle me fait des moyens de salut. En m'élevant au dessus des événemens , elle me les montre sous leur vrai point de vue, et me met hors de leur atteinte. En donnant toutes les vertus , elle les épure, parce qu'elle en ôte la prétention, et étouffe le désir de s'en faire honneur devant les hommes. Tout est possible à celui qui croit, disait le Sauveur du monde. C'est la foi du centurion, de la Chananéenne, de l'hémorhoïsse, de l'aveugle de Jéricho , des porteurs du paralytique, qui obtient de lui des guérisons miraculeuses. C'est la foi de Marthe, qui méritera résurrection de Lazare. Lorsqu'il accorde à ses disciples le don des miracles , c'est encore à leur foi qu'il l'attache.

Mais ces biens, qui appartiennent à la terre, sont les moindres bienfaits de la foi. Cette vertu est descendue du ciel pour nous y conduire. Si nous y sommes fidèles, elle nous y portera, et ne

nous quittera qu'après nous avoir introduits clans ce sanctuaire éternel. Celui qui croiten moi, dit le divin Maître, et il le répète plusieurs fois , possède la vie éternelle : et il nous fait répéter par son Apôtre que , si nous le confessons de bouche , et si nous croyons du fond du |cœur que Dieu l'a ressuscité, nous serons sauvés. Il semblerait qu'il n'y a dans le christianisme d'autre vertu que la foi ; qu'il n'y a pour être sauvé d'autre condition que d'avoir la foi. Gardons-nous cependant de tomber dans cette erreur. La foi seule peut nous sauver; mais elle ne peut pas nous sauver seule. Elle est le fondement des vertus chrétiennes ; mais sur ce fondement il faut élever l'édifice. Le vaisseau qui porte les navigateurs peut seul les sauver au milieu des tempêtes et des écueils; mais il ne les sauve que parce qu'ils emploient leur art et leurs forces. Ainsi la foi nous est nécessaire; mais elle devient inutile si elle n'est pas accompagnée des œuvres. Entre la foi et les œuvres il y a une correspondance intime. Ce fut une erreur des anciens hérétiques , renouvelée par les hérésies du seizième siècle , que la foi justifie sans les œuvres. C'est une autre erreur également dangereuse , soutenue par les pélagiens, et victorieusement réfutée par saint Augustin, que les œuvres sont le principe unique de l'élection des uns de préférence aux autres. Entre ces hérésies opposées , nous marchons d'un pas assuré , éclairés par l'Ecriture et la tradition , et guidés par l'Église. La foi est nécessaire aux œuvres, et les œuvres à la foi. Les œuvres rendent la foi salutaire, et la foi rend les œuvres méritoires. Sans les œuvres la foi est stérile; sans la foi les œuvres sonfinefficaces. Plus la foi est vive , plus les bonnes œuvres sont abondantes : et réciproquement l'abondance des bonnes œuvres augmente la vivacité de la foi. Quand la foi languit , les œuvres se ralentissent ; et l'interruption des œuvres rend la foi languissante. ( Le C. de La Luzerne , Considérations sur divers points de la morale chrétienne.}

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