PLAN ET OBJET DU PREMIER DISCOURS SUR LA FOI
EXORDE
Expandit nubem in protcctionem eorum, et iynem ut luceret eis per noctem.
Il fit paraître un nuage pour les protéger, et une lumière pour les éclairer dans les
ténèbres. (Ps. civ, 39.)
Telle est limage de notre foi. Ce prodige éclatant, dont fut témoin le peuple hébreux dans le désert , nous retrace parfaitement les deux rapports qui la caractérisent, son obscurité et sa lumière. Elle est obscure , parce qu'elle a Dieu pour objet; lumineuse, parce qu'elle est donnée à l'homme ; obscure, parce que Dieu est grand; lumineuse, parce qu'il est juste; obscure, parce que l'homme est borné; lumineuse, parce qu'il est raisonnable ^obscure, pour ne point la confondre avec les vérités qui tombent sous les sens ; lumineuse, pour la distinguer de l'erreur ; obscure enfin, parce qu'elle doit nous soumettre; et lumineuse, parce qu'elle doit nous conduire. Ainsi , ne séparant point ces deux idées que renferme mon texte, j'exposerai les ténèbres de la foi , les lumières de la foi. Ave1 Maria. (M. de Boulogne, Sur la fol.)
Nécessité des ténèbres de la foi, fondées sur la grandeur de Dieu.
Que Dieu soit incompréhensible , c'est une vérité dont nous sommes tous invinciblement pénétrés. En vain notre raison , oubliant quelquefois son ignorance et sa faiblesse, veut s'efforcer de s'élever jusqu'à lui; nous sentons alors, pour ainsi dire, une main invisible qui nous repousse, et nous fait rentrer avec humiliation dans notre néant. Aussi l'esprit humain, toujours audacieux dans ses prétentions, n'a jamais cru, de bonne foi, qu'il fut capable de mesurer, par sa pensée, le vaste abîme qui se trouve entre lui et Dieu ; un orgueil plus subtil nous séduit et nous abuse. Nous n'osons point pénétrer son essence, mais nous voulons contrôler ses desseins ; nous respectons ses attributs , mais les mystères qu'il
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propose trouvent en nous des rebelles; nous nous soumettons aveuglement, lorsqu'en maître absolu il dispose des biens et des maux de la vie et de la mort; mais nous prétendons que son domaine souverain ne s'étend point sur nos pense'es : 'insensés ! comme si en Dieu tout n'était pas la même chose que sa nature; et que, par conse'quent, ses desseins , ses volontés , les mystères qu'il nous révèle, ne dussent pas être aussi incompréhensibles que lui-même • comme s'il pouvait y avoir devant lui, dit saint Paul, des sages et des docteurs; comme s'il n'était pas de sa majesté de régner sur nos esprits autant que sur nos corps, ou que, lorsqu'il daigne s'abaisser jusqu'à nous pour nous instruire, il dût cesser d'être souverainement grand, et nous infiniment petits.
Je vous l'avoue ici, Messieurs , rien ne m'a tant frappé dans cette matière , que le contraste étonnant de la grandeur de Dieu avec la faiblesse de l'homme; et lorsque, donnant l'essor à mon imagination, je m'élève par la pensée, autant que mon infirmité peut le permettre, dans cette région intellectuelle, où la Divinité se découvre à l'esprit humain avec de si nobles attraits; quand je contemple cet assemblage majestueux des perfections qui la décorent, cette gloire éblouissante, cette toute-puissance qui, d'une parole enfanla l'univers, et qui, d'un souille doit le réduire en poudre; lorsqu'ensuite , entraîné par le poids de la matière, forcé d'interrompre une spéculation délicieuse, je reviens à regret sur la terre pour ramper avec mes semblables; et qu'encore, tout 'pénétré de la grandeur de Dieu, tout ébloui de sa magnificence, j'aperçois ce globe fragile que j'habite, pétri de boue , habité par l'erreur et ses tristes chimères, environné de ténèbres, égaré, confondu comme un atome imperceptible dans l'immensité de l'univers ; quand je vois, dans un coin dece globe, un vil insecte couvert de poussière, misérable jouet de la nature, destiné à la corruption enveloppé dans la nuit des sens, dégradé par des passions humiliantes; un vain fantôme d'un moment qui ne fait que se montrer à la terre et disparaître, ignorant jusqu'à la nature de l'air qu'il respire , du sol qui le nourrit, de l'herbe qu'il foule aux pieds plus voisin du néant que de l'être, un homme enfin, puisqu'il faut le nommer ; lors, dis-je, que je vois cet homme, du fond de son bourbier, lever insolemment sa tête altière, interroger le maître du tonnerre et lui demander raison de ses desseins; interdit, épouvanté à la vue de tant d'orgueil réuni avec tant de misère, je ne sais ce qui s'offre à mes yeux de plus insupportable, ou l'excès de l'audace, ou l'excès du ridicule.
O vous, qui réclamez sans cesse les droits fastueux d'une raison superbe, vous qui regardez comme indigne d'elle ce qui n'est point marqué au sceau de l'évidence, vous qui prétendez que l'infini doit se mettre au niveau de votre petitesse , et concentrer ses vastes desseins dans le cercle étroit de vos idées, quels seraient vos senîimens si Dieu daignait lui-même vous instruire en personne, et vous annoncer ici les mêmes vérités qui font murmurer votre orgueil ? Je suppose qu'il parût en ce moment au milieu de vous, qu'il vînt prendre ma place, et qu'armé de sa foudre, resplendissant de gloire, il fît entendre dans ce temple cette voix puissante qui féconda le néant, cette voix magnifique et terrible qui brise les cèdres, ébranle la terre, retentit jusqu'au fond des abîmes, et qu'il vous dît, avec cet air de majesté qui convient au maître du monde : Vils mortels, soumettez-vous, croyez, parce que c'est moi qui parle, quia verbum ego locutus sum l , qui de vous, je ne dis pas aurait assez d'audace , mais se croirait en droit de répondre : Non, je ne puis obéir; car, ce que vous m'annoncez surpasse ma faible intelligence? Ah! bien loin de concevoir une pareille idée, le silence de l'admiration et du respect régnerait dans tout cet auditoire; un saint frémissement, une crainte religieuse s'emparerait de tous les cœurs; chacun de nous, abîmé dans son néant, s'écrierait comme autrefois le peuple d'Israël : Que le Seigneur ne nous parle plus, de peur que nous mourions* : tant il est vrai, Messieurs, que ses pensées ne sont pas nos pensées, que ses voies ne sont pas nos voies, et que ses conseils sont'autant au dessus de nos conseils que le ciel est au dessus de la terre! Quand Dieu parle, notre raison n'a point de droit sur l'évidence, et le comble du délhVest de vouloir que le terme de nos connaissances soit le terme de ses volontés. (LE MÊME.)
Utilité des ténèbres de la foi, fondées sur la sagesse de Dieu.
Et d'abord ce sont les ténèbres delà foi qui conservent à la vérité la souveraine indépendance qui lui est essentielle. Hélas! nous naissons faibles, ignorans et mortels, et nous imprimons surtout ce qui nous environne le caractère de nos imperfections, le sceau de notre faiblesse, et l'image de notre mortalité. La vérité simple!, pure, éternelle dans sa source, semble devenir mortelle etpéris-
jéréfty, sxifiy, 5. {%) Exo(J. xx, 19?
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sable par la contagion de notre fragilité , si la foi ne vient à son secours. Immuable 'en elle-même, elle change alors par rapport à nous : livrée au néant de nos pensées, elle suit leur marche irrégulière et flottante; jouet des vicissitudes humaines, elle s'abat et se relève comme les empires, s'épart et se corrompt comme les mœurs, s'éclipse et renaît sous cent formes nouvelles; aujourd'hui sur le trône, demain forcée à se cacher et à rougir: incertaine comme nos jugemens, qui varient eux-mêmes autant que nos affections et nos humeurs; victime d'une raison qui se croit née pour être souveraine, et qui néanmoins est autant partagée dans ses idées que notre cœur dans ses désirs , d'une raison plus féconde en erreurs que nos passions en crimes; esclave tout^à la fois des préjugés et des coutumes , des exemples et des lois, des goûts et des temps, des impressions anciennes et de la nouveauté, de l'éducation et de l'habitude , de l'intérêt et des circonstances, du tempérament et de lâge, des maladies et de la santé, des lieux et des climats : telle est la vérité , mes frères , si elle ne se sauve dans l'asile de la foi. En vain notre divin législateur nous eût conduits par le flambeau de l'évidence ; en vain nous eût-il rendu sensibles les mêmes vérités qui nous étonnent , elles n'eussent jamais conservé cette indépendance absolue qui les caractérise : tel est l'orgueil épouvantable de l'esprit humain ; qu'il se plaît même à se raidir contre l'ascendant irrésistible de l'évidence. Toujours inquiet, toujours présomptueux, flexible à toutes les idées , inépuisable dans ses'subtilités , aimant mieux s'agiter dans ses propres chaînes que de goûter la douceur du repos, toujours errant dans la vaste région des doutes , il combat ses lumières par ses lumières mêmes. Dieu existe, ce principe est aussi lumineux que le soleil : son évidence nousTrappe, nous subjugue, se fait jour dans notre esprit par tous les sens; elle nous investit, pour ainsi dire, et le sentiment, ce juge infaillible que rien ne séduit, parle en sa faveur encore plus haut que la raison. Cependant, ô infamie! ô opprobre éternel! l'esprit humain, encore plus corrompu que superbe, a tenté plus d'une foi d'altérer cette vérité, et d'étouffer en ce point le cri delà nature par toutes les souplesses de l'art. Mortels audacieux, cessez d'en appeler à l'évidence, vous n'en seriez pas plus dociles; la vérité toujours battue par les orages de l'opinion, toujours emportée par le tourbillon de vos chimères, ne jouirait jamais de son^immutabilité ; et, celle qui a été conçue avant les abîmes, celle qui„es|; de tous les siècles, serait, par rapporta ypus. gusri (DjmngeaiUô (jue 1$ scène dun^onde.
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Réfugiée clans les ténèbres de la foi, la vérité ne craint point ces humiliantes vicissitudes : armée de ce bouclier impénétrable, elle triomphe sans peine de toutes les inégalités d'une raison capricieuse. Je la vois alors régner en souveraine; assise sur les débris des empires; recevant, durant toute la suite des siècles, l'hommage uniforme et constant de l'univers; du haut de son trône inaccessible, contemplant dans un repos majestueux le cours rapide des âges qui emporte tout, et le torrent inépuisable des opinions humaines; conservant toujours son ascendant sur les hommes, toujours au dessus de l'erreur, toujours une, simple, immuable, indépendante, comme le Dieu dont elle émane.
Ce sont les ténèbres delà foi qui impriment, à la vérité , ce caractère de grandeur qui la rend respectable, et la distingue glorieusement de tous lessentimens humains. Dès que sa découverte sera le fruit de nos lumières, nous la regarderons comme un bien qui nous est propre, comme l'ouvrage de notre discernement; nous ne la distinguerons plus de ces productions frivoles, et de ces brillantes bagatelles que notre imagination enfante en se jouant; nous verrons l'homme, sur la même vérité, être tour à tour, ou crédule jusqu'à l'excès, ou opiniâtre jusqu'à l'impiété. La science du
salut sera pour lors confondue avec les dons de la nature : comme
les sciences profanes, elle aura ses ignorans et ses philosophes.
Ceux-ci, remplis d'eux-mêmes , insulteront fièrement à l'humble ignorance des autres. Les simples auront toujours à rougir de leurs propres ténèbres; mais ce voile favorable, dont la foi s'enveloppe, fait disparaître cette affligeante inégalité : à ses yeux tout est savant et tout est peuple; mêmes mystères pour tous, et par conséquent, plus d'orgueil dans les uns, ni de honte dans les autres : semblable à une bonne mère qui ne souffre aucune prééminence parmi ses enfans , et n'a de prédilection que pour le plus docile. Sur ce principe aussi juste que consolant , un chrétien simple et grossier, sans connaissances et sans lumières, tient parmi les enfans de la foi une place aussi honorable que les Augustin et les Chrysostôme.
Ce sont les ténèbres de la foi qui concourent au bien de l'univers moral, qui secondent les desseins de la Providence dans le gouvernement du monde, entretiennent cette harmonie et ce concert d'où résulte le bonheur de la terre. L'homme ici-bas est moins fait pour méditer que pour agir. Le Créateur, en le formant, exigea de lui plus de devoirs que de connaissances, plus de mœurs que de spéculations, plus de vertus que de raisonnemens. Consoler l'affligé, soulager l'indigent, [servir son prince, se dévouer à sa
patrie, chercher plus à perfectionner son cœur que son esprit, s'appliquer à des œuvres utiles plutôt qu'à des discussions qui n'opèrent rien ; pratiquer la morale salutaire de l'Evangile au lieu de sonder ses mystères impénétrables; vivre plus pour aimer Dieu que pour le définir, pour le servir que pour le comprendre, pour obéir à ses préceptes que pour sonder ses desseins ; en un mot, être plus serviteur fidèle, plus homme de bien que dissertateur inutile, plus chrétien charitable que chrétien philosophe : telle est, pour la plupart , notre destination dans l'ordre de la Providence. Des lumières plus sublimes nous eussent distraits de ces devoirs; avec plus de pénétration nous eussions été plus empressés de connaître que d'agir : insensibles à la voix de la société qui nous rappelle sans cesse dans son sein, des spéculations stériles eussent absorbé toute notre vie: oui, nous dédaignerions de ramper sur la terre si nous pouvions comprendre ce qui se passe dans le ciel.
Ce sont les ténèbres de la foi qui nous rendent la religion si touchante, et qui donnent à l'économie de la grâce tant de charmes et de beautés. Quel spectacle admirable se découvre ici à mes regards! Quel plan , quel chef-d'œuvre de sagesse! Dieu est honoré, l'homme est soumis : les occasions démérite se multiplient ; notre constance est éprouvée; on se rend à soi-même le témoignage consolant de sa fidélité; nos désirs s'étendent à mesure qu'ils sont moins remplis; notre amour s'épure à mesure qu'il est plus éprouvé; les humbles sont distingués des superbes, les âmes droites de celles que les passions dominent ; les esprits les plus sublimes croient les plus petites choses , et les choses les plus sublimes sont crues par les esprits les plus bornés. Dieu se montre assez pour que les simples le découvrent, et il se cache assez pour que les superbes soient confondus. Otez à la foi ses nuages , et ce bel ordre disparaît , et le système de la grâce s'écroule , et notre orgueil triomphe , et le cœur n'a plus de part dans la conviction de l'esprit: et l'Etre Suprême cesse à nos yeux d'être grand, et la raison n'a plus de sacrifices à lui faire, et la religion n'est plus qu'une philosophie sèche qui n'offre rien d'affectueux à l'ame , et notre amour perd tout son prix , nos désirs leur aliment, notre récompense ses richesses , notre humilité son principal fondement, nos vertus leur éclat ; notre soumission son mérite. (Le Même.)
L'intelligence humaine est faible et bornée.
Dieu vous a donné la sagesse pour reconnaître le besoin que T. III 14
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vous avez d'une lumière supérieure qui vous éclaire, et pour en accepter le bienfait. Il ne vous l'a pas donnée pour croire qu'elle puisse suffire à tous vos besoins. Il vous l'a donnée comme les yeux du corps qui dirigent votre marche. Si les yeux voulaient voir sans le secours de la lumière, à quoi bon cette brillante faculté de la vue dont l'auteur de la nature les a doués? Elle ne servirait à rien, ou ne ferait qu'entraîner le corps au précipice. Il en est de même de l'orgueilleuse sagesse qui prétend découvrir les choses de Dieu, sans la lumière de son esprit. Elle s'aveugle et se perd elle même. C'est cette fausse sagesse quia fait la plupart des hérésies. Elles ont quitté la voie sûre que Dieu lui-même avait tracée, pour se jeter dans des routes écartées; elles ont remis le sceptre de la science aux mains de la raison , qui les a précipitées dans des chaos d'erreurs et d'extravagances. Le démon s'est joué de ces esprits inquiets. Ils ne se sont accordés entre eux que sur \es opinions les plus délirantes. Et qu'une vérité se présentât à eux confusément et comme en énigme, elle leur échappait comme un songe de nuit, ou bien ils ne s'entendaient plus entre eux.
Comprenez par là combien notre intelligence humaine est faible, est insuffisante, combien elle est bornée de toutes parts. Ainsi Dieu l'a-t-il ordonné, et certes avecjustice; car si aujourd'hui que le péché du premier homme l'a réduit à tant d'ignorance, elle a l'orgueil de se prétendre indépendante, et de vouloir se soustraire à l'autorité divine, à quel excès de démence ne serait-elle pas tombée si elle n'eût pas été châtiée aussi sévèrement? Si dans l'état d'innocence , enchaînée à un corps mortel , elle a cédé à l'artificieuse promesse du démon qui lui disait : Vous allez ressembler à Dieu, que n'eût-elle pas osé se permettre si elle avait été créée dans la brillante situation dont le démon lui donnait la fausse espérance! Et voilà le délire où donnent certains hérétiques de nos jours ( les manichéens ). Ils ne rougissent pas de dire qu'aujourd'hui encore, après sa dégradation , lame humaine ne tient que d'elle-même sa propre existence, qu'elle partage l'essence de Dieu lui-même. Telle a été chez les Grecs l'une des sources de leur idolâtrie. ( Saint Jean Chrysostome1.)
Une foi contredite et réprouvée par l'Église n'est qu'une foi présomptueuse
et imprudente.
En effet, prenez-y garde , mon cher auditeur, dès-là que dans
1 Hom. vu, in Epist. ad Cor.
les disputes qu'enfante chaque jour l'orgueil de l'esprit humain et l'amour de la nouveauté trop féconds en systèmes dangereux; dès là que j'embrasse des dogmes inconnus à l'Eglise' et odieux à l'Eglise, ma foi n'est plus une foi sage et prudente. Pourquoi ? parce qu'elle ne se tient plus dans l'arrangement de subordination et de dépendance établi par Jésus-Christ : car, suivant les dispositions adorables de ce Dieu Sauveur, c'était à l'Eglise de régler ma foi et de déterminer ma croyance. Mais que fait-on, qu'ont fait du moins les hérétiques de tous les temps ? Guidé par la présomption , ébloui par de vaines apparences, infatué de l'idée de son mérite, plein de soi-même, et entêté de soi-même, on ose s'asseoir sur la chaire d'autorité : on cite au tribunal de sa raison et les différens partis qui contestent, et l'Eglise à laquelle seule il appartient de prononcer sur ces contestations ; on se rend attentif à ses jugemens , non pour les suivre, mais pour les critiquer; non pour s'instruire, mais pour les réformer; non pour les défendre, mais pour les combattre; non pour se soumettre à l'Eglise, mais pour se soumettre l'Eglise; pour la reprendre, pour la détromper, pour l'humilier, pour la confondre. Or , est- ce en dire trop d'une pareille conduite que de dire, avec saint Augustin , qu'elle est le comble de la présomption : présomption de s'estimer soi-même jusqu'à se préférer à l'Église, jusqu'à se mettre au dessus de l'Eglise, jusqu'à se persuader qu'on a des lumières qu'elle n'a pas; qu'on voit ce qu'elle ne voit pas ; enfin jusqu'à se compter pour tout, et ne la compter pour rien. Folie et présomption encore plus grande, lorsqu'avec cela on se flatte d'avoir la véritable foi , comme si la foi pouvait être où se trouve tant de présomption et si peu d'humilité; comme si on pouvait arriver à la véritable foi par d'autres voies que par celles qu'il a plu à Jésus-Christ de nous marquer et de nous ouvrir.
Une foi contredite et réprouvée par l'Eglise n'est qu'une foi terrestre et humaine ; car dès là que votre foi est opposée à celle de l'Église , que peut-elle être que la foi de vos préjugés, de vos idées particulières , de votre vanité, de votre curiosité, de votre ambition , de votre orgueil, de votre intérêt? Tout au plus pourriez-vous prétendre qu'elle serait la foi de vos recherches , de vos découvertes, de votre esprit, de votre raison ; mais elle ne sera point une foi de soumission et d'obéissance à Dieu , elle sera une foi de science et d'étude; elle ne sera point un sacrifice fait à Dieu de vos lumières et de votre esprit; elle sera le triomphe d'un esprit présomptueux, dune raison superbe, qui s'élève au-dessus de l'au-
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torité. En croyant , vous ne céderez qu'à vous-même , vous ne rendrez hommage qu'à vous-même : votre foi sera une foi que vous vous donnez , et non une foi que vous recevez : Fidem ipsi constituunt, non accipiunt : ce sera la foi de l'homme , ce ne sera point la foi de Jésus-Christ; ce sera une foi humaine et profane, une foi charnelle et terrestre, et par conséquent une foi stérile et vide devant Dieu, une foi même humiliante et flétrissante pour vous; une foi aussi indigne de l'homme que de Dieu, une foi stérile, une foi basse et rampante.
Ce serait un abus , chrétiens , de ne regarder la foi que comme un joug d'esclavage et de servitude. La foi chrétienne est humble et soumise ; mais qu'il y a de sublimité et de noblesse dans sa soumission et dans son humilité! qu'elle élève l'homme en l'abaissant! qu'elle lui donne de véritable grandeur en lui ôtantcette grandeur fausse et imaginaire qui n'est qu'une enflure d'orgueil et de présomption! Les yeux invariablement attachés sur Dieu, elle n'entend, elle n'écoute que lui. Si les livres saints sont l'objet de son respect, c'est qu'elle y voit empreint le doigt de Dieu ; si, sur tant d'objets impénétrables à ses lumières , elle juge que tel est le sens des Ecritures, c'est que Dieu même, par le ministère de son Eglise , lui a déterminé le sens des Ecritures ; le véritable fidèle ne fut donc jamais, dans sa croyance , le jouet de ses passions et des passions d'autrui. Libre, indépendant dans ce qui intéresse la foi, Une fait hommage de sa raison qu'à Dieu seul ; homme , il ne soumet pas son esprit à celui des autres hommes ; il ne cède point à la supériorité de leurs génies , à l'étendue de leurs connaissances, à la force de leurs raisonnemens ; il ne se rend qu'à l'autorité de Dieu qui les inspire ; il écoute l'homme, et il n'obéit qu'à Dieu. Ainsi, en se soumettant, il s'élève, tandis que l'homme présomptueux, en s'élevant contre l'Eglise, s'avilit et se dégrade : c'est ordinairement par vanité, par fierté, qu'on prend le parti de se soustraire à l'autorité de l'Eglise ; il paraît beau de ne s'en rapporter qu'à soimême, de ne croire qu'à soi-même, et c'est là l'écueil le plus dangereux pour la foi, l'attrait de la liberté et de l'indépendance : liberté fausse et imaginaire. Déchirez le voile qui vous cache l'intérieur de ces hommes fiers et hautains ; pour un maître qu'ils rejettent, combien de maîtres qui les dominent et qui les tyrannisent ! Tant de songes qui les jouent, de caprices qui les entraînent , de prétentions qui les aveuglent , de haines qui les aigrissent , d'ambition qui les transporte ; tant de jalousie qui les enflamme, de respect humain qui les asservit, de vues et d'espéran-
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ces charnelles qui les engagent, d'entêtement et d'opiniâtreté qui les retiennent, de faux raison nemens qui les trompent , de flatterie et d'adulation qui les éblouissent, de cupidite's qui les troublent en agitant leur cœur. Esclave* bien plus que nous , ces chefs de partis , ces hommes présomptueux cesseraient bientôt d'être contre l'Eglise s'ils savaient être à eux-mêmes. Pour les ramener, c'est rarement l'esprit qu'il faudrait éclairer et convaincre , c'est presque toujours leur cœur qu'il faudrait épurer et changer: et encore, pour un petit nombre d'hommes qui conservent celte ombre vaine de liberté fantastique et apparente , combien qui rampent dans une servitude publique et déclarée ! Esclaves, non plus d'eux-mêmes , mais des autres hommes , un peuple séduit méconnaîtra l'autorité la plus légitime , et il pliera lâchement sous une autorité usurpée. Un Calvin , un Luther , un prophète d'erreurs et de mensonges , autour duquel fume encore la foudre de l'Eglise qui vient de le frapper, s'érigera en oracle ; on adoptera ses rêveries , on s'asservira à ses idées , on se dévouera à soutenir sa querelle , on quittera le nom de catholique pour se revêtir d'un nom de schisme et de séparation. Ariens, nestoriens, pélagiens, a » t -il donc pu se trouver des chrétiens assez peu jaloux d'un si beau nom pour se charger de ces titres d'ignominie? Oui, c'est ainsi qu'une folie présomption s'abaisse en croyant s'élever, et que, par ses hauteurs mal entendues , elle se dégrade aux yeux des siècles futurs. C'est ainsi que le Dieu juste venge l'Eglise son épouse; et souvent pour mieux confondre les projets de l'indocilité, il répandra dans ces âmes altières et superbes l'esprit de sommeil et de vertige: mélange monstrueux de hauteur et de bassesse, de fierté et de souplesse, d'obstination et de complaisance, de crédulité et d'incrédulité , on les verra combattre les décisions les plus sages, et adopter les systèmes les plus extravagans ; s'entêter contre les vérités les plus claires, et prostituer leur croyance à des fables insensées, à des espérances chimériques, à de trompeuses prédictions ; étonner successivement l'univers par leur obstination à ne rien croire, et par leur facilité encore plus bizarre à croire tout : révoltés contre des maîtres que Dieu leur avait donnés , timides et souples sous des maîtres que Dieu ne leur donne pas, se faisant un honneur insensé de se dégrader par la servitude d'une foi basse et rampante , et s'égarer dans les variations d'une foi volage et inconstante.
A-t-elle été une foi rompue la barrière de la dépendance , on ne trouve plus , dit saint Chrysostôme, qu'un champ vaste et sans
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limites ; on y entre sans guide et sans lumière, sans chemin assuré; chacun s'y trace lui-même la voie qu'il veut suivre , et y creuse l'abîme où il va se perdre. Quand la foi est l'ouvrage de la raison humaine , elle en a toute la mobilité et l'inconstance. Le système le mieux concerté vient échouer contre une difficulté qu'on n'avait pas prévue; il faut revenir sur ses pas, prendre une autre route , se former de nouveaux principes et d'autres appuis à sa croyance : appuis aussi fragiles que l'esprit qui les imagina, ils se brisent dans la main qui les manie, et on se voit réduit à en chercher de nouveaux qui ne durent pas plus long-temps. La vie s'écoule dans des agitations et des variations éternelles ; toujours opposé à soi-même, jamais assuré de soi-même , on commence et pn cesse tout-à-coup de croire : on élève et on renverse ; on bâtit et on détruit; on se prête à tous les sentimens , et on ne se tient à aucun ; sans jamais se fixer, on ne fait qu'errer d'opinions en opinions , et avouer par ces changemens continuels que l'édifice de la foi , quand il n'est pas élevé sur la pierre fondamentale de l'Eglise, est trop faible pour résister aux orages de l'inconstance humaine ; et si l'esprit , quand il a secoué le joug de l'Eglise , n'est pas d'accord avec lui-même, comment s'accorderait-il avec les autres ?
Il n'y a que la soumission à l'Eglise qui puisse maintenir l'unité de la foi parmi les peuples , divisés entre eux par les mœurs, par les coutumes, par les lois, par l'opposition des génies et encore plus des intérêts: tandis qu'ils s'en tiennent à l'autorité de l'Eglise, le Scythe et le Parthe, le Grec et le Romain, le Juif et le Gentil, l'homme libre et l'esclave parleront le même langage -, tous les peuples ne seront qu'un peuple , et, malgré l'immense étendue des terres et des mers qui les séparent, l'ancien et le nouveau monde ne seront qu'une cité. Mais elle ne peut s'introduire, la licence de composer sa croyance, de régler sa foi au gré de sa raison , qu'il n'y ait bientôt sur la terre autant de religions qu'il y a d'hommes et d'esprits opposés de caractère et d'humeur. Montrez-moi depuis la naissance du christianisme une secte séparée de l'Eglise qui n'ait vu naître dans son sein le trouble , la division , le schisme. Dans l'arianisme, je vous montrerai des hommes qui disent ana thème à Arius ; dans la secte pélagienne, des hommes qui insultent à Pelage ; dans la réforme de Luther et de Calvin , des hommes qui réprouvent les dogmes des prétendus réformateurs. Or, le royaume de Jésus-Christ est un royaume de paix; la foi de Jésus-Christ est une foi d'union et de concorde ; cette foi de schisme et de di-
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vision n'est donc point la foi de Jésus-Christ; c'est une foi que Jésus-Christ ne connaît pas ; c'est cet empire de Satan où l'erreur ne domine que pour le diviser et le mettre en guerre avec lui-même ; enfin je dis que la foi contraire à celle de l'Eglise est une foi douteuse et incertaine, une foi flottante et chancelante : car dès lors que, sur tant de matières obscures et difficiles , je ne puis m'assurer de ma foi par l'autorité de l'Eglise, quelle sera pour moi la source du repos et de la tranquillité intérieure ? Sera-ce l'évidence des Ecritures ? Mais d'où sont venues les erreurs des siècles passés ? N'est-ce pas des Ecritures corrompues et altérées par des versions infidèles , détournées à des sens étrangers par des explications fausses et hardies , dépravées par des raisonnemens captieux ? des Ecritures mal entendues , mal expliquées , mal interprétées ? des Ecritures soumises à la raison , prises et entendues selon les décisions de la raison ? Quel novateur n'a point appelé de l'Eglise à l'Ecriture, du jugement des pasteurs au jugement de l'Esprit-Saint, de l'autorité à la vérité ? Non, chrétiens, disait Tertullien , et n'en a-t-il pas été lui-même une triste preuve? non, je ne crains pas de l'avancer, les Ecritures, selon l'esprit d'incrédulité ou de témérité, d'indiscrétion ou de piété qui nous anime, peuvent fournir l'occasion et comme la matière des hérésies : Nec periclitor dicere, Scriptui'as sic esse dispositas ut hœreticis materiam su bministrarent.
Sera-ce sur la science, sur la vertu, sur le mérite de ceux dont on adopte les sentimens ? Sera-ce sur sa raison, sur ses propres connaissances ? Mais dans des mystères si inaccessibles à un esprit borné, la foi ne serait alors appuyée que sur un fondement faible et incertain ; mais alois on n'aura que des motifs douteux de croire, tout cela ne peut donc être une règle sûre de la foi.
Ames indociles, écoutez donc la voix de saint Augustin , qui vous crie : Quo te committis misera ? Avez-vous considéré de quel avantage vous vous privez en renonçant à l'autorité de l'Eglise ? Avez-vous pensé au péril que vous courez dans cette voie de la seule raison et des Écritures? Quo te committis? Combien de personnes plus éclairées que vous se sont perdues dans ces sentiers difficiles et embarrassés ! Vous ne voyez dans la route que vous tenez que des débris funestes, que de tristes marques de naufrage? Quo te committis ? Vous avez tout à craindre ; pouvez-vous être tranquille ? Et si vous l'êtes au milieu de tant de sujet d'incertitudes et d'alarmes , cette tranquillité ne peut venir que d'un excès de présomption ou d'une obstination déplorable dans Ter-
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reur ; votre foi n'en est pas moins par elle-même une foi chancelante et incertaine, une foi douteuse et flottante, qui ne peut, qui ne doit pas s'assurer d'elle-même. Quo te committis ? Où allezvous ? vous ne le voyez pas : nous le voyons, vous n'êtes plus dans la soumission , vous n'êtes plus dans la voie du salut. (Le P. de Neuville, Sur la Foi.)
^Le monde ne subsiste que par la foi.
Vous qui vous riez sans cesse de notre foi , répondez-nous, estil quelque action importante dans la vie que la foi ne doive nécessairement précéder ? Vous voyagez , vous traversez les mers ; n'est-ce point parce que vous croyez qu'un jour vous reviendrez chez vous ? Vous confiez à la terre mille semences différentes, n'est-ce point parce que vous croyez que ces semences vous produiront des fruits quand la saison en sera venue ? et ainsi de tput le reste. Vous adorez vos dieux; n'est-ce point parce que vous croyez qu'ils prêteront une oreille propice à vos prières ? Le premier venu d'entre vous ne croit-il point à tel ou tel auteur? Celtii qui regarde l'eau et le feu comme le principe de toutes choses , ne croit-il point à Thaïes et à Heraclite Pet ainsi des autres.
Ainsi donc , puisque vous ne comprenez , vous ne connaissez rien par vous-mêmes, et que tout ce que vous écrivez dans des milliers d'ouvrages vous ne l'avancez qu'en vertu de la croyance que vous avez à tel ou tel , pourquoi seriez-vous donc assez injustes pour tourner en ridicule notre foi?
Mais, dites-vous, nous croyons à des sages, à des hommes profondément versés dans toute espèce de connaissances :oui, sans doute , vous croyez à des hommes qui ne disent jamais rien de fixe ni de solide; qui, pour défendre leurs opinions, déclarent la guerre à tous ceux qui pensent autrement qu'eux ; qui ne connaissent dans leurs discussions qu'une opiniâtreté inflexible ; qui, en ébranlant réciproquement les principes les uns des autres, ont porté partout une désolante incertitude, et ont prouvé, par leurs éternelles disputes , que l'homme ne peut rien savoir sur la terre.
Croyez donc à votre Platon et à vos autres docteurs ; pour nous, nous voulons croire à Jésus-Christ ; Quelle injustice est la vôtre ! Nous reconnaissons tous des docteurs et des maîtres; nous nous accordons entre nous , en ce que tous tant que nous sommes nous les regardons comme dignes de notre foi ; et vous voudriez qu'il
vous fut permis de croire aux vôtres, sans que nous eussions nous* mêmes le droit de recevoir les dogmes qui nous ont été donnés par notre maître Jésus-Christ! Et certes, si nous voulions comparer toutes choses de part et d'autre , sans doute nous avons plus de raisons de le croire que vous n'en avez de croire vos philosophes. Les œuvres étonnantes qu'il a accomplies , les miracles de puissance qu'ils a opérés, et qui étaient faits pour subjuguer les esprits les plus incrédules , et pour prouver que celui qui les faisait était certainement plus qu'un mortel : voilà les motifs de notre croyance. Dites-nous ce que vos philosophes ont fait de semblable pour que vous ayez plus de raison de vous attacher à leur doctrine, que nous n'en avons de nous attacher à celle de Jésus- Christ? (Arnobe, Contre les Païens, livre IL)
La foi est nécessaire à tout.
Rien de plus nécessaire en toutes choses que la foi. Tout ce
qui se fait dans le monde, même par ceux qui ne sont pas dans l'Eglise, ou même qui sont ses ennemis, ne se fait que par la foi. C'est par la foi que deux personnes, étrangères l'une à l'autre, s'unissent parles liens du mariage. La culture des terres est fondée sur la foi. Ce n'est que parce qu'il croit en retirer des fruits que le laboureur la cultive. La plupart des grandes affaires [qui occupent les hommes sur la terre n'ont point d'autre fondement que la foi ; et ceux qui ne reçoivent point nos saintes Ecritures , et qui néanmoins ont une opinion et une théologie quelconque, ne peuvent leur donner d'autre appui que la foi.
Mais ce qu'il est surtout impossible de faire sans la foi , c'est de plaire à Dieu. Comment, en effet, l'homme prendra-t-il sur lui de servir Dieu avec zèle, s'il ne croit point à un Dieu rémunérateur? Quand une jeune fille formera-t-elle le vœu d'une éternelle virginité, si d'avance elle ne croit pas que la pureté doit obtenir sa couronne? La foi est comme l'œil de la conscience. C'est la foi qui lui communique toute lumière ; c'est elle qui enchaîne la gueule des lions, comme nous le voyons par l'exemple de Daniel. Est-il quelque chose de plus terrible pour les démons que la foi? non, certes ; nous n'avons point d'armes plus redoutables à employer contre eux, nous n'avons point de bouclier plus impénétrable que notre foi.
C'est encore la foi qui met le sceau de la perfection au grand œuvre de notre justification. Parmi les nombreux exemples que
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pourrait nous fournir l'ancienne Loi, qu'il nous suffise d'en citer un seul, celui d' Abraham. Ce patriarche, selon le témoignage même de l'Ecriture, ne dut pas seulement sa justification à ses œuvres, mais encore et surtout à sa foi. Nulle part il n'est appelé l'ami de Dieu que quand il eut cru, et que tout ce qu'il avait fait de bonnes œuvres eut, si j'ose ainsi parler, trouvé son complément dans sa foi.
Tant que cette foi vivra dans nos cœurs, nous ne saurions être en danger de périr, et nous serons ornés de toute espèce de vertus et de mérites. Car telle est la puissance de la vertu et de la foi, qu'elle fait marcher sur les mers, comme l'exemple de saint Pierre nous le prouve. Ce n'est pas tout encore : cette vertu, cette puissance sont si grandes, que non seulement celui qui a la foi obtient sa propre guérison , mais que même il peut encore obtenir celle des autres, et les soulager ainsi dans leurs maux. C'est ce que l'Ecriture nous fait entendre, lorsqu'en parlant d'un paralytique elle ne nous dit pas : Jésus voyant sa foi, mais bien : Jésus voyant la foi de ceux qui avaient apporté le malade, il lui dit: » Levezvous. » C'étaient ceux qui l'avaient apporté qui avaient la foi, et c'est le malade qui obtint sa guérison. Il en fut de même de Lazare : il meurt; mais la foi de ses sœurs fut si puissante, qu'elle l'arracha des bras de la mort. Et ici , chrétiens , quelle réflexion se présente! Quoi! des fidèles, par leur foi seule, ont pu ressusciter des morts, parce qu'ils croyaient pour eux ; et vous, si vous croyez pour vous-même, n'est-il pas plus certain encore que vous en retirerez les plus grands avantages ? Humiliez-vous donc d'avoir si peu de foi; mais songez en même temps à l'immense étendue de la bonté divine. Dieu est tout prêt à se montrer propice envers vous, si réellement vous lui offrez un cœur repentant. Dites-lui donc, mais dites-lui du fond de votre cœur: « Je crois , Seigneur ; « aidez mon incrédulité; » ou bien encore : « Seigneur, augmentez « ma foi. » (Saint Cyrille de Jérusalem , Catéchèse F.)
La foi est le fondement de la vie chrétienne.
Le vrai et solide fondement de notre foi, c'est Jésus Christ : il est le rocher; notre foi est la base assise sur le rocher, et tout l'édifice de la vie chrétienne est lui-même bâti sur la foi. Ainsi, lorsque quelqu'un reçoit le don de la foi, il est placé sur le rocher solide qui est Jésus-Christ ; et les édifices construits sur le rocher,
ne sauraient être ébranles ni par la pluie, ni par les vents, ni par les eaux.
Ecoutez maintenant ce que c'est que cette foi : l'homme croit d'abord; et lorsqu'il croit, il aime; et lorsqu'il aime, il est justifié; et lorsqu'il est justifié, c'est un grand édifice auquel la main de l'ouvrier a mis la dernière perfection. « Ainsi cet homme devient la maison , le temple, la demeure de Jésus-Christ. » C'est alors que l'homme commence à soigner avec zèle tout ce qui a rapport au culte de Jésus-Christ, qui habite au dedans de lui; c'est alors qu'il met tout en œuvre pour orner le temple de son cœur de toutes les vertus.
Pour perfectionner cet édifice, il faut employer de saints jeûnes, de pieuses mortifications; et c'est la foi qui donne le courage de les supporter. Il faut adresser au ciel de fréquentes et ferventes prières : c'est la foi qui les rend agréables à Dieu. Il faut avoir l'amour de Dieu qui est aussi appuyé sur la foi. Cet homme a besoin, outre cela, de douceur et d'humilité; et c'et la foi qui est la racine de ces vertus. Il faut qu'il veille sur tous ses'sens, qu'il garde soigneusement le précieux dépôt de la chasteté; et c'est la foi qui nous révèle tous les charmes de cette belle vertu. Il faut qu'il s'en, tretienne sans cesse dans une pureté angélique ; et c'est la foi qui en fait l'ornement. Il faut qu'il cherche la sagesse; et c'est la foi qui la lui fait trouver. Il faut qu'il s'applique à aimer son prochain, et cet amour s'accroît par la foi. Enfin , il faut qu'il se livre à la pratique de toutes les bonnes œuvres ; et c'est la foi qui les vivifie toutes, comme, à leur tour, elles prouvent que la foi est vivante dans nos cœurs. (Saint Jacques de Nisibe, Premier sermon de la Foi. )
La foi, fondement de toutes les autres vertus du chrétien.
La foi est le principe de l'oraison, conformément à cette parole : « Comment invoqueront-ils, s'ils ne croient pas ! ?» Par cette foi, j'entends la foi commune des chrétiens que saint Paul a définie en cette sorte : « La foi est la subtance et le soutien des choses qu'il faut espérer, la conviction des choses qui ne paraissent pas 2. » Cette conviction est expliquée par ces paroles du même Apôtre : «Il sut pleinement; il eut une pleine persuasion que Dieu peut faire tout ce qu'il promet 3 ; » et c'est encore ce qu'il appelle ailleurs « la plénitude de la foi et de l'espérance 4. » Cette même
* Rom., x, 14. — 2 Hebr., xi, 1. — .* R0m., iv, 21, — *Hebr., vi, 11; x, 22.
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foi, sur quoi est fondée une si pleine confiance et espérance, est en même temps animée par la charité , selon ce que dit saint Paul : « La foi opère par la charité *. »
Voilà donc les trois vertus des chrétiens : la foi , l'espérance et la charité, fondées primitivement sur la foi. C'est ce qui fait dire au Prophète, et après lui à saint Paul : « Le juste vit [de la foi 2. » S'il vit de la foi, il prie en foi, et la foi, comprend toutes ses prières.
Il faut donc être appuyé sur ce fondement; et c'est là ce qui constitue le chrétien. L'homme, comme homme, s'appuie sur la raison ; le chrétien sur la foi. Ainsi il n'a pas besoin de raisonner^ ni de discourir, [ni même de considérer, en tant que considérer est une espèce de discours, mais de croire; et, jusque là, je suis d'accord avec ces mystiques qui excluent si soigneusement le discours. Je veux bien aussi qu'on l'exclue, mais par la foi, qui n'est ni raisonnante, ni discursive; mais qui a son appui immédiatement sur Dieu : d'où s'ensuit la foi des promesses et de l'espérance, et enfin la charité qui est la perfection.
Four espérer en Dieu, pour aimer Dieu, on n'a donc besoin d'aucun discours : quand on en ferait, ce n'est pas là notre fondement, et le chrétien n'a besoin que de la foi seule.
«Le fruit de la foi, c'est l'intelligence, » comme dit saint Augustin. Mais quand on ne viendrait pas à l'intelligence, la foi, dans son obscurité , suffit ; et tout ce qu'on a d'intelligence en cette vie étant trop faible pour faire l'appui de l'homme, toute l'intelligence doit être plongée finalement dans la foi.
Par la même raison, toute délectation, toute douceur, se doit encore perdre là dedans : car le cœur humain ne doit s'appuyer ni sur goût, ni sur douceur, mais uniquement sur la foi qui est le bon fondement. (Bossuet, Lettres de Piété et de Direction,)
Lumières de la foi dans l'examen des motifs de crédulité.
Si quelqu'un veut faire la volonté démon Père, dit Jésus-Christ °, il examinera ma doctrine, et il verra si elle vient de Dieu, ou si je parle de moi-même. Il examinera, remarquez bien ceci, mes frères; et vous, impies, qui souriez dédaigneusement à notre crédulité, connaissez enfin ce que nous sommes : il examinera ma
* Gai., v, 6.— s Habac., ti, 4; Rom., i, 17. — s Joan, vu. 17.
doctrine, ccgnoscet de doctriiia. Bien différente de l'erreur, elle ne redoute pas le grand jour, et je ne viens point en imposer à l'univers. S'il est de ma grandeur d'abaisser cette raison superbe qui s'élève contre ma science, il est aussi de ma bonté de la soutenir et de la vaincre par l'ascendant des témoignages. Croyez-m'en sur ma parole, mortels, vous le devez à mon autorité; mais examinez si j'ai parlé, vous vous le devez à vous-mêmes. Respectez la profondeur de mes desseins, l'intérêt de ma gloire l'exige; mais instruisez-vous des titres de ma mission et des merveilles opérées par mon ministère, l'intérêt de rna religion le demande : elle perd infiniment à n'être point connue, et n'est jamais plus grande, plus belle ni plus aimable , que lorsqu'elle est approfondie.
Enhardi par cette invitation , le fidèle se rend raison de sa foi ; il interroge tous les temps, entre en commerce avec tous les lieux, rapproche le passé du présent, fait parler les événemens, surmonte l'évidence spéculative par l'évidence morale. Les preuves s'accumulent, les faits se pressent sous ses yeux. Tout le frappe; les monumens l'instruisent, les sens viennent au secours de sa raison , une nuée de témoins, une foule de prodiges déposent en faveur de sa foi, La voix majestueuse de tous les siècles , celle de tous les grands hommes qui l'ont précédé se fait entendre : Nous avons pensé comme vous, s'écrient-ils; vous êtes notre héritier, vous jouissez de nos lumières, vous possédez tous nos trésors. De nouvelles scènes s'offrent à ses regards surpris : les livres saints sont ouverts; il y voit l'origine de sa religion, dont les fondemens ont été posés avec ceux de l'univers; les révolutions des empires servant aveuglément ses desseins et ses vues, les conquérans et les héros, par leurs conquêtes ou par leur chute, préparant, sans le savoir, son élévation et sa gloire ; le dépôt sacré de la vérité surnageant sans cesse à travers le torrent immense des erreurs humaines. Il y voit ce tableau majestueux que forme le rapport des deux alliances, la première toute en promesses, la seconde toute en réalité; l'une qui prépare, l'autre qui accomplit. Il y voit tout cet appareil imposant de l'ancienne loi, annonçant à la terre le plus grand des événemens, la venue du Sauveur du monde; le Messie remplissant enfin l'attente des nations ; son Evangile annoncé, ses progrès rapides, les changemens merveilleux qu'il opère, la vérité répandant partout les rayons de sa vive lumière, la face de la terre renouvelée, les mœurs épurées, Dieu adoré en esprit et en vérité, trois cents ans de persécutions et de triomphes, l'opprobre de la croix triomphant de l'univers : à ce spectacle,
l'admiration, l'amour, le respect, l'attendrissement et la joie se succèdent tour à tour dans son ame; cette éclatante perspective répand sur la religion et sur là foi une magnificence, une pompe, un torrent de lumière qui le subjuguent , l'entraînent et le transportent : Et lux in lenebris lacet.
Aux lumières de l'examen s'unissent celles de l'autorité. Les premières, je l'avoue, ne sont point faites pour la multitude; grossière, inhabile aux travaux de l'esprit, tout occupée de ses besoins , elle ne saurait se dévouer à des recherches auxquelles se refusent son loisir et ses forces. Une voie plus abrégée et plus simple vient s'offrir à sa faiblesse, suppléer à son ignorance, placer, malgré ses ténèbres , la raison à côté de sa docilité; de sorte que, marchant toujours sur les routes obscures de la foi, sa foi marche toujours néanmoins à la clarté de la lumière.
Enfin , le moment est arrivé. Le Sauveur des hommes a rempli sa mission , ses desseins sont accomplis; il est temps qu'il retourne vers celui qui l'avait envoyé. O terre malheureuse , verse des larmes sur ton sort! Privée de ce divin soleil , te voilà donc plongée pour jamais dans le chaos de l'incertitude. Suspendons nos alarmes, Messieurs, tout est prévu. Il a tout disposé pour l'instruction comme pour le bonheur du monde : les coopérateurs de son zèle sont assemblés, et c'est en leur présence qu'il me semble le voir s'adresser au genre humain , et lui tenir ce langage.
Jusques ici, ô mortels, vous avez été le jouet de la superstition et de l'erreur; contemplez, si vous le pouvez sans rougir, l'état de l'univers. Où est la vérité, quel est son asile, quel en est l'interprète, quelle autorité vous y soumet, à quels traits la reconnaissezvous? Voyez la, errante de ville en ville, tristement enchaînée au char de l'opinion; suivez cette longue chaîne d'absurdités, que l'homme traîne honteusement après lui depuis la corruption de sa nature ; voyez-le s'abîmer dans l'immense chaos de ses idées, rouler d'écueils en écueils, et s'agiter vainement dans un mensonge inépuisable, sans règle, sans principes, sans plan de doctrine, sans système, sans autorité, sans objet, étourdi plutôt qu'éclairé par les clameurs frivoles des faux sages. Voyez ces prétendus asiles de la vérité, séjours fastueux de l'ignorance et du doute; quelle lumière ont répandue sur vous ces orgueilleux sophistes qui les ont élevés? en trouvez- vous un seul, je ne dis pas qui ait dissipé ses ténèbres, mais qui , du moins, par un effort sublime, ait pu lui arracher un coin de son bandeau ? Voyez ces temples, ces profanes autels consacrés à des divinités infâmes ou ridicules , qui insultent
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publiquement à la pudeur et au bon sens de l'univers : voilà les fastes de la raison humaine, et l'affreux résultat de trente siècles de philosophie et de disputes. Enfin, la vérité va trouver un point fixe. Mortels, ouvrez les yeux ; cette lumière des nations, si longtemps et si pompeusement annoncée, va luire sur vos têtes j elle a déjà paru en ma personne, mais obligé de quitter la terre, je ne puis l'éclairer que par le ministère de mes représentans. Les voilà donc, ces hommes tout divins, chargés de cette noble entreprise; oui, quoique vos semblables, ils seront vos maîtres. Instruits de mes volontés, remplis de mon esprit, ne craignez rien pour leur doctrine; elle sera toujours invariable, comme la vérité dont je les ai établis dépositaires. Les colonnes de l'univers s'ébranleront plutôt qu'ils ne chancelleront dans leur foi : ils sont mortels, il est vrai, mais leur enseignement n'en sera pas moins durable. Une chaîne non interrompue de successeurs remplis du même esprit , revêtus du même caractère , le perpétuera d'âge en âge , et formera ainsi dans tous les temps un tribunal auguste, où la vérité viendra plaider ses droits , discuter ses intérêts , affermir son empire, se venger des outrages de la raison ou prévenir son audace, se purifier de l'alliance des passions ou se prémunir contre leurs atteintes; un tribunal vénérable, où le fidèle trouvera toujours une règle vivante, un préservatif contre la séduction, un remède contre son inconstance un trésor inépuisable de lumières. (M. de Boulogne)
La foi doit nous guider dans la recherche de la vérilé.
Dans le système des hérétiques, c'est la raison, non la foi, qui doit nous servir de guide, et il y a faiblesse d'esprit à croire. Répondez-moi : Quel motif avez-vous d'adopter la raison plutôt que la foi? lui pouvez-vous refuser l'autorité de le faire par le poids des motifs qui la commandent ? et ces motifs ne valent-ils pas bien la peine qu'on les examine ? On n'est pas crédule pour être croyant. Tous les jours vous livrez votre confiance à des hommes pour des objets de moindre importance. Je vous crois bien , moi , pourquoi ne m'en croiriez-vous pas, lorsque je vous propose une vérité salutaire?
Ne confondez pas celui qui n'apporte dans ses recherches qu'une curiosité stérile sur des choses de peu d'importance, avec celui qui n'étudie que pour s'instruire. Il y a certes entre l'un et l'autre une grande différence. Qu'il y ait du mal à exposer indiscrètement
nos mystères à tles yeux profanes, qui ne s'arrêteront que pour les tourner en ridicule, est-on blâmable de demander qu'on apprenne à les connaître de la bouche d'un homme vraiment religieux ? Vous voulez du raisonnement ; mais tous les hommes en sont-ils capables? Que vous soyez en état de le faire, vous que j'admets volontiers au nombre des esprits privilégiés; l'accorderons-nous à la multitude? Mais aussi parce qu'elle manque des perceptions et de la sagesse nécessaires, lui interdirons-nous toute connaissance de la religion? L'y amener par degrés, l'introduire de connaissance en connaissance jusqu'au sanctuaire, voilà notre méthode : en est-il de plus raisonnable etde plus religieuse ? Quel risque y voyez-vour. ? Pour moi, je n'en vois pas. Pourquoi les retenir si long-temps sur la route? Parce qu'il est des esprits téméraires, impétueux, qu'il fautarrêter; il en estaussi de plus lents qu'il faut exciter. Telle est la sage économie qui nous est commandée par la vraie religion , par nos saints oracles, par l'usage et la tradition de la vénérable antiquité. Nous y sommes fidèles : et intervertir cet ordre, ce serait ouvrir une voie sacrilège pour arrivera la vraie religion. Agir de la sorte c'est manquer son but. Eût-on le génie le plus élevé, si Dieu ne nous soutient, on ne
fait que ramper à terre
Il faut même croire pour chercher la religion; car si l'on ne croyait pas qu'il y en eût une , pourquoi la chercherait-on? Il n'y a point d'hérétiques qui n'avouent qu'il faut croire à Jésus- Christ. Autrement ils ne seraient pas chrétiens. Mais à qui nous en rapporterons-nous sur les vérités qui le regardent , puisque nous n'avons pas vu le Sauveur ? Cette foi n'est fondée que sur l'opinion confirmée des peuples et des nations , qui ont cru jusqu'aujourd'hui les mystères de l'Eglise catholique. Pourquoi n'en croirai-je pas à leur témoignage, de préférence au vôtre ? Est-ce vous qui m'apprendrez mieux ce qu'il me commande de faire et de pratiquer? Ce qui a déterminé ma créance, je le répète, c'est l'éclat de la prédication , le concours des témoignages, et l'assentiment de l'univers ; c'est l'ancienneté. Vous, vous êtes en si petit nombre, et si peu d'accord entre vous ; vous êtes de si fraîche date : où est votre autorité? Croyez, sur la parole de tous les peuples, qu'il faut croire à Jésus-Christ; et apprenez de nous ce qu'il a enseigné. L'univers tout entier n'aurait rien à me répondre : j'aurais plus de peine encore à me persuader que j'ai tort de croire à Jésus-Christ, que de consentir à rien apprendre sur la religion , que de la part de ceux à qui j'ai l'obligation de croire. Quelle présomption , ou
plutôt quelle démence! Je vous instruis de ce que veut de nous Jésus-Christ, à qui vous croyez vous-même. Si je n'y croyais pas est-ce que vous m'y feriez croire, vous que l'on accuse d'avoir des doctrines perverses? C'est l'Ecriture qu'il faut croire: mais toute doctrine écrite que l'on produit , si elle est nouvelle ou qu'elle ne soit autorisée que par peu de personnes, sans être confirmée par quelques raisons , quand on l'embrasse, ce n'est pas à elle qu'on donne sa croyance, mais à ceux qui la veulent recevoir, C'est pourquoi, si les Ecritures dont il s'agit n'étaient présentées que par vous , il ne serait pas permis de vous croire, étant en aussi
petit nombre et aussi peu connus que vous l'êtes Vous
vous mettez en contradiction avec vous-mêmes, puisque vous en appelez*à]l'Ecriture plutôt encore qu'à la raison. Vous m'opposerez le nombre de vos adhérens. Remontez à la source; examinons quels ont été vos auteurs, et courez vous cacher au sein de votre obscurité.
Jésus-Christ ne recommandait rien plus fortement que la soumission de la foi. Ses historiens nous l'attestent : le premier le plus absolu de ses commandemens à qui recourait à lui c'était que l'on crût. Il exaltait la foi du centenier : vous, vous blâmez la nôtre. Telle est la conduite qu'a tenue le Fils de notre Dieu. Voulant nous donner un moyen de corriger nos mœurs dépravées et corrompues , qu'a-t-il fait? Parce que ce moyen était inouï et que le monde s'en scandalisait , il l'a soutenu à force de miracles ■ par l'autorité de ses miracles, il s'est acquis la foi des peuples il a formé une Eglise nombreuse; par la propagation de cette Eglise il a eu le témoignage de la tradition et de l'antiquité* et par là enfin, il a fortifié sa religion, mais en sorte que ni le paganisme ni les hérésies ne l'ébranlassent jamais. Qu'est-ce donc que le sage a de mieux à faire que de prendre pour guide ou pour modèle celui qui est la vérité? Autorité salutaire, qui nous détache de nos affections terrestres, et nous élève jusqu'au Dieu principe de la vérité. Il n'y a que l'autorité qui frappe et entraîne ceux que leur propre raison ne ferait qu'égarer. S'il n'était pas vrai qu'il y a une Providence qui préside aux choses humaines, il n'y a plus d'étude à faire delà religion. A. défaut de la raison, dont les rayons sont toujours enveloppés de nuages bien difficiles à franchir nous avons l'autorité des miracles et celle du grand nombre. Pourquoi m'allez-vous dire , ne s'en fait-il plus aujourd'hui ? parce que l'impression s'en affaiblirait s'ils étaient vulgaires. Les phénomènes de la nature ne nous émeuvent plus par l'habitude où nous som t. m. ï5
mes de les voir. Les miracles ne sont nécessaires que pour les commencemens, afin de conquérir la conversion des mœurs. Eh! n'est-ce pas encore un miracle sans cesse jépété que cet héroïsme de vertus chrétiennes où parviennent non seulement les hommes les plus éclairés, mais des chrétiens des deux sexes des dernières classes de la société, répandus dans tous les lieux de l'univers? Vous objecterez qu'il en est bien peu qui se signalent par une aussi sublime perfection, mais encore qui y conservent la sagesse nécessaire. Il n'est pas moins vrai que les peuples ne les entendent raconter qu'avec admiration , qu'avec un respect mêlé d'amour, que le récit de ces merveilles excite le secret reproche de n'en pas faire autant, et ranime dans les âmes les plus languissantes de vives étincelles de vertu. A la vue dune aussi manifeste protection du ciel et d'aussi éclatans succès, pourrions-nous balancer encore à nous réfugier au sein de cette Eglise , qui est arrivée à ce comble d'autorité de se faire reconnaître par le genre humain tout entier, par une constante succession d'évêques , à commencer par le siège apostolique jusqu'à nous, malgré les vociférations de l'hérésie foudroyée, soit par le jugement du peuple fidèle, soit par les décrets des conciles , soit par la majesté des miracles; de sorte que l'on ne peut refuser à l'Eglise le premier rang sans se rendre coupable ou d'une grande impiété ou de la plus téméraire arrogance. Et s'il n'est point de voie qui mène plus sûrement à la sagesse et au salut que de plier sa raison à la foi , n'est-ce pas méconnaître étrangement le bienfait que nous tenons de la protection divine, que de vouloir résister à une autorité qui se recommande par de si puissans motifs ? Pour la science la plus indifférente comme la plus facile, il nous faut des maîtres qui nous y introduisent* et pour l'intelligence des livres sacrés, où sont contenus les secrets de la sagesse divine, il n'y aurait pas besoin d'interprètes? N'est-ce pas là le dernier excès de la présomption et de l'orgueil ? Si donc vous n'êtes pas rebelles à mes instances et à votre propre raison, et si, comme j'aime à le croire, vous êtes sensibles à vos vrais intérêts, ne vous montrez pas indociles à ma voix. Abandonnez-vous avec une foi sincère, une ferme espérance et une charité simple aux meilleurs maîtres de la doctrine chrétienne et catholique, et ne cessez pas de prier le Seigneur, qui nous a donné l'être par sa bonté, qui nous a châtiés par sa justice et délivrés par sa clémence. (Saint Augustin, De l'utilité de la foi.)
DES PREDICATEURS, Z1J
Nous croyons parce que c'est Dieu qui a parlé.
/W cru, c'est pourquoi f ai parlé ; mais fai été dans la dernière humiliation*. Le grand Apôtre, faisant l'application de ces paroles du psaume, a dit: Parce que nous avons un même esprit de foi, se' Ion qu'il est écrit: fai cru, c'est pourquoi j'ai parlé ^. Et nous aussi nous avons cru , c'est pourquoi nous vous parlons. Il faut donc commencer par bien entendre le sens que saint Paul donnait à ces paroles, pour mieux connaître la pensée du prophète. Point de meilleure méthode pour expliquer un auteur que de saisir l'ensemble de ce qu'il a voulu dire plutôt que d'isoler ses propositions. Qu'est-ce donc que saint Paul avait en vue quand il citait David ? La future résurrection qui doit nous mettre en jouissance de ces biens ineffables qu'il est impossible à toute intelligence humaine de bien concevoir. Parce qu'ils surpassent toute imagination , l'Apôtre a commencé par reconnaître lui-même qu'il ne lui est pas possible de les expliquer, et qu'il faut donc y croire plutôt que d'essayer de les décrire. Toutefois, pour empêcher que l'on n'abusât de son silence, en l'accusant de ne donner que des promesses imaginaires, il prévient l'objection par le mot du Prophète, comme s'il disait : En demandant que l'on y croie, ce n'est pas une chose nouvelle que je propose : je ne fais que conformer ma croyance à l'exemple des saints. En effet, le psalmiste, sur le point d'annoncer au peuple juif des événemens d'un ordre supérieur à toutes les probabilités humaines, avait débuté par s'écrier : J'ai cru; c est pour cela que fai parlé. Et quels étaientils ces événemens qui s'offrent à ses regards si long-temps avant leur accomplissement ? Il voit la future Jérusalem détruite, son temple renversé, ses habitans sous le joug de l'étranger, captifs et transportés dans une terre lointaine, un peuple barbare remplaçant le peuple de Dieu dans ses antiques possessions ; il voit les enfans d'Israël, abattus par le désespoir, s'imaginer que leurs maux sont sans remède, se disant l'un à l'autre : Si dans le temps que nous possédions Jérusalem, ni ses remparts, ni ses murailles, ni les armes de ses citoyens, ni toutes les ressources de l'opulence n'ont pu sauver son temple et arracher son peuple aux horreurs de la servitude sous laquelle il gémit, quel espoir nous reste-t-il aujourd'hui de pouvoir jamais rentrer dans notre