cxy, 1. (2) n Cor. iv
patrie? Vainement leurs Prophètes essaieront-ils de consoler ce peuple affligé , en l'assurant d'un prochain retour ; vainement Isaïe, entre autres, leur dira : Ecoutez-moi , vous qui cherchez la justice et cherchez le Seigneur , rappelez dans votre esprit cette roche dont vous avez été taillés , et cette citerne profonde dont vous avez été tirés 1 . Jetez les yeux sur Abraham votre père , et sur Sara, qui vous a enfantés, et considérez que l'ayant appelé lorsqu'il était seul, je l'ai béni et je l'ai multiplié. Remontez jusqu'à votre berceau. Le père de votre race, qu'était-il ? Un étranger, un vieillard à qui son âge avancé ne laissait point l'espérance d'aucune postérité; roche stérile, incapable de porter des fruits; c'est elle pourtant que j'ai fécondée jusqu'à en faire sortir ce grand peuple qui bientôt a couvert de si vastes contrées; citerne d'où l'eau ne jaillit point de sa propre source, mais s'emplit des rosées du ciel. Sera-t-il aujourd'hui plus difficile au Seigneur de remplir Jérusalem avec le peu qui lui reste, qu'il ne le fut de remplir le monde par un seul homme ? A la suite d'Isaïe, Ezéchiel venait ranimer leurs espérances par la vive image d'une campagne pleine d'ossemens desséchés , et qui se raniment tout à coup à la voix du Seigneur : tel allait être le merveilleux changement promis aux enfans d'Israël. Maisils refusaient d'y croire. David, au contraire , quelque inexécutable qu'il fût en apparence, y croit, et l'annonce. De même, saint Paul : La foi, dit-il, nous tient lieu de l évidence des biens que nous attendons. Nous ne les voyons pas, nous ne les comprenons pas même, mais nous y croyons. D'aussi magnifiques promesses ne s'apprécient pas par des raisonnemens humains, mais par la seule foi. Ce que Dieu fait est trop au dessus des pensées de l'homme. Sa raison est trop faible pour se mesurer avec les conseils d'une sagesse aussi profonde , aussi magnifique. Ce n'est point en raisonnant, maisen croyant que l'on honore le Seigneur : aussi le même Apôtre , parlant du saint patriarche , loue-t-il sa foi, laquelle, dit-il, n'hésita point et n'eut pas la moindre défiance delà promesse de Dieu, mais rendit gloire à Dieu, pleinement persuadé qu'il est tout puissant pour faire tout ce qu'il a promis. Animés du même esprit de foi , croyons comme Abraham, comme David, ce que nous ne voyons pas, avec l'infaillible certitude de le voir un jour. Et pourquoi le même esprit de foi? Parce que la foi est une vertu surnaturelle que nous devons demander à l'Esprit
* Is. l, 1,2.
saint, capable seul de nous élever jusqu'à la hauteur de cette foi, par dessus toutes les ignorances orgueilleuses de notre raison. Il y a donc une foi privilégiée, celle par laquelle on fait des miracles, et que saint Paul compte également parmi les dons extraordinaires de l'Esprit saint ; et une foi plus simple, en vertu de laquelle nous sommes appelés fidèles, n'ayant point le don des miracles^ mais tenant à la connaissance de la religion. Or, celle-là même on ne l'obtient pas sans la grâce de l'Esprit saint. Aussi lisons-nous dans le livre des Actes, au sujet de Lydie: Que le Seigneur lui ouvrit le cœur pour entendre avec soumission ce que Paul disait *. Jésus-Çhrist ne disait-il pas lui-même: Personne ne peut venir a moi si mon Père , qui mya envoyé , ne U attire 2 ?
A cela vous m'arrêtez pour me dire : Si la foi est un don de Dieu, où est le péché de ceux qui ne l'ont pas, puisque ni le Seigneur ne leur ouvre le cœur, ni le Père ne les attire ? Je réponds que l'on n'est pas moins coupable en ne se rendantpoint digne de cette grâce. Il faut la mériter. Dieu se réserve d'attirer et d'ouvrir le cœur; il exige un cœur qui le demande et qui soit docile à ses mouvemens. Vous en avez la preuve dans le centurion Corneille , que le Seigneur appela à lui parce que ses prières étaient montées à l'avance, en présence du Seigneur. Saint Paul ne nous le laisse pas ignorer : C'est par la grâce que vous êtes sauvés en vertu de la foi; et cela ne vient pas de vous , puisque c'est un don de Dieu: cela ne vient point de vos œuvres , afin que nul ne s en glorifie 3, écrivaitil aux Ephésiens. Dieu ne nous fait nulle contrainte, nulle violence: et bien que notre vertu soit en grande partie et presque en totalité son ouvrage, il veut bien nous laisser quelque part du mérite, afin d'en prendre occasion de nous récompenser. Et certes, si David reconnaissait la nécessité de la foi pour croire à des promesses purement temporelles, à plus forte raison le chrétien en a-t-il besoin pour des espérances d'un ordre tout spirituel et des biens sur lesquels les sens n'ont point de prise. A moins d'une foi ferme, on chancelle, on s'égare , on n'a point de foi. La raison humaine n'est qu'un poids de plus qui nous accable et nous laisse dans la confusion , la foi seule est une ancre qui nous soutient et donne un solide point d'appui à nos espérances. Nous croyons parce que c'est Dieu qui a parlé, et que sa parole est infaillible. Il n'en est pas ainsi delà parole de l'homme. ( Saint Jean Chrysostome 4).
1 Act. xvi, 14. — 2 Jean, vi, 44. — 3 Ephes., u, 8. — 4 Exp. in ps. ex
a3û NOUVELLE BIBLIOTHEQUE
Il faut tout sacrifier pour la foi.
Chrétiens, quoi qu'on nous propose, soyons fermes en Jésus-Christ et dans les maximes de son Evangile. Pourquoi veut-on nous intimider parpa perte des biens dumondePTertulliena dit un beau mot que je vous prie d'imprimer dans votre mémoire: « La foi ne connaît point de nécessités. » Vous perdrez ce que vous aimez. — Est-il nécessaire que je le possède? — Votre procédé déplaira aux hommes. — Est-il nécessaire que je leur plaise ? — Votre fortune sera ruinée. — Est-il nécessaire que je la conserve? Et quand notre vie même serait en péril : mais l'infinie bonté de mon Dieu n'expose pas notre lâcheté à des épreuves si difficiles; quand notre vie même serait en péril, je vous le dis encore une fois, la foi ne connaît point de nécessités'; il n'est pas même nécessaire que vous viviez , mais il est nécessaire que vous serviez Dieu ; et, quoi qu'on fasse, quoiqu'on entreprenne, que l'on tonne, que l'on foudroie, que Ton mêle le ciel avec la terre, toujours sera-t-il véritable qu'il ne peut jamais y avoir aucune nécessité de pécher, « puisqu'il n'y a parmi les fidèles qu'une seule nécessité qui est celle de ne prêcher pas. v ( Bossuet, Sermon pour le jour de la Pentecôte. )
Péroraison.
En attendant, mes frères, connaissez tout le prix des lumières dont vous jouissez par la foi ; bien loin de vous croire de vils esclaves, asservis par une aveugle crédulité, regardez-vous comme les enfans de la lumière, utfilii lucis 1. Les entraves de votre foi ne sont point des chaînes qui vous lient, mais plutôt des ailes qui vous élèvent jusqu'aux cieux. Ce n'est poiut être libre que d'avoir, comme l'impie ,1e triste pouvoir de s'égarer; n'obéir qu'aux oracles de la Divinité, c'est la vraie liberté de la raison; j'ose donc la réclamer ici hautement pour l'honneur de ma foi. C'est la raison qui me conduit à la soumission ; c'est la raison qui m'apprend à savoir ignorer ce qu'on ne peut connaître ; plus on a de lumières, plus on est soumis; l'orgueil est le vice de l'ignorance. C'est la raison qui me dit que ce présent auguste n'a point été donné à quelques hommes vains, à l'exclusion de tous les autres, et que 1 univers n'a pas rêvé pendant dixdiuit siècles. C'est la raison qui
4 Ephes., v, 28.
DES PRÉDICATEURS. a3l
nie fait sentir que la soumettre ce n'est point la combattre, l'humilier ce n'est point l'avilir, la fixer ce n'est point la détruire. C'est la raison qui me fait comprendre que , si le jeu le plus léger de la nature déconcerte toutes nos idées, les grands objets de la foi peuvent donc aussi nous confondre. C'est la raison qui me persuade que, puisque l'impiété n'a rien dans le fond qui satisfasse pleinement, il vaut bien mieux se soumettre à des mystères incompréhensibles qu'à d'incompréhensibles erreurs. C'est la raison qui me crie à haute voix que Dieu , nous ayant fait connaître tout ce qu'il faut pour nous conduire, pour l'aimer et l'adorer, il est absurde de vouloir aller plus loin , parce que le reste n'est pas fait pour nous. C'est la raison qui me découvre que, quand Dieu parle, le plus grand de tous les mystères est notre rébellion et notre orgueil. Enfin, c'est la raison qui m'invite à me soumettre à une foi qui fait ma consolation en cette vie et mon bonheur dans l'autre^ (M. de Boulogne.)